I.A CO.NSÏITUAN IK. — IS OCiCtB lU
M. Isaiii!)erl. — .le le lioiiNai (itii s'ai racliail les cheveux dans la salle (les Pas-Perdns H élait pâle comme un mort.
— Vos couleurs sont tombées, lui dis je ; effet de l'émotion. iN'importe! vous méritez bien le nom de Pory-Papy; recevez mon sincère compliment, vous venez de débiter un discours charmant ! — Ce n'est pas nmi.
— Ce n'est pas vous !... qui donc? — Lui 1 — Qui lui'.' — Pory-Papy...
— Quoi! un véritable... — Oui. — Diable! il a du talent. — Le malheureux est avocat et parle français!... hélas, il n'y a plus de noirs! J'étais le dernier; il a pris ma place.
Le fait est que le citoyen Pory-Papy n'a jioiut été nommé par les (■lecteurs de la .Martini(|ue parce qu'il est mulâtre, mais à cause de ses plaidoiries. Les bons noirs, dès le lendemain de leur affranchissement, croyaient sans doute |)r()uver ainsi à la mère-patrie (ju'ils étaient di<;nes digues d'elle, en imitant ses usages.
P. S. On est ensuite arrivé sans efforts à l'article 91 de la Constitution . chapitre du /ux/rruV iHdiclairc.
18 octiil)ri'.
Décret sur le juri. — Disoussion de la Consûtuuon. — Quatorze articles volés.
(ies dames ont cti le plaisir de \o\v l'ancien ministre Vaulabelle retourner à sou banc primitil. Il élait supcîrbc : — physi(|ue de premier
LMiiiiii il liiiiiriiiii iriitii- noce de nulairc. Cille Icuue de ( ircouslani c
260 l.'ASSKMBLKE N A T I 0^ AI.K COMl QUIv
.•1 beaucoii|) plu, en ce qu'elle l'oiiiie un contraste ni;inil'esle avec le panlalor gris que M. Vaulabeiie a conservé pendant toute la durée de son adininislralion el qu'il a quitté aujourd'hui seulement. Le pantalon i^ris appartenait-il au mobilier du ministère? nous n'oserions l'affirmer. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en portant pendant près de trois mois ce modeste uniCorme, l'ex-minislre de rinslruction publique a prouvé la modération de son caractère. 1-e pantalon gris de ]M. Vaulabeiie a été sans contredit le plus bel exemple de simplicité de mœurs républicaines qui se soit produit depuis la révolution de février, et M. Vivien ne |)ourrait mieux l'aire pour continuer cette honorable tradition que de mettre la même culotte. Il est homme à cela. — Maintenant qu'il n'est plus ministre, M. Vaulabeiie a le droit de se livrer à son élégance naturelle; personne n'y saurait trouver à redire; nous ajouterons même ([uc son l'anx-col et le pantalon noir presque neuf et encore luisant, avec lequel il vient de se présenter, sont du meillenrgoûl, — eu ce qu'ils font comprendre que si l'ex-minislre affecte une grande gaîté dans son habillement, c'est qu'il ne conserve point de rancune contre son successeur, et qu'il prête même le concours de ses pantalons du dimanche an gouvernement; — toilette assez rassurante, convenez-en, pour le pays.
M. Senard n'était pas à sa place. Mais on a appris qu'il avait donné un témoignage de satisfaction au moins égale à celle de IM. Vaulabeiie. Il s'est fait inscrire au tableau des avocats. Or, quand M. Senard parle il est content.
L'ex-minislre Recurt n"a jamais, pour sa part, laissé d'inquiétudes. On savait que beaucoup de ses malades avaient l'ail semblant de se bien porter pendant son absence. I.e premier soin du docteur à sa sortie du ministère devait être de rendre une visite sévère à ces gens-là. — Le loilà donc occupé pour loul l'hiver.
