I.A CO.NSl I I I AM K. — 10 SKl'IKMHHK
13 septembre.
Vote d'i préambule de la Oonsiiration.
l,e préainblilo entier de la (Idiisliliilion esl adopté! Sur roflVe aimable de M. Diifaure, le droit au travail a été remplacé par Vanaistancc , <t l'on a commencé sur Tlienre la discussion des cha|)ilres.
I.a question de l'aholilion de la peine de mort a pu seule arrêter le /èlc des représentants; autrement la Constitution aurait peut-être passé sans coup férir du premier au dernier article, par assis et levé. Maintenant que les orateurs, un instant surpris et déroutés par la rapidité des votes, ont repris la trihune , ils ne la quitteront j)lus avant d'vêlre lous montés : nous les y retrouverons demain. iMorphée nous garde de les eni])êch(T par une critique prématurée de passer une bonne nuit !
10 spptomhri".
1n!.prpf!llation ds M. Baze au minislre Senard cur l'envoi ds repréîenlanis djns les dépanemenif .
C'est le samedi que rAssemliiée vide ses cartons; ce jour là on vient à la séance comme l'on va a l'Odéon voir jouer des tragédies en cinq actes par autorité de justice. (Cependant on est (|uelf[uefois agréablement surpris par quelque pétition gaie ou par des orateurs sérieuv qui sont d'une agréable bouffonnerie. Si, par exemple , l'ami Baze monte à la tribune, on sait bien (ju'on aura beaucoup d'agréni"nt. Tout le monde s'en va.
L'orateur Uaze est une célébrité d'.^gen ; il c^t impossible en passant parcelte ville fie demaruler à un coiffeur : Kh bien, mon ami.qu'avezvous de remarquable ici? — sans qu'il vous réponrle : .Nous avons moussu Baze, eb donc ! — (!e qui a rendu moussu Baze populaire à Agen, c'est un quatr^iin qu'il irn|)rovisa, il y a (|uel(iues années, cbez madame la préfète et qui eut tant de succès (|ue tous les m.iicbands de pruneauv le mirent en devise sur le couvercle de leurs boîtes. Voici ce quatrain :
Agen , celle ville fameuse , De lanl ilc belles le, si^jniir, Si rliarmanle, si Haiigereiisn \il\ CfPiirs setT-iljlep !i ramoiir.
•20(i i;assi;.mi}|,i,i, naiion.mi. co.Miuri:.
Il y ont dos IciiiiiK^s (le la liaulc ville (|iii iléioj^i'reiit pour iiunissii IJaze en l'aveiu- de ces vers-là ; e'esl l'an dernier seiilenienl que le liihliolhccaire de la ville, en aehevanl le calalogiie , s'aperçut que le ([uatrain était de IJacliauinont ! Ma foi, tant pis! Moussu Baze avait sa réputation faite. Oh I moussu Baze, cpiel homme que c'est, mordioux ! Kh l)é vraiment, c'est nn Sarrans aîné: ! — l,e mot est juste, et c'est en cela qu''i[ peut plaire.
Aujourd'hni monssn Baze a entrepris de s'élever encore nn peu audessus de lui-même. <lroirnit-on qu'il v a réussi? le mélancolique
Fallonx est venu se joindre à ses accents, cl nous avons en dès lors le pins aimable duo qu'on puisse écrire pour doux pistons. Moussu Baze chantait en sol : — .l'ai entendu dire (|ue le ministre Senard a l'intention d'envoyer dans nos départements des représentants eu mission ! — Des proconsuls!., ré'pondail en fa M. d(! Fallonx. — Et touslesdeux mo-
i.A (.(».\s riTi AN II.. — is si.i'ri:\ii!i',i:. H)i
(liilaiciit la rilniirncllc : — .Vos doparlcmonl.* sont à jiok.s-. nous ne Miaulons jias (|u"nn v aille !
CcUc ninsique. chnrnianle |)af (Mlr-nuMiii-. csl Iticn cnnuYoïiso pcinr les voisins. .4 nssi, connue les deux pistons élaient venus se lof^cr à l'élage au-dessus du pouvoir exéculif, le général Cavaignae et tous les ministres ont menacé de donner congé de leur niiiiislèie. Cela narrangeail pas du tout le propriétaire. — Qu'on fasse de la musi(|ue, soit, mais qu'on chasse des gens ijui jiaienl leur lerine (ravanee, ait ! (jue non pas!... Si vous aimez le cor, allez-en donner sous linciie Marion, moi je garde mes locataires! — Voilà ce qu'a répondu l'Assemblée. Entendant cela, moussu Raze, qui vend les meilleurs pruneaux d'Agen, a (ilé comuns il avait mangt» son fond. — .M. Senard enverra des missionnaires, si lion lui semble.
