‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 60 sur 114 · i;.\SSi:.MBI,KK NATIONALE COMIQI i · texte numérisé non relu

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meilleure etnDpar.iisoii : M'' Fiivrc est un (iirardiii pailanl. Fiel, pâleur t;l caraclère, il a lonl de son Sosie. Si la nalnre lui avail permis (le faire des enfants, M. de Girardia choisirait M" Favre pour fils aîné. .Pose dire qu'il serait difficile de trouver un tendre avocat capable de faire un meilleur usage de la littérature de son |)ère. Eh! quoi, c'est au nom de la morale publique, au nom de ce qu'il y a de plus sacré pour le barreau français, au nom de la gendarmerie, au nom des lois divines et liuinaiiies, au nom d'une société de puritains politiques dont le journal /(( Presse est l'organe, que W Favre désirait faire part à ses collègues d un cas de conscience qui lui est survenu 1 — Serait-il bien possible (|ue le ministère fût mêlé en quelque chose à la publication de certaines brochures relatives à la prochaine élection du président de la République; et à l'enluminure de certaines images où le général Cavaignac est représenté comme le candidat favori de radminislralion ? M. Favre rougit de le su[)poser; mais sa pudeur naturelle lui fait un devoir d'interpeller le citoyen Dufaure à ce sujet, avec une sévérité entremêlée de calomnies douces, de suppositions pointues et de diffamalions caressantes. — llépondez, si vous le pouvez, citoyen Dufaure! — Le citoyen Dufaure a répondu, en parlant du nez un peu plus qu'à l'ordinaire; — ce qui s'expliquait par sa légitime indignation; — qu'il n'avait jamais édité de canards, et que, depuis M* Favre, le ministère de l'intérieur avait renoncé aux arca/ai'res électorales. — Ce trait, parti de la narine gauche, qui est celle on M. Dufaure cache plus particulièrement ses malices, a eu d'autant plus de succès, que l'excellent orateur ne perd jamais son air d'innocence et de parfaite bonhomie, même lorsqu'il lue ses adversaires à bout portant, sans plus lever les yeux ni changer de ton que s'il débitait dévotement deux paler et un are. — Quelques personnes prétendaient avoir vu W Favre rougir au joli mol de M. Dufaure. Laissons-leur cette illusion. 0"^iit au fond de la question, M. le ministre de l'intérieur, après son beau succès de tribune, que le citoven Taschereau. pour faire preuve d'érudition, comparait à celui de saint Michel, terrassant le diable, — M. le ministre de l'intérieur, dis je, expliquait, dans les couloirs, avec une remarquable sincérité, qu'il y avail deux hommes en lui: le citoyen et l'administrateur; que l'administrateur avait fait vœu d'impartialité et d'abstinence électorale; mais que le citoyen était bien maître de ses sympathies pour tel candidat plutôt que pour tel autre. — Ce raisonnement naïf a généralement paru irrésistible ; si bien que Sarrans jeune, qui sait le latin et qui se croit doué d'un timbre exquis, proposait de donner au ministre, par un ordre du jour motivé, le surnom de Dufaurus imsica. — Ces aimables

LA CONSTITUANTE. — "25 NOVEMBRE. r,."

plaisanleries n'ont point empèclié de reprendre, ponr la forme, la discussion du hudijet du mituRtère des travaux publics , que M. Vivien défend comme si c'était le règlement qu'il estime à coup sûr bien plus encore que son portefeuille.

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Explication er.ire le Jénêral Cavaiiiso et l'ex-commirs. ;'■. "'xéouuve.

C'est aujourd'hui enfin qu'on va tirer au clair les déplorables propos tenus chez madame Gibou , sur le général Cavaignac. — Madame veuve Gibou, dont nous avons eu ces jours derniers l'occasion de parler, est une femme un peu équivoque, peut-être, aux yeu.x de certaines gens, ])arce qu'on n'a jamais connu son mari, et qu'elle tient une pension bourgeoise; mais les habitués de sa table d'hôte s'accordent à dire qu'elle est la discrétion même, qu'elle ne se mêle jamais de politique, et que le seul tort qu'on lui puisse reprocher c'est d'être un peu coquette, malgré ses quarante-cinq ans. Il faut donc s'en prendre uniquement à MM. Pages, Duclerc, Barthélémy Saint-Ililaire et Pagncrre. Les cancans, s'il y en a eu , viennent d'eux. Il paraît enfin que ce sont eux qui, un jour, au dessert, à la suite de deux bouteilles de Champagne gagnées par l'agnerrc, dans un pari, ont en limprudence de dire qu'ils se seraient bien rendus maîtres tout seuls de l'insurrection de juin pour peu qu'on les eût laissés faire ; que la Commission executive n'avait pas besoin du général Cavaignac; que M. Cavaignac avait voulu se dovner les fiaiils de remporter un lriom|)he, et patati, et patata ; mais qu'on connaîtrait tous les détails plus tard, parce que B^irlhélemy Saiul-Hilainavait prolité de sa position politique à cette époque, et des renseignements à lui fournis par l'agnerrc — toujours si bien informé en qualité d'ancien secrétaire du gouvernement provisoire, — pour écrire une histoire secrète de la Commission executive, dont la publication serait de nature à jeter un jour tout nouveau sur les événements ainsi que sur lecaracti-re ambitieux de Cavaignac.