Grâce à cette sécurité qu'inspire aux nouveaux ministres rallilude des
anciens, la politique est d'une tendresse charuianle. Nous avons eu une
discussion si douce qu'on peut la dire à la guimauve. On se sentait entre
amis. Il y avait quelque chose de pectoral, jusque dans les auicnde-
menls à l'interminable chapitre du pouvo r jndhiairf. — Comment le
petit père Marrast, qui pense à loul, n'a-l-ii pas eu l'idée de faire exécuter
par son orchestre cet air de Grétry i\u\ tire toujoiiis les larmes des yeux
dans les momenis de conciliation :
Où |ieut-on être iiiioiix Qu'au sein delà. .. luajoiité.
Les paroles de la Ccuisliluliun auraient été il'uu cll'el cliarmaut sur
cet accompagnemcnl.
LA CONSimAMK — IS OCK» lUî K.
Tout prèliiil .ni srniiiiuml cl à ropéra-coiniqiiL'. Elienni! Arago est survenu gai coiiiiiio pinson et pimpant coinino le postillon tie Loiijn-
ineaii; ce (jui confirme sa lettre ailressée aux journaux du malin pour annoncer qu'il conserve la direction des postes, — apiès tnulelois avoir consulli' à ce sujet une réunion d'amis politiques.
M. Asioin mau(|nait à la fête. Il y a deux jours qu'on ne le voit plus. Où se promène donc M. Astoin. jiorlcftii.r de Mmsvillr.' — (iomine nous sommes à ré|)oqne des déménajjements, il est possilile qu'il ;,il l)caucou|) d'occupation — M. Astoin regrettera vivement de n'avoir pas entendu l'oralenr (iliaramaule — (|ue les siénograplies, dans leur langage pitloii'sqiie , appellent le (llial-re-miaule , — pousser quel(|iu's miaou . miaou... comme s'il était sur les toits, (les tendres accents ont attiré a la liiluine M. Aleiu llousseati, citoyen d'Aucli. Aucli est une petite ville cliarmante (|ui ressemlile a un las «le |)avés. — Les mes y sont en pointe. On ne s'v pronn'ne |).is. on v dégringfde II siuilderait i|u'un a\ocal
Q(i-2 i;Assr':MnLi':i': natiùnm.k comiqur.
d'Aiicli (lui avoir le pied sur comme une chèvre, èlre le plus adroit des lior'iiies el capable de courir sans liroiiclier sur le rel)ord de la tribune. Eh bien, IM. Alem-Uousseau, dès son [iremier ai-[^nmen(. a
démoli le verre d'ean sucrée ! (le n'est pas l;i de l'éloquence pas même
de l'équilibre.
Pendant qu'on ramassait le verre cassé, l'Assemblée a voté un décret fiir le juri, et quatorze articles de la Constitution. M. Alem-Rousseau en paraissait tout furieux, comme si c'était lui faire nue malhonnêteté.
1!) oclol)re.
Inlerpellîtion de. M. Boavet sur les affaires d'Italie. — Levée de 1 état de siège. — Discussion de la Consiiiution : chapitre VII : De l' ADMINISTRATION ULTERIEURE.
1,'inforluné Cabochard, qui manquait de tout, n'a pas le droit de se dire ])liis malheureux que le citoyen Francisque Bouvet. — N'interpellez pas, citoyen, c'est inutile. — l'crsonne ne m'empêchera de parler: il me faut les notes diplomatiques, relativement à l'Italie; je somme le ministre Bastide de les déposer à mes pieds !
A ces mots, M. Bastide s'est levé comme un fantôme, ut il a monté l'escalier de la tribune avec autant de solennité que h; pourrait faire la statue du Commandeur. Une fois sur son piédestal, il a roulé deux gros yeux effrayants, levé le bras droit, puis le bras gauche, et enfin fait des signes de tête (jui tenaient du prodige, venant d'un personnage d'oulrelomhe. qu'à sa pâleur on pouvait croire déterré exprès pour prendie la parole.