IR s(|)lpiiil>rf.
Disoussior. d= la Cinstiiution. — Li po.ino de mort. — La liberté d'ensîijnemant. Discsurs de M. de Montalembert.
.le Mii> plais ,1 er(iir(> ipi il v .i dans la discussion de la ('.oiistitiilioii des stations semblables à celles (|u"on trouve sur les lignes de chemins de fer. C'est là que les orateurs s'arrêtent pour répandre leurs discours, de même que la locomotive, pour- lâcher l'eau (|ni engorge ses tuyaux. Si les orateurs ne parlaient pas, on sait qu'ils éclaleraienl comme des machines à vapeur, et feraient sauter tons leurs disfonrs : ce serait excessivement dangereux. Il est donc |)rudeMt de leur inc-nager des soupapes de dégagement et des stations à paroles, où ils puissent évacuer leur trop plein et la vapeur d'élo(|uenc(!.
Les orateurs étaient arrivés, samedi soir, à la station de {'(iliolilion lie la peine de mort , près de la(|uelle nous nous alleiulions à les voir' sé'journer assez longtemps. Mais aujourd'hui h; convoi a continué son iliemin dés le commencement de la. séance; il n'y a que la niacliiiic liuvigniei' qui ait ouvert son lobinet et viib' sa eliaudiéie. Ce (|ui n'a point empêche de conserver la peine de nioil au Miiilin de division.
jjisnite on a marché à toul<' vapeur et sans arrêt pendant plusieui-s am(Mirlements; à l'article 7, on s'est aperçu que h; train se ralentissait; le petit pi-re Marrasl a sifllé du haut de son siège; les cantonniers s(! sont précipités sur la voie jiour voir rf (|ui l'embarrassait. La \oie él.iil p.irfaileinenl libre mai^; le illoven Pi. 'ire l.eronx s'était avisé
oos i,'Assr:MULi:K natio.nalf. comioii-
d'accrocher nu de ses livres au dernier wagon. On comprend (|n'nu poids nussi effroyable empêchât le convoi d'avancer.
Vers quatre heures d'ai)rès-midi, la discussion entrait dans la gare<le la liberté d'cnseiynemetil : M. de Montalcmhert , en douillette de soie puce, est iniuiédialement descendu d'un coupé de première classe; il a fermé son livre d'heures, qu'il avait In pendant toute la route, et il est allé à la tribune. On connaît cet éloquent sacristain , dont le petit père Marrast, actuelleuicnt ])résident de l'Assemblée , a l'ail avant la révolution une description si heureuse. M. de Montalemi)erl n'a jamais autant ressemblé à son portrait qu'aujourd'hui. C'est toujours un cher homme, aux cheveux plats, à la face béate, à la bouche vis- (inensc; il prend la parole du ton qu'on a pour servir la messe; il monte l'escalier avec la componction d un notable qui marche derrière le dais un jour de procession. Enfin Etienne Arago en le reconnaissant h la tribune s'est écrié: ('/est nu pair de France dans un bénitier! — On lira sans doute avpc ])laisir un morceau de l'excellent sermon du révérend :
« Sinitc parvitlos renirc ad me, cest-à-dire envoyez-moi vos petits enfants pour que je leur enseigne le latin, non pas le latin de cuisine, — Ldtimim culinare, — mais le latin le plus fleuri, le plus savant et le plus expurgé : — fMliuinn llondissiiniim . savaiitissiini, expurfialissimumque, — le latin, on ne l'apprend pas dans les collèges de l'Elal. el la preuve, c'est que M. Jules Simon d'Alexandrie, ancien maître de l'Ecole normale, n'en sait pas un mot.
M-.liLES Simon. — Vous non plus. Ignoianlus, içjnoranla, ignutctnlum.