Tels sont les propos envenimés par la malveillance dont le cliel du pouvoir exécutif, justement nfl'ensé, veut faire |)ul)li([uement justice à la face de l'Assemblée nationale et du pays. — J'ai appris, dit-il avec un sang-froid vraiment militaire, que M. Harthélcmy Saint-Ililaire se vante d'avoir rédigé une histoire sccrètt; des événements de juin, je le prie de nous en donner, à l'insL-inl même, communication.

Ces paroles sitirnni'lli'-: |)rii(lin<(nl un i'\\v\ iikIiciMi- -nr les ic|>résen-

3Ô8 I. Assi.MiîLKi: .\.\ ri(t>.M.i: CdMi^ri:.

lanl< e( sur les assistanls culasses tiaiis li'S liilumos. Pa^ès, l'.mnprn-. Duclerc, l'onl néanmoins bonne conlenance ; Barlliélemv Sainl-llilaiic. que sa pâleur inléressanle, cl 1 liahitndo de se placer élégamnienl a la Irihiinc, favorisent, se présenle avec nn niannscril. — Profond silence. — a Ce document, dit le professeur, n'était point destiné à voir le jour de mon vi\anl ; nous avions fait, M.M. Pages, Pagnerre, Duclerc cl moi. la convention de le léguera la postérité comme mémoires posthumes, après la mort du dernier de nous quatre ; mais, puisque l'on nous y force, je vais soulever le \oiie. — Suidever le voile est une métaphore bien connue qui ne manque jamais son effet. Un frisson court sur tous les

bancs; et M. Sainl-llilaire commence il commence, dis-je; mais

quand est-ce qu'il aura fini? la lecture dure depuis deux heures, et nous sommes à peine à moitié du fragment historique. En somme, cet intéressant récit ne contient rien de plus que les propos de la maison Gibou ; — c'est à la magie du style qu'il doit ses longueurs. Ouoique historien, par circon.Ntance , M. Barthéh^ny Saint-Hilaire n'a pas négligé l'occasion de prouver qu'il est ordinaireinent professeur de rhétori(|ue.

Le général Cavaignac avait tout écoulé sans sourciller. Quand l'historien s'est lu . il lui a dit fort poliment : — Avez-vous lîni '? — Mais... il me semble... citoyen... monsieur... général... je crois qu'oui, balbutie le professeur visiblement interloqué du ton dont la question lui était adressée. — Fort bien; alors je vous demanderai la permission de narrer à mon tour avec quelques détails les événements de juin. Sur les |)oints où mes documents ne seraient point d'accord avec votre histoire...— Dites légende, général, j'ai voulu faire une simple légende... — Va pour une légende.. .nous consulterions les souvenirs de nos collègues afin de fi.ver l'opinion de la veuve Gibou... — général... — aussi bien que celle du pays, à laquelle monsieur, je liens infiniment !

La-dessus le général part avec un sang-froid qui donne la plus haute idée de la distinction et de la belle tenue qu'il devait conserver au milieu des razzias. Nos officiers d'Afrique ont tous la fatuité de charger en gants jaunes. — \ers sept licuies, l'imperturbable Cavaignac achevait a|)eine;son discours avait duré prescju'aussi longtemps qu'une bataille. La stratégie d'ailleurs y eût difficilement trouvé quelque chose à réprendre; car les principaux arguments sortaient des archives du ministère de la guerre. Par exemple, le côté romanesque avait été un peu négligé. — Cela ne faisait pas le compte deGarnier-Pagès et de ses amis, qui sont avant tout des hommes d'imaglDalion. — .Nous n'cntinJons rien à voire ^lra^égie . a vos arguments, et à votre sijslème de coitcenliatioii ,

LA CONS I ITli.VN I i;. — '2.> .N O V K M 15 U K. ">'.)