Dans ces circonstances terribles de sa vie poli(i(|ne où il est obligé de prononcer des discours de six mots, M. Bastide ressemble au dieu du Silence diplomatique. La nature a créé le citoyen Bastide ministre des affaires étrangères. En lui refusant la parole, elle savait bien qu'elle lui faisait don de la véritable diplomatie : c'est par son silence que M. Bastide s'élèvera au-dessus de tous les hommes d'Etat de ce siècle, et dépassera Talleyrand, que l'infirmité de sa langue a si souvent compromis. M. Bastide est complet, rien ne lui nian(iue. Il n'a ni vui\, ni mois, ni salive... Au nmment où l'on croit qu il va avoir l'imprudence de faire entendre des sons compromettants, une timidité pro\identielle lui arrête son secret dans le gosier: il regarde devant lui avec fixité et il demeure muet. C'est un diplomate impénétrable.
Cette réserve prodigieuse, qui plonge depuis bientôt deux mois les cours l'-transères dans l'étonnemenl. l'ail aussi r^dmiralion de l'Assem-
LA CONSil II AN IL. — i'.t (iClUlini:. 2(m
l)lét'. Il sullil à M. Bastide de se lairc pour confondre les iinpnidenls qui lui adressent la parole. Dès qu'il s'est tu pendant cinq minutes à la Iriliune, tout est dit; on ne permet pas que la discussion se prolonge plus longtem|>s. i/Assemblée s'elïraie justement de ce que pourrait révéler un ministre qui garde un pareil mutisme , et elle se l'ait un devoir de l'encourager par son approbation à ne jamais se départir d'un système di' l'rancliise et de discrétion qui l'honore. Il est sans exemple qu'un autre ail jamais fait aussi bien connaître sa pensée que M. Baslide sans l'exprimer. C'est de lui qu'on peut dire qu'il a l'art de se taire et de s'en taire toute une politique.
I/inlerpellateur Francis(|ue Bouvet n'ayant pu obtenir d'autre réponse s'est retiré sous le poids d'une indignation bien sentie.
Pendant que le ministre Bastide jouissait de son triomphe oratoire, un monsieui' très-poli paraissait à la tribune. Il a d'abord salué tout le monde. — Mon Dieu, messieurs, mille millions de pardons si j'ose preudi'e la parole en fa\eur de la cciitralisalion adininislralive; excusezmoi, je vous prie... c'est un début... je suis Boulatigiiier... Vous voyez l'émotion ([ui... l'iiis-je espérer ([ue vous aurez (juelques égards pour mon inexj)érience... En vérité, messieurs, je tremble comuKï une jeune personne du Conservatoire... l'ermeltez-moi de respirerquelques sels... Ali! ah! mon Dieu! ah! ah!... Tout en disant cela avec des grâces, des mines et des coquetteries adorables, M. Boulatignier poussait des petits soupirs en soubresaut et en haut-le-corps, à l'ancienne manière de mademoiselle Mars dans sa grande scène avec le duc de Guise. — Un peu plus décolleté, il aurait été d'un effet charmant. — Jamais on ne se serait douté qu'un avocat pût autant ressembler à une grande coquette. M. Boulatignier doit èlic bien benrcu.'ic. 11 a obtenu un succès complet... un vrai sm'ccs de |)iaiiisle ; à la lin (h; son morceau, on la traité comme madauu! l'ieyel : c'était à (|ui lui presserait les mains. 1,'abbé Favel de l'dUipoMne lui a. ma loi, jeté son boiii|ue( de violettes.
