‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 95 sur 114 · I.A CONSTITIANTI.. — 10 MAI'.S · texte numérisé non relu

I.A CONSTITIANTI.. — 10 MAI'.S

disposait point à l'écouter, il a salué de nouveau alin de montrer que celait bien lui, et il a rais très-dignement à la façon d'Odilun lîarrol sa main dans le côté de son gilet qui se rapproche le plus du cieur. Eniin, coninule bruit augmentait , M. Wolowski n'a pas hésité plus longtemps à le prendre pour une marque de l'enthousiasme excité par sa présence, et il a compris qu'il n'avait d'autre moyen d'y mettre un terme que de commencer son discours. — Messieurs, s'est-il écrié en polonais, langage qui impose plus que tout autre aux multitudes , je viens demander que tous les électeurski qui auront vingt-cinq anski soient éligibiliskofs!

L'orateur n'avait pas besoin d'en dire davantage. L'assemblée lui a surle-champ prouvé par son vote le peu d'intérêt qu'elle prend à la Pologne. — Et dire que M. Wolowski avait raison! Pourquoi a-l-il présenté son amendement lui-nuMue ?

Ici s'arrêtent à l'article 7(} inclusi^emeul les incidents dramati([ues ; l'intérêt qu'y prenait le petit père Marrast était si vif, qu'il lui est arrivé de dire naïvement qu'il n'y avait pas d'observation sur un certain paragraphe , — mais que seulement M. Lélu en demandait la suppression. — M. et M"* Lélu ( notables de l'ancien répertoire) a bien voulu lenoncer à la parole. Pour clore la journée, on a remis aux voix l'amendement Gkok- GES Daxdix au milieu d'un profond silence. .\u point où les choses en sont tenues à ce sujet, c'eût été se compromettre d'un côté ou de l'autre que de hasarder un mot. — Les peureux ont voté comme im seul mari.

10 mars.

Suite de la iroisicme délibéraiion de la loi électorale. — Adoption définitive de l'article- CO, relatif aux inoapaoiiés.

Plusieurs orateurs, profitant de ce ipi il n'y avait encoi(> que des célibataires dans l'assemblée, sont venus attaquer avec la perfidie ordinaire aux séducteurs, l'amendement Georges Dandin. Nous avons été bien étonnés d'entendre M. Besnard , qui est déjà un grisou et que nous supposions intraitable conmie tous les maris de ^ ire à l'endroit de la propriété conjugale , prendre la parole dans une semblable circonstance. Deslongrais et Luneau .semblaient l'encourager. Tout li' monde était scandalisé de leur coupable connivence. Ce relâchement de mœurs est peu compatible avec la frugalité connue des Pestels. Il faut (|ue la cuisine de leur restaurateur .soit singulièrement é|iicée pour «|ue ces ! mis .Normands sortent ainsi de leur caractère.

La lubricité du jeune orateur Lefranc m'a moins surpris. On se doutait depuis assez longtemps déjà que cet avocat apparlenail à la partie aimable

(lu barreau français où M' Avond (du comité de la guerre) Lrille d'un si beau lustre. L'avocat Lefranc prend toujours la parole comme s'il allait en bonne fortune , et l'on voit bien qu'il doit compter sur l'impression que sa physionomie produit dans le cœur des femmes de président pour gagner ses causes. Il y a dans son éloquence une galanterie naturelle; il s'est fait une tète à l'Antony ; ses cheveux sont presque irrésistibles, et je m'attends à lui entendre dire publiquement, un de ces jours, qu'il aura suborné une proposition mariée : — « Elle me résistait, je l'ai assassinée I »

Pendant que les orateurs célibataires étaient seuls, ils se sont raconté un grand nombre d'anecdotes tendant à prouver que l'amendement Georges Dandin ferait bien des victimes. — M. Thomine lui-même n'a échappé que par miracle à un cas d'incapacité flagiante. — Il paraît qu'hier, au moment où il sortait de l'assemblée, quatre grands laquais se sont emparés de lui malgré ses cris et l'ont jeté dans une berline qui l'a conduit au bois de Boulogne. Là , on lui a enlevé son bandeau, et il s'est trouvé au milieu d'un boudou" tendu de velours blanc relevé d'agréments jaunes, et faiblement éclairé. Une très-belle fennne, fort légèrement vêtue, s'est aussitôt précipitée vers lui les bras tendus ; mais heureusement qu'en l voyant, elle a poussé un grand cri et s'est enfuie. Les quatie grands laquais s'étaient ti'ompés et avaient enlevé M. Thomine à la place de Bressan du Gymnase i On n'a pas même eu la délicatesse de ramener le pauvre orateur en voiture , il a été obligé de revenir à pied par un temps effroyable. Tout lui fait supposer d'ailleurs que la femme légèrement vêtue appartient iégitimeïaent à un ambassadeiu- étranger, dont l'air est depuis quelque temps soucieux , et qui, rencontrant aujourd'hui M. Thomine sur le pont de la Concorde, lui a lancé un regard de commissaire de police. — Vous voyez donc bien, s'est écrié l'orateur, qu'il y a des nuances dont l'amendement Georges Dandin ne tient aucun compte ! J'ajouterai qu'il serait souverainement injuste d'appliquer la rigueur des lois dans le cas où la complice du crime aurait plus de quarante ans. Le coupable serait assez puni sans qu'on ajoutât encore l'incapacité politique à ses remords.

Mais comme à ce moment la salle a été envahie par un nondire considérable à'égoïsslcs, le parti Cupidon a été battu au scrutin.

Les autres articles de la loi électorale pouvaient servir de prétexte à quelques amendements nouveaux ; à part cela , il ne m'a pas semblé qu'ils aient inspiré de grands mouvements d'éloquence. L'orateur Sauteyra s'est cependant passionné à plusieurs reprises et sans que personne l'y excitât, de façon à donner une haute idée des services qu'il rend à la compagnie d'assurances à laquelle il est attaché. M. Sauteyra manque peutêtre un peu d'orthographe dans la chaleur de l'improvisation , mais il ne

LA CUNSlITrA.MK. — li MAllS. otl

dil pas un mot sans y joindre un coup de poing , et il possède cet accent de Saint-Flourqui servirait très-bien à ètanier des casseroles , s'il n'était pas le charme indispensable d'un discours d'Auvergne. Ce que l'un comprendra difficileni&nt, c'est que M. Payer, homme que sa spécialité devrait rendre doux, se soit emporté contre. M. Sauleyra au point de le vouloir empailler tout vivant. M. Degousée, en sa qualité de questeur, s'y est opposé. On l'a vu -paraître à la tribune avec sa soleunilé ordinaire jjour dire: « .le présente un amendenienl.» du ton d(jnt il est venu annoncer le 15 mai que le palais était envahi. — Avant de descendre , l'excellent questeur a trempé ses lèvres dans le verre, moins par besoiji de se rafraîchir que pour s'assurer par lui-même de la f.icon dont on prépaiv l'eau suciée.

Page 1