‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 89 sur 114 · I . A C U N S T I r L A N I h. — 1 0 I ' K V li 1 E I · texte numérisé non relu

I . A C U N S T I r L A N I h. — 1 0 I ' K V li 1 E I

l'oiiipuitc (le hcaufoup sur le futid , c'i'st la i'uinic. Les traits comiques [iiilluk'iil : il y a des passages ilimc adininililo l)oulTonnerie, que l'assemblée n'a pu enteiKhe sans poulFcr. 1,'iiilarité redoublait encore , parce ((ue l'auteur gardait un sérieux imperturbable, et profitait de chaque interruption pour improviser des scènes qui se mêlaient à celles de la pièce de la façon la plus saugrenne. .Nous avons cru que la représentation ne finirait pas, tant on y prenait déplaisir. — Je cite quelques épisodes au hasard: — \ ers le milieu de l'acte, un spectateur de l'orcheslre , (ju'on nous a dit être M. Lignier, crie de sa place : A !a(|ueslion ! — Aussitôt Anton v Thouret laisse son manuscrit et réjjond : — il est possible que je ni éloigne de la question, mais je suis Français! cela sul'lit; Français, mon pa\s a\ant tout ! à ce titre j'ai le droit de regarder la colonne !

— (Jui >ous en empêche ?

— (iitoyens, ]c rrcsson cxl la xnnlé du corps! .Nourrissez les juges de cresson, aliii qu'ils soient remplis d'impartialité! — Disant cela, Antoin riiouret a pris l'attitude du ^ros chef marocjuin peint par Chasseriau. Puis, sans se troubler, il a continué, après avoir sollicité du regard l'indulgence de \ ictor Hugo pour les antithèses dont son dénoùment est émaillé. — Ft enfin, quand la pièce a été terminée : Citoyens, s'est-il écrié, ennemi naturel de l'embonpoint des traitements, j'ai trop soullert pour (|u'on soupçonne mon indépendance. \ oulez-vous que je vous fasse le récit des souffrances (|ue...

— .Non, non !

— Pour me faire sortir du cacliol ou j axais été plongé, il a fallu... abattre un |iau de mur...

(iomme l'as-semblée, a bout démotions, axait résolu de n'en point écouter daxantage, le malheureux Aiilony Thouret a failli en s en allant entraîner toute la tribune a\ec lui: — cet accident eût été bien fâcheux pour .M. \alelte, orateux i(oi(, — (|ui l'axait retenue dans 1 intention de faire ressortir les avantages de la suppression de la chambre des requêtes de la Tour de cassation.

10 ft-N

Adoption des huit premiers anicies du projet de réorganisation Judiciaire.

Ileiiilez-moi mon ii'gi-i' Raloiiu,

>liiii.'.ivur lie l..-iinnrliiie

Oiiii' iji- S.1 l.irliiK-, Hi-«lnM(4r:ii.«. IV'siriril ri l.uiif.-iii ilcr .

iCO I.ASSt.MBLKK N AHO.N Al. IC COMiniK.

Sous ces kiiiiljiis uù .Mai-nisl éliiicclle On u'enlciul plus la voix de buvignier, Tresiipau s'en va, lo nioilesle Liguier Aient seul encore avec un peu de zèle.

liendez-nioi mon léger Haleau,

.Monsieur de Laniarline

Orné <le sa larline, l.anjuinais, Janiel el Uousseau iler).

Tel esl le refrain niélancoli(|uc que l'assenihlée fredonnait pour ehanuer ses ennuis. Les banes étaient \ ides, et la tribune dégarnie. C'est en vain que les jurisconsultes consciencieux s'efforçaient de soutenir la discussion; la discussion tombait comme U> ([uatrième acte d'une tragédie dont les spectateurs connaissent le dénoùment. Cbaramaule lui-même a de sa voix criarde sollicité l'édio, et l'écho ne lui a pas répondu: M. Taschereau s'était endormi sous le lustre.

Avoir le calme de l'enceinte el les représentants silencieux, tandis ([ue les discours monotones coulaient à leurs pieds , on aurait cru (jue la séance avait lieu sur les bords du Léthé. Le ])etit père Marrast, retenu dans les Champs-Elysées, avait cédé au vice-jirésidenl Havin l'empire des ombres.

