I.A CONSTII lAN I i
■2,-. OCiOl'.lîi:. -271
iiiouclu'e bniyaiiimcnl, ol M. (U- i'iiyscp,iir, lilossc; dans sa siiscc|)lil»ilili', a cessé ses cxpéiieiices. — Il ne reslail jikis qne ratlicle cent vingliènKcl dernier. Comme ancien libraire du iionvernement provisoire, M. Pa-
^rierre esl venu donner le bon à tirer: — Messieurs, je le répèle, vous voyez un homme en (|ui l'on a récompensé le talent et le i)alriotisme des écrivains qu'il a édités ! C'est ainsi que sous la itépnhlique le véritable mérite ne restera jamais méconnu; ma présence ici en esl la preuve! J'ajouterai que ma librairie est toujours rue de Seine, et (jue le commerce de la politique ne me fait point oublier celui des lettres.
— Ires-bien! très-bien! a fait M. MarrasI; la Constitution est terminée! — Ah! mon Dieu ! n'a pu s'empêcher de dire le pauvre M. Tnrk au comble de l'anviété, est-ce que c'est vraiment (ini? — Monsieur I urk, lui a fait observer avec bonté le président, calmez-vous, il nous reste encore la révision à faire avant le vote délinilif: — après quoi l'on enlamera les lois organiques. — Alors je puis renouveler mon bail, a ré'pondu le bon Tuik.
.J72 I.ASSKMl'.LKi: NAilONALI-: COMiylJi:.
a octobre.
Rejet de la proposilion faite par le questeur Degousée d'augmenter de 2.000 fr. par mois la traitement du Président Marrast, — Adoption de la proposition Creton relative aux comptes du gouvernement provisoire .
Fiez-voiis donc aux Alhéniens !
P(:'ricl('s s'élait fait remplacer aujounl'liiii à l'aréopage par Alcibiade. M. (le Mallcvillc n'esl pas précisémenl l'Alcibiade dont l'antiquité nous a laissé le souvenir. Il ne se dislingue pas par la fine beauté des traits, par l'élégance efféminée de la parure, et je n'oserais point affirmer qu'il ail un chien dont la queue soit coupée. Notre Alcibiade est un Jlilou de Oelone; il a des mains à couvrir le Péloponèsc, des épaules d'athlète cl la figure à la fois redoutable, rubiconde et agréable d'un lutteuiolvmjtique. On voit que ce mortel esl fait pour lancer le ceste, pour soulever des poids énormes cl porter, s'il le fallait, toute la tribune à bras tendu. Nul n'est capable de rivaliser avec lui au jeu du dynamomètre. Son poing pèse douze cents, et chaque fois qu'il lui arrive de s'essayer aux Champs-Elysées sur la tète du Turc, il démantibule la mécanique. — Tel esl Alcibiade de Malleville, vice-président del'aréopage.
A peine les archontes étaienl-ils sur leurs sièges qu'Agathon, Clinias et Dcgousalos, affranchis de Périclès, se sont présentés sous des habits de suppliants et avec tous les signes d'une violente émotion ; l'un d'eux, étanl monté à la tribune aux harangues, s'est écrié :
« Alhéniens, le souffrirez-vous? Périclès notre ami, notre père, la gloire d'Aliiènes, Périclès manque de tout ! N'est-il }ias honteux que ce favori des dieux ait à peine de quoi vivre ? Je viens d'entrer chez lui h l'heure nù les esclaves cuisiniers préparaient le repas. — Chef, ai-je dit à Cheveloii le Nubien, qu'allez-vous faire manger à Périclès? — Des carottes, m'a répondu l'esclave avec mélancolie. — Quoi! des carottes, m'écriaije, il les aime donc? — C'est tout ce qui nous reste. — Dieux immortels! un plat de carottes à Périclès! Chef, je coursa l'aréopage! — Athéniens, me voici ! Clinias et Agalhon, qui étaient aussi invités à dîner, sont venus avec moi ; excusez-nous si nous sommes hors d'haleine ; c'est l'appétit plus encore que la rapidité de la course qui nous suffoque. Des carottes à Périclès ! y peut-on penser sans se sentir un délabrement d'estomac? ([ue deviendront ses convives affamés? que deviendrez-vous vous-mêmes, archontes, quand vous dînerez chez lui? Des carottes! Rappelez-vous ces mets délicieux qu'il nous a offerts, le mois dernier, sur son abondante table ! — Maintenant rien que des carottes ! — Quant à lui, il ne se plaindra pas ; il est trop fier pour cela ; il mangera ses carottes en