M. la Rochelle peut passer pour un baryton ; sa place était marquée dans les concerts. A|>r('S la |)artie instrumentale il a chanté la romance. M. la Rochelle est nn grand inaleur, haul sur pattes , doni la tète de girafe s'élève facilement, lorsqu'il est a I i liibuiie, au-dessus du président.— On dit vulgairement de .M. la Rochelle : que c'est le port le pins imposant de l'Assemblée. — Le mol est médiocre. — .\utremenl M. la Rochelle a cumbaltu noire belle Koulatignier, et h- principe f/ioii/c (iflmirnslralive avec une facilité qui donne assez bien l'idée de celle f|u'aurail l.i cigogne a boire avec son long bec dans une assiette plaie.
iOi l/ASSEM151.i:i-; NAilO.NALfc; CUMlyLli.
— (Jui esl-ce qui se serait doiilé (jue c'était là le champion du fédéralisme'' — et tiiie que nous avons l'ait quatre ou cinq révolutions depuis cinquante ans ])our (]ue M. Dnfaure, ministre de la republique française, soit obligé de défendre publiquement contre l'orateur la Rochelle,— ex-hailli de la sénéchaussée de lîvlle-Echinc, en la province du Bo>-PLAisin, — la commune, le canton et le département, — A vrai dire, M. Dnfaure répondait plutôt au si(!ur Béchard, renard légitimiste, doublé trune peau d'avocat, — qua celle cigogne d'éloquence qui avait le cou pris au goulot du cliapilre Vil de la Constilulion.
Tels sont les derniers orateurs qui se seront fait entendre pendant l'étal de siège ! Peut-être devront-ils l'immoitalité à celte circonstance exceptionnelle. L'Assemblée les a inlerromj)us pour abroger son décret (lu 2i juin. — Respirons !
Discussion de la Co:iûULut.iqri. — Amondeoienl perdu. — Adoption du chapitra VU — Projet de loi sur la presse.
M. Tianchanl \ieiit de faire une perle qui le laissera longleni|)s inconsolable; nous prenons bien part à ce qui lui arrive, et nous le prions d'accepler l'assurance de nos sincères regrets, l'eul-être relrouvera-l on ce qu'il a perdu ; dans ce cas nous ne saurions engager trop vivement les personnes à rapporter l'objet à son véritable propriétaire \ si M. Tranchant n'était pas chez lui, on pourrait le déposer chez le concierge, en ayant soin de l'envelopper. Le concierge est un homme fidèle et tout à fait incapable de faire le moindre tort à l'un de ses locataires. D'ailleurs le papier que M. Tranchant a perdu n'aurait aucune valeur pour celui qui voudrait s'en emparer frauduleusement. Il serait véritablement ridicule de s'exposer à la sévérité des lois en dérobant un objet dont on ne saurait tirer aucun profit. — C'est un simple amendement au chapitre Vil. — Encore nne fois, nous supplions les personnes qui l'auraient trouvé de le remettre à son propriétaire, car, bien que ramcndemenl soit échu, le petit père Marrasl en est toujours res])onsable et serait obligé de le rembourser en sa qualité de tiers porteur.
Quiconque aurait entendu aujourd'hui M. Tranchant réclamer son amendement n'aurait pu s'empêcher d'être attendri. On a bien vu que son chagrin n'était point affecté; c'était réellement la douleur d'un père de famille à qui l'on enlève, le pain de ses enfants. — M. Tranchant
!.A CONSTlilA.M i:. — :^l (» (.K) ISI*. K. 2Cri
coniplail sur cel amendement pour l'aire lionneur à ses affaires; c'était le fruit de ses épargnes politiques, aussi, (|uand il s'est écrié d'un air navré : — Messieurs, mes bons messieurs, je vous en supplie, rendezmoi mon amendement, — tout le monde s'est senti venir les larmes aux yeux. Le petit père Marrast lui-même, visiblement éiun malgré sa dignité, n'a pu s'empèciier de dire : (lalmez-vous, cher nu)nsieur Tranchant, si Ion ne retrouve pas votre amendement, je vous promets de vous en donner un autre aussi beau (jue le vôtre, et propre au même usage; il m'en reste plusieurs de .M.M. Ueslongrais. Luneau, l.arcy et Dabeaux, tous encore fort propres, en taffetas reteint et ta manche de corne. Nous choisirez.