M. Havin est un mortel qui se distingue par deux qualités bien rares dans le siècle où nous vivons : la modestie et la timidité. Peut-être même ce double mérite est-il chez lui poussé à l'excès, .le ne crois pas faire tort aux vertus de ce vice-président , ni à son cœur , ni à son caractère , en disant qu'il a réellement peur de la sonnette. Ce n'est pas sans ressentir une émotion des plus vives qu'il s'approche du fantcuil; à peine trouvet-il la force d'annoncer que la séance est ouverte, et l'on a remanjué qu'il se croyait obligé de rendre par de grands saluts aux tambours les politesses qu'ils lui font sur son passage. — Après la lecture du procès-verbal, la timidité de M. Havin redouble. — 11 est resté pendant quelques minutes sans prononcer une parole , comme s'il attendait que l'assemblée lui indiquât l'ordre du jour. l\ était debout; de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front, la voix lui mancjuait , il regardait devant lui d'un <eil efl'aré , et comme une certaine confusion commençait à se manifester sur l'escalier de la tribune , nous avons vu le moment où il allait se rappeler lui-même à l'ordre plutôt que d'imposer silence à ses simples collègues. — Enfin , vivement encouragé par les secrétaires, qui lui adressaient des signes d'approbation, qui lui promettaient de ne le point abandonner et même de lui faire un rempart de leurs corps, le viceprésident Havin a pu se rendre assez maître de son émotion pour bal- Inilicr i|ucl(|ui's iiuds, cl accoidcr. en nuigissanl jusqu au\ ort^illcs. la

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parole à un orateur. — Tant (juc la discussion a duré, la position de M. Havin était assez lenahle; il tremblait toujours lui peu chaque fois que ([uelqu'un entrait ou sortait , et si par hasard ou montait lui parler, il devenait la proie des coitps de soleil ; cependant son embarras diminuait , il s'accoutumait petit à petit à ses fonctions ; déjà même il avait appelé un huissier pour lui dire timidement: — Oserais-je me permettre de vous interrompre pour vous prier d'aller prévenir dans les couloirs messieurs les représentants que la séance est connnencée? — C'est lorsqu'il a fallu mettre aux voix les amendements que l'excessive timidité de M. Ifaxiu a été au comble. Le bureau soulTrait \éritablement de la perplexité de ce pauvre vice-président, qui est un honnne excellent, honorable sous tous les rapports et d'uiu' fermeté éprouvée partout ailleurs (pi'au fauteuil, lîref, au scrutin de division, M. Ha\in était tellement hors de lui, (|u'il a été sur le point de j)rendre une urne et de descendre de sa jilace pour aller recueillir les bulletins. Heureusement M. Duponceau , le chef des huissiers, l'a retenu avec tous les éraids dus à s()u rany;.

L'émotion du vice - président est cause qu'on n'a adopté encore que huit de.s cinquante-deux articles du projet de réorganisation judiciaire.

Interpellations a propos des discours prononcés à Bourges et .i L-, on par 1» maréjh'vl Bu6<^3ud, oommandînl de l'armée des Alpes.

IIONNKIU MX lîIiVVKs!! !

Nous, soussignés, maîlies d'armes et piéxi'its de>alle, après a\oir l'ail l'expérience des talents du célèbre Odilou IJarrot sui' la pointe, la contre-pointe et la boxe française, nous lui a\ons décerné h" présent cerlilical de hoiirrcau r/cs cnî/ic? , afin (|u'il oblieune dorénavant toutes les prérogati\es dues à son rang, et les égaids des professeurs dans les salles et assauts généralement ([uelcontjues où il jiourra se jiréscnler.

Honneur auxbraxes! Inc. deux... pare/., prime... cl fende/.-Aous ! Touché!

Nota bk.nk. — lu vrai Vramèa doit toujours faire respecter les dames. \ igueur et amabilité, voilà le caractèie du professeur!

.Nous avons en effet assisté à une passe d'armes brillante. .\u moment ou l'assemblée était plongée dans les douceurs .sonmifères de la loi sur / iir- (jnmmlion jndinairc , un écuyer courtois s'est présenté, porteur d'un déli.

<< .V toi, célèl)re Odilon Harrot ! le prince de (Jrenade te somme d'exprimer à baille M)i\ Ion >-r'ulimciil sur les di-cnurs tenus à l?ourges et a

.'iii-i i.'ASSi:iuHi,i:i: nmionai.k cùmiqui:.

