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Proposition ds M. Billauli relative au budget. — Discussion de la loi du oonï.-il d'Éwt.
— Ouest-ce à dire, monsieur!"
— C'est-à-dire , mon cher monsieur Odiion Hinrot , répondit l'honorabli' ministre des finances, qu'il y a dans le sein de l'assemblée un certain représentant Ibllaull au(piel il de\ient urgent de mrlln» un terme: sinon il va nous faire une position inlolérahle.
— Parlez pour vous, mossieur, et apprenez (pi il ri(^ junil jamais rien arriver d"int()lérai)le à un homme connue moi !
— Il s'agit d'une question d'argent, et je ne crois pas (pi'il \ ail personne à l'abri des (pieslions d'iirgent.
— .Mossieur !
— Oui, niim cher inonsienr. .le \oii'- prie dc-iilvre inon raiMinncmenl avec (|iielqne allenlinn.
— Mossieur ?
'i.30 I, ASSK.MIîLKI'; N\ ilO.NAI.i: CO.MIOI K.
— Je vais tâcher de me nieltrc à la pintée de votre haute intelliirence. Vous saurez donc que le citoyen Hillault a la prétention de nous couper les crédits.
— Ca m'est parfaitement égal, monsieur. Ouand on n'a point de crédits, et qu'on se pique d'être un gouvernement fort , on emprunte...
— A qui ?
— C'est votre affaire.
— Mais je vous répète que ce citoyen Billault veut nous obliger à mettre les dépenses en équilibre avec les recettes.
— Eh bien I croyez-vous donc qu'il soil dans luon intention de déranger quelque chose à ré({uilibre euro|)éen'
— Ah ! mon Dieu ! ah! mon Dieu ! ah ! mon Dieu ! cher Odilon Barrot , vous feriez véritablement tourner le trésor en bourrique. Apprenez donc que si l'on écoutait ce M. Billault, il nous serait interdit de dépenser, dorénavant, dix sols avant d'aAoir justifié d'une recette de cinquante centimes.
— Faites-moi , je vous prie , le plaisir de rompre cctie conversation. Vos chiffres commencent à me fatiguer.
— Cependant , cher monsieur Barrot , réfléchissez que l'argent a toujours été le nerf des gouvernements.
— Ouant à moi , monsieur, je [tréfère trouver mon nerf en moi-même. Emportez vos additions, je vous en supplie; ces choses-là me répugnent, .l'halùte des régions plus élevées dans l'ordre politique ; les orateurs de ma trempe, absorbés par la contemplation des affaires d'Etat, n'ont jamais attribué à l'aritlmiéti([ue qu'une attention secondaire. Cela est bon pour les petits esprits. Veuillez donc vous faire une idée plus exacte de ma situation exceptionnelle. \ous voyez en moi un homme qui a consenti, à force de sollicitations, à rester pendant dix années à la tête des affaires. En quoi, dès lors, votre budget m'intéresse-t-il? Ne ravalons pas, je vous prie, mon gouvernement. 11 est possible que d'autres ministres, les subalternes qui m'ont précédé, se soient inquiétés de misérables difficultés de finances. Je consens à leur pardonner; mais il ne sera point dit qu'un Odilon Barrot aura cédé à de pareilles puérilités. Allons, mon cher, connaissez mieux la France, .\otre belle France a placé toute sa confiance en moi ; voudrait-elle nie laisser manquer d'argent ? Jamais! monsieur. î\e lui faites point cette injure! ^ ous m'objecterez peut-être que l'assemblée nationale pourrait se plaire à jeter quelques entra\es dans l'accomplissement de ma mission providentielle. L'assemblée est ce dont je me préoccupe le moins, et malgré tout le respect que je lui dois , mes sentmienis à son égard sont connus. Je l'ai priée une fuis déjà de se dissiper; dès qu'elle
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aura obéi à mes ordres, je me propose de m'adresser direclement au pays. Croyez-le bien , Passy, c'est alors que les impôts voleront au-devant de moi ! lis deviendront tous volontaires, et vous serez obligé incessamment de faire élargir vos caisses. Je comprends fort bien que l'impôt des quarante-cinq centimes ait révolté les popidations. Pourquoi ? parce qu'il était réclamé par des personnes que la pudeur me défend de nommer. — Excusons cependant les torts du gouvernement pro^isoire. — Mais moi, je suis le symbole du définitif, et s'il me plaisait de porter les quarante-cinq centimes à quatre-\ingl-dix, je ne doute pas qu'on ne les acceptât avec reconnaissance. Ce qui manque toujours aux financiers comme vous, c'est la connaissance du cœur bimiain. Ignorez- vous que mon nom est béni dans les campagnes?,Yoici conmient je me propose de tranciier dorénavant cette (|ueslion fastidieuse des budgets ; je me présenterai en ces termes : « Peuple français , je ne sais point précisément de combien d'argent mon gouvernement a besoin ; mais , puisque je veux employer cet argent à faire ton bonheur, en devenant cbaque jour de plus fort en pins fort, peuple français, pourrais-tu me le refuser ?» Jamais, monsieur, le peuple français ne refusera la moindre chose à un grand ministre qui lui tiendra ce langage empreint d'une mâle franchise, ^t)us prendrez d'ailleurs la note exacte de la dépense. Ouelle que soit la confiance dont je suis investi, je me dois à moi-même d'être en état de la justifier. Vous voyez , mon ami, que vous cherchez bien loin des combinaisons financières, tandis qu'avec mon plan, qui est de la plus grande simplicité, j'assure en un clin d'oeil les services (jublics en donnant une impulsion inusitée au cinq pour cent. D'ailleurs ce jilan n'est point un secret. Je vous le livre, monsieur I
Ayant prononcé ces mémoraiil(>s paniies, (jui ouvrent un horizon nouveau aux queslions de finances, M. Odilon Parrot crut devoir laisser Sun collègue dans l'étonnemenl où il était |)longé , et se relira pour aller résoudre quelques nouveaux problèmes. Cràce à cette couAcrsation rassurante, M. Passy a pu suijportcr aMc indifférence la prise en considération dn projet du citoyen Pillault, tendant à l'examen immédiat du budi^ef de 1849.