M. MoNTALEMBERT. — lionun , 1)011(1, boiiDiu. — Arvxi iv'rioHf/iff caiw. Mes très-chers frères, dans l'étal actuel des choses, comme il est urgent de former des citoyens honnêtes cl intelligents, nous enseignerons à nos élèves l'art de faire des poèmes latins sur le jardinage et sur l'éducation des lapins. Trois mois de cet exercice suffisent pour obtenir la crétinisalion complète de l'iiulividu. Les faits le prouvent, — probant, acclamant. Le crétinisme universel est une garantie d'ordre et de stabilité; voilà pourquoi nous ne voulons pas que l'Etat intervienne dans notre système d'éducation. — (Très-bien, à droite.':
Quant à l'histoire, on connaît la nouveauté de nos ai)erçus. L'I-lmpire n'a jamais existé; le marquis Konaparle commanda pendant quelques années les trou|)es de S. M. Louis XVIII en qualité de lieutenant-général; Pharamond, premier roi de France, fut sacré à Reims. Aucun de nos élèves n'ignore que le IMiaramond en question fonda la dynastie des Bourbons, qui a duré quatorze siècles etdont la splendeurnn moment
i.A <;(».NSïiïr.\M i:. — i'.> sf.pti:mbri:. 200
(''cli|)sûe hrillcra procliaiiieiiu'ul d'un iioiivl'I éclat, l'oinii'.e le prouvent les |)i()|)l)élies qui ont l'oiiis en ce inonieiit ilans le midi et dans l'oiiesl. cl la niiracnlense a|)|)ai'ition de M. (jenoiide à d(^n\ bergers. On sait^ln reste (|n(! Voltaire, à son lit tic mort, avala nn tronssean de ciels, et i|ne l.éniade était un prol'esseui' de rliélori(|Me de II nivei'site. Si des cidlé<j;('s dans les(|n(;ls les ('tudes surit a celte hauteur ne nous paraissent |)as devoir être alTrancliis de toute surveillauce. dites- le!
l'J se|.lciiilHO.
Reéieouon de M. Marrast a la prssidenoo.
Il y avait à la poite de rAssemhléc nn monsieur qui voulait enlrcLsans carie et (|ni l'aisail nn tapage horrible. Tons les gardiens, tons les huissiers el .M. (^hàtean-Uenaud , le commandant en chel' des gardons, sont accourus el ont dit au monsieur: — Vous n'enirere/ pas! Le monsieur s'est pris à riie (Fun air suflisanl, et a réitéré ses instances:
— Allons, mes amis, allons, laissez-moi jiasser. — La consigne s'y oppose ! — Fort bien, huissiers, fort bien , je vois que vous faites votre seivice en conscience, el je vous en témoigne tonte ma satisfaction ; mais la consigne n'est pas pour moi. Allons, rangez-vous!
(Jomme les gardiens ne so rangeaient pas, le monsieur leur a llau(|ué de grandes bourrades et des coups <le coude terribles ; ou a envoyé clierclier la garde; le capuial mettait déjà la main au ccdlet du monsieur, ipiand ce pcMsonnage sesl écrié d'rrn ton à fair-e reculer' torrtes les gendarriieries : « >Lilherrrerix ! qir'alle/.-vous faire ! vous ignorez donc que je suis inviolable ? »
A ces mots, les gardiens (uil pai'ir cuusleinés ; et, srrpposaul peul-ètr'e (|ue le monsieur ('tait un représiurtant or-igirral, ils (b-viniciil p(dis; l'un d eirx Irri dit : — Air ^a, qui ètes-voirs donc? — L liomuu' se pencha iiussilôt à l'oreille de son interrogateur et lui cr ia, à voix basse, de façon à élr-e entendu de tout le momie : — Je suis Kaltur! — Oui ça, Hattur?
— Haltirr Irri-mèiire !... Nonrrrrons Baltrir ! ah ! noinrrrons toirs IJattui' ! N'avez-vons pas Irr b's allii hes ?... il m'esl pé-nibli! de faire rrron propriéloge... Norirmorrs Hatlirr, nomnrons Hatt'rr! C'est anjourd'Iuri qirc l'oir vole, je puis dcmc, à l'heure qtr'il est, me considérer comme noinmé,
ri vetrir- faire verilier mes porrvoirs Laissez -moi passer, s'il vous
plail.
l'endant l'explicaliorr, nir rassemblement s'était forme. A peine Kallnr s'élail-il fait corriraîire, <|rr'rrn Irès-gr.ind nmnbre d anlics messieurs,
210 I.ASSK.Mlil.Ki; N A I lONAI.I. (.O.MIOIK.
arrives sur tes L'iilielailcs. reiilunrficnl ti lui uHiiii'iit tlos iiui^nées (!<■ main en le liailanl de collègue. — Ualliii-, liien (ju il ne soil |)as (iei, iùwc assez, cepenilanlà savoir à qui est-ce (ju'il |iarli', ne lùl-ce «|u"a(in lie j;ariler son lanj; j)olili(jiic. C'esl j)ouiquoi il pria ses inlerloeuleui> lie lui (liie leurs noms. Alors Ions s'éciieK iil à la lois : Nous sommes vos
collè"nes, ô Uallur! .Moi, je suis (iiiaiiiin, la liheite de la presse! — moi Thomas, la liliei lé iiulividiiellc ! — (llicl elac' lapez-^ous les cuisses, ne reeonnaissez-vons pas M. de Genoude"?
