‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 32 sur 114 · I.A tlONSilTI ami:. — l« AdI i · texte numérisé non relu

I.A tlONSilTI ami:. — l« AdI i

Vote du déoret de rachat du chemin de fer de Lyon. — Les concordats amiables.

M. Goiulchaiix s'étant enfin emparé des trois Deslongrais d'iiier, on a déblayé la voie du chemin de fer de Lyon et adopté le rachat. — Voilà tous les actionnaires devenus rentiers !

Apres avoir racheté le chemin, l'Assenihlée a voulu faire quelqne chose encore pour beaucoup de capitalistes, que son vole n'a peut-être point sufiisamment enrichis; et Ton a commencé la discussion du projet de concordats amiables apporté de Bussac par M. Diipoul. Ces matières spéciales tirentleur intérêt des orateurs qui plaident le pour et le contre ; aussi n'est-ce point sans une bien vive satisfaction que nous avons retrouvé un Mirabeau qne l'on croyait perdu. M. Frcslon est venu rassurer par sa présence le petit nonii)re de ses amis.

On se souvient encore du début du citoyen Freslon ; c'est lui qui, la première fois qu'il monta à la tribune, faillit sauter par-dessus les bords; aujourd'hui il avait pris ses précautions avant dt; parler, et s'était fait attacher par les pieds au plancher. Sa pantomime en a souffert, mais combien son éloquence y a gagné. Nous comprenouK uiaintenant l'entliousiasnie que l'avocat Freslon excitait à Saumur. Il faut être un bien fort orateur pour parler ainsi, les jambes liées. Quoi talent! le citovcn Freslon est capable de soulever,ii bras tendu des murs mitoyens! Malheureusement il se trouvait là un autre avocat , le citoyen Dupont , qui jelle les maisons sur le dos de sesadv(!rsair(!s : quand la séance s'est terminéi-, le pauvre Freslon avait bien du mal à se tirer do dessous les décombres; mais nous espérons le voir sain et sauf demain niatin; autrement le barreau do Saumur forait une grande porte.

Encore les lonoordats amiables. — Le petit père Marrast.

Tout le monde remarque qui- io polil pcre Marrast devient mi( li.ml comme un loup. Si ça conlinuo, <ui no Io renommera pas présidoiil, ol sa classe se révoltera. Il fourre dos pensums à tout le monde pour un oui et pour un non, et il met les oreilles d'âne aux meilleurs élèves, (l'en est vraimiuil abrutissant, l/autro jour encore, il a humilié ce

KiH i.'.\ssi:mbi.i;i. nmionalk co.Migi k.

|)anvic M. Laroclif\jac(|(icli'iii, iiii vrhMan de la classe dos "tamis on

lui (lisa-il (ont liaul de se laiic. M. I>arocliojac(|m'lcin a ronnndu (iii'ij

ne jiarlail pas, mais il csl dovoiiu rniirro jusc^u'aiix orrillcs. Ça iir peiil pas (liirrr comme ç^'a.

Taiilôl c'est à la gauche, tanlôl c'est à la droite que le pelit père Marrast s'en prend; il ne respecte personne, il est comme un crin avec tout le monde; on n'a jamais vu d'aussi méchant pion. Si M. Avond s'en vient essayer un peu le hanc des ministres pour voir si l'on y est bien : — M. Avond, allez-vous-en à votre place, lui crie-t-il. — II n'y a pas jusqu'au bon Antony Thouret qui ne soit sa victime; et cependant ce gros élève est un modèle de tenue ; il n'a ((ue le tort d occuper trois places à lui tout seul; mais est-ce sa faute s'il est énorme? Eh bien, le petit père Marrast l'a rappelé une fois à l'ordre, sous le prétexte qu'il interrompait l'orateur, ce qui était absolument faux ; il avait seulement respiré un peu trop fort. Enlin on n'a ])lus le droit d'aller ni de venir dans la classe, et bientôt il faudra l(>ver le doigt pour demander la permission de sortir.

LA CO.NSTIÏlAMi:. — lî) \()\T. |(i9

Ce n'est pas tout : le petit père Marrast se l'ait un malin plaisir d'eiiibarlasser les orateurs qui récitent leur leçon. S'ils s'embrouillent, s'ils oublient leurs mots cl répètent dix t'ois ce qu'ils ont dit. il les laisse à la tribune pendant des heures entières, et même il fait semblant de leur maintenir la parole par impartialité. Il n'y a que Xavier Durricu qui obtienne • luelqnc chose de lui ; c'est son Benjamin : il l'aime tant qu'il l'empêche toujours de j)arler, .\près cela, il faut dire qu'on sait bien que Xavier Durrieu connaît tous les secrets de la politique étrangère; de plus, il épouvante le petit père Marrast avec son Courrier français.

