‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 50 sur 114 · I.A CONSTl ilîANTi;. — lo OCTOBP.K · texte numérisé non relu

I.A CONSTl ilîANTi;. — lo OCTOBP.K

lois liMii'S siilïragcs : .1 Je rclusc, parce (|iic cet exercice du jxmvoir, sans (langer avec moi, ouvrirait à ni) antre le chemin de la tyrannie? » — (Jiie M. ileKerdrel nous apporte un \Vasliinf;l(ui, on lui |iassera son amendement.

10 octobre.

Projet de CREDIT FONCIER et de BONS HYPOTHECAIRES, par les citoyens Turk et Pfudtiomme.

!\[asler Tnrk est le meilleur type d'orateur hollandais qui soit àl'Assembiée. S'il avait sa grosse pipe à la bouche et la clioppe de bière à si's côtés, le tableau do Téniers serait comjilet.

En contemplant l'oraleur Tnrk dans toute sa majesté il est impossible de ne point reconnaître run de ces excellents bourgeois d'Amsterdam qui vont gravement se promener au Rideck, où ils font l'admiration des étrangers. Ce qui plaît surtout dans master Tnrk, c'est l'asjject débonnaire de tout son personnage : grande, longue, large et rougeaude figure qu'encadrent des cheveux abonilamment mêlés; un nez considérable, une vaste bouche et deux belles oreilles qui percent la chevelure; — l'œil est bleu et luisant dans le vague. — Master Tnrk a l'éternel habit noir à basques carrées, revers mollasses, collet défriché; il a aussi la cravate négligée, cette cravate des savants et des penseurs tortillée négligemment comme nue corde autour du cou. Le seul homme qu'on puisse de prime abord comparer an citoyen Turk, c'est le célèbre Brard et Saint-Omer. ju'ofesseur de calligra|)hie, histoire et tenue de livres. Néanmoins, le fort de master Turk c'est le calcul ; nous avions supposé jusqu'à présent qu'il appartenait plus spécialement à l'agriculture, tant il a l'apparence de pouvoir traiter mieux que qui que ce soit l'importante question des fromages, au sein desquels on croirait qu'il a pris naissance; mais il s'est adonné- particnlii-rementaux finances, et nonsnavons point été médiocrement snipris de l'entendre aujourd'hui ex|)oser d'un ton d'épicier(;nlhousiasmé un certain projet iVclablisuciiientducrèiIil foncier, qui nous enrichirait immédiatement de deux milliards de bonn hypothécaires ; — c'est-à-dire de cent écns au moins — au dernier cours des assignats, qui , comme on le sait , avaient fini par se vendre à la livre. Quoi donc?anrait-on jamais cru que master Turk romprait ainsi qu'il vient de le faire avec les saines traditions des négociants de Ralavia, qui durent être ses ancêtres! Est-il bien possible qu'un comi)lable de Rotlerilam tombe dans de pareils exci-s? devait-on ailemlre de master Tnrk, — cet extérieur placide et embelli par des Innelles de caissier fidèle; ce sonriri- d'arrière-lxintique ; celle boiinèle dciiiarehe de la rue des

çtw I \ssi:miîi,i;i: .\.\i io.nai.i; comiuii:.

Lombards; relie vivante enseigne de denrées coloniales; — devait-on attendre enfin de cet orateur d'un âge mûr et tout à lait conforme aux plus vertueux pères du répertoire Sedaine, qu'il viendrait s'exprimer comme un communiste et proposer de mettre les immeubles en circulation?— En entendant cela, M. Proudlion a fait un sourire salanique et s'est involontairement léché les babines; Greppo qui l'entourait a poussé un petit cri de satisfaction. — Aussitôt masterTurk part de plus belle et déclame cnbommequi nese connaîtplus; jamaison ne vit un Flamand aussi violent. Il secouait ses lunettes comme une crinière ; il portait des défis à tout le monde; on aurait dit qu'il s'était grisé avec du gruyère !

Un orateur ainsi pris de fromage ne ménage plus rien. — Master Turk a osé faire des menaces à M. Goudchaux, le logarithme vivant ; au petitDuclerc, le hérisson de mathématiques; et enfin il a appelé M.Thiers lui-même en combat singulier, après s'être écrié qu'il ne faisait pas plus de cas de lui que d'un zéro avant l'unité! Ce n'est pas tout; pour complément de démonstration, master Turk a tiré des vieux journaux de sa poche, il les a déchirés en mille morceaux, et quand la tribune en a été remplie, il s'est écrié : — Deux milliards d'assignats! les voilà, les voilà ! qui en veut? Parlez, faites-vous servir, je les prête sur hypothèques! qui est-ce qui a des hypothèques? j'accepte les vieux habits en gage; vieux habits, vieilles hypothèques! prenez mon papier ; prenez, prrrenez ! Quant à M. Goudchaux, il n'en aura pas... Nicolas!.. Citoyens, laissez-moi faire la fortune de la France !