Lvon par lo maréchal Bugeniar, Cdiiiniaiulanl di' l'armée des Alpes, ol de fouler ses proclamalions aux pieds de ton cabinet. »

A peine l'écuver Coralli était-il descendu de la tribune , que Barrot , le successeur d'Alcide, lui a répondu fièrement : « (!onnu par mon intrépidité, je suis toujoius prêt à donner à la clieAalerie de nouvelles preuves de ma vaillance! \a dire à ceux (|ui t'en>oienl c|ue je ne craindrais pas de pirndrc corps à corps , s'il le fallait, lo lerribic Bugemar lui-même.

.Non , jamais on ne m'a \u pâlir pendant (|uinze ans ([ue j'ai alta(|ué tous les ministères ! Mon seul regret , bel écuyer courtois , est de n avoir pas vécu dans un temps où j'aurais pu être chargé d'accomplir les douze travaux d'Hercule et les prouesses de Thésée. Pourquoi ne m'a-t-il pas été donné de vaincre le minotaure , les centaures et les monstres marins? Ou'était-ce que les écuries d'Augias à coté de celles de la républirpie

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que je vide? Plusieurs fois déjà j'ai été sur le point de me coinrir d'une armure et de m'en aller moi-même comme don Ouichotte à la poursuite de toutes les conspirations et de tous les complots qui affectent de se déguiser en moulins à\ent. Mais chaque fois que je me suis disposé à sortir, l'ennemi s'est toujours empressé de disparaître. Il n a dû son salut qu'à la fuite! Quant à Bugemar, contre lequel l'écuyer (^oralli prétend ici m'exciter au nom du prince de Grenade, pourquoi lui livrerais-je un combat, puis(ju'il est mon illustre ami et que ses discoins un peu saugrenus sont le résultat du j)lus honorable zèle ? Vous me voyez j)rèt à partager avec lui mon piédestal. C'est le seul mortel que j<' puisse consentir à y laisser monter à côté de moi. J'ajouterai que si nous étions a])])elés à nous précipiter dans la mêlée, il n'hésiterait pas de son ci'ité à me prendre en croupe. Les trois fils Aymon chevauchaient ainsi autrefois sur le même clieval , délivrant les princesses , affrontant les géants sur leur chemin , et l'affermissant la société ébranlée sur ses bases par la révolte des Saxons , ces éternels ennemis de l'ordre public !

A vous donc , écuyer Coralli , qui venez de me provotjuer, je réponds que Bugemar est mon frère d'armes, et qu'en signe d'amitié, je plante ici mon écu à côté du sien. — Sonnez, trompettes!

Les trompettes sonnèrent, et un héraut portant un écu de maroquin rouge vint dire : « Ceci est l'écu du redoutable chevalier Barrot , refuge des dames affligées, appui des innocents, cœur de lion , pied de biche, et le plus ferme soutien de 1 empire de Trébisonde ! je le plante avec sa noble devise : « Tout pour lîurjcmnr! honni soil fjui miil // j)cnse I » sous le balcon du petit père Marrast, le roi du tournoi. Si quelqu'un ose soutenir dans un combat singidier que la république de ses pensées est plus belle et plus M'rtueuse (|ue If maréchal Bugcn)ar . (ju'il fiap|)(' l'écu du bi'ave Odilon Barrot! »

.Aussitôt un grand chevalier noir s'avança et flanqua un coup terrible dans le trophée; puis il leva la visière de son cascpie , et l'on reconnut Kmmanuel .\rago, qui, sous le imni di^ Sémiladis des Merletles , vient d'accomplir en .Mlemagne les plus beaux faits d'armes; toute l'assemblée croyait Sémiladis retenu à la cour du roi Ailus de Prusse, avec lequel il terminait, disait-on, un vaudeville, cl eu le vovani paraître à la tribune clic a poussé un nuirmure d'étonnement.

• ••■pendant notre célèbre Odilon Barrot avait mis sa lance en airèl ; d part et la brise en éclats sur les armes diplomali(|ues (|ue Sémiladis a rapportées ilu .Nord ; puis, jetant un inutile tronçon, il saisit sa masse et l'agite dans le vide avec une force étonnante, il etTraye les nuages, massacre lèvent cl fiml par passer I air au iil de lèpèe.

