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voix j^tavcî tout à fait propre aux proclaiiiations, fait coniiaîlre, en dos termes à la l'ois sévères et affables, le résultat du dépouillement, et propose à l'Assenibléo de reconnaître immédiatement le citoyen Cliarlesl.ouis-Napoléon Bonaparte, en qualité do président de la République. A ce moment-là, soit par reflet do l'organe de M. Waldok, soit par reflél de la situation, les cœurs ont battu. Pour mettre le comble à l'émotion, le iîénéral (]avaii,'nac monte à la tribune, remercie rAsscmblée de la conliance qu'elle avait placée en lui, eldéclare, avec une sirni)licilé irèsbéroiqne vraimenl. (|u"il lui remet le pouvoir qu'il tenait d'elle, ainsi que la démission de tous ses ministies; puis il descend, et va s'asseoir à la place qu'il occupait avant d'être dictateur.
Aux transports qui l'ont accompagné, le général (lavaigiiac a pu se faire illusion peutlant quchpies minutes, et croire i|ue c'était lui ([u'on proclamait ])résident de la république.
On avait tout-à-l'ait oublié M. Louis IJonaparte.
Il a fallu que M. Marrast ramenât l'attention vers le lauréat, en l'invitant à venir prêter, devant Dieu et le peuple français, serment de fidélité à la république.
Le citoyen (^liarles-l.ouis-Napoléon Honaparte s'était préparé dès le matin à la cérémoniiî ; il n\a fait aucune! difliculté do répomlro avec sa bonne grâce naturelle, que rebaussait un l'rac noir orné des insignes de grand-croix do la l.égion-dlionneiir, à l'invilation du président.
Il y a eu alors une très-belle scène. (1 est (juand les deux présidents ont été procbcs l'un de l'autre; M. Bonaparlo debout â la tribune, et M. Marrast delxnit au fauteuil doii il dominait son confrère; le président do la l{épubli(jue le bras levé an ciel et disant : « Je le jure! » et le président Mairast recevant le serment avec autant de majesté (jm; s'il (tait le l'ère éternel en personne. — Il ne lui a manqué (prun petit roulcnuMit d(! tonnerre.
in des beaux souvenirs qu(! M. Marrast gardera encore de celte journée, c'est celui d'avoir eu 1 bonnoiir d'accorder la parole au citoyen piésitlent de la l{épubli(|ue , qui n'a [)oint voulu se retirer dans .sf.s «/)parleinciils sans laisser comme gage, à ses anciens collègues, un petit discours très-consolant, dont la péroraison , sous loiine de poignée de main donnée au général Cavaignac, qui , dans la première surprise, s'est laissé faire, a paru d'assez bon goût.
Sur ce, M. Tliiers s'est pencbé â l'oreille dlKlibni IJarrol |)our lui dire : — (Jier ami, notre jeune lioiiime ne pouvait |)as liouver do meilleure sortie \
— O'esl moi ipii lai réijiir!
— |{'^cevL'z-cn mon sincère compliment; votre début promet.
— Quand un homme de ma trempe consent à accepter le fardeau d'un ministère après quinze ans de refus successifs, il y dévoue tout son patriotisme et toute son intelligence.
— Vous êtes superbe!
Cependant le président de la République, ayant terminé ses politesses, faisait mine de s'en aller. — «Accompagnons-le à sa résidence suivant les règles du cérémonial! » s'est écrié M. Marrast qui, pendant tout le cours de la séance, n'avait pas perdu de vue un instant l'étiquette. Aussitôt les huissiers se sont misa la tète du cortège, composé de l'équipage de M. Bonaparte, de voitures de remise, et de cabriolets de régie, dans lesquels deux vice-présidents, quatre secrétaires, et plusieurs représentants étaient montés; quelques curieux de distinction ont suivi à pied, un escadron formait la marche; les troupes formaient la haie et présentaient les armes; les tambours battaient aux champs; bref il y avait tant d'honneurs disposés tout le long de la route, et les huissiers, qui étaient à pied, marchaient d'un pas si sublime qu'il a fallu plus d'une heure pour se rendre de la chambre à l'Elysée; — juste le temps nécessaire à un convoi de première classe qui va de la Madeleine au Père- Lachaise.
Par exemple, en arrivant à ]ii résidence, le cortège n'a pas trouvé une chaise pour s'asseoir ; on avait pensé à tout dans le décret du cérémonial exce[)lé inneuh\ei]i\umhon; — si bien que notre célèbre Odilon Barrot a été obligé de procéder debout à la formation du cabinet dont il est le chef. — Le tapissier donne pour excuse qu'il ne savait quel genre de sièges offrir à un président de république ; qu'un trône eût paru inconvenant, et que les fauteuils étaient bons pour des magistrats subalternes. — Pourquoi n'a-t-il pas mis des pliants qui vont bien partout? ou bien encore pourquoi n'avoir pas, par une attention délicate, fait venir des tabourets de llani? Louis Bonaparte, qui doit toute sa popularité à ses deux expéditions de jeunesse, aimera sans doute à se rappeler maintenant, qu'il est j)résident, son temps passé naguère en prison. 11 est évident que les cinq millions et demi d'électeurs qui l'ont nommé, ont bien moins voulu le récompenser de ses vertus que lui fournir un texte inépuisable de rétlexions philosophiques. Autrement la minorité du généi'al Cavaignac ne s'expliquerait pas au point de vue moral ; — je ne dis pas politique, M. Thiers, car je sais trop que l'ingratitude est la reconnaissance des bourgeoisies inspirées par les hommes d'Etal tels que vous. — Vous avez pu d'ailleurs mener en toute confiance votre intrigue, ayant bien deviné que le général Cavaignac plus per-
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sonnel ([irambilieiix ; aussi indécis que loyal ; cspiil faihle el cœur ferme; soldat pris avec armes el bagages dans \os toiles d'araignées, pousserait jusqu'à la fatuité le sentiment du devoir civique, qui se confond, à ses yeux, avec celui de la discipline, et sortirait du pouvoir comme une sentinelle qu'on relève; — plein de rancune dissimulée par point dhonneur, mais incapable de traliison.