Là-dessus M. Tranchant est rtloiiriu' chez lui un peu consolé. Il a bien fait du reste de s'en aller, car le s|)ectaile ([u'a offert l'Assemblée après son départ était de nature à augmenter sa douleur. Pendant la fin de la séance, un grand nombre de représentants, très-fiers d'avoir leurs amendements au chapitre VII, sont venus les montrer à la triliune avec une afiéclation que nous aurions trouvée inhumaine si l'infortuné Tranchant eût été ])réscnt. Heureusement il allait, pendant ce temps-là, chez le commissaire de son quartier, donner le signalement de son amendement perdu. — Pauvre M. Tranchant!
Aujourd'hui 21 aanl , eu plein été, M" Marie, ministre de la justice, a propose'' nue ixiilr loi de scplcnibre sur la presse. M'' Marie, dans son zèle, devance les Saisons; — ou bien peut-être prévoyant qu il ne sera pas long-temps ministre, s'cmprcsse-l-il de faire passer sa loi pour pouvoir défendre les journaux contre elle dès qu'il sera redevenu avocat. — M*" .Marie n'est pas homme à oublier qu'il doit tout aux procès de presse!
•21 ocioltii-.
DiECUBSion de li Consuiuuon . — Anics 107 : la REWPLAGEMENT MILITAIRE. — M. Thiers ; les généraux Lîmorioièro, Lebreton et, Cavaignao.
I ne fois sortie cahin-caha des chemins de traverse, la Coustilulion roulait à travers les dispositions insigniliantcs sm- une discussion sabhe. Les voyageurs s'élaienl assoupis. Tout à coup un cahot les réveille en sursaut; la voilure venait de heurter un gros caillou démocratique oublié par les cantonniers. On s'est aperçu que c'était l'article 107. dans |e(|url il csl dil qnp loiil Ki'ancais dr\ra r'ii prisniiiir le service miliiair*-.
-2i\(\ i/assi;miu.i:k n v i ionalk (;(».\iiql i:.
M. Tliieis ne [xuivait |kis tolérer (iiMini' paieille alleinle fnl poiiée à riionor-^lile inslitiilioii des bureaux de reuiplacemeul dont les derniers rèi;nes onl joui; el comme le grognard Dcvillc, grand partisan de l'article 107, s'était écrié qu'il se ralliait d'entlionsiasme an nouveau système de recrutement dans l'espoir que nous aurions un peu moins d'avocats, — ])ar suite de la nécessité où seraient beaucoup déjeunes gens d'aller Hiire leur droit à l'armée, — M. Tliiers a bien voulu dissiper rin(|ui(''tude des bonnes familles, cl rassurer les clercs dluiissier en âge de craindre que IcLir carrière ne soit interrompue par une conscription impitoyable.
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que M. Thiers baisse. Sa langue s'épaissit , l'baleine lui manque un peu , les mots se font attendre, et son geste devient diflicile. M. Tbiers arrive insensiblement a l'état de ces anciens grands comédiens qui , veis la fin de leur carrière. se jettent encore béroïquemcnt à genoux dans les moments pathcliq'jes. au risque de ne ])as pouvoir se relever tout seuls. On les applaudit toujours par la force de l'babitude, et l'on craindrait de se perdre dans l'estime des véritables connaisseurs si Ton ne se pàinait sur leur talent chaque fois qu'ils jouent. — Vous avez entendu Thiers! — Quel homme! — Étonnant! — De plus fort eu j)lus fort ! — Comme chez Nicolel! — i,es finances, la corde roide, la corde lâche, la stratégie. le recrutement et le fil d'arclial lui sont également familiers, .lamais de balancier; sou propre équilibre lui suffit. iS'a-l-il pas même été remplaçaul? On le croirait, à l'entendre parler de l'excellent commerce des marchands d'hommes, — nos fournisseurs de héros, — dit-il poétiquement.