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1. A C ( > .\ S T I T li A N i !•:. — H i O Cl O H !l E. il:,
silence; mais noiis, nous ne [hminoiis snpporler ([u"nn si i;t;Hi(l ciluven en soil réduit ;i nne telle nonirilnre! Si la postérité tlemamle nn jour tiuel repas faisait Péricles, et ijn'elle a|)prenne qu'il a mangé îles carottes, je le dis eu rougissant, la postérité aura pour nous nn iné|)ris ilout nous ne nous relèverons jamais. — Athéniens, archontes, mes amis, c'est à vos cœurs que je m'adresse, ménageons à i'ériclès une surprise digne de nous, digne d'Atliism^'s ; votons-lui deux mille drachmes de {)Ins par mois pour sa lalilc, la gloire d".Vtiièues et des arts, l'iionueur de la patrie en dépendent. »
.\|)rès que l'alTranchi Degousalos eut cessé de parler, les archonl<'.'se regardèrent, et, comme Péricles n'était point l;i pour les surveiller, ils se mirent à hausser les é|)aulcs lihrement. et même un certain I$uvignulon, connu ])ar sa hrusquerie et qui n'a point encoie dépouillé sa sauvagerie des montagnes, car on le voit chaque jour se promener dans la ville revêtu d'une peau de sanglier, Buvignaton se leva et dit :
« Pourquoi Degousalos nous parle-t-il des carottes de Péricles"? Estce que nous avons besoin de savoir ce qui se passe dans la cuisine de ce citoyen ? Je crois deviner (|ne Degousalos n'aime pas les carolles. (Minias et Agalhon ne les aiment pas non plus; tant pis pour eux ; quant à moi, j'ai vu hier sur l'Agora un grand nombre de citoyens qui auraient été ti'ès-heureux d'avoir, je ne dirai pas les carottes, mais les épluchures des carottes de Péricles à se mettre sous la dent. Je crois (pi il Tant garder les deux mille drachmes pour leur en achetei'. »
A ces mots, les affranchis (ireut un geste d'horreur, mais le reste dt; raréo|).ige accueillit Huvignaton avec nn uiurmure favorable.
Alors vovanlfiu'il fallait décidément renoncer aux deux mille drachmes par mois, Agathon dit ;i ses deux camarades : — Amis, puisque nous avons partagé la bonne chère de Péricles, pionvons-lui que nous ne sommes pas des ingrats ni des parasites vulgaires ; il lui reste des carottes, allons les manger avec lui !
/'. .S', M. f'.reton. — l'hoinnu! qui a élé envoyé à Paris pour poursuivre (le ses rigueurs la comptabilité du gouvernement provisoire, — exige plus impéricus(;mcnt (|ue jamais les factures de cette épo(jue. (îai'uier- Pages lui a iip(Mulu avec att(;ndrissemenl qu'elles étaient sur son c(eur; le ministre («oudcbaux a déclaré (]u'il prenait cela pour un acquit. — Déposez le bilan au greffe du comité des linances, s'est écrié M. (breton eu créancier intraitable. — M. (breton a été nommé syndic. — Coninu! il y a loin de l'Asscmldéc aux bureaux du Moniteur, et que quel(|ue mot pri:cicirv de M. Creton pourrait se perdre eu chemin, l'honorable Ducos, persistant dans sa spécialité slénographi(|ue, fait décréter sur 1 heure
•274 L ASSK.MBLÉi: NA ÏIU.N Al.i; COMIQUl!:.
(iiic M. Panckoiiko Iransporlerait son imprimerie dans le palais même. l,a fitlélilé du coMiple-rcndu des débals y ji^agnera heaucoiip; les oralonis pourront plus racilenicul refaire leurs discours sur épreuves.
i.") octobre.
— Réponse agréab'.e
de ?vl. 'Dufaure.
