I..\ CO.NSTITI A.N II.. — 10 J A NVIKH
son estime à ses anciens collègues, (|u'il sétail sépaié d'eux sans aucun niolif.
Kncure un Bonaparte! .M. Louis-Lucien, nou\elleuienl élu en (lorse : — uiaisa\ec tant (rcntliousiasiiie , ((udu a clé oliligé d'auiuiicr l'élection.
10 JMllvil-l.
Loi £ur rorèanisalio.n dû l'asoisiance publique â Paris. — Interpellalion sur la revocaticn de M. Boui'laud
l'oute la presse a assisté avec beaucoup d'intéièt au deuxième début de .M . Houlalignier justement surnouuué ( lélimène, ])aice qu'il est le véritable béritier du talent de mademoiselle Mars. La seule cbose qu'on regrette en voyant à la tribune cet orateur élégant, c'est qu il n'ait ni collerette ni éventail. L'éventail surtout nous parait indispensable à .M. Boulatignier; ses plirases charmantes, son débit coquet , sa manière de lancer le. mot ne sauraient se passer de ce petit meuble. .Nous aimerions aussi que .M. Boulatignier mît un jieu de fard et (ju'il respirât de temps à autre un (lacon de senteurs; alors la représentation du Misanlhro[)C ne laisserait plus rien à désirer et ra|)pcllerait les meilleurs jours de la l!omédie- Française. Le petit i)ére Marrast jouerait le rôle d'Alceste avec le beau costume que lui a l'ait Daumicr.
M. Boulatignier est l'orateur dans lc(|uçl se personnilient toutes les grâces du conseil d'IJal: il lui appartient de se présenter à la barre cot7ime le type le plus parlait de I a\ocat de société : boucbe en cœur, main moite, cheveux ondes, pâleur intéressante, assez de ventre, et le style fleuri jus((uc dans les ex|)lications (|u'il donne sur les matières a(lministrati\es. (!e joli homme mérite à tous égards d'être encouragé. T'est un modèle d'éloquence de genre, ini adorable orateur de chevalet. Tout en lui respire le !)enjoin et le petit musc; la tribune, une demi-heure après qu'il l'a quittée, est encore imprégnée d'une forte odeur de Portugal. .Vjoulous que pende personnes savent porter l(> pantalon noir comme .M. Boulatignier. In seul détail achèvera de ]ieiudre cet ainiahl)* représentant. M. Boulatignier, nous disait-on aujouid'bui , |iousse si loin la distinction, la recherche des belles manièics el l'aristocratie de la toilette, que, lorsqu'il \a aux bains de mer (U- Dieppe, jamais il n'entre dans les flots sans v ré|)andre deux flacons d'eau de Pologne pour les parfumer. — Il est impossible que M . Boulatignier n'obtienne pas les plus grands siirrès auprès flu beau sexe, et puiscpiil s'agissait dau- la discussion a laquelle il a pris part de \'or(f(inn(i\ùin dr I nssisldvrr
VIO l,'ASSi:.MI!I.KI<: NATIUiNAI E COMIULi:.
puhliqitr, () Paris, nous rogroUons sinroronient qu'un ne l'ail pas nommé (lame do l'iiarilé.
Quant au citoyen J\cj)pelin , qui tient l'emploi des raisonneurs , ce n'est ])oint par une suprême élégance qu'il se distingue; nous avons déjà eu l'occasion de dire qu'il ressemblait assez à un fumiste. On le prendrait même , au premier abord , pour un tuyau de poêle. Ses discours ne sont point faits pour rien ôter au portrait; ils sont couverts de suie, et il les prononce connne s'il ramonait une cheminée. En descendant de la tribune, ^I. Ueppelin est toujours noir à faire peur; c'est au point que l'excellent Isamberl, qui s'étonne de plus en plus chaque jour d'être encore blanc, s'y trompe, et lui ouvre ses bras avec tendresse. Ces témoignages de sympathie consoleront le pauvre troisième rôle de n'avoir pas pu introduire un seul amendement an projet ministériel défendu ])ar la (jnmde loqucUe.
La représentation ne laissait point que d'offrir des péripéties presque draniatiques. Pour en augmenter l'intérêt, le petit père Marrast n'a pas craint de venir s'exposer lui-même a la fureur des partis, en dénonçant pul)liquement la fraude coupable d'un grand nombre de représentants (jui se font adresser franco leurs lettres sous le couvert du président. A ces mots , un cri d'horreur est sorti de la tribune de la garde nationale. Mais quelle n'eût point été l'indignation du poste tout entier s'il avait su que ce ne sont point seulement des lettres qui ont été affranchies frauduleusement, mais que certains représentants ont reçu ainsi jusqu'à des fromages sous enveloppe ! Au dernier Sassenage, qu'il a parfaitement reconnu à l'odeur, bien qu'on eîit écrit sur l'adresse : Papiers de famille, l'intègre Marrast n'a pas cru devoir supporter plus longtemps l'abus qu'on faisait de son nom , et s'est déterminé à l'éclat d'aujourd'hui.
Dignus, difjnus est intrare ! . . . C'est en l'honneur d'Hippocrate que le docteur Laussedat a tàté aujourd'hui le pouls de M. Falloux et soutenu contre le confrère Trousseau une thèse sur la révocation de M. Bouillaud des fonctions de doyen de la Faculté. — La médecine française se perd! ces messieurs n'ont pas parlé latin.
Voyant qu'il s'agissait d'une querelle de médecins , l'assemblée s'est bien gardée de s'en mêler, dans la crainte de gagner quelque mauvaise fièvre ; M. de Falloux seul , qui a naturellement l'air d'avoir la scarlatine de Basile, a osé entrer dans le lazaret de la discussion. Il fallait se prononcer entre deux médecins : M. Bouillaud et M. Orlila. Le rusé ministre a donné raison au plus dangereux. Il s'est dit, sans doute, que la pire chance qu'on pût courir avec M. Bouillaud , c'était d'être purgé , tandis (|U(' conlie M. Orlila, l'homme des poisons , il n'y a pas d'antidote.