L'assemblée a en.suite entame la loi organique sur le conseil d'Ktat, qui ne contient que soixante-six articles. Après a\oir enfendn quelques discouTS assez galants, le public est .sorti au moment où l'orafeiu- Condiarel de Leyval venait d'obtenir la |>ariile — pour sr virlltr (l'drcnvtl avec hiiméinc. ( \oir le tivlnlii ]finnli'i(r \>itiii- rc- ilmiiciN nmts, (pii Sdiil dn |i('lif père Marrasl.)
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24 janvier.
Dépôt de pétitions. — M. Bugeaud. — La loi organique du conseil d'Etat.
Ouvrez, s'il vous plaît, la tribune à un convoi de pétitions sous l'escorle du général Bugeaud ! — Afin de ne point effrayer l'assemblée par un déploiement d'appareil militaire, le généraj , habillé en roulier, s'est présenté avec autant de simplicité qu'en aurait pu avoir un facteur des grandes messageries. Il a déposé son colis sur le bureau , et après avoir fait viser la lettre de voiture, il s'en est allé fort tranquillement. — On a d'abord pris la pétition pour un panier de truffes à cause de l'odeur qu'elle exhalait , et les narines du petit père Marrast se ddataient amoureusement. Néanmoins, une fois la bourriche ouverte, on n'a trouvé dedans que des signatures du Périgord. Comme on s'étonnait de leur parfum, quelqu'un du pays qui se trouvait là a expliqué que, dans la Dordogne, on récoltait les signatures contre la prolongation de l'assemblée de la même façon que les truffes , et qu'il était probable que la pétition avait séjourné dans le ventre d'une poularde de Barbézieux avant d'être expédiée à Paris.
La pétition dont le citoyen Orandin a ensuite fait hommage à ses collègues ne flattait point l'odorat autant que l'autre , et il est permis de croire, tant elle nous a paru grasse et rance, qu'elle sortait de la friture. J'ose affirmer qu'elle ne serait point déplacée sur les tables d'hôte des auberges de Caudebec et d'Yvetot en qualité de sole normande. — Comme pétition au beurre d'anchois , le cahier de M. Grandin serait aussi d'un bon effet. Les restaurateurs à prix fixe, toujours à l'affût des primeurs, auraient grand tort de ne pas enrichir leur carte de ce nouveau plat, qui plairait, je crois, beaucoup aux réactionnaires, gens d'un bel appétit : « Garçon, une pétition normande pour deux! garçon, un salmis de signatures du Périgord à la Bugeaud I » — Il n'en faudrait pas davantage pour la fortune d'un gargotier.
Personne n'a été fâché, à l'occasion de cette bourriche dont il s'était chargé, de revoir le général Bugeaud. Ma foi, l'excellent homme n'est pas chano^é. Il avait repris pour aujourd'hui sa physionomie des comices ao-ricoles; nous avons retrouvé notre vieux Bugeniard, notre bon Croquerave de l'ancien Charivari ; — c'est au point qu'au moment où il a ouvert la bouche, on a cru un instant que c'était pour répéter son fameux toast qui eut tant de succès au banquet fouriériste : — « A l'abolition de la guerre par la culture en grand des pommes de terre I » — Il paraît que le général Bugeaud a renoncé à la pomme de terre depuis qu'elle est
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malade , et que ce sont les signatures du Périgord qu'il veut cultiver en grand. — 0 Croquera ve, vous serez donc toujours un de nos premiers agriculteurs 1 — L'antiquité cite Cincinnatus ; mais elle ne nous dit pas que ce Romain ait jamais fait pousser dans son champ des pétitions aux trulfes.