^1. (îraudin est le meilleur conipèi'e qu'un gouvernement puisse désirer. Orateur à la l'ois naïf et bourru, il n'ins|)irc aucune défiance aux
spectateurs les plus incrédules. Ce n'est point d'un iabricant d'I'^lbeiil qu'on ferait un simple Pascal Dupiat. Oli ! jamais! Comment en avoir seulement le soupçonV — Quand le véritable Pascal Uupiat feint d'aller s'asseoir très-loin des ministres, et monte ensuite à la tribune en liomnie qui s'impose le rigoureux devoir de leur adresser des questions sévères, personne n'est dupe; on sent qu'il est d'accord avec eux sur les réponsesqu'on éprouvait le besoin de lui faire : — c'est ce qui s'appelle au théâtre donner la réplique. La grande utilité, troisième rôle, au besoin , remplit d'ordinaire cette mission-là.
Quant à Grandiu , on ne supposera pas que celui-là se laisse flatter. C'est un bérisson parlementaire. 11 ne respecte rien, et dès iju'il s'a- \aiicc, tout le monde craint (lu'il ne mette les pieds dans le verre d'eau sucrée.
LA coNsriiiA.M !•:. — -2»; (k;t<»bhi:. -27..
Ces olies terribles, iiulépendaiits de loiil, même de l.i grammaire, et doués d'une éloquence qui ne Jenr peinirt pas de dire le moindre mot sans paraître au comble de la lureiir, sont d'une -irande ressource pour les minisires habiles. Mais il est bien dillicile de les apjuivoiser. M. Dnfanre a |)onrlant lait du farouche Grandin un des plus .luréal'.les interlocuteurs (|ue le ministère de l'intérieur ail encore obtenus. On ne saurait trop féliciter .M. Dufanre de cet excellent résultat; Carter Ini-mèmc se trou\e un peu dépassé. Le compère (îrandin est \cnu somm(>r le goiivernemenl de lui rendre i\n compte terrible des nombreux banquets où l'oii nianiic du vcan social et des discours de M. Prmidlion an dessert. — M. Duianre n'atlendail que celte occasion de prendre la parole avec la bonhomie qui le rend si dangereux, et de rappeler, avec un incontest.ible à propos, que, pour avoir voulu empêcher les gens de se mellre à table, la monarchie ne dînait plus aux Tuileries.
Nous sommes véritablement fort embarrassé pour avouer lonl ce que nous pensons du discours de M. Dufanre. Il nous semble que ce serait faire notre ])ropre éloge. En effet, M. Dufaure s'est exprimé comme s'il était notre collaborateur, .l'envie sa raillerie charmante, ses plaisanteries exquises, et cet art qu'il a eu d'exprimer avec un sérieux inimitable qui en double le ))rix les choses les plus gaies du monde. Je crains fort, dans les pages on j'ai le ])lus essayé de cacher sous les mots des vérités utiles, de n'avoir jamais alleinl une aussi grande force de comi(jue cl de satire. L(Mliscours de .M. Dufaure restera comme un modèle du genre. Je neveux ri<!n dire à M. Dufaure qui ne lui soit agréable et j(! le prie de prendre eu bonne part la seuh; comparaison (|ui puisse dcmner une juste idée du succès {|u'il a iditciui : M. Dniaure a rappelé aux amateurs ce grand comédien ipTon appelait l'oliei- dans l'un île ses bons rôles. — L'Assemblée avait ri, M. (îrandin était désarmé.
iCi ock>l)rc.
Plaintes de Clément, Thomas i propos des intrigue:; bonapanisies. — Profession de fji et candidature du PRItiCE Louis à la présidence de la république. — DiSoussion du décret relatif 4 1" élection. Adoption de l'an, i" qui la fixe au DIX DECEMBRE.
Le prince se livrait à .ses méditations politiques. Il avait déposé son faux ne/ sur son bureau, et il fredonnait aNcc mélancolie cel air natal :
llt'illiiii» nu saillit de l'>.'iiil)ire...
l'euilant ce lcmi»8-lii l'aigle de Boulogne restait iuimoinle sur la cbeininee. — car il est empaillé.
Mors John, vieux serviteur anglais (jui pi'se .-ni\anli'-(|ualri' livres
276 L'ASSKMBLEi: .N AT ION A I.K COM KJl Iv
tout habillé, entrebâilla la porte et dit avec un jirot'oiul respect ; — Mylord. une gentleman demander l'altesse à vous.
Le prince se précipita vers son faux nez, mais John ajouta : — C'est la gentleman Sénèque.
Le prince comprit qu'il pouvait rester le visage découvert devant son (idèle précepteur; et le sénateur Sénèqne-Vieillard entra aussitôt.
