‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 91 sur 114 · I.A CONSTlTLAMIi. — 17 FLVHItK · texte numérisé non relu

I.A CONSTlTLAMIi. — 17 FLVHItK

sealalioii, n'est-il pas excusable d'avoir un peu le faible des danseuses? — C'est d'ailleurs quelque chose de cliarulanl que le pudique end)arras et la niodestie de sacristain , et la roui^eur et les palpitations du réxcrend au\ premières pluuses de son lioiiiélie. On croirait (ju'il ne la sait })as par eceur. Il n'y a que madame Anceiol (|ui lise aux acteurs avec autant de charme et d'émotion que cela ses jtetils ouvrages de tiipisticric. A^ee ([uel art le révérend ^)asse de l'extrême timidité à rélo([uence virulente! l'élit à petit ses veux s'ouvrent, son col se dégage,, il lève les bras, se hausse sur la pointe des pieds, enlleson zézaiement et laisse tomber de sa bouche des flots... de papier mâché. ^ — Néanmoins, le sermon commençait à endormir l'andiloire. C'est en vain que .M. de Monlalembert renchérissait sur l'honorable préopinant Dufournel , (jui venait de proposer d'introduire dans la loi électorale un onniihus pouraller chercher les bulletins à domicile, alin d'éviter tout déplacement aux habitants des comnumes; la montagne alTectait de pi-èter à l'orateur une attention (|ui a Uni par le mettre dans un endmrras cruel. Alors le révérend .Mon talembert, hors de lui, a jeté son goupillon à la iigure de M. Oscar l>al'ayetle. Pas de llegme (|ui put résister à un pareil mouAcnient d'éloquence I au?si toute rassemblée est-elle entrée en nniieiu-, ce (|ui a jierniis à l'oiateur de terjuiner son discours a\ec la persuasion qu'il avait protluil un grand elTel.

\\. Denjov aurait été désolé de ne |)oinl partager ce succès: depuis (|ue M. de Montalend)ert était à la tribnne il méditait de prejuire la parole après lui : celle réflexion : <pie les discours sont difiiciles à prononcer ra>ail seule retenu. .Mais dans la panhiniime M. l)enjo\ n'a pas son égal. Voici que, sur une exclamation partie de la monlagnc. il se lève lout à coup de son banc, descend connue une avalanche, et court d'iMi Irait à Etienne Arago. — Est-ce vous qui m'axez interjtellé' — Oui. — Sortons, monsieur ! — .levons suis ! — L'assend)lée entière se précipite [)ar toutes les portes sur les pas des deux repré.sentants. Le général Lchreton , sans prendre le lemps de mettre son grand uniforme, enloure l'assendjlée de patrouilles formidables et médite des disjiositiiins stratégiques de la plus grande beauté.

.M. Hcnjov et Elienne Arago élaienl dans le cniiinir; ou les entoure, on \a les séparer; M. Denjoy écart(> Ion! le nionile, il fait signe (ju'il veut irsler seul avec son adversaire. I'ul>, ipiaud la foule est à dislance : — Monsieur, dit-il |ioliment à IJienne Arago, je cherchais l'occasion de vous déclarer que je suis entièrement étranger au Courrier de la (îirondc ; c'est jiour cela (pie je xons ai prié' de sortir !

La séance n'a point été inlcrroni|iue. — Les articles 2.") et 2(), liiuilanl a quatre les circonscriptions électorales, ont élc adiqilés sans coup firir.

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19 février.

Suite de la deuxième ^délibération eur la loi électorale — Interpellation du général Cavaigcao à MM. Faucher et Changarnier à propos d^un article de l'Union.

Bcaiicoiip de représentants n'étaient point remis ce malin des fatigues du dernier bal de l'Opéra . si bien que vers deux heures il n'y avait encore qu'un petit nombre de pères de famille auxquels la pudeur défend de se divertir ailleurs que dans la discussion. Ces pères de famille ont cependant pu prendre, — en tout bien tout honnçur, — un petit arrière-govit du bal, car nous avons trouvé les tribunes remplies de charmantes femmes, — avantageusement connues de M. 3Iusard, — qui venaient continuer à la séance d'aimables intrigues entamées dans la nuit de samedi avec plusieurs viXGT-cixo FRAxcs. ( C'cst le noui que les représentants ont obtenu cette année à l'Opéra.) OueUe n'a point été la surprise de ces pauvres lorettes en se trouvant face à face avec les pères de famille, qui leur ont fait de gros yeux ronds, capables de mettre en fuite des filles d'auberge ! Elles paraissaient tout à fait déconcertées , et plus d'une soupçonnait déjà qu'elle avait bien pu être la dupe de quelque faux député, quand enfin vers trois heures ces messieurs de samedi sont entrés avec l'adorable et solennelle fatuité de représentants qui se savent l'objet de l'attention particulière des avant-scènes. Excités par la présence des dames , les pères de famille euxmêmes ont fait des efforts inouïs pour paraître gracieux. M. Pleignard , M. Boulatignier, M. Tranchant, et quelques autres orateurs qui ont du ventre sont venus , sous le j)rétexte de la loi éledordle, débiter des amendements en accroche-cœur. Il est bon , par exemple, que leurs femmes le sachent l Où la galanterie va-t-elle se nicher? Il n'y a point jusqu'aux militaires qui ne s'en soient mêlés ; au moment où l'on s'y attendait le moins , le général Cavaignac est monté à la tribune : mais comme il avait l'air fort rébarbatif, le beau sexe s'effrayait déjà. Bergamote a bien vite rassuré les peureuses en leur offrant son flacon avec une grâce que personne n'a eue depuis Léonard, le coiifeur de la Dubarry. — En mille je donne à deviner aux futurs sauveurs de leur patrie à quel propos le général Cavaignac a pris aujourd'hui la parole! C'était pour invoquer en sa faveur le témoignage du ministre Faucher et du commandant Changarnier contre un journal légitimiste , qui l'accusait hier matin d'embauchage ! — Comme l'article était rédigé en stvle de la rue de Jérusalem, Cavaignac avait pu croire que l'Union le tenait du ministère de l'intérieur ou de l'élal-inajor. Sa supposition a ])our excuse la paire de mouchards .sans laquelle le généra], (le|iuis (|u'il c^l rentré dans la vie privée, n'a point encore fait un pas.