IJrel, Battnr élait au milieu de Ions les candidals (jui voulaient comme lui entrer sans carte à TAssenihlée, sons prétexte qu'ils faisaient partie de la maison. Cependant la lorce armée avait entouré ces faux repiésenlauls et se disposait a les empoigner. Le candidat E. Blanc, enlrei)reneur de roulage, prit alors une pose l)éroï(|ue et s'écria : Nous sommes ici par la vtilonlé du peu])le. nous n'en sortirons que parla force des haïonneltes !
Il fallut que M. Dcgouséc se rendit sur les lieux avec son ecliarpe jiour faire comprendre ii ces lioninies combien leur conduile était illégale ; encore eut-il beaucoup de mal à réussir, car tous s'étaient mis à se laper les cuisses à i'inslar de M. de Genoude, et criaient à lue-tète : Nommons Batlur! uommons Batturl — Le citoyen E. Blanc ne criait |)as, mais il répétait sans cesse d'un Ion grave: M'étant présenté comme enlrepreneur de roulage, j'ai tous les droits d'èlr-e dépirlé.
Kirtin, on a bien vu que ces mallieirreux avaient pris leurs alliches au
LA CO.NSTI rUAN ri:. — -JO SKITICMUlii:, i\\
SL'iiciiv. -A (|irils cniyaienl Ions ùlre déjà rcproseiiUiiils ; M. Dcj^oiiscc tnl |)ilit' d'iiiN cl les lit onlrer dans une ^raiido salle, où il les installa on k'nr disant (hk- c'était celle des séances. Mes gaillaiels nne lois assis se (iéclarèreni en permanence; de|>nis laiitôt ils ne l'ont (jne rendre décrets sur décrets les pins étonnants dn monde. .M. dedeuonile a exi^é (|u'on votât en se ta|)ant l(!s cnisses. et M. Girardin (jne les lois l'nssenl toutes en j)etits alinéas. Quant à J5attur, ca lui est bien égal. Voilà un politi(|ue accommodunt.
Toujours esl-il ([ne la véritable Assemblée, en apprenant ce ijui se passait près d'elle, a été lellenienl émue (ju'elle a oublié la Conslilulion (jnelle doit, pour motiT d urgence, discuter (jualre jours la semaine, et qu'elle s'est mise à voler sous elle un décret relatil à l'Algérie.— après avoir d'abord réélu président M. Marrasl, auquel les matois de la rue de Poitiers devaient opposer, disait-on, un personnage symbolique dont l'avènement eût propliélisé la procbaiiie apolliéost; du diiin Thiers.
iO si-plciiibii'.
Disousssion de ]a Cossutuiion. — Amendement, Montalembert repoussé.
Le révérend .M. de .Monlalembeil, prévenu a la buvette, oii il laisail ses dévolions, qu'on n'attendait (|uc lui pour continuer la messe de la (Jonslitiition, s'est dirigé vers la tril)un(\ Kn passant devant le liuieau. il a failli |)rendre de l'eau bénite dans Tencrier iln secrétaire l'éaii ; mais, sélant aperçu à temps de son erreur, il a lait le signe de la croix à la grecque et prèclu' ensuite en di's termes (|ui l'ertuil |)àmei- d ais(> Ions les frères ignoranlins.
I,(; discours i\i\ révérend Monlalemberl ne saurait nuuujuer d obtejiir l'approbation du cbapitrc: ; il est même pndiable (juil seia imprime |iar privilège pour neuvaines, et comme suppli'meni a roiaismi de sainte Ap|»olline contre li; mal de dents.
A|)rès I édilianle conférence du révérend .Miuilalembeit, la nmitt' des représentants, loucbés de la giàce, s'en sont allés à confesse an scrutin ; mais ils avaient tant de pécbés sur la conscience (|u'il a été inipossible de leur accorder l'aMiendi uk ni de .M. de .Montalembert, — considi'ic coinnu; rabsolnlion en maliei<,' de liberté (renseignement.
OnanI à .M. Naulabelle, ministre de rinslrncliou piiblii|M<'. il mourra bien ci-rlaiin-meirt dans l'impénibime liuale. Anidurd'iini mcore il a blaspbéim''; aussi pouvons-nous lui prédire' ce (|ui lin an i\i ra dans l'aulri' vie: — lois(|ii'il ne sera plus ministre, il lombeia Imil droit ilaii> le .\iiliiiiiiil , qui e,-.| l'cnfri des limiimes (b- ri niversile!