21 (l.-comliro.
Rapport de peiiiions. — Con^é de quatre jours.
A roccasion de l'avènement du président, congé de quatre jours! — Le nouveau ministre de l'instruction publique, M. de Falloux, a même fait espérer aux rhétoriciens de la rue de l'oiliers, auxquels il a rendu visite ce malin, que les grandes vacances commenceraient plus tôt qu'on ne s'y attendait. Une fois celle bonne nouvelle répandue dans la classe, il a été impossible d'obtenir un moment d'attention; cbacun s'est mis à brocber ses rapports; une demi-douzaine d'orateurs ont fait semblant de venir réciter leurs discours à la tribune; mais c'était par pure formalité, et ces rapporteurs songeaient évidemment bien plus à s'en aller qu'aux pélilrons dont ils rendaient compte. Ajoutez que le maître d'études l-acrosse présidait, el que cet excellent marin parvient rarement à obtenir les bonneurs du silence dus à son lang. Où donc pouvait être le petit père Marrast qui a tant d'empire sur sa classe? L'aurail-on déjà retenu à l'Elysée? Non , un autre soin l'occupe. Avant que les représcnlanls ne s'en aillent, il y aura une grande distribution de prix à laquelle assisteront les nouvelles autorités; le pelit père Marrast, en sa qualité d'ancien membre de l'iniversilé, est cbargi' du iliscours latin, et il a |)assé toute la matinée à le composer :
« Juniores deputati, et seniores aussi !
« Con)posiliones sunt finiliT; el ego sum conlentus et salisfaclus vcstr.T intelligenti;e , vestri devoncuienli , el exacliludinis cuui (|ua accepislis nummos quiuqiie el vigiiili quolidie. Il;re exacliludo probat vesirum excelleulum cd'uriiui el excellenliam preferenlia- (|uam vobis elerlores lemoignaverunt quia savabaul vos omnes esse liomines supe— riores, cl moi aussi. Acbevavimus conslilulioneni el acceptavimus presidenliim , fecimus innombrnbiles dccrclos, defccinuis omncs projelos gouvi-rnemenli provisoiri ; ufdiis iiiliil restai facere. Kamili;e nostr.r
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nos aiiciuliinl; docampanuis siil)ilo sine discularc legos organicas; lit siiiprt'Miaiiiini nostras feminas anivando.
« Jiiiiiones dcpiitali et seiiioros qi]0(|ue, poiivotis partire; non vos retcneo ; sed posl grandos laborcs sessionis, jiistuni est vobis donare rel'ompensas qiias nicritavcrislis, et distribuare inter vos prœmia ornala laiiiieri, ciini acconipagnamento musicœ et ronlainonlo lamboiirornm.
« A soinmcto colonnœ rcspnblica vos regardât, et qnandô regardaveritis colonani, omncs poiirreritis dicere : lieri snmus d'ctre Fravcès colonain regardando ! — Talis est vcstra superl)issima récompensa!
La belle prose latine a le double avantage de frapper agréablement l'oreille de ceux qui ne la comprennent pas et de charmer le cœur des savants pour lesquels l'antiquité n"a point de secrets. Le latin est la véritable langue politique; il est impossible, quand l'instruction sera plus généralement répandue, qu'on ne finisse pas par l'introduire dans les Assemblées délibérantes. C'est à M. de Falloux, le nouveau ministre, qn'il appartient plus qu'à tout autre d'amener cette importante réforme.
-2i, 20, 24, 23 défomlire.
PENDAM LE (;ON(;É.
Ministère de : M. Odilon Barrot, , justice; Drouyn de Lhuis, affaires étrangères; Palloux , instruction publique ; de Malleville. intérieur ; Bixio, agrioulture ; Léon Faucher, travaux publics ; général Rulhière, guerre ; de Traoy, marine ; Passy, finances.
Il avait été convenu que le cabinet profiterait du congé de l'Assemblée pour préparer son programme politique.
Dès le point du jour on commença à rendre au célèbre Odilon lîarrot les honneurs dus à son rang. Trois tambours vinrent exécuter un roulement dans son alcôve, et quand il sortit pour se rendre au conseil, il y en eut deux ijui marchèrent devant lui ; le troisième prit la queue. A chaque coin d(^ rut; on s'arrêtait, et un huissier, avec sa chaîne au cou, s'écriait à voix haute : — Voici le célèbre Odilon Barrot, ministre de la justice! Honneur à Thémis! — C'est ainsi que le cortège arriva à l'Elysée-Bourbon. — Tambours, dit Thémis avec sa majesté naturelle, je suis content de vous. — Puis il écarta d'un geste la multitude et entra dans la salle du conseil. Les ministres se levèrent respectueusement à son approche et lui montrèrent son piédestal qu'on avait préparé pour le recevoir. — ^Aunième instant un massier chargé des attributs lui offrit des balances. — Thémis les accepta gravement, et comme ces marques de déférence l'avaient ilatté, une l'ois qu'il fut établi sur