Sur ce dernier mot, master Turk s'était attendri; il jugea qu'il était temps de descendre de la tribune avant d'avoir noyé les deux milliards d'assignats de ses larmes. Mais pendant qu'il les ramassait pour les serrer dans son portefeuille, le petit Thiers est venu qui, d'un coup de balai, a jeté au vent la paperasse hypothécaire.

Tous les assignats du pauvre Turk sont perdus ! Les personnes qui les trouveraient sont instamment priées de les lui rapporter... C'est la seule fortune d'une honnête famille ! ! — Ah ! l'on ne voudrait point porter tort à un brave garçon de recette ; — d'ailleurs, (|uel intérêt aurait-on à garder les billets, ils sont sans valeur.

M oclolirc.

Enterrement du projet de crédit financier. — Discours Plandm. — Proposition Durrieu sur la suppression des journaux.

La discussion du crédit foncier se rallume. Voici venir un Hercule capable de soulever Turk à bras tendu. — Je ne parle pas de l'orateur

LA CONSim A>iK. — Il OCiUBUi:. -217

Piiidlitimmc, le coiiiporc de Tiirk, qui a d'abord préscnlc ses liommagcs à l'Assemblée. — 0 Henri Monnior, nii étais-ln? — le veux |>arlcr d'un liommc qui s'esl rRwjiiis riinmurlalih' par mi disroiirs qui irail faciiciiienl de Paris à Rouen, si Ton en niellait Ions les mois an bout l'un de l'antre sur une seule ligne. — Nommons M. Flandiu; il l'a bien mérité: l'iaiuliu, rapporlenrdii eomilé d'agriculture, défenseur des bons hypolltvcaires. avocat, rue du Bac, n" 11, au 2"an-dessns de l'entresol. — Non, jamais les ])lus belles baleines d'aucune Assemblée délibérante nonl encore exhalé, même à plusieurs reprises, on morceau oratoire semblable à celui que M. i'Iandin a débité sans re|)rendre sa respiration. Ce M. Flandin n'est pas seulement un avocat, c'est nn plongeur; il lui appartenait de démontrer, par une expérience publicpie, combien do temps une personne vraiment éloquente peut rester sous un discours à liavailicr au tond île la discussion. Cendant que Jl. Flandin a parlé, on aurait eu le ti'ni|is de louillei' toute la rivière. — Résultat prodigieux à côté duquel le bateau sous-marin oITi e que de piètres ressources ! — Il est probable qu'on va immédiatement construire des cloches à orateurs sur le modèle de celle de M. Flandin, avec un tuyau pour renouveler les idées; ce sera extrêmement commode, cl l'on découvrira certainement des coquillages inconnus dans les profondeurs encore inexplorées de la tribune.

M. \\()lovvski. ancien Polonais, d'une résolution à toute épreuve, voulait plonger après M. Flandin, avant même que la cloche ne lui préparé(!; comme on craignait que sou baleine ne Irabît son courage, on la retenu de force sur le bord du verre d'eau en criant : Aux voix! aux voix! avec deflrojables trépignements [,es sténographes eux-mêmes, ([ni regardaient celte scène pathétique du parapet de leur Iribune, y ont pris part à ce point qu'un vieil habitué a été obligéde dire à un jeune apprenti (|ni laisail a cùlé de lui autant de tapage (|ue toule la gauclie : — .Mon ami, il faut augmenter le bruit, mais jamais le dominer, anlremunl vous seriez reconnu et mis à la porle. — L'observation venait à propos, car, à ce moment même, le |)etil pi.'re Marrast, qui s'était déjà posé en espion derrière le lautenil du vice-président Rixio, sons le prétexte de lui donner des conseils, rcgaidail avec des yeux de lynx toute la classe afin de marquer à la sournoise des mauvais points au\ élèves qui ne se défiaient pas de lui.