— Prince, s'écria-l-il, j'arrive du sénat; savez-voiis ce qui se passe? Le citoyen Clément Thomas a murmuré contre vous.
— Cette colonnelle Clémente Thomas afre une langue insupportable !
— Mais voire cousin l'a joliment relevé.
— Ah! ah ! ierteitle! j'en suis pieu aise.
— Le citoyen Clémenl Thomas demandait où vous étiez, c'est à vous qu il en voulait; il prétendait que vous intriguiez pour être empereur de la république, alors votre cousin lui a parlé de la bonne manière.
— Ah! ah! leiteifle ! c'ètre une véritable brave que cette jeune homme.
— Le brave des braves, monseigneur, car il s'est l'ail une querelle |)0ur vous.
— Ab ! ah! terteille! il est plein de courage!
— Quant à moi, prince, je viens me précipiter à vos genoux avec mes cheveux blancs pour vous supplier de résistera votre impétuosité naturelle. 0 mon fils, — je puis l'appeler mon fils puisque ma grammaire t'a nourri, — mon fils n'abuse point de la parole en cette circonstance. — H y a des courtisans qui voudront vous conseiller, prince, de monter cà la tribune; n'écoutez pas ces vils llatteurs. Laissez votre cousin parler tout seul; c'est son affaire; ne vous compromettez pas; les hommes de votre rang sont faits pour garder le silence.
— Très-bien, je n'afre jamais envie de barler...
— Maison frappe à la porte... prince, mettez vile votre faux nez. Alors John annonça le sénateur Burrhus ; et Bnrrhus-Larabit entra
avec la franchise d'un soldat.
— Burrhus, dit Sénèque, il n'y a point de mystère pour vous ; je crois que le prince peut déposer son faux nez afin que nous causions plus librement. — Nous avons fait prendre un faux nez à son altesse dans Fin len lion de la dérober sous ce déguisement aux coups de ses ennemis politiques, qui l'auraient immédiatement reconnue, à cause de sa ressemblance extraordinaire avec l'empereur, son oncle; dès que le prince sera définitivement arboré, il quittera son faux nez et se montrera tel qu'il est aux populations. C'est une surprise que nous leur ménageons. Jusque là. (|uand il n'est pas en public et qu'il n'a à ses
LA CONSn ÏL'AM i;. — -JKi OCKMil'. li 277
cùlés que vous et moi qui ravoiis vu naître, je crois qu'il peut se débarrasser d'un masque gênant. C'est noire élève, ù Burrhus, et nous ne devons jamais lui cacher la vérité, si nous voulons qu'il fasse le bonlieur de Rome.
— .Morbleu! Sénèqne, répondit Biirrlius, vous me la baillez belle avec vos faux nez qui nous donnent l'air de masques; il ne s'agit pas de cela; je sors du sénat, et je viens clierclier le piince pour ..
— Pas un mol de plus... Ihurlius, arrêtez... vous voulez encore le faire parler I...
— Ventrebleu ! je suis las d'entendre son cousin répondre à sa place; on linira par ne plus connaître que le cousin, d'autant mieux qu'il n'a pas de faux nez.
— .Malheureux! tais-toi; veux-tu donc fomenter la guerre civile ? — l'rince, je vous eu conjure, ne cédez pas à Burrhus. Xe dissipez pas en un jour le fruit d'un long silence; c'est en parlant une fois déjà que
NOUS avez iailli vous perdre! Kcoulez vos nobles inspirations; ne vous trahissez i)as par votre accent. I.'aiili(|uili'' nous a|)prend que les princes comme vous ont ttnijours eu la niajcsic de ne rien dire; si vous voulez pi'cndrr un exeniph- dans l'hislfiire moderne, voyez Ualtui'. — Kattur n'a jamais parlé, Ualtur ne répond à personne; qu'on l'attaque ou qu'on le loue, il se tait également, .\ussi est-il le plus populaire des candiflals; personne ne le connaît ; son |)assé répond de lui. — l,a réputation et In gloire de Ballur se sont accrues par ce myslèrc. — Nom-
nions Balliir. nommons Ualtnrl Ici a eh' le cri ilc l'opinion |>iiltlif|in' aHicliée sur Ions les murs! J'aspiri'. prince, a \ons créer iim; pareille popnlaritc ; j' veux (|ne vous sovez le rival de IJalhir ! vous avez anlanl (le lilros que lui! nous prodiguerons les alliclies hieiies an movoii de la compagnie générale d'aflicliage, que le colonel Pial a sédiiile; mais an nom de voire gloire, je vous en su |)piie. conservez les avantages (jiie vous donne le silence.