/éCV

A |i;ulir (le ce iiiimiont , le tourridi (]c\iiil une mêlée; les hérauts, l'écinci- (!ni;iHi , le nénérui liedeitii de Mnnfaulian, et Saint - Gaudens ,

géant qui eonihal avee une i'ouielie , se jetèrent les uns sur les autres . Séiniladis allait périr , quand le magicien qui le protège le métamorphosa eu mouton mérinos pour l'arracher à la mort. Enfin , au bout d'une heure de combat , un ordre du jour motivé et 285 bulletins bleus qui combattaient pour lui restèrent sur le carreau. — Alors Odilon Barrot s'avança modestement pour recevoir la couronne de France, prix du tournoi dont il voulait faire hommage au maréchal Bugeaud : mais comme la couronne de France est disputée par plusieurs prétendants , on a prié le vaincjueur de se contenter pour son ami du trône d'Aquitaine — accompagné d'une instruction nouvelle aux haitilants d'Excideuil sur l'art d'éle\er les pommes de terre en grand.

1;î février.

DiEcuscion du projet de réorganisation judiciaire.

Le jeu du fribnnal fondu est un des plus favorables qu'il y ait pour la santé des orateurs ; on ne saurait trop en recommander l'usage aux assemblées législatives. C'est le complément indispensable du cours de haute gymnastique intitulé : réorijamsahon judiciaire , dans les pensionnats de représentants. Cet exercice a le double avantage de déAclopper les membres des élèves sans fatiguer leur cerveau. Il .se distingue en cela du ca.ïse-tète chinois, jeu sérieux qui ne ]ilaît guère qu'aux forls en llihnex ap|)elés par la supériorité précoc(^ de iriir intelligence à faire la gluire des

LA CO.NSni l AME. — 1 3 IHYllItlS. W6

profi'sseurs el la joie de leurs l'aniilles en niarehant de bonne heure sur les traces du petit Faucher.

Le jeu du Iribunul fonda donne de la force, entretient la souplesse, et convient à peu près également à tous les tempéraments oratoires. Un représentant qui saute trois juges sans élan à une distance de cinq ou six amendements est tout à fait propre à de^enir un excellent pompier , ou bien un couvreur en ardoises. Il a le pied sur et l'agilité nécessaire pour courir sur le rebord des toits. C'est avec le tribunal fondu qu'on forme spécialement des sujets pour les j)roi"essions de goulliéres. Kn un mot, nous considérons ce di\erlissement connue l'annexe naturelle de 1 école d'administration que les pères de famille appellent dans leur langage imagé : le seul bienfait de la révolulinn.

Pour bien jouer au tribuiml fondu , il est bon d'être un peu avocat sans causes ou substitut, ce qui re^ient absolument au même. Les jurisconsultes— c'est ainsi qu'on nomme familièrement dans les collèges les élèves (|ue la rate n'inconnnode jaiiiais — sont naturellement doués d'heureuses dispositions; ils sautent plus loin que les autres; et nous avons pris bien du plaisir à les remarquer pendant la récréation d'aujourd'lmi.

Le jeu du tribunal fmdu est d'ailleurs aussi simple qu'intéressant. h'ub(M(l les représentants se réunissent et forment entre eux ce qu'ils a|)pellent une commission. La connnission , sous j[ii'élnlc lY organisation judiciaire, connnence par démantibuler tous les tribunaux, elle fait des rafles considérables de magistrats , alin de réduire la justice à sa plus simple expression , — (|ui est la vérité , au moins de frais possible pour le budget, .\lors l'assemblée pousse un hurra! C'est à qui sautera par-dessus les magistrats. Il n'y a bientôt |)lus que les gendarmes qui restent debout dans le prétoire. Ouant aux plaideurs, faute de juges, ils sont sur le point de remettre leins |)rocès en poche. Double économie, connue on voit. Mais à peine la commission a-t-elle déposé son ])rojet , qui obtient l ap[inil)alion générale , (pie cha(|ue représentant en particulier se fait un devoir de \enir démontrer (|ue la l'éarfianimlion jiiiHriiiirc i^cnùl incomplclc si l'on ne l'cstiiuail pas à son dé|iarleni('nl — surlout à l'approclic (les élections — les numlircox magi^lrals , les <'ours et triiiunaux ipiii s'esl fait une duucc li.diiliulc de pusscilcr.

C'est alors rpir- le jeu du tribunal fondu sannne. M. Labordere prend son élan et siuile à la tribune: M. Casionde saule sin- le dos de M. Labiirdère : M. Daw grimpe siH' ses deux collègues, el l'abbé I ayel de l'iimpiiunc , qiM a de trop |ieliles jandies pour rallra|ierM. I)a\y , tàrbede \>- faui' liiiidii'r rn \r liianl p.u' li'^ puns de sa redingolc. — ( ,c ipie \(i\ant.