En réalité, M. Thiers , avec le gros petit ventre (|u'on lui connaît depuis assez longtemps déjà, et qui tend chaque jour à s'arrondir, avec ses bras courts dont il est visiblement embarrassé , avec ses petites jambes qu'il voudrait bien mettre dans ses poches pour en avoir l'emploi , avec ses deux petits yeux de chouette qui regardent par dessus les lunettes , n'a rien de la prestance qu'on aime à supposer aux grands orateurs.— La première pensée, eu le voyant piétiner, est de se demander quel est ce petit receveur des contributions? — Ce petit receveur est la gloire de la tribune française, l'ex-rival de M. Cuizot ; c'est enfin l'un des orateurs auxquels la Constituante aura bien voulu faire l'iumueur de les écouter en silence. — Qu'adviendrait- il de M. Thiers si l'on ne se taisait pas? Le filet de voix dont la nature l'a doué est clair el tenu h peu près couinie la sonnerie d'une montre à répétition ; mais il excelle dans l'art de s'en servir. C'est de ce filet de voix qu'il a su
i.A co Nsr nu A NTi:. — -21 octoiîiîi:. 26"
faire plus d'iiiie fois une cloche on une tioiiipelle. Hélas ! il est à craindre qu'il n'en puisse bieniot plus faiie qu'un mirliton. Je remarquais a\'ec peine que le filet de voix de l'honorable .M. Thiers s'amoindrit, et qu'à mesure que la voix diminue l'accent reparaît. Par suite des efforts (|u'il fait pour soutenir sa réputation , M. Thiers en revient insensiblement au provençal , sa laiigiu; maternelle; ses gestes prouvent qu'il veut iMcndre l'inspiration do force; souvent l'ingrate fuit et le laisse haletant. Cependant M. Thiers est encore un modèle que l'on peut proposer à la jeunesse. Quand il n'aura plus de souffle, plus de verve , plus d'esprit, il aura assez d'habileté pour se passer du reste.
Ce qu'on aime chez les soldats, c'est la franchise. In général académique et qui ferait la phrase en c<Enr paraîtrait le plus insupportable des mortels ; il n'y a que les avocats du comité de la guerre auxquels on puisse permettre celte éloquence. Donc on n"a pas vu sans un certain plaisir le général Lamoricière se jeter sui- les arguments de ^1. Thiers, comme s'il chargeait à fond une troupe de Bédouins. Pendant tout le temps que le général i^amoricièriî parlait, on aurait cru entendre battre la charge. Ses phrases défilaient au pas accéléré des bataillons de zouaves. I.c discours entier vaut une revue. L'Assemblée paraissait ravie de ce spectacle militaire, lorsqu'un certain général Lebrcton , à qui personne n'avait commandé de se mêler des manœuvres, est entré dans les rangs au moment où l'on s'y attendait le moins. — Le général Lebreton passe à juste titre pour l'un des plus grands hommes de l'armée; il a sept pieds de haut. In militaire de cette taille a tout natuiellement la solennité d'un tambour-major: ]»our ])eu (juil monte à la tribune, le reste des orateurs est profondément humilié, lîien (lue Lamoricière soit ministre de la guerre, le graïul Lebreton voulait lui prouver sa supériorité. C'est pourquoi , le considérant de l'air dont (iulliver dut regarder les armées de Lilliput, il s'est demandé de (]uel droit un petit homme comme .M. Lamoricière, (|ui n'a (pu; cinq pieds d(!ux pouces, avait bien pu (Irvenir général, lamii-; que lui Lebiclou , un viMilable colosse, n'était pas encore grand connétable.