L'Assemblée mérite la récompense honnête! elle a rendu à masicr Tnrk ses assiffiials, et en même temps elle l'a prié d(! re|»iendre (h'Iinitivcnicnt son crédit foncier, disant que le pupier-monnaie n'aurait |>as de valeur parce rpic Ir discours de \\. j-'landin était grevé d'byijotbèques.

Aux ffroits que Xavier Diirrieu tcriliiil (Ici)uis quelque temps avee sou loiule, il était l'acile de voir qu'il avait un ])rojet. — Bon!... il s'élance à la tribune!... (Mouchons-nous.) 11 prend la parole... (On élernne de tous côtés, et les mouclioirs voltigent sur plusieurs bancs à la fois, comme pour le railler.) Cependant Durrieu , après avoir trempé son nez dans le verre d'eau sncn'e, triomphe de son rhume eu ces termes : « Ilnm! hum! L'état de siège... (Mouchez - vous donc!) oui... car... (Il boit.) Avez-vous lu le Courrier français?... permettez-moi de lui l'aire ime réclame... (11 boit.) Hum! hum!... Si le général Cavaignac était ici , je lui demanderais d'abord : Comment vous mouchez-vous! La question est là... Je vous dirai, citoyens, que si je me mouchais aussi i'aciicmeni que je le désire... (11 hoit.) Mouchons-nous hardiment en face de l'Europe si nous voulons lui inspirer quelque respect... (Il boit.) Telle est l'opinion de mon honorahle ami Charamaule, qui ne se lîioucbe pas non plus aisément... » (Il boit.) — Après ces premières paroles, prononcées avec l'embarras d'un orateur ([ni ne fait point de son nez toutce (juil voudrait, Xavier Durrieu a lini par débiter, sur la liberté de la presse et sur l'état de siège, un discours fort énergique, comme on le pourrait attendre seulement de quelqu'un qui se servirait librement du mouchoir. Oh prodige! eu descendant de la tribune, il fait un dernier effort..., el. pour la première fois, il se mouche tout h fuit! — C'est une récompense que la nature s'est plu sans doute à accorder à son patriotisme. — Le miracle a failli mener loin le gouvernement. Le gouvernement, qui s'en liait à rinfirmilé ordinaire de Durrieu, se promenait dans les couloirs. Les amis, justement alarmés du tour éloquent que prend le nez de l'honorable préopinant, courent à la recherche des ministres en poussant des n hélas! » en criant : « Arrivez vite, Durrieu éternue, Durrieu se mouche, Sarrans (jeune) s'en mêle, Victor Tlugo leur prête le foulard, vous êtes perdus! » — On trouve enfin M'' Senard et M' IMarie ; on les amène... il était temps! cinq voix de plus, la proposition de Xavier Durrieu passait, et l'état de siège était levé. — Demain matin, à son réveil, le général (Cavaignac aurait en le plaisir de lire les journaux suspendus. — Ça l'eût flatté infiniment.

12 octobre.

Discussion de la Constiluiior. — Le droit, de gràoe. — Attributions du président. Son traitement fixé à 600.000 fr,

Seize articles de la Constitution et trente amendements y lelatifs ont fourni leurs orateurs; il serait difficile de désirer un arlequin i)lus varié.

i,\ cuNsm LiA.N 1 1:. — \'i <K;i(»Bi;i:. aw

l-c premier qui mérite d'être saisi sur le lail, c'est le citoyen Aylies. Il parie du droit île (jràce en ouvrant une large bouclie à ressort qui laisse voir une double rangée de belles dents de requin, {^'orateur Aylies est, nous dit-on, l'une dos fleurs du parquet. Il est connu pour l'aire évanouir les gendarmesen pleine audience, cbaqne fois qu'il prend lui-niènie la parole contre les criminels qu'on traîne à sa barre. — A propos de celle question de douceur dont l'Assemblée s'entretenait , M. Aylies s'est mis à rugir tout à fait tendrement; il a exprimé sa sensibilité avec des phrases à menolles, des mots bouclés et des élans de juge d'inslrnction. En l'entendant parler, on croyait entendre grincer les serrures de la Conciergerie. — Telle doit être l'éloquence des crocodiles du Nil.

M. Bastide, en tenue d'entrepreneur des pomjies funèbres, entre sans mol dire, — c'est à ce titre que nous le classons parmi les orateurs.

M. Aylies était à peine sorti du greffe — c'est à dire de la tribune — qu'un certain M. Julien y est entré. Il est impossible de signaler autre chose do remarquable en lui que sa figure de galoche. D'ailleurs, ce substitut est doué du talent qui convient à sa physionomie.