LA COiNSTIÏl AMK. — 20 FÉVRIER.

Mardi-gras, 20 février.

Suite de la discussion de Kloi électorale. — Interpellation de Ledru-Rollin sur les affaires d'Italie et la proclamation de la République à P.ome.

Ohé ! les chiraids ! olié ! olié ! les lialdcliaids ! dlié I ohé !

Le niardi-gras a été Irès-aninié ; le marnais temps favorisait la fête; les masques chassés par la pluie .sont venus se réfugier à la séance ; il v avait (|ueue a\ant l'ouAcrture de la salle. Aimahle folie !

Itieii de plus piquant (|ue celte higarrure de costuiues (jui charmaient r<i'il, que ces intrigues ([ui se croisaient, et que celte fraternité du plaisir dans laquelle toutes les opinions semhlaient vouloir se confondre, f.e petit père Marrasl lui-même avait mis un faux nez qui le déguisait si hien , (|u'on l'a pris pendant tout le hal pour le vice-président Corhoiv Pendant ce temps-là, le vérilahle ("orhon était obligé de s'asseoir au fauteuil. — Ouant au petit père Marrast , il a été la proie d'un songe en domino lileu. t!e Songe s'est approché et lui a dit : .le te connais hien.

— .Non, non, non, tu ne me connais |(as.

— Tu es le rédacteur du Mational.

— Vous me prenez pour un autie, heau songe.

— Ote ton nez.

— Je ne veux pas ùter mon nez.

— Alors, tu n'auras pas ma voix.

— (Juelle ^oix?

— I>a \oix du...

— Ouoi ! tu serais...

— (Jui... lui-même...

.\ ces mots, le songe disparut dans la fou le , cl le pt'lil |)cie Marrasl, fort intrigué, le poursuix il jusque dans une loge (hi cintre, où... il s'endormit profondément. — Le général dhangarnier a empêché (|u nu ne troublât son sommeil.

In des costumes qu'on a le plus remarqués, c'est celui ihi jeune Léon Faucher, (jui s'était tra\esli en ministre de l'intérieur. L'habit n'avait (pi'un tort : celui d'être un peu large, l'sl-cc la faulc du laillciu' ' .M. Faucher est si maigre !

.Nos aiilrcs ministres n'avaient |ioiut fait de grands frais, car ils complaicnt tous siir leur incognito naturel. IJufTel s'était contenté d'ouvrir tous SCS tiroirs: Falloux s'était enfoncé jiisrpi'aux yeux sa tcwpie de grandmaître de i'I ni\ersilé. l'ersonne ne .se .n-rail avisé d'aller le chercher lii-dessoiis. Passif, comptable ingénieux , s'était fourré dans un de ses sacs vides. ( iiiumeul aurait-on jamais pu croire en \o\aul le >ac plciu (pi'il

/»-« l/ASSEMBLKE .NATIONALE CO.MlUlE.

appartenait au ministère tics finances? — l?rel', tout le ministère était niéconnaissaLle. !Notre célèbre Odilon Barrot seul n'est pas venu, parce (ju'il lui aurait fallu renoncer à sa cravate blanclie pour endosser un costume de Jupiter collant qu'on lui avait proposé.

La séance a commencé par un conceit de mirlitons, dans lequel on a exécuté un pol-ponrri électoral sur le motif du projet de Toi. M. Donatien 3Iarquis accompagnait avec le nez. delà nous a jmru tout à fait comique quoique un peu monotone. Ensuite le vénérai liarao'uay est venu, à propos du mode de volalion délini dans l'art. 53, faire à la tribune quelques tours de bulletins vraiment ingénieux. On lui a donné un petit papier; — crac! il \ous l'a cliangé en papillote, en cbapeau à cornes et en petit canard, afin d'apprendre aux électeurs la manière de s'en servir. — A ce compte-là, il faudra être escamoteur pour avoir le droit de voter.

L'assemblée s'amusait infiniment. Quelle singulière idée a donc eue Ledru-Riillin de lroid)ler le bal en iuler|iellanti le gomernement sur

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les affaires d'Italie? Le pauvre M. Drouyn de Lbuis, qui profitait des familiarités autorisées par le carna\al pmu- tirer les vers du nez de quelques ambassadeurs étrangers, a eu à |iciue le temps de se débarrasser de son

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