LA CU.NSrm AME.— 11 JA.WIliK. ill
11 janvic']'.
Projet tendant à modif.er le tarif des douanes sur les sels étrangers.
On en re\ienl au sel : — etM. Uillaull, député de l'Ouest, prend la parole en paludier contre toute diminution du droit d'entrée sur les sels étrangers. — Au premier point du discours , il est facile de juger que l'avocat a fait sa réi)utation au civil. Il a toute l'éloquence que comporte la défense du mur mitoyen et les arguments qu'on trouve dans un dossier bien préparé. M. liillault est le type de l'orateur soigneux, qui étudie ses causes et éblouit le tribunal par l'exposition des connaissances spéciales qu'il a acquises — en une nuit — toucbant les matières les plus étrangères à son état. Plus de volubilité que de st\le, — jdus de vivacité que de geste, — plus de métier que d'inspiration , — un extérieur d'avoué à la cour, et le désir de plaire à ses électeurs tout en se rendant possible pour le prochain ministère, voilà M. Billault. Après cela, il ne faut point prétendre que ce membre du barreau soit absolument désagréable à la tribune ou bien qu'il manque de conviction. Je le préfère à beaucoup de grands bras , de grosses voix et de ventres creux. Il parle le langage des affaires en chef du contentieux ; et c'est toujours avec lui certain plaisir qu'on entend plaider correctement. L'avantage de M. Billault , c'est que rien ne l'arrête. Il ne se reprend jamais , et reconnaît son erreur de façon à confuiidre ses ad\ersaires.
— .M.' liillault, lui crie-t-on , mius prenez un singe [umv le Pyréo I - — Oui... soit... Et il continue, confondant le Pyrée avec le singe d'une si babile façon , qu'il est impossible de distinguer le port de la bête. — (Test ce qu'on appelle (Irhiaycr en sl\le de robe. Il n'y a à la cbambi-e qu'un avocat qui déblaye comme .M. Billault, c'est M. Baroche.
Mais si l'on veut avoir une juste idée de l'intérêt qu'inspire une plaidoirie de M. Billault, il suffit de regarder le bonbomme Tropique pendant i|ue .fon a\ocat parle. Le bonlionnne Tropique est, comme on sait, .M. Fr-rdinand Favre, e\-maire de Nantes, surmonté d'une |)erruque d'éloupe. I.n sa (jualité de représeulanl de l'Ouest et des sels français , il est CMUxaincu <|u'il exprime sa propre pensée dépaileniciilalc par la bnucbe de .M. Billault. Ce tableau est toucbant.
A peine M. Bilbnilt avait-il rendu son bonnnage aux salines (pii l'ont nommé , (|ue M. Moreri est monté à la tribune. .Mais c'est eu \aiii cpie ce représenlanta essayé de prendre la parob; , jiersonue n'a mimIh le rcconiiailre, parce i|u'il n'a\ait pas snn paletot jaune. — .Messieurs... — Allons donc , c'est un faux Mureri ! — .Messieuis... — Allons donc, ce n Cst pas
il2 l/ASSKMBLÉE >AJ'I()i\AIJ, COMIQIK.
lui ; le paletot 1 le paletot I — Mais enfin, s'est écrié le petit père Marrast, la parole est à M. Moreri. — Il n'y a pas de 3Ioreri sans paletot jaune!... — Cependant, messieurs... — Empruntez celui d'un ami !
Enfin M. 3Ioreri , devenu jaune d'impatience , a réussi à faire comprendre qu'il se présentait dans l'intérêt des consommateurs.
— Dînez-vous chez Pe.stel? s'est aussitôt écrié le franc f.uncau.
— JNon , je dîne chez Truchot.
— Si vous dîniez chez Pestel, vous lui demanderiez des renseignements, et vous sauriez que , grâce à l'ancien tarif des douanes , le ])rix du sel est toujours le même, entendez-vous?
Cet argument a paru irrésistible au pau\re Moreri. .Sentant bien qu'il était sans force en l'absence de son paletot jaune, il a abandonné immédiatement son discours ; puis arrivé à la dernière marche de l'escalier, il a étendu les bras en s'écriant: — ^'importe ! mon sort est encore bien glorieux, je suis content pro pntriâ Moreri !
A peine ces paroles élaient-clles prononcées, qu'un effroxable combat d'amendements s'est engagé. En un clin d'oeil la salle a été jonchée d'amendements éventrés, d'articles mutilés et de tarifs fendus. C'est à peine si l'on avait le temps de mettre du sel sur les blessures. Le fort de la bataille s'était porté du côté du parti Pestel. Les trois Pestel avaient formé le coin macédonien , et Luneau , qui tenait l'angle , donnait des c^ups de tète comme un pivert. Il y a eu un instant où le Bizoin sauvage s'étant trop aj)proché , a été percé de part en part et laissé pour mort dans la discussion. Cet événement a rendu ini peu de calme à la séance, et comme le j)auvre Bizoin restait étendu sur le rebord de la tribune , le hon docteur Turk, toujours inconsolable de la perte du chimpanzé, est venu se poser en face de lui et l'a regardé tendrement, d'un œil de naturaliste qui trahissait son désir secret de l'empailler.
C'est à ce moment que , ne pou^ant résister à mon émotion , je suis sorti en disant : « Combien cette discussion à laquelle nous venons d'assister doit élever l'àme des jeunes filles aujourd'hui en si grand nombre dans les tribunes publiques ! »
\-l lanvi.T.