Celui ([ui lui succède n'a point encore parlé, (ju'on s'écrie : Oh! soyez iissezClémenl pour vous taire ! — Il se nomme Auguste Clément.

Est-ce Grassot ou bien est-ce M. Tassel qui se présente? tous les deux ressemblent à s'y méprendre au toucan, le plus comique des oiseaux. Peut-être que le toucan s'est envolé du Jardin des-Plantes cl (|ue c'est lui qui est M. Tassel.

Parmi les orateurs qui appartiennent à l'ornitliologie, et que nous appellerons des orateurs de volière, brille M. .Mortimer Ti'rnaux, beau à la Iribime comme le cacatoès sur son |>erchoir, et dont l'organe mâle imite à s'y mé|Mcndre celui de l'ara, grand |)erroqucl (jui n'apprend jamais à |)arlcr.

Mais voici M'' l.eblond. — Honjonr, maître Leblond, comment vous |)ortez-vous? — M' I^eblond se porte comme un principal clerc de notaire qui est sur le point de traiter de l'étude de son patron. Il a l'air entendu, le ton suflisanl,ct il vous (•\|)lique les attributions du président aux clients comme s'il s'agissait d'un placement sur première hypothèque.

L'orateur Larabit a la IVancliisc d'iiu militaire, mais son fusil crache toujours; nous lui avions cependant indicpié le dentiste ratlet. — « Je vous demande bien |)ardon, dit M. I.arabit, de vous proposer \ni amenilemcfit sur l'uniforme du président, qm;je vfiudrais bleu clair, collant, orné de galons et surmonté d'un chapeau à plumes vertes. » — Aprèsi|uui

-2bO L'ASSi:.MDl.i:i: .naiio.namî comiulk.

M. Lnrabit reloiirne à sa place avec la désolulion tle n'èlre pas inèmo

aj)])iivé. — Celait un spectacle navrant.

i'onr apprécier jusqu'à quel point on peut braver un auditoire et rester maître de la tribune, il faut avoir entendu M. Dabaud. Chaque lois qu'il paraît , rAsscmblée entre en récréation : les uns font leurs j)ensunis, d antres leur correspondance ; les petits jouent aux billes. Kncouragé par cet accueil, !\F. Dabaud ne manque jamais de prononcer son discours de naissance qu'il approprie par d'iieureux changements aux sujets à Tordre du jour, nolammcnl à la (jueslion de savoir si le président devra loger <à l'hôtel ou liabiler \\n jialais de l'Etat. M. Dabaud est connu dans son pays sous le pseinlonymc de VélnqueiH percepteur.

Enlin, un orateur gros comme Falstalïet spirituel comme l'oins, s'avance avec la légèreté d'un acrobate qui se promènerait sur des œufs. Ou a reconnu Aniony Thourel. — Le bel homme, ma commère, le bel

homme! — C'est l'auleur tle l'Autiquaire. — Que va-l-il donc jouer? — Le sixième acte de sa comédie, interrompue à l'Odéon par les intrigues de ses ennemis politiques! — L'habitude du théâtre donne un avantagea Antony Thourct : il est tout-.vfait comédien. La tradition du Conservatoire n'a pas de secrets pour lui ; il réunit le geste de Firniin à l'oriijinnlilé d'Odrv. Fnsuifc il s,iil toujours calculer ?es cfrels, làler son

LA CONSTITI'AM i:. — lô (M'.TOHHi:. 2M

|iiil)lic et choisir, siiivaiil les circonslanccs, son discours dans les meilleures pièces du ré])ertoire. A propos, par exemple, du luxe dont (|uel- (pies àines vénales voudraient entourer le président, Antony Tliouret a récité avec un hon-luiir incroyable le rôle de Clitandre des Fcmmex savaitles, — ce qui lui a permis de faire les allusions les plus palpitantes à la cour do Louis XIV et aux républicains de garde-robe qui se |iiaiseiil à hanter les antichambres. — Il n'y avait pas un courtisan dans lAsscniblée qui ne se sentît monter le rouge au visage. — Prolitant habilement de l'émotion, Antony Tliouret a entremêlé Molière de quelquesunes de ses propres tirades; puis il a lini par offrir de se charger de la présidence au rabais... pour la gloire! — Qu'on me paie seulement les frais de déménagement et les courses de cabriolet, s'est-il écrié, je ne demande rien de plus !