— Avez-vous bienlôt fini, Sénèque, répliqua Hnrrlius avec une ami'ie ironie? Que voilà l)ien mes précepteurs de village avec leur |)oliliquede cuistres! Quant à vous, prince, comment ponvez-vons l'écouter? Regardez-moi en lace comme un guerrier doit regarder nn guerrier ; ne vous sentez-vous donc rien contre ce Clément Thomas, et ne voulezvous pas lui percer le flanc ?
— Ah! soudard ! s'écria Sénè(|ue hors de lui, ce sont la de les coriseils ! tu veux le taire périr dans les combats? J'aimccncore mieux (ju'il parle au sénat, s'il le faut absolument ; qu il lasse une profession de loi...
— ïerteifle! demanda résolument le prince, on est-elb;'.'
— La voici, répondit Séni-que eu tirant le manuscrit tie sa pcche ; si vous pouviez l'apprendre par coMir. .
— In homme comme moi n'est pas l'ail pour avoir de la niénn)ire. observa sévèrement le prince.
— Cependant, continua avec une grande douceur le |>auvre Sr'ni'(|ne, si nous prenions une petite leçon de prononciation.
— l'aire pas d'accent, lit le prince.
— l'as du tout... Certainement... Il \ a pourtant (pielques mois (jue... le mot république, par exemple... .le vous prie, mon prince, d'essayer de dire : Hi'publique.
— Répipliqn( ,
— Ce n'est pas tont-à-iait cela.. . ié-pu-bli-(]ne... en on\raiil bien la bouche et en serrant les dents.
— la... Ri-bi-bli-qne... diaple de mot!...
— C'est inutile, mon prince, vous n'v viendrez jamais... il vaut mieux le retirer de la profession de foi.
En effet, ce mot gênant avait entièrement disparn de la réclame électorale que M. Louis Bonaparte a lue à la tribune sous le prétexte de répondre aux calomnies. — mais en réalité pour poser sa candidature à la présidence de la république. — 11 est juste de dire que, sur la prière de Sénèque, le prince avait mis son faux nez. On espère qu'il l'ôtera li> dix dt'cembre. — jour auinurd'liui solentn'IleuuMil fixé |)our lélec-
lllUI.
LA CO.NSiliUAN I i;. — il (M/IOBUE. 271)
27 octoliro.
ouite de lî discussion du décret relatif à l'élecuon du Président de la République.
I 11 Ihlmi j^iuiul iiialhciii vient d'arriver. Ou s'est aperçu que le scrutin (le division ne donnait que des résultats loiit-à-lait inexacts; la révision du vote d'hier a montré qu'il était rempli d'erreurs; aussitôt plusieurs représentants se sont écriés avec violence que ça ne pouvait pas se passer ainsi, que tous les votes, depuis le commencement de la session, devaient être aussi erronés que celui-là, et que, pour rendre hommage a la vérité, il fallait les recommencer. — Cela, comme on voit, pourrait nous ramener au déluge.
II y avait un moyen bien simple de prévenir ce déplorable embarras; nous sommes étonnés que les questeurs n'y aient pas songe. Où donc ont-ils la tête? Comment ne s'être pas douté que sur un si grand nombre de députés, venus des extrémités de la France, il y en aurait quelquesuns d'inex|)érimenlés et de loljilemcnt incapables de distinguer s'ils votaient pour ou contre. Commeiil alors ne pas avoir [xiblié un Manuel DU VOTE, ou (îiiide du rén'luble représeDdiiH an scnUin! Ce petit livre eût éclairé chacun sur sa situation politique et évité à un excellent homme que nous connaissons le ridicule de déposer vingt sous dans l'urne la première fois qu'on la lui présenta, parce qu'il croyait que les huissiers faisaient la quête.
(Jes vingt sous ont du reste été remis, dans le temps, à la caisse de I .A ."^semblée et employés en œuvre de bienfaisance.
Ln autre re|)réseiilaiit, que nous ne voulons pas nommer, a pris longtemps les bulletins bleus pour des billets de concert.