La question, faite en des ternu-s dont les tainhours-uiajors se servent sans doute vis-à-vis des petits hommes , ne laissait point (pu- d'être personnelle et blessante. Klle venait très-mal à propos et semblait inspiii'c |dus encore par quel(|ue méchante rancune, (|ue par l'article 107. (iependaut Lamoricière y a répondu avec toute la modestie que sou infériorité physique, son rang el le respect du lii-u lui imposaient; mais le gt'm'-ral Cavaignac qui. sans être .nissi grand lout-à-fail que .M. Le-
-2(is 1 AssK.Mi'. m:k nmionali: com 1 (ji i:.
broloii , l'sl ccpoiuhuil trnnc liiiut(nir raisoiinaljlo , ii"a pu siipnui-d'r (rnnf|Hil'?incnt que fnu'liin'iin lit lo colosse aii\ dépiMis de son ami |r
minisirc do la giieric. Il avait macliiiialoinonl quitté son banc; pâle, frémissant, il s'était posé au pied de la tribune. Au moment où le p;rand I.ebreton y voulait remonter, il l'en écarte d'un geste — presque impérial ma foi; — lui-même il s'est dressé de toute sabautenr;et au milieu d'nn silence solennel, terrible, il a laissé tomber comme d'une bouclie d'airain ces paroles fort belles : « Onant à moi, si une cliose m'étonne, c'est que cet liomme, — disant cela il montrait Lamoricière assis à son banc, — c'est que cet bomnie soit au second rang quand je suis an premier! » Le mot sent assez son Plularque... d'où pcut-(Mre il fut tiré. — Ce n'est point, croyez-le, (jue j'en veuille faire un reprocbe au général Cavaignac. Ce coup de Ibéàlre a presque sauvé l'article 107; on n'y a changé qu'un mol: « le remplacement est... maintcn». » — H y avait: supprinir
LA CONSriTL AN 1 L. — -20 OCiOBKE. 2«9
dans le projet. — M. Thiers n'en cleniandail pas dayaiilage. — Avant de sortir, il est \enu taire, avec nne très-aimable politesse, coniplimenl de leur éloqnence à ses colii'j;ues Lamoricière et Cavaignac.
25 octobre.
DisouEsion de ja Constitution. — Chapitres X, XI et XII. — L'artiole 1 20* et dernier. Fin de la première.
Admire/ la pose de l'orateur qu'on ne vent point entendre et qui espère dominer l'Assemblée par son altitude majestueuse : il croise les bras, sonrit avec une amère ironie, s'accule an fond de la tribune comme un lion en cage, et regarde ses collègues en fronçant le sourcil : — C'est bien, messieurs, la postérité nous jugera! — L'inévitable Dabaïul est le plus remarquable des liommes dans ces circonslances dilliciles! — Dabaud a bien mérité le surnom d'inévitable que les sténographes lui ont décerné. Sa spécialité est de prendre la parole avec un égal bonheur dans toutes les questions. H n'y a même pas d'amendement sans lui, — ainsi qu'il vient de le prouver en attachant son nom aux trois derniers chapitres de la Constitution avec une obstination qui fera croire dans la llanle-(îaronne que c'est à lui Dabaud qu'on doit le maintien de \n Légion d' Honneur, la conservation de l'Algérie, et les autres disposilions particulières du chapitre X. — L'espoir honorable de ce citoyen , c'est <|u'on finira par faire semblant de l'écouler une fois avant la fin de la session, et (jui; les journalistes prendront iiii de ses discours. .lusqu'à |)résent on s'est toujours obstini; à passer l'orateur Dabaud sous silence,
— ce qui est fort humiliant pour ses électeurs. N'accusez point cependant l'inévitable Dabaud de la négligence des feuilles quotidiennes à son égard, car, chaque fois iiu'il prend la |)aroIe, il a le soin d'envoyer sa carte a la tribune des journaux, aliu qu'on n estropie |)as l'orthographe de son nom. — La caite m'arrive à l'instant même; j'en profile pour réparer une erreur involontaire : Dabaud s'écrit Dabeau.r; mais on prononce Dabo , — au vocatif proliablement. — 0 Dabo, ce n'est point a l'inlrigiie que vous devez les lignes qui vous sont consacrées dans ce recueil ; vous les devez à votre éclatante victoire sur l'orateui Kcrdul, et surtout a l'amendement rpie vous avez introduit au chapitre XI. — (iràce a vous, Dabcaux, la (ionstitution est n\enacée d'immortalité; car dès l'instant qu'il laut pour qu'on y louche que cin(j cents niembres de la prochaine ;isscmblée en volent la révision, je prédis, au pire, (|uedans • elle Législative, lùl-elle exprès choisie pour renverser la répiddiquc,
— avec modération et dans loules les lormes de la douceur, — on ne
27(1 L'ASSEMBLi:!': .NATIONAL!: COMIULIK.
