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Projet de loi de M. Léon Fauchor sur les cluks.
La seule pétition (lu'on ait remanpiée à cause de sa brièveté et des sentiments tendres qui Idnt inspirée, \enaildu Languedoc, et elle était ainsi conçue en patois pres(|ue provençal : « N'voulai m)us pà retouruar, représentasse ingratous ? vos pôxres feninious vous afteiulassent dans los niaisonnous'? »
Tout à coup Léon Faucher fend la foule en imitant les gestes de notre célèbre Odilon Barrot, et en prenant, autant (jue cela lui est possible, l'air d'un ministre de l'intérieur. Une vive émotion se manifeste dans rassemblée, et le président du conseil encourage par un sourire Jlatteur son jeune homme, qui part ex abrupto dans des ternies conforiues au style rogue el gourmé de son ancienne polémique, à laquelle, s'il nous en souvient, on donnait sous la monarebie le surnom caractéristique de : polémique en filosellc. — (".'est a\ec grand plaisir que les journalistes reconnaissent chaque jour que les plus hauts emplois n'ont pas change leur ancien confrère. Le ministre a conser\é au pouvoir toutes les (|ualilés de l'économiste: il est bilieux, sec el cassant , el l'on voit bien que son unique préoccupation est de se venger sur la République des disgrâces de la nature, (pii lui a donné l'extérieur d'un garçon de bureau. La première pensée (|u on aurait en rencontrant au ministère M. Léon Faucher sans h; connaître serait de lui dire : — .Mon ami , donnez donc un coup d(^ plumeau sur ce fauteuil (|ui est couvert de poussière ; et [)uis , écoutez, Jac(|ues, si vous ])ouviez mhis faire cou])er les cheveux, ça ne vous nuirait pas! — Léon Faucher était précisément riiomme insignifiant qu'il fallait pour proposer la fermeture des clubs. A vrai dire , je crois bien (|ue les honnêtes gens qui aimciil la liberté — sans se prétendre républicains a lui faire peur — partagent ro|)inion de Washington sur les clubs, et je suis certain que les |)rédécesseurs de Léon l'aucher auraient volontiers fait des sacrifices personnels pour se débarrasser d'eux ; mais aucun de ces personnages de fé\rier n'a osé prendre sur lui d'en demander la su|»pression. .Soit souvenii- affectueux, soit peur des barricades, on s'était contenté de témoigner aux clubs les égards (|u'ils mérilent, jiar quebpies petits décrcls qui les mettent depuis assez longtemps di'ja dan-- la pn'S(|U(' impossibilili' •l'exister. Si Léon Faucher va pins loin, il ne lanl jias tant en faire bomicm à son courage qu'à sa position exceptionnelle d'ancien piihlicist*- (|ui ne se (lissimulc pas, sans doute, que c'est au ha.sard seul, à un concours incroyable de circonslanws ridicules, et au refus de tous les gens de
quelque valeur, qu'il doit d'être ministre de l'intérieur; qui sait parfaitement que sa carrière ne peut manquer d'être aussi courte que brillante ; qu'une fois rendu à son propre mérite , il ne peut espérer de la République que l'oubli , et d'une restauration quelconque autre chose qu'une place de percepteur ; et qui s'est dit enfin que , dans les régions subalternes dont il ne sortira plus après y être rentré , il n'a point à craindre que ses antécédens de ministre lui créent jamais d'obstacle. On risque facilement tout quand on n'a rien à perdre !
A ce point de vue surtout le projet de loi du jeune monsieur Léon Faucher a mérité l'approbation complète de M. Tliiers. Tout fait espérer que, le lendemain de l'adoption du projet, 31. Léon Faucher serait remplacé à l'intérieur par quelqu'un d'important qui lui saurait bien gré de son dévouement. — 0 Raton !
La loi organique du conseil d'Etat est toujours à l'ordre du jour.
27 janvier.
Pin de la disaussion de la loi oréanique du conseil d'État. — Inquiétudes. — Réquisitoire contre Proudhon. — Rapport Sénard sur le projet de loi des criubs. — Urgence repoussée.
Séparez M. Thiers et M. Trélat , si vous ne voulez qu'ils mettent flamberge au vent sous le réverbère de leur bureau I .. . Heureusement le général Raraguay est arrivé à temps. — A vous les dragons du quai d'Orsay ! en bataille ! barrez le chemin à la pétition des écoliers qui viennent de sifller le professeur Lherminier au collège de France !