Aujourd'hui, par exemple, MM. Monct et Bauchart axaient volé pour et contre lamendement du citoyen Langlet. Quand on leur eu a demandé la raison, ils ont répondu que leur inloiition avait été de s'abstenir, parce qu'il leur était indifférent que l'on divisât les cantons eu plus ou moins de sections, à l'occasion de l'élection du Dix décembre.
— Comment, s'est écrié M. Favargerde llauranno, — professeurde vole en vingl-qualri! leçons, — voter deux fois vous appelez cela s'abstenir'
— Mais oui, ont ri'|)oridu MM. .Monnet el Itaiichart. le bulletin blanc neutralise le bulletin bleu et le bulletin bleu neutralise le bulletin blaiu ; c'est ilonc comme si nous n'avions pas voté du tout.
.M. Kavarger de llauraniK; n'avait à la riguiur rien à dire contre ce procédé, si i c ni -t qu il accuse lout-a-lait l'eiilance de la civilisation
.Tfi
im LA SSi: MB 1.1:1: NATIONAI.K CU.MIUlJli.
parleineiiluiiu clie/ les deux honorables représenlanls. Toutefois il a bien voulu prendre la peine de leur expliquer que le moyen le plus simple pour s'abslenir consislail à ne pas mellre de bulletin dans l'urne. Les deux représentants ont fait un nœud à leur mouclioir pour ne pas oublier cette leçon. — Trois autres ont voté deux fois en faveur de l'amendement Langlet; ce sont M.M. Béciiia, de Mésanges et Badé. Ceux-ci ont déclaré qu'ils avaient voté deux fois pour exprimer la force de leur conviction, et que c'était ainsi qu'ils comprenaient la division du canton en trois sections au plus, — qui leur paraissait une admirable invention.— Pour rejeter une proposition, on met un bulletin bleu; — si l'on est seulement favorable à une proposition, si on l'accepte, mais sans enthousiasme, on donne un bulletin blanc; — dans le cas d'enthousiasme, de fanatisme, un bulletin blanc ne suffit j)as, on en met deux. — Telle est l'explication que les trois amis Cadé, Mésanges et Béchin ont donnée de leur double vote.
1\I. l'avarger de Ilauranne s'est aussitôt présenté, comme c'était son devoir, pour faire revenir ces honorables représentants de leur erreur. Nous avons le regret de dire que l'autorité et l'expérience parlementaires de M. Favarger ont été méconnues. — On voit bien , lui ont dit les trois iionorables, que vous êtes un partisan de la monarchie; quant à nous, républicains sincères, nous ne prendrons jamais conseil que de notre conscience. — Achevez donc avec réponses-là le décret relatif à l'élection du président!
Voilà pourtant oii eu est la classe du petit |)ère Marrast après six mois d'études et de pratique! L'anarchie dans le vote! Des représentants qui votent deux fois pour; d'autres qui votent pour et contre; ceux-ci prennent les bulletins bleus pour des billets de concert, ceux-là croient que l'huissier l'ail une quête et déposent im franc dans l'urne. La nécessité d'un cours de vote ne peut plus être contestée, et nous avons besoin de croire que cette inslilution sera l'objet d'un article s])écial dans les lois organiques.
28 ucliilire.
Adoption du décret relatif à l'élection du Dix décembre. — Am=ndemen'- Dîslcnêrais. — Le parti Pestc-l !
Le parti Pestel s'est enfin dessiné! — l'ar le parti l'estel ou entend la réunion de trois représentants qui dînent tous les jours à deux francs par tète chez Pestel, restaurateur de la rue Saint-ilonoré ; — ce sont : le redoutable Deslongrais, Besnard le rusé, et le liane Luncau.
Ces trois amis forment la confédération politique la plus unie par la sobriété, la force des convictions et la parité des amendements. On
l.A CONSiri lANTF — i>,S OCTOlUii;. 281
li'iir réserve (ous les soirs mic |)ellle l;ilile cliez Peslel ; cesl l;i ([ucDlrc six el sept lieures ils cxciloiil rc;j;iilièronienl la curiosité des luihilms, et préparent au (iesscrt leurs discours cl leurs anieiiilenienls pour le lendemain. Le parti l'estel (!st d'autant plus fonuidaMe qu'il ne se compose que de trois individus, tous les trois ('-pialement chefs et vivant dans une intimité ([iic des |)etits soins ri'ciproques au^menti'nt cliaqne jour.