Ironvera point lie iiiiijorilé siiriisante; — non qu'en somme 1(!S cinq cenls voix ny soient pent-èlre en coalilion pcrniancnle de rancunes, d'am- Itilions el d'espérances, mais parce que la inoilic au moins des royalistes aura tonjours peur de supprimer la (loustilulion au prolit de l'antre. —
M. de Kerdrel se doutait bien de cela !
Le petit M. de Kerdrel doit être l'oi-gneil de sa famille. On admire en lui l'enfant qui n'a pas eu l'Iiabitiide d'être contredit ])ar ses parents, (l'est nu orateur gâté. H est volontaire, cassant, comme un gentilhomme qui ne connaît point d'obstacles, et qui a toujours poursuivi le lièvre à courje à travers les choux de ses fermiers. Le petit M. de Kerdrel offre un heureux mélange de jeune pair d'Angleterre, — un peu négligé, — et de sportman à pied du Jockeys' club français. Il est facile de deviner, à sa mine, quand on l'interrompt, (ju'il regrette vivement de ne pas pouvoir apporter sa cravache à la tribune. — Je signale au petit M. de Kei'drcl Pindividu qui trouble particulièrement ses discours : c'est cet insupportable citoyen Taschereau, dont il faudra se débarrasser si l'on veut qu'il y ait quelque tranquillité dans la discussion. On vient encore de le surprendre à faire la plaisanterie de fourrer une queue de papier sous le collet d'habit de son voisin. — Est-ce une lenue de (lonstitulion, je vous le demande?... Tout ce coin-là est d'ailleurs indignement composé. Le président Marrasl a sans cesse affaire à eux : — Taisez-vous donc... tenez mieux vos jambes... je vais aller à vous tout-à-l'heure... Attendez un peu, citoyen Fonyoïi... — Et les grands hypocrites n'ont jamais que la même réponse à faire. — M'sieu, c'est le p'tit Maleville qui me prend mes amendemcnis dans mon panier! — Fi!... des grands élèves comme cela... Vous devriez rougir, messieurs! — A peine si au milieu du bruit on prêtait l'oreille à M. Bizoin, dont la parole perçante et saccadée a quehjue chose du cri-cri, et dont la ligure originelle prouve qu'il appartient à la véritable race des Bizoius sauvages qui habitent les prés salés du Finistère.
M. de l'uységur, célèhie magnétiseur, pouvait seul dominer l'Asseml)lée. C'est en vain qu'on a essayé de résistera son lluide. En quelques passes, il a endormi à distance les plus récalcitrants. Xavier Durrieu est tombé presque immédiatement dans la plus complète insensibilité. M. de Puységur a profilé de cela pour lui demander ce qu'il pensait de sa proposition de soumettre la Conslitulioiià la sanction de la nation. — Atchi... alcl'i... — Vous voyez, messieuis, a continué le nuignéliseur, qu'il vient de répondre ii sa manière que les diKjwsiliuns transitoires du chapitre XII seraient l'oit incompiiies, si l'on ne faisait droil à ma réciauialion. — .Vichi... alclii... — Ainsi provoquée, l'Assemblée s'esl