'•(iO I. ASSEMBLÉE NATIONALE COMIQUE,

le i)elit père Marrast , qui présidait la partie avec cette aménité qu'il a toujours la veille de sa réélection , n'a pu s'empêcher de dire : — Monsieur l'abbé de Pomponne, vous trichez; faites-moi, je vous prie, l'amitié de retourner dans voire diocèse.

3Ialheureusement l'abbé Fayet n'a pas encore pu se décider à choisir une place depuis que M. Odilon Barrot lui a pris là sienne ; et nous ne savons pas trop où il se serait assis aujourd'hui pour faire son pensum , s'il n'avait trouvé libre celle du général Cavaignac, dont il s'est emparé par un reste d'habitude, — pendant qu'aux termes de l'article 22, adopté par l'assemblée, les justices de paix échappaient à la réorganisation.

14 lévrier.

PrcpoEilicn ccmmémoraUve du citoyen Bîbïud. — TroiBieme délibération sur la proposition Lanjuinais. Rejet des amendements, et adoption définitive. — Autorisation de poursuites contre Proudhon pour un délit de presse.

Je m'a[)erçois (jue vous m'avez in\olontaircment passé sous silence. Je ne crois pas cependant a^oir mérité un pareil oubli de votre part. Aurais-je été à mon insu moins plaisant que dans mon discours sur les domestiques, auquel vous avez bien voulu rendre récemment un hommage qui m'a singulièrement flatté? J'ai tout lieu de supposer le contraire. Rosalie m'a assuré (|ue je m'étais surpassé moi-même. J'avais eu recours à la complaisance de notre bon questeur Lebreton pour me procurer un billet de secondes. Ro.salie m'attendait à la sortie , et elle n'a pas pu s'empêcher de se jeter à mon col en me disant dcAanttout le monde : — Petit père B.runet , vous avez parlé comme un chou I Cet éloge naïf m'a fait un peu rougir, quoique j'eusse la conscience de l'avoir mérité.

\ous saurez que j'ai tout pardonné à Rosalie depuis mon dernier discours; le hussard dont j'avais entretenu l'assemblée était un dragon ; il ne me reste aucun doute à cet égard, et ce corps, ainsi que vous le savez, est bien plus à l'abri du soupçon que la cavalerie légère. Ouant aux quatre enfants de ma bonne, dont je m'élais offensé avec un peu de vivacité, ils lui avaient été confiés par une voisine. — C'est à ces titres que j'ai demandé fort énergiquemeni dans la séance d'hier un quatrième juge suppléant pour le tribunal de Brest. Comme personne ne saurait m'accuser d'a\oir fait une spéculation électorale dans cette circonstance, puisqu'en ma qualité de président de première instance je suis frappé d'une incapacité notoire, et qu'aux termes de la loi sur les incompatibilités je ne puis pas même passer pour un honiiiic rnticr aux \i'u\ de lldsalie cl du reste de mes

LA CONSTITLAMK. — U FKVIiltH. 467

concitoyens , je serais heureux, monsieur, que vous voulussiez hien rendre justice à la sincérité de mes sentiments et à l'indépendance d un discours auquel Rosalie elle-même n'est point restée insensible.

LE PETIT l'ÈRE BRt'XET.

Cette réclamation légitime ne doit point nous faire ])erdre de vue le souvenir patriotitjue que lîahaud-Larilùéie — clairon du jugement dernier— a bien voulu consacrer à l'anniversaire de la révolution de féArier. Plusieurs pessimistes paraissaient craindre que le gouvernement n'accueillit pas avec enthousiasme l'idée d'une cérémonie commémorative ; le ministre de l'intérieur lui-même les a rassurés en leur faisant observer qu'il était impossible que notre célèbre Odilon Barrot ne saisît pas cette occasion d'achever la |)romenade qu'il avait si heureusement commencée dans la matinée du 2ï février de l'an dernier, et qu'il cédât à (juiconque le plaisir de proposer demain le progranune de la fête.

