‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 90 sur 114 · I.\ (.(INSrm A.NTi:— 13 rKVHIKI'.. 4C · texte numérisé non relu

I.\ (.(INSrm A.NTi:— 13 rKVHIKI'.. 4C

— Monsieur, je nie rends justice, l n des principaux devoirs de mon ininislère, c'est d'être impartial ^is-à-\is de moi-même; et quand je niaccuse d'ingratitude, je crois |iré\enir les reproches de la |i()slérilé. Il nous est impossible, monsieur, de nous dissinuder (|ue nmis a\ons de grandes obligalions à la république.

— ^ ous xouli'z dire (pie la république Udiis d(.il une reconnaissaïu^e éternelle.

— ('."est absolument la même chose, t.ar, enfin, jeune TauclKM-, si j ai l'honneur d'être monté sur le piédestal on vous me voyez , à (pii en suis-je redevable ?

— .V vos talents.

— Incontestablement, (.ependani j'ai toujours éle reuq]li de lalenl> sons l'ancienne monarchie , et l'on m'a re l'usé a^ec obsiiualinn le ran^ supérieur aiu|uel je n'ai cessé d'aspirer par une opposition assidue.

— Oui, monsieur; aussi la monarchie en est morte.

— Je me plais à le croire. ^ ous voyez donc (|ue la république m'a serxi à (|uelque chose.

— Célèbre Rarrot, \otre laisonnemenl lu'Iuuuilie.

— Il est bon , monsieur, ipie nous reiilrions (pK'lipiclnis eu iioiismèmes ; c'est en examinant le fond de sa conscience ([11(111 jieul rendre justice à la pureté de ses sentiments. .Ne vous semble-f-il |)as à nousmêmc (|ne ce tabouret sur le(piel vous êtes assis à mes pieds dépasse vos plus légitimes espérances ?

— .Non, monsieur.

— .leune homme... jeune homme, >oiis irez loin! N'im|)orlc , je siii> le cours de ma pensée... je \ous disais donc que je sens dejniis hier au fond de mon âme (pielqnes remords. Il existe en ce luomeiil sur la surface de la terre un homme (pii m'a rendu ini léger ser\ice el (pie je n'ai point récompensé.

— he cpiel mortel \oulez-\ous donc parler;'

— Je >eux |)arler du citoxen Italeau.

— A\ez-\ous la bonté de croire (pie ce râteau exisie'

— Il existe , niousieur, je n'eu saurais douter. D'après des renseignements certains (|ue je me suis procuré |iar l'eutremise de la police, il esl proiné (pi'il y a réndlement un nommé Halcau . représentant du |ieu|(le , el (pie ce personnage, (pii a obtenu la dissolution de l'assemblée nationale, >e plaint amèrement , dans le café oii il \a cha(pie soir prendre Sii deinitasjse, de n'avoir pas encore été remanpié par moi.

— Nous m'étonne/, singulièrement.

— Jeune biiiiiiiic , Miiis axez le cii'iir sec; |e sais (pie celle (piaille

ivO l/ASSEMBI.I-:i': ^ATKtNALK CO.MIQl E.

conduil très-loin les économistes ; mais ce n'est point une raison pour que je partage votre scepticisme. Les hommes de Plutarquc sont tous complets; ils ont autant de \ices que de vertus; or, puisque je me dispose à figurer dans ce recueil, je prétends m'égaler aux meilleurs modèles. Il faut qu'on dise , lui jour à venir, du célèbre Barrot : qu'il distingua le mérite ignoré, et que ses contemporains ne surent pas trop ce qu'ils devaient le plus admirer de son mérite personnel, ou de la grandeur d'âme avec laquelle il accablait de faveurs les vertueux citoyens. En un mot, j'ai l'intention de vous annoncer qu'il me paraît convenable de décerner au citoven Râteau les honneurs du triomphe.

— Sous quel prétexte?

— Faut-il donc encore vous le répéter? sous le prétexte (ju'il a mis un terme à une assemblée nationale qui me gênait. Est-ce qu'il pourrait d'ailleurs se présenter une plus belle occasion d'élever ^I. Râteau sur le pavois? Babaud nous demande de célébrer l'anniversaire de la révolution de février, eh bien ! répt.ndons à l'enthousiasme des populations de la (iironde, présentons-leur le citoyen Raleau avec solennité.

LA CONSTITUANTli. — 16 FKVRIEH. 471

— Mais dans quel appareil ?

— Les détails de la cérémonie vous regardent en voire qualité de ministre de l'intérieur. S'il m'est ])eTmis néanmoins d'exprimer mon avis, je crois qu'il serait bon que la fête fût cliampétre, afin d'honorer l'agriculture dans cette occasion solennelle. On pourrait convoquer tous les jardiniers, qui formeraient un cortège. De jeunes garçons porteraient les instruments aratoires oriics de rubans jaunes, dont la couleur symbolique plairait particulièrement aux pères de famille. Des villageoises cliargées de légumes suivraient, et nous terminerions la marche par un régiment de dragons. (Juant au citoyen Râteau , on le revêtirait d'un costume imposant : Falloux nous prêterait sa simarre , et les massiers de l'Université marcheraient aux côtés du triomphateur en criant à haute voix : — Voici Râteau ! voici Râteau ! Râteau ! Râteau ! Râteau 1

— Mais qui est-ce qui porterait la queue de la simarre ?