L'assemblée siégeait, mais son esprit n'assistait pas à la discussion. Au milieu des bruits du dehors, du bruit des couloirs, et de ce murmure confus qui s'élève du sein des multitudes inattentives , des orateurs courageux se sont présentés , — courageux comme des Décius qui vont se jeter dans le gouffre à cheval sur leurs discours. On a vu passer successivement Dabeaux, querien n'étonne, et qui sait conserverla parole pendant une heure, comme s il était au bord de la mer pour prendre des leçons d'éloquence en se mettant des cailloux dans la bouche ; — après Dabaux , les deux Isarabert : Isambert le noir , et Lherbette , l'Isambert blanc : tous deux ils ont envisagé le conseil d'Etat sous des couleurs difTérentes. — Puis est venu Charamaule, dont l'éloquence, dès qu'elle s'anime, ressemble à un combat de gouttières. Les auditeurs se reculent involontairement de peur d'attraper quelques coups de griffe. Cependant l'orateur f.haramaule est doué d'un extérieur très-sérieux. 11 ressemble à un professeur de quatrième
trop exalté , — type exact de l'ancien élève boursier qui , au collège , était si fort en thème. — Mais l'impétueux Baze s'agite sur son banc. Il est le seul qui prête à la discussion un vif intérêt. Qu'on retienne l'ami Baze, Dieu du ciel I ou bien il va faire un malheur. Monsieur Larochejaquelein, je vous en supplie, arrêtez Baze. — M. Baze ne connaît point d'obstacle, le voici dans la tribune... il en descend avant d'avoir parlé; et M. Martin, celte véritable lame de Chàlellerault , tranche la difficulté avec son profil qui coupe comme un rasoir. — On croit dans ce tumulte avoir vu la silhouette de notre célèbre Odilon Barrot se dessiner un instant sur le fond de la discussion; mais cette ombre chinoise, les discours, les orateurs elles bulletins sont tombés pêle-mêle dans le scrutin où s'est englouti l'article soixante-sixième et dernier de la loi organique du conseil d'État.
Il était six heures. Pour laisser à M. Sénard le temps d'écrire le dernier mot de son rapport sur le projet de loi des clubs, le procureur de la Bépuhlique est venu demander l'autorisation de poursui\Te Proudhon, dont le journal a été saisi ce matin. — Le citoyen Proudhon débite à cette occasion une demi-douzaine de paroles du ton naturel d'un petit propriétaire. — Enfin M' Sénard accourt, tout suant, tout essoufflé, le rapport à la main. La connnission, par son importante bouche, repousse l'uigence, — disant (pi'il faut que l'assemblée prenne le temj)s d'examiner si ce n'est pas à la constitution même qu'on porterait atteinte en supprimant les clubs I — A ces mots, M. Odilon Barrot a cru devoir apparaître. — Connue il était tard, il s'est contenté de mettre la main dans son habit, en demandant s'il était bien possible que tpicl(|u'nn se |)ermît de ne point reconnaître l'urgence d'une loi qu'un homme connue lui prenait la peine de faire présenter par une personne de son cabinet.
L'assemblée, voyant notre célèbre Odilon Barrot si pressé, ne l'a point fait attendre ; elle a au scrutin secret adopté les conclusions du rapport , et repoussé l'urgence à cent voix de majorité. — Sur quoi un grand cri de : Vive la république! a retenti. — Bien que ce dénoùment parût complet, M. Ledru-IJollin y a Jijoute, imi éjiilogiic , une demande de mise en accusation du ministère signée par cin(|uante nuMnhres de la montagne. L épilogue fait du tort à la pièce. — (juant au ministère, encouragé par son nouvel échec, il a .senti qu'il était temps de sauver la patrie avant lundi... dans l'intérêt de la proposition liateau. Ordre \ienl d'être donné dédoubler tous les postes.
Ln ancien homme d'Etal, de\enu philosiq)he , disait à ce propos: Barrol est plus fort que je ne croyais; il est parvenu à résoudre le grand problème du gou\ernenient consliliitionni-l ; — c'est-à-dire à se passer de la majorité.
438 L'ASSRMBLKE NATIONALE COMIQUE.
29 janvier.
Journée du 29 Janvier. — Prise en considération de la proposition Râteau.
7 HETRES Dc MATix. — Rail plan plan... ran plan plan... ran.
M. DiUAXD.VL, bourgeois naïf réveillé en sursaut. — Au feu!... au voleur!... Quoi?... qu'est-ce?... Ah mon Dieu ! je rêvais qu'on battait le rajipel . . .
LE TAMBOiR. — Ran plan plan... ran...
M. DURANDAL. — Ce n'est poiut un songe!... Madame Durandal , Joséphine, mes armes!... François, n'ouvrez pas la boutique... fermez toutes les portes, mettez des matelas devant les fenêtres..
Madame Durandal et sa fdle A irginie versent des torrents de larmes.
M. DCRAXDAL, d'une voix forte. — N'essayez pas d'amollir un sergent ! L'hydre de l'anarchie relève encore une fois la tête... nous allons la terrasser... Les misérables! ils ont choisi une fin de mois... Sacrebleu ! c'est trop fort... Donnez-moi mes buffleteries, madame Durandal; je vais mettre aussi mon sac... llne fin de mois... ventrebleu !