cri:ii('iil-ils ; c'osi voire cœiif (|iio nous accusons , iiigral ! — liij^iat ! le mol clail vit'. — Oifon allume les liislies. que personne ne soile , répond le général. — (iénéi'al , nous mourons de faim. — Vous dînerez demain! — Cependant la nature l'empoile; on soit; et deux heures après chacun revient avec cette disposition à la scnsihilité que donne le travail de la digestion. (jarnier-Pagès , Diicleic, l'agnerre et Barthélémy Saint-llilaire, étaient plus allendiis que tous les autres. — Finissons-en, leur disaient leurs amis, emhrassez le général et ne passons |ias la nuit ici. — Mais comme le général n'ouvrait pas ses bras, Garnior-ragès s'est mis à agiter ceux de rex-commission executive, avec une exaltation, avec des transports propres à faire croire que ses amis et lui n'étaient pas d'humeur à jamais pardonner à qui que ce fût de les avoir remplacés : « Général , votre frère était l'ami de mon frère , car nous avions chacun un frère. Caïn, qu'avez-vous fait d'Abel ? Caïn, comment l'avez-voiis récompensé de ses bienfaits? — Par Abel , Gariiier-l'agès entendait parler de rex-commission executive. L'heure , le dîner et l'émotion le rendaient biblique. — Il n'y avait |ias de raison |)oiir qu'une fois entré dans l'ancien Teslamenl, loratciir eu sortît jamais; d'autant mieux qu'il cuniondail la Genèse avec l'histoire moderne , et qu'à |)ropos des événements de juin et de la conduite militaire du généraUlavaignac, — suf(isammenl justifiéedans la première partie de la séance; — il faisait intervenir encore l'opinion de cette malheureuse madame Gibon , la cause involontaire de tout le débat. — Bref, nous touillions à la cacophonie. Le général, voyantqn'il avait aliaire pliilôl à des commiMes qu'à des adversaires politi(|ues , paraissait disposé à ne plus répondre, parce ([u'il en avait assez dit. — La solennité toujours indispensaiilt! aux séances de nuit allait fain! défaut, ce <|ui eût été humiliant pour l{! petit ptMC Marrast. — Que fait alors notre spirituel i>résidcnf? Sur un signe de lui le (|uesteiir Degonsée accourt. Ou<'h|ues iiiiil-; sont échangés , et le (idde Degonsée disparait dans la pénombre des travées do la gauche. Tout-à-coup le vénérable! Dupont de l'Liire se h.'vc comme s'il était mû jtar un ressort. — lùoiitez , s'écrie le |)rési(lent Marrast , avec les signes d'une vive émotion, écoutez Dupont de l'hjire 1 — On écoute dans un profond reciieillemcnl , maison u'eiitend rien. L'intérêt s'en accroît. Abus le petit pi-re Marrast , d'une voix perçante: H Citoyens, II! vénérable Dupont de rKurc. (|ue tous les partis honorent comme le modèle de la pioltilé |>olili(|uc , vous propose de di';ilan-r dans un ordre du jour(|ue h; géiit'ral Cavai^iiac a iueii mérite de l.i paliii'l >i — Ainsi s'est leiiiiiiiée la jhci r par nu cnup de ihratre, aibqilr a nue immense majonlr.

3i0 LASSEMBLÉli NAÏIO.NALK COMIQUIi.

27 novembre.

Colère de M Deslongnis — Le budêe'' des TRAVAUX PUBLICS.

lleveiioiis ù nos pipeaux. — An moment où le Iranc Luneau, a|)rès un léger dcjenner du malin, entrait à l'Assemblée, il a rencontré dans la salle des conl'érences le prince, qui semblait s'y être arrêté par mégarde, et qui cliautonnait comme un lionime étranger à tonte politique un air dans son idiome natal :

Mon lu'tit François, Toi fouloir qiio je t'abrcnno

Comment autrefois Je valsais à la brussicnnc On bien à la (tyrolienne, Tnn, trin, Irin, lllclie, lloucli.

— Oh! ne put s'empccbcr de se dire le franc Luneau en entendant ce refrain; pour cbanler ainsi dans des circonstances électorales, il faut que ce jeune homme soit bien innocent. Son air m'attendrit malgré moi.

Disant cela, le franc Luneau s'aperçut que le prince était devant la porte, et il se crut obligé de lui faire un salut en passant.

— iMonchir, répondit le j)rince, j'afre riionneur de fous dire le bonchour...

— ['rince...

— J'afre été dans la désolationc de l'otre mort...

— Vous êtes trop bon.

— Car j'afre dit à la prudente Fieillard : si la frank Luneau elle être défunte, j'afre bliis bouvoir lui offrir une betite bortefeuille.

— Ah ! prince.

— Une betile bortefeuille dans la gabfnetle avec la célèbre Barrote; foidez-fous une betile bortefeuille"?

— Mais, prince, il en faudrait trois; les Pestel ne pcuveiil pas aller les uns sans les autres.

— ïerteille ! j'en afre gu'un, parce que la prudente Fieillard afre bromis les autres à tout le monde. Foulez-fous la dernière, mon pon ami, la foulez-vous? Tites ya

— Prince... ah! prince... et le parti Pestel?

— Clie lui tonnerai un hl.it d(! sublément tous les chours.

be franc buneaii . à la suite de celte; communication, entra fort ému

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