'21-2 l.'ASSKMHI. liK NVIIONM.i; COMigi K.
■2\ SLplen.bio Discussion de la CcnElituUon. — L'art. 15 et M. Servieres.
Il L'iiiil 1111 [lelil iioiuiiic loiil lialiillé de gris, hirihi ; — ce polil homiiic • 'st entré on scène, et il a j)roii(iiieé avec une éloquence île rantoceini III! liiscoiirs (le piopiiéluire ijiii a lail liissonner M. l'roiiilhon jiisiiu'a la pointe des cheveux. — nuaiid je dis éloquence de lantocciiii, il va de soi que j'entends pailer de la pantomime, car autrement I oraleiir s"est exprimé de façon à faire dire par M. Avond, souvent plein de bonne foi. — Voilà un petit homme tout hahillé de uris. hirihi, (jui pourra bien un jour on laulre marcher de loin sur mes traces.
Le citoyen Servieres est doué d'une volubilité charmanle ; on croirait a le voir parler à la fois des yeux, du nez, de la bouche, du menton, des bras et des jambes, qu'il est à ressort, et qu'on le met en mouvemenlà l'aide d'une licelle que quelqu'un lire de dessous le plancher de la tribune. C'est un orateur articulé et d'une espèce méridionale extrêmement divertissante. Ajoutez qu'il est rempli de verve, et qu'il dit des choses presque aussi gaies que les caricatures de Chain.
A peine le citoyen Servieres était-il eu mouvement i[ne toute l'Assemblée, ])our l'inslant sous le charme des conversations particulières, s'est tournée de son côté avec une vive curiosité. Xavier Durrieu lui-même a interrompu la i^rande explication qu'il donnait à Germain Sarrul de la médiation eu Italie , en lui disant : — Mon bon , vene/ au Courrier Français ce soir, je vous ferai toucher les difficultés du doigt sur la carte, et je vous communiquerai les pièces diplomatiques.
Attention! s'était écrié le citoyen Servieres. je vais défendre la propriété.
A ce premier mol l'Assemblée a ondulé comme nui- plaine chargée d'épis; puis les forêts ont agité leur chevelure, les châteaux ont tressailli dans leurs fondements; il n'est pas jusqu'aux petites métairies qui n'aient poussé un léger cri de satisfaction; quant aux vignobles, ils pleuraient d'attendrissement tout le jus de leurs grappes. Le terrible Proudhon seul contemplait d'un œil stoïque celte belle horreur, tandis que le modeste Greppo cachait sa tête sons la redingote de son uni(|iie ami.
— Cadédis ! citovens, continuait M. Servieres avec une animation croissante, où est-elle la propriété ? Je ne la vois presque plus; souffrirez-vous, cadédis, (jue la Constitution l'achève ?
Il était impossible que M. Vivien, membre plaidant de la commission
LA (.oNsrmiAMi;. — -2-2 ski'ti.mhiii:. -21.-,
.le Cdiisliliilion, siipporlàt plus loiiu;l(Mii|)s qu'oii le (lailàl ainsi ilc loiiiiiiiiiiislc lui ol sps Iionoraltlos rnllègui^s ; aussi al-il i(')hiii(1u an pcliilaiil Servii-ros avec le calme de linnoceiico.
M. Vivien csl un oraloiir considéi-aldc ul d uiio gràco acaclomi(|Ui' i|iii
pn'le loiitc son iin|)(irlaMi'e à la moindre plirase. M. Vivii-n rslime cliacnn de se? mois à {"('j^ai d'une |)erle liiie, cl il les l'ail descendre plntôl qu'il ne les laisse lomlier, doncemenl. lenlemeni, ij;rammalicalement. dans la ci'ainlc (pTils ne se blessent, lanl ils soiil délicals, en artivani à leire.
Mais le citoyen ServiiTes ne se laisse pas amollir par des doneeiiis. — ('.ad(''dis. s'esl-il écrié, je m'en importe pen ! I,es j^ros propriétaires, ils sont les véritables pauvres ! (jne |iarle/-vons de leur l'aire payer l'impôt? Si la proprii'lc paie des impôts, cadeilis ! ça n'est plus de la |>ropiiélé.
l ne fois à calilonrebon snreo raisonnement, le |)elil liomme en liabit ^ris, biribi.asi joliment déveIo|)pé son apeach que vingt avocats si' sont l'ait inscrire pour Ini répondre; et (pie l'article 15, — qui pourtant tient en nue seule ligne, dans laquelle il est sons-entendu, alin de plaire à M. (Joudcliaux, que l'impôt peut devenir progri'ssii', — occupera Imite la séance de demain.