Sur ce mot, la salle entièie est partie. Aniony Tliouret n'a jamais obtenu un succès |)areil, même à TOdéon.

Après la comédie , on a immédiatement mis au sciutiu secret la ([(lestion de savoir si le président dînerait à vingt-neuf sols et s'il devrait élever des la|)ins poui- se créer niilb; éciis de rente et une existence honorable, — L'anuMulement du poète a été repoussé. — Le président seia logé, blanchi, et même un peu nourri aux frais de la républi(|U('. — Les partisans de la stricte économie regretteront |)eut-être ([u'oii n'ail |MS ailoplé le princi|)e vraiment républicain de mettre le Iraitement présidentiel en adjudication |)ai' soumission cachetée, ainsi cjue cela se prati(|ue pour les fournitun^s de l'Ktat et les entreprises do travaux publics.

15 octobre.

DiE<'.Ui^'ion do !a Consliluliùn. — Li vioe-présidenoe ; le Conseil d'Etat. — Changp.ment de

minislèro.

Kmotion ! — Xavier Durrieu triomphe; — sa dernière proposition a jeté le trouble dans le gonvernemenl. — Lu exanu-n rétrospectif du scrutin d'avant-liier a diminué (h; trois voix la majorité. L'état de siège ne tient pins qu'à une différcmc de deux boules. — Kchec au ministère! Ou'on pousse encm-e mm jiiou, el il es! dkiI. — Dans de pareilhis circonstances, la discussion n'est plus (|n'nn prélexlc — Odihm Harrot et ses nuUnù, toute la rne de l'oiliers, h^s habiles, les malins el l(-s(lu|i('S, ont pris l'atlilurb; nn)deste de gens i|ui s'attendent à être bientôt récompensés dans la |)eisonni' de (|in;b|ues-uns des leurs. — Dès ([u'uii orateur |)arai( a la Iriliuiir, nu le ngardr diiii air cpii siguilie : « Nous apporipz-vous Ir minislrrc nnuMMu? » S'il pmpnse avec uaÏMié un

iM l/ASSKMnLÉE ^AT10^ALI': (KIMIQUi:.

aineiuleiiu'iif, ou ne récoulc plus; on lui lonrne le dos, on relourne aux cancans. Le polit ïhiers fait groupe dans la salle des conférences, el douru; gratuitement aux novices des leçons de haute politique; Dnvcrgier de Ilauranne, son aide-de-canip, se multiplie ; on s'étonne qu'il fasse un pareil service à pied. Donnez-lui donc un cheval, M. Degousée ! s'il n'y a pas de cheval à la questure, M. Maleville, qui est fort, pourrait le prendre sur son dos et lui servir de ])etit éléphant.

Pendant ce temps-là le spirituel Marrasl, profilant de la diversion, conduit le centre en silence au vote de la Conslilulion. Le chapitre de la vicr-présldence est enlevé. On comhie l'article 67 avec un amendement Kœnig. Le vice-président sera nommé par l'Assemblée, sur présentation d'une liste de trois candidats par le président de la République. Les fonctions du vice-président, nettement définies, seront celles d'une troisième roue de carosse; et comme on suppose que la troisième roue sera fort bien chez le charron, et (ju'elle n'aura ])as besoin de réparations, vu le peu d'usage qu'on en fera, on ne s'inquiète même pas de lui fournir un traitement et uiu; remise. — Rien n'empêche le vice-président d'exercer un état pour vivre; d'être, par exemple, serrurier le malin et vice-président le soir, et de ne s'occuper de la République qu'après sa journée faite, s'il n'a |)oint de lentes; — on bien d'attendre dans les carrières Montmartre, comme autrefois les prophètes dans leurs cavernes de la Thébaïde, qu'un corbeau lui apporte un petit pain quotidien au lever de l'aurore.

A ce moment là, le général Cavaignac est entré. Xavier Durrien s'est campé fièrement sur la hanche; le général a prié poliment l'Assemblée de vouloir bien lui indiquer quelques personnes de bonne volonté qui s'entendraient avec lui sur la hnée de l'état de siège; puis Clément Thomas ayant demandé, avec sou indiscrétion habituelle, les noms des nouveaux ministres, le général a répondu avec une franchise diplomatique qu'il ne savait pas ce que l'on voulait dire. — Sur(|uoi il u fallu retenir de force M. Senard pour l'empêcher de venir apj)orter à la tribune une lettre qu'il a reçue hier soir, et dans laquelle son ami le géné'ral lui o/fre eu termes aimables sa démission de ministre de l'intérieur.— Qu'alliez-vous faire, imprudent Senard? cette lettre est un secret d'Etat. — Vous avez raison, répond à son voisin l'excellent Senard en fronçant le sourcil d'un air entendu, et en se mettant le doigt devant la bouche avec beaucoup de gravité.