Ainsi c'est a ([ui des trois méuai^cra nue sur[irise aux deux autres à l'heure du dîner. L ami Dcsiongrais iéint d'être pressé |)ar un besoin, il sort avant la fin de la séance, et en arrivant chez Peslel, Hesnard el Luneau trouvent chacun nnc^ helle deuii-dou/aiiie d'iuiîlres plat de supplément) sur leur assiette.
I^e lendemain, c'est l.uneaii qui ilil un mol a Inirilli' du ;;arçim. cl
l'on ajoute un marron au dessert. — sur quoi Hesnard ne manque jamais de s'écrier : — Mon cher [jinean, voil i qui est assez f^alant ! — l'nis lui-mcine il |)rend sa revanche le jour suivant el mémape à ses .imis la surprise d'un anchois pour liors-d'o-nvrc.
(!es extra incessants qui sortent complètement du prix fixe el ne rem- |)lacent aucun plat prévu sur la cnrle font la joie et Inrjjneil du restaurateur Peslel. Aussi ne manque-t-il pas de répeler à tue-tètc dix fois par soirée : Haptisle. allenliiui lu n. 7. i'r<l la lahie de messieurs les
-282 i;asskmi>li::k NAÏIONALR comiquk.
représenlaiils! — Il s'approche liiiinèmc do temps à aiilro avec respect et modestie pour demander: — Messieurs les représcnlanis est-il roulent et satiffail? — Très-bien, très-bien, répond avec affabilité le parti l'estel.
C'est le redoutable Deslongrais qui, le premier des trois, s'est élancéaujourd'hui à la tribune. L'orateur Deslon^rrais n"est pas précisément éloquent, mais il fait tant de bruit que, lorsqu'il parle, on croirait asassislcr à un combat d'animaux. Ce tumulte ne laisse point que d'étourdir l'Assemblée. Alors l'orateur Deslongrais s"exalle, il ne s'entend plus lui-même. • — Oui, je suis souverain ; je dîne chez Peslel avec l,nnean et Besnard par la volonté du peu|)le; je refuse au futur président de la république le droit de m'en empêcher.
A ces mots, le rusé Besnard a senti qu'il était temps de prendre la parole à son tour. — 11 est bon de faire connaître les membres de ce parti Pestel, qui jouera un si grand rôle dans l'histoire.
Besnard est le héros d'une célèbre aventure intitulée : Arcnlureu du Bourgeois de Falaise, dans laquelle il a commencé, quoique Irès-jenne encore, sa réputation en résistant ouvertement à l'arbitraire. — Ran, plan... ran, plan, plan!... Gens de Falaise, il vous est fait à savoir de ne pas sortir le soir sans lanterne. — Tel est l'ordre que le maire avait proclamé au son du tambour.
Le lendemain Besnard sort cl heurte le tambour dans la grande rue. — Ah, mon gas, où est ta lanterne? — La v'Ià, répond Besnard avec naïveté. — Y gnia pas de chandelle dedans. — Vous l'avez pas dit! — - Ran, plan; ran, plan, plan... (iens de Falaise, on vous fait à savoir de mettre des chandelles dans vos lanternes. — Besnard sort; le lambouil'empoigne. — Ah! mon gas, oi'i est ta chandelle? — La v'Ià, répond Besnard. — Elle n'est point allumée. — Vous l'avez pas dit. — Ran, plan; ran tan plan : Gens de Falaise, on vous fait à savoir de ne pas sortir sans lanterne avec des chandelles allumées dedans, — Ce fut après cette troisième sommation seulement que Besnard consentit à céder à l'arbitraire.
L'éloquence du citoyen Besnard est celle d'un avocatde Vire qui, depuis l'enfance, se nourrit de pommes. Elle a un arrière-goût de terroir, et exhale un parfum de petit cidre. Tirez la chevillette ; ça coule tont seul dans la tribune.
Le fond de la pensée des Pestels c'est d'être présidents tous les trois ou tout au moins de ranger le président .sous leur tutelle. 31. Vivien a voulu s'opposer à cette prétention; aussitôt Luneau de pousser ses cris de courlis effarouché. — Comment pouvez-vous, honorable parti Pestel, interrompre un ministre aussi enrhumé que je le suis? a dit alors M. Vivien avec la plus grande dignité. — Voilà le mot de la séance.