Hormis les notables de Tréguier, qui est-ce qui aurait pu lutter avec avantage contre la bourriche de Barbézieux et contre la sole normande de M. Grandin ? — aussi l'honorable Glais-Bizoin s'est-il fait un devoir do présenter la liste des notables de Tréguier, tous résolus à combattre comme un seul liuiume pour le maintien de la constituante.
— ("umbien sont-ils? a demandé la rue de Poitiers.
— Contentez-vous de savoir qu'ils valent bien vos truffes , a riposté vertement le petit Pré-salé.
— Et qu'ils sont assez nombreux , a ajouté notre caporal Clément Thomas , pour jeter la légitimité à la porte le jour où elle essayera de faire sauter la République par la fenêtre 1
Tel a été l'exorde de la discussion de la loi organique sur le conseil d'Etat, dont on ne saurait trop engager les jurisconsultes à méditer les soixante-six articles dans le silence du cabinet. C'est encore M. Combarel de Leyval qui a eu l'honneur de terminer la séance. Quand cet orateur se fait entendre, ilnie reste plus jamais personne dans la salle pour prendre la parole après lui. Physiquement, M. Combarel ressemble du haut de la tribune à une belle-mère irritée : et connue il a la prétention de débiter des puUas empreints de quelque acrimonie, on dit de lui : qu'il est sublime et conosif.
25 janvier.
Autres peiiiionB. — Suiie de la disoussion de la loi organique du oonBeil d'Etal.
Continuation du défdé des pétitions sous forme de saucisses , cervelas, pétitions en cruches et en petits pots, en bondes et boudons : pétitions de Neucliàlel, qui alTectenl une physionomie raffinée ; pétitions en brie nonveau , et enfin pétitions récoltées dans nos |)lus fertiles déparlements, et pouvant faire honneur par leur variété à la devanture d'un marchand de comestibles. A un certain momeni le parfum de foutes ces pétitions étalées à la fois sur le bureau est devenu si pénétrant , que les gourmets de la rue de Poitiers se sont léché les babines. Et dire (|ue toutes ces signatures sont le produit du sol français, qu'on les récolte dans les campagnes, jus^pie chez des paysiins (|ui ne sa\enf pas lire !
434 LASsEMBLÉIi .\ATIOi\ALK COMIQUE.
Parmi les fromages calligraphiques dont plusieurs représentants ont bien voulu faire l'honmiage patriotique à leurs collègues, nous avons distingué la pétition de la famille Coquelicot , composée de onze personnes ,
— y compris sa chèvre, dont on a également obtenu la signature. — Ces onze Coquelicots, tous parents et alliés, supplient respectueusement l'assemblée de vouloir bien se dissoudre , parce que leur curé leur a dit au prune (jue c'était le seul moyen d'empêcher la grêle de tomber.
Les époux Galopin se font également un devoir de déclarer à l'assemblée qu'elle a terminé sa mission. Le petit Galopin, enfant en bas âge, qu'on destine à l'état de notaire, se prononce pour la vénalité des charges, et fait savoir qu'il est tout prêt à marcher sur Paris avec un grand nombre d'autres volontaires de son département.
Madame Putois , de la Seiue-Liférieure, — sage-femme, — s'est permis de joindre sa signature à celles d'un grand nombre de personnes de l'autre sexe , sous le prétexte qu'elle a de la barbe , et que la discussion des lois organiques porterait le plus grand préjudice aux naissances ; — elle saisit d'ailleurs cette occasion d'offrir ses services à messieurs les représentants lorsqu'ils seront rendus à la vie pri^ée.
Les sieurs Cadédis , de Bordeaux , Trinioussac , de Libourne , et onze mille fûts de Médoc, Barsac, Sauterne et Château-Margaux, ne dissimulent plus leur intention de reconstituer le royaume de Gascogne et de mettre M. Dufour-Duberger, personnage important du pays, sur le trône d'Aquitaine , au cas oii les membres de l'assemblée nationale no seraient pas rentrés a\anl huit jours au plus tard dans leurs fovers. Les signataires ont d'ailleurs des forces suffisantes, et ils sont résolus à s'ensevelir dans leurs caves plutôt que de se rendre. Plus de capitale ! Bordeaux se propose pour la remplacer !
C'est sous le coup de ces pétitions menaçantes que le citovenGrévv, avec un talent et un sang-froid d'habile serrurier , est venu présenter un rapport en acier poli contre la proposition Bateau ; l'assemblée , en fixant à lundi l'ouverture de cette serrure, ou, si mieux vous l'aimez, de la discussion du rapport, savait certainement qu'elle s'exposait aux rej)résailles de la Gironde. — La situation est palpitante.
Il ne faut pas oublier néanmoins de complnneuter, en passant , plusieurs démocrates — dont les con\ictions sont sans doute estimables, mais qui sont de grands idiots, — sur la façon dont ils comprennent l'égalité républicaine. Ces démocrates, hrnccasiivt de la loi orçjivùquc du conseil d'Elnt, ont soutenu de nouveau la belle thèse de la gratuité des fonctions
— afin, sans doute, en les fermant à la capacité pauvre, de les rendre plus accessibles à la ^anité riche.