Encore s'il n'y avait que le président de si méchant ! Voilà-t-il pas (|ue le sup|)léant Corbon s'est avisé de pi'endre les manières du petit |)ère Marrast ! A peine est-il an l'auteuil (ju'il l'ait sa tcle. Mon Dieu, oui, il sonne à lourde bras, il lance des mots aussi ; el comme il n'ose pas linp encore s'en prendre aux représentants, c'est sur les journalistes (|u"il se l'ejette ; aujourd'hui même, il a envoyé un huissier dire dans leur tribune ([u'on allait (jxpulser Ions ceux (jui ne boulonneraient pas leur gilet, ou (jui se permeltraieut de lire pendant le discours de iM. Licase.

Encouragé par la sympathie du \ icc-piesidenl (lorbon, l'oiatenr l.acase a développé tous ses moyens. 1) abord, il est impossible d'imaginer un personnage |)lus solennel (|ue M. I.acase : à la façon noble dont il se drape dans sa redingole-/i('/}/n»/i , cui croirait voir le célèbre conlidenl Théramène. Non, certes, Tbéramène ne raconte pas la moi I d'ilippolyte avec de plus beaux gestes. îles effets île \u\\ pins soutenus i[ue ceux de l'orateur I.acase dans son discours contre les coucordolti nniiables. (l'est là ceque nous appellerons la véritable éloquence tragique I A coup sûr, M. I.acase, ijui jouit en outre d'un pur accent de ("ahors, aurait obtenu un beau succès si l'Assemblét! l'eût écoulé; malheureusement r.\ssemblée était transformée en cabinet de lecture : le premier volume (les pièces de l'enquête, qu'on venait de distribuer, I absorbait, et M. I.acase n'a pu être a|»précié (|ue par les sténographes, qui axaient liiHitonni' leur gili>t pour nb(''ir an vice-jtrésident (lorbon.

1!) :iniil.

de Louis Blsna.

I,cs écoliers de M. Marrast ne lui (jut pas gardé rancuni'. ds l'uni ré- 1 lu président, (lel amour du mailimt est d'un bon augure |)our la dislipline. — Le cilovcu Lacrns-ic \ iie-pri-^id.iil I. Midis i|ur.M. Mari'asl gar-

170 l.ASSKMIJLKK .\ Aï I ON A I.K COMIQtE.

(lail la cliaiiihn; par convunance. On (liiail(|U(; notre marin n'est point l'ort à son aise sur la terre Terme; il a si bien embrouillé le vote des deux premiers articles du décret des conron/ais amiables qn'il a fallu le recommencer deux fois, et qu'à la seconde on s'esl aperçu que tout était à refaire. Cet incident, compliqué de cris harmonieux, avarié fort agréablement la discussion ; on s'esl séparé avant d'avoir pu entendre tous les avocats ([ui épronvenl le besoin de traiter la question. Il y en a trenteneuf d'inscrits, sans compter les Baze, Vezin, Charamaule et Bizoin, toujours inscrits de droit; Xavier Durrieu a consenti à se taire parce qu'il médite un plan d'intervention en Italie , on il proposerait de se rendre avec des bottes à revers.

Cette journée , qu'on peut appeler la journée ties voles interrompus, aurait été fort monotone sans une exclamation de Louis Blanc. J'aurais désiré que le jeune orateur parlât un pen plus simplement, mais il a dit une chose juste, et je mets son emportement sur le compte d'une indignation légitime. Louis Blanc demandait justice à la bonne foi de l'Assemblée de la pcrliiiie de certains journaux qui ont reproduit, en les mutilant, les documents de l'enquête. L'accusé, car l>ouis Blanc est l'un des principaux accusés du réquisitoire, venait signalera ses juges la diffamation dont il est l'objet , et solliciter d'eux que, par respect pour le droit de la défense, pour la dignité même d(;s représentants, on y mît un terme en interdisant aux journaux la ])ul)lication des pièces Iron- (|uécs. La réclamation de Louis Blanc a été accueillie avec faveur ; mais les formalités font que ce bon accueil ne servira de rien. L'Assemblée ne se prononcera que dans trois jours d'ici, c'est à dire vingt-quatre heures après que les calomniateurs auront achevé leur besogne.

i I août.

M. Greton demande lec comptée du gouvernement provisoire. — L'Italie , M'' lavre et le général Cavaignao.

Parbleu ! le citoyen (Irelon est un véritable crâne ! Il l'a l'ait comme il l'avait dit, ventreblen ! Il avait dit à ses amis : Morbleu ! vous verrez comme je secouerai le gouvernement provisoire! attendez un peu que je sois là-bas. Je préfends me poser en bourreau des sycophantes ; attendez un pen pour voir!

— Bravo! Creton, avaient répondu les amis ; voilà un homme ! De la raideur, mon garçon, et montre-leur ce que c'est qu'un Creton.

— Soyez calmes, les amis, vous aurez un beau spectacle! je vous en

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