On peut facilement croire que, sous le coupdi; ces grands événements, le cbajtitre du Conseil ti Etat a été adopté séance tenante. — M. Marcel Harlhe voulait pourtant v introduire des nuulifications. — Fi ! le cœur sec!

l.A CONSiri l AN IK. — IV OCTdHUK.

14 octul)ie

Le nouveau ministère. Mole. Dufaure. Vivien et Freslùn. — Suite de la discussion de la Conslitulion.

— (ilier monsieur niipr.il, iiormotlt-z-nioi do vous piéssoiilcr mes lioinmage!;...

— Monsieur...

— A coup snr, inniisieiir, ri'la vous itiiil ilù. ol je me pi()|>os(' dCii frliciler h; géiu'ial Cavaignac...

— Ueii. .. lieu... lieu...

— Non, |)arolo (riioiuiciir I monsieur, cr ii'osl poini niio (lallcric. ..

— Ho... lio.., ho...

— Ne vous en défendez pas, cxcelIciK c, ci" porlifcnille vous revenait de droit. Il n'v avait pas de coniliinaison sans vons; on aflirme (|ne r.\nj;leterre n)el ses lionnes places à ee priv.

— Mais, nionsienr...

— Votre nomination est-elle au Mouiiciir !

— Ifonn... onn... oun..

— Oiioi 1 ne sericz-vons jtas nomme, mon cher ami".' la Itonrse ' cunpte sur vous. I.r? fonds ont nionte à la nnnvelle de \otre entrée aux affaires.

234 I. VSSK.MnLKi: NMIONAI-i: COMIQUK.

— Vous êtes trop aimable.. . mais...

— Alors c'est donc Xavier Diirrieu?.. Citoyen Durricii, recevez mon compliment bien sincère...

— Oni... Moi?... je vous ilirai que j"ai été oliligé de rcfiism-... .l'ai donné hier mon dernier mot : six cent mille hommes en Pologne d'ici ;i huit jours... sinon non. C'était à prendre ou à laisser. Autrement je ne consentirai jamais à remplacer Bastide.

— C'est véritablement dommage! comment fera-l-on un minisii're?

— Oh! ma foi, le gouvernement s'arrangera comme il pourra, je m'en lave les mains.

Dès l'instant que Pascal Durrieu et Xavier Duprat ne s'y prêtaient pas, il n'était pas facile de s'en tirer. Les combinaisons les pins saugrenues couraient la salle des Pas-Perdus. Les solliciteurs ne savaient à quel saint se vouer. On suivait chaque représentant qui sortait pour voir s'il n'avait pas un portefeuille dans sa poche. On formait des groupes autour du jeune Avoud ; Germain Sarrut était entouré ; l'ami Baze lui-même était pris aux basques par des personnes qui imploraient de lui des débitsde tabac. Depuis liierM. Dabaud a reçu plus de six livresde pétitions.

Vers midi le bruit s'est répandu qu'Antony Thouret allait délinitivementà l'inslrnction publique; — di.x minutes apr<;s, on affirma que le |)arti j)enseur triomphait, (pie Victor Ihigo , chargé de composer le ministère, avait déjà pris Tragaldabas pour chef de cabinet. Ce ([ui don uail beaucoup de créance à cette dernière version, c'est qu'on avait vu Vacqucric se promener avec Frédéric i.emaître sur le pont de la Concorde. Xéanmoius on parlait encore de plusieurs autres combinaisons quand le supplément du Moniteur a paru. Il était temps.

Sans contredit , le j)lus magnifique ministère qu'on put souhaiter est celui qui aurait contenu à la fois Duprat, Durrieu, Avond. Sarrans (june) et Sarrut, tous hommes du Midi, tous orateui-s ; mais il n'a pas élé |)ossible de réunir ces mortels considérables, par la raison trèssimple qu'ils voulaient tous être président du conseil et que pas un n'acceptait les petits portefeuilles, bons pour des subalternes. Il faut se contenter de MM. Dufaure, Vivien et Freslon, que le général Cavaignac a fait connaître vers trois heures — • afin de mettre un terme aux obsessions dont leurs honorables collègues ci-dessus nommés étaient victimes.

