I.A C.O.NSriTI AN ÏK. — as ir.VlilKI!. Wl
— Non, messieurs, une letln>...
— Ah ! ail I ah I
— Que personne ne ^erra parce (pi'elle est eoiitîdentielle ; denianilez philôt à M. .Maiijfuin.
— Assurément. Au nez! au nez!... \oul('z-\iuis mon mouchoir?
— Merci , j'en ai un , mais il m est impossihic de m on servir.
— Fâcheux contrc-lemps. . .
— (Jue cela ne dérange point notre entrelien. C'est encore un(> letlre de (îioberli.
— Ah ! ah ! ah !
— Je suis son plus intime correspondant. Mes nouvelles ont toujours vingt-quatre heures d'avance sur celles du gouvernement.
— C'est assez croyable.
— Gioberti me disait donc...
— Ah! ah! il est bon de savoir ce que disait (iioberti!
— « Attention à vous, là-bas, quelque chose se prépare ! » \ oilà le fond de sa dernière lettre. Ktonnez-vous maintenant que les Autrichiens soient entrés à Ferrare. Le soufTrirons-nous, messieurs? Je voulais faire ce matin un article à ce sujet, mais le temps m'a manqué.
— Ouoi ! ce nouveau journal ne doit-il plus paraître'
— FI paraît demain; demandez plutôt à M. Mauguin.
— Je vous en fais mon sincère compliment.
- — 11 n'y a pas de quoi. On est publicisle ou bien on ne l'est pas. Nous autres, nous faisons des journaux à la pointe de la plume. Ce n'est point là ce qui m'in(piiète... atchi ! atchi !
— Dieu vous hé...
— .Ne vous dérangez pas. Le sort de l'Italie est la seule chose (|ui me préoccupe, l'arlons de l'Italie. Savcz-vous l'italien?
— Non , pas du tout.
— Ah ! vous ne savez pas l'italien. « Oune pitil chou al poxero Italiano del -Milano. » Tel est le cri de détresse qu'on entend sur toutes les places de Ferrare. (îioberti m'en fait part dans sa lettre. C'est déchiranl. Demandez à. M. Mauguin.
— Néritablement déchiranl, veraniente , si signor!
— Voilà le motif pour le(|uel , cliers collègues du cnnnié des alTaires étrangères, je vous ai réunis. Je ne crois pas pouvoir me dispenser d iu- •erpeller aujourd'hui.
— \ ous êtes bien ernhinue.
— J'en ai l'habiluilc.. . ^L'lis qu'apercois-je! n Cst-ce pas M' A\ond, i\{i comité de la guerre '
— Moi-même , répoiulil M'Avond u\ee une émuliun indicible ; l'armée russe entre en Sicile par la Suisse , je tiens la nouvelle de notre gros Thouret, qui a vu les avant-postes dans le voyage qu'il vient de faire à Lille pendant qu'on lui préparait ici une place assez large pour lui , en faisant sauter un des morceaux de fer qui divisent nos stalles. .Notre gros Thouret a trop longtemps souffert d'être à l'élroit.
— Le pauvre homme! Mais songeons au parti (juil nous reste à prendre, observa résolument Durrieu. Il faut (pic le gouvernement jette deux cent mille honnnes dans la Romagne.
— Et les Alpes?
— IVous ferons entrer nos honnnes par Calais. Demandez plutôt à M. Mauguin.
— Qu'on les fasse entrer par oii l'on voudra , ça revient au même.
— Mauguin , vous êtes bien fort ! interpellez-vous aussi '
— Cela dépend.
— De quoi ?
— C'est mon secret.
— Fort bien. Sobriété, tinesse et discrétion ; toute la iliplmiialie est la. Kt vous , Avond?
— Oh ! il y a beaucoup de dames dans les tribunes.
— Raison de plus, ^'importe, je ferai mon devoir. Précisément , voici le ministre ; je dois à la politesse de le [)révenir.
En ce moment M. Drouyn de Lhuis entrait avec l'attitude d'un gouvernement qui Aient de remporter une grande victoire. ï\ était suivi du modeste Ruffet, chef des comparses, qui représentait les nations vaincues. Xavier Durrieu courut iiDrouyn: — J'ai l'honneurde... ttsi, atch, atcbi... tchi...
— Mouchez-vous donc, répondit le ministre avec dignité: et passant outre, il monta aussitôt à la tribune en ces termes glorieux : — Je répondrai aux interpellations qu'on ne m'a point encore faites en annonçant que les Autrichiens ont évacué Ferrare.
En disant ces mots , M. Di'ouyn faisait tous ses efforts pour ressembler à un bas-relief.
— Conmient avez-vous obtenu ce triomphe ? demanda l'assemblée.
— Par notre silence 1 répondit le ministre. Ombre de Talleyrand , ouvre-lui tes bras !
On avait pour commencer la séance terminé la deuxième délibération sur la loi électorale. — Ouelle journée!