« Plaise à l'asseuddée d'autoriser les poursuites contre Proudhon I »

A peine a^ait-on appelé la cause, que plusieurs dames ont fait mine de se retirer. — Ouoi ! vous partez au moment le plus intéressant I — 11 le faut hien... — El pourquoi? — La décence l'exige, nous a répondu en soupirant une blonde sentimentale. — Le mari de cette blonde lui a\ait affirmé que le citoyen Proudhon était un sauvage, entièrement couvert de poils , qui abusait de son in\iolabilité pour jiaraître en public dans un état de nudité révoltante et à peine dissiumiée par (luehjucs peaux de |)ru|)riétaircs fraicheuient écurchés. — Au riscjuc de porter tort au répertoire de M. Clairville , le vaude\illiste , je dois cependant à l'histoire de reconnaître que le véritable Proudhon , tel (pic nous 1 axdus vu aujourd hui avec sa redingote de la rue des Lond)ards et sa plnsicmomie d'arrièrehnuli(]ue , est un homme auquel on est naturellement tenté de demander lors<j.u on le rencontre pour la première fois: — Monsieur l'épicier, combien vendez-vous vos pruneaux? — Proudhon n'a pas mis moins d'une heure à faire coruiaître les prix-coui'ants de sa poléruicpic; — (ju(ii(prils fussent excessivement réduits, la majorité, conformément à l'avis du rapporteur Martin (de Strasbourg) , les a déférés au |irociin'ur de la républi(|ue, avec le numéro du journal le Peuple rpii les enveloppait.

I.nsuite nous avons eu l'agriMiirnl Ar lier coiniaissance avec un ccrlaMi orateur Dépasse , qui est venu avouer naïvement à ses collègues (pi il aitTiait la >olitii(le. M. Dépasse ne .se plaindra |)as : on l'a traité suivant ses goûts, (resta peine s'il restait cin(piante membres dans la salle (piaiid il a achevé le discours qu'il se récilail à lui-même. — Volant (pi on penl juger (lu lalcnl d Un peiMniiwe^'e (pie personne M Ccniile , il iiiiii> a paru

468 i/assi:mi5m;i; nm id.wi.k (.omiqle.

que l'oralciir Dopasse a\ait l'intenlioii tie prêter l'appui de sa parule à l'avoué Péan , doul les conclusious ne tendaient à rien moins qu'à faire discuter le budget avant le vole de la loi éleotorale; — c'est-à-dire à ajourner aux calendes grecques la dissolution lixée aux ides d'a\ril. L'anicndenient Péan a été débouté, bien qu'il eût pour lui l'autorité de M. Sénard, redevenu jurisconsulte depuis qu'il a quitté le pouvoir. — Jamais je ne me déciderai à critiquer sévèrement un homme enrhumé, surtout lorsqu'il est rempli de bonnes intentions. L'extinction de voix de M. Sénard mérite tous les égards. Cet excellent avocat j)eut perdre ses moyens, il restera toujours bon comédien. J'ai cru aujourd'hui retrouver ^ernet dans le Père de la Débulaiile; c'étaient le même geste, la même bonhomie, les mêmes éclats de voix; peu s'en est fallu que M. Sénard ne s'écriât : — Et M""' Gaspard qui ne voulait j)as faire cet amendement-là ! — (Juel dommage que l'enfant n'ait point réussi ! l'insuccès de l'aîné nous a j)ri\és d'un cadet que M. Sénard destinait aussi au théâtre , mais qui n'a pas osé paraître devant la rampe parce que le fabricant (jrandin avait monté une cabale contre lui.

Cependant, connue M. Guichard écrasait avec ses sabots les platesbandes de la proposition Lanjuinais , — sur laquelle ou délibérait pour la troisième et dernière fois , — le maraîcher est accouru son râteau à la main ; ce (jue voyant , M. Saint-Hilaire , magister du village , a pensé que c'était une belle occasion de raconter l'histoire du roi Pelage et de comparer Clovis avec notre célèbre Odilon Barrot. On a accueilli M. Saint- Hilaire comme s'il venait continuer le cours de M. Lherminier. Heureusement le professeur a eu le bon goût de ne point requérir la force armée ; — et son silence a ilonné AÎngt \oix de plus à la inajnrilé Kateau ; — majorité détinitive et sans remise.

15 lévrier.

Rejet du programme de Léon Fauor.sr. Adoption de celui de Babaud-uanbière. — Deuxième délibération sur la loi électorale. — Explications d'Emmanuel Arajo, ancien commissaire général du Rhône.

— Je vous ai fait venir, monsieur rauchcr, pour a\oir le jiiaisir de Vdus soumettre une de mes réilexions.

— Je prends les (ireilles de M. \ cziu |iour écouter.

— Fort bien. J'aurai donc l'Iunnicin- de \ous dire que ikuis sommes des monstres d'ingratitude.

— Ah ! célèbre Odilon lianol , puu\cz-\ous bien \ou- «'alouniicr à ce |Munl !

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