Peut-être reprochera-t-on à Xavier Durrieu d'avoir fait avorté par son exigence de 600,000 hommes une combinaison à laquelle il eût prêté tant de force; mais iVanchement, avec l'attitude qu'il a prise en Europe, il lui était bien difficile de rabattre un seul grenadier.

I.a Constitution va son train : CirvpiTiiE VIII. — Du pamoir jinliciaiic.

\.\ CONSHÏL'ANTi;. — Hi (ICTO l!i; K. 255

ir. (iclol.re.

Le Programme du nouveau ministère. — M. Dufaure. — Ij'ex-prefet Duooux.

La conciliation nous charme. Depuis la révolution, on court apri's l'Ile; mais sans doute qu'elle nous prend pour Ulysse, car elle luit comme l'île d'Ithaque; enfin M. Dufanre est venu ce niatiu dire qu'il l'avait aUrapée et qu'il Capporluil ; c'est hicn honnête de sa part; il a ensuite tiré de son portereiiille de maroquin rouge un petit manuscrit dans lequel il l'avait enfermée; — à peine le discours était-il ouvert, avec infiniment de précaution pourtant, que la conciliation s'est échap- |)ée; il n'est resté que l'enveloppe. Le programme du nouveau ministère était écrit dessus.

Ce programme excellent resscmhle ahsolument à celui {|ui l'a précédé,— lequel était exactement copié sur le premier morceau du même genre qu'on se phit à rédiger. La tradition ré|)ul)licaine n'est point rompue; M. Dul'aure, c'est une justice qu'il faut lui rendre, remonte aux harricades de févriei". Bref, pour dire aussi notre sentiment, il nous |)arail que Conciliation est le synonyme de République. Le grand malheur, c est qu'il n'y ait pas de synonyme parfait dans la langue française. (îrammairiens et pcdiliqnes n'auraient doue pas moins de mérite les uns (pie les antres à en trouver un. M. Diifaiire, du côté de la grammaire et du style, est certainement un républicain distingué. Il n'y a point dans l'.Vssemblée d'homme qui parle une langue plus nette, plus serrée, |)lus forte que la sienne. Kii outre, cet orateur était, dit-on, même sous la monarcbie, démocrate par les UKeiirs et la probité de caractère, deux qualités qui lui permettraient sans trop d'exagération de se prétendre républicain (h; sentiment sinon de tmisxance.

Les deuxautres ministres qu'on a mis dans les poches de M. Dufaiire ont eu la modestie de se faire un paravent du programme (h' leur collègue. Cependant on a \u le boni du nez di' l'un d'eux, M. Frcsion , successeur du citoyen Vaiilabelle; il s'est lait rappeler à l'ordre parce qu'il iiitrrrompail les orateurs. Ce début jtromet.

La prudence de .M.Vivien, préseiilemeut ministre des travaux publics, est proverbiale ; il l'a jusliliée par sou silence. .M. Vivien a moins de mérite (|u'uu autre à se taire, car son grand laliMit consiste, comme; ou sait, il ne dire que trois mois en un quart d beuic; — mais très-distincleinent.

L'occasion était belle pour .M. Sniaid de iiKUiler a la Inbuiie , ou le

'25G lassk.mbijli: .\,\i ionai.k coMigui:.

savait liomnic à ne pas la laisser échapper; il a surpris loiit le inonde par une réserve l'orl remarquable chez nn avocat rouennais (|ni sort du ministère de l'intérieur, après s'être si bien accouliimé à l'idée d'y denienrer, qu'il avait fait piauler des pommiers dans le jardin afin d") retrouver sa Normaudie.

Il faut savoir qu'il y avait un préfet de police nommé M.Ducoux; que M. Ducoux a donné sa démission et que, voulant révéler cet acte d'hé-

l'oïsnie, il a pris la voix dont M. Senard se sert dans ses jours de colère oratoire, delà a donné naturellement lieu de faire la réflexion que l'expréfet de police serait un bien beau gardien de Paris. M. Ducoux avoue que la conciliation est le fond de son caractère, mais que ses principes l'obligent à se brouiller avec le gouvei'nemenl. Cette opinion, soutenue par Ledru-Hollin, a été mise aux voix et partagée par cent cinquantecinq votants. Le général Cavaignac, fort de la majorité, croit avoir plus que jamais mérité l'estime et la reconnaissance de ses concitoyens. — (lommc il connaît bien sa pairie et ses nouveaux amis de la rue de Poitiers !