— Ce serait Lanjuinais avec un écriteau dans le dos, sur lequel on lirait :

R.VTEAt: MODÉRÉ.

— Je crois en effet que ce spectacle serait assez consolant. De plus, il aurait l'avantage incontestable île nous ])ermettre de célébrer le carnaval en même temps que l'anniversaire de février.

— Et même , jeune Faucher , de remplacer le hneuf gras , que vous avez sup])rimé...

— Pour des raisons politiques...

— (juc je comprends. Point d'allusions au budget 1... c'est aussi mon sentiment. Il ne nous reste plus qu'à présenter ce projet à l'assemblée; je vous permets de prendre la parole.

M- Léon Faucher est monté à la tribune pour faire connaître son programme ; et rassend)lée a adopté celui de Rabaud-Laribière, diiîérent du sien en ce qu'il substitue le souvenir de février à l'apothéose de M. lialeau, et fait (k l'anniversaire de la réMilution un joiu- de fête au lieu d'un jour de deuil.

Pendant l'entr'acte, on avait (Milamé la deuxième délibération sur la loi électorale, — et flétri , à l'unanimilé , une calomnie >enue de Lyon, à l'adresse d'Emmanuel .Vrago, rcx-commi.ssaire-gènéral du Rhône.

IG février.

f!uiW de la deuTi'me délibération cur la ioi électorale.

I, assendilée, épouvantée elle-même du travail surhumain qu'elle \enait ilacconiplir en un petit nombre d'heures , s'est arrêlce subitement à

fiO

U2 L'ASSEMBLKE iNATlOiNAM: CO.MIQIK.

l'article 22 de la loi électorale. Il était temps I — A la tournure que prenaient les choses, nous avons vu le moment où l'on allait exclure du suffrage universel ses propres inventeurs.

In orateur s'est spécialement distingué; c'est le viilame de Larcv, qui arrivait de Coblcntz avec des ailes de pigeon d'un goût relevé , et sa petite queue poudrée, dont raffolent les clianoinesses d'Allemagne. Le vidame, s'il faut en croire la chronique de l'OEil-de-bceuf , a fait tourner bien des têtes au delà du Rhin. Ce charmant homme est le type des voltigeurs qui ont laissé une si brillante réputation dans les armées de Louis XVIII; la façon galante dont il porte sa brette ne saui'ait manquer de faire l'admiration de nos petites marquises. — Palsembleu ! le vidame n'est point d'humeur à supporter les prétentions des petites gens du tiers I Qu'est-ce donc qu'on lui a conté? qu'on avait démoli la Bastille!... Allons I il faut olilenir au plus vile de M. de Sartino une lettre de cachet contre ces fnUiculaires !

Cependant, comme le citoyen Lagrange s'obslinait à soutenir publiquement que la répuhliijue avait été proclamée le 25 février dernier, et qu'il était difficile de refuser le droit de voter à ceux qui ont fait la résolution , le vidame s'est mis en devoir de requérir le guet avec l'assistance de M. de Saint-Marrast. — Ce gentilhomme était absent , et l'assemblée n'a pas osé, sans lui, effacer des listes électorales les condamnés politiques, parmi lesquels figure avantageusement le président Louis Bonaparte. Lne telle faiblesse a révolté le vidame, qui n'a pu s'empêcher de s'écrier : Messieurs, c'est avec vos concessions que vous perdrez la monarchie !

Suite de la deuxième délibéraiion Eur la loi électorale. —^ Rejet des amendements tendant à faire voter à la commune. — r Le maximum des oiroonscriptions électorales fixé à quatre.

Le révéï'end Monlalembert s'était dirigé vers la tribune du pas d'un orateur qui vient rendre le pain bénit. Il avait cet air à la- fois paterne et inspiré qu'on rencontre avec plaisir sur le visage du bedeau de Saint- Eustache. Il ne lui manquait que la hallebarde et le baudrier. I>ès que le révérend a paru en chaire, toute la congrégation a. fait entendre ce petit murmure avec lequel les dévotes accueillent les abbés qui ont les mains moites , la transpiration abondante , une pâleur intéressante et du linge très-fin .

Les prédicateurs sont plus sensibles qu'on ne croit aux témoignages flatteurs de la sympathie des fidèles, et nous en ])Ourrions citer qui seraient aussi furieux que mademoiselle Uosalba contre le chef de claque s'il manquait leurs entrées. — M. de Montalemberl, en sa qualité d'oraleur en repré-

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