LA CONSnriA.MIi.

17 (tcrOBUK.

17 octobre.

Validation des élections de la Martinique. — M. Poi-y-Papy. — Discussion de la Constitution. — Du POUVOIR JUDICIAIRE.

— .Ne nie troiiipé je pas? esl-ce bien à M. Isaniheil que j'ai Tlionnenr (le parler?

— .Mi pas sapir ; qn'esl-ee que vons dire, pelit bequé • moi pas blanc, moi pas Isanibert, moi Congo, pauvre Congo à li.

— Comment! vous dites que vous êtes le citoyen Congo? Allons donc, cher monsieur Isamberl, j(! vois bien (jue vous voulez rire ; la

plaisanterie est excellente, mais je vous reconnais parfaitonieni , vous (■tes isambert lui-même, le véritable Isamberl.

— .Moi pas rire, petit bc(|né, moi pas savoir lran(,'ais di tout, moi parler créole, moi mains uoirt's, moi bout du nez noir aussi.

— Parbleu, vous avez mis des gants cl vous vous êtes barbouillé la ligure avec de la suie, ce qui vous rend très-laid, mais vous ne ferez pas croire pour cela à vos collègues (|ne vous arrivez de la Martinique.

A ces mots, M. Isambert, comprenant qu'il était inutile de feindre da^an^age, me dit avec une désespéranle mélancolie : .le vois bien que je ne pourrai jamais être nègre!

— Vous I êtes par les sentiments, lui répoudis-jc.

— I*uis(|ue vous m'avez reconnu, conlinii.i-l-ii, je mhis en supplie. ne me trabissez pas.

2d8 L'ASSEMBLÉE NATIOMALE COMlyUE.

— (loin ment rcnlciulez-vous?

— Je veux me présenter comme député des colonies, et c'est aujourd'hui qu'on doit valider mon élection ; cela vous explique que je nie sois peint le visage pour réparer les torts de la nature. Si l'on s'en doute, mon avenir est compromis; ayez donc la bonté de me garderie secret.

— Que parlez-vous de faire valider votre élection, puisque vous êtes déjà représentant du peuple?

— Représentant blanc, mon Ikiu ami... mais pas encore représentant noir... ce qui est le but de toute ma vie.

— Vous avez donc été nommé aux colonies?

— Chull me fit alorsM. Isambert mystérieusement, chut!... Les ingrats m'ont oviblié... mais à l'aide de ce déguisement, j'espère me faire passer pour Pory-Papy. D'ailleurs si l'on m'interroge, je connais la langue du [>ays, et je parlerai du nez pour qu'on ne reconnaisse pas ma voix : « Petit blanc, mon bon frère, moi bon noir à li ; président Marrast... (longo, bon noir à sa patrie... » C'est ainsi que je m'exprimerai.

— Vous obtiendrez certainement beaucoup de succès.

— Je l'espère, me dit modestement M. Isambert; puis il me quitta en me faisant un grand salut nègre, c'est-à dire en frottant son nez contre le mien sans que je pusse m'en défendre.

Pendant que je m'essuyais, des cris |)erçants annoncèrent que la séance était commencée. Eu effet , M. Charamaule, chargé de rendre compte des élections de la Martinique, venait de prononcer un discours, et quelqu'un était en train de lui répondre avec la plus grande facilité.

— Oui est-ce donc qui parle? demandai-je.

— C'est M Pory-Papy.

— Ma foi, vu de cette distance, M. Isambert est tout-à-fait méconnaissable ; d'abord il est bien mieux en noir qu'eu blanc; ses traits s'allongent ; ensuite sa voix de nez est un organe charmant et que je préfère de beaucoup à son organe naturel; je lui conseillerai de la garder.

Puis, comme Pory-Papy continuait, — Voilà , m'écriais-je toujours en moi-même, puisque j'avais fait serment de ne rien révéler, voilà quelque chose de bien extraordinaire! M. Isambert, sous son déguisement, parait tout autre qu'à l'ordinaire. Il était véritablement fait pour être noir; c'est son élément naturel : celte conleur-là le met toulà-fail à l'aise. Le geste, la voix, l'expression, rien ne lui manque plus. On le dirait presque éloquent ; ce petit accent sauvage qu'il imite à ravir lui donne un charme particulier ; je parierais qu'il va faire valider son élection.

F.fl'eetixenient l'ideclion lut \alidi'r. — Allons lueri \ile l'élieiler

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