‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 97 sur 114 · i. .\ssi:.Mi;i.i;i, \ v tkinali-: comique · texte numérisé non relu

i. .\ssi:.Mi;i.i;i, \ v tkinali-: comique

(ioudrhaiix, Foukl el Passif, après une vive discussion relativement au fret, se sont réconciliés. Ils viennent de monter tous les trois sur le pont , et d'après leurs calculs qu'ils veulent bien communiquer à l'équipage, il est hors de doute que nous trouverons, à l'exercice prochain, des pépites grosses comme des œufs d'autruche dans un endroit dont M. Duclerc avait seul connaissance. C'était là le secret que cet ancien ministre des finances a si longtemps gardé ; enfin il consentit à le livrer à nos armateurs. >'ous avons l'intention à notre retour de supprimer tous les impôts: dites bien cela aux contribuables pour (ju'ils ne regrettent pas leurs quarante-cin([ centimes. Le bon (loudchaux a d'abord un peu souffert du

mal de chiffres, mais le voilà tout à fait rétabli. Il s'est rasé de très-près; il est d'une gaieté charmante, et il ne se lasse pas de chanter : Je mis sans malirc.. sur l'air du Boujfr cl le Tailleur; disant que c'est ainsi qu'il entend faire ses rapports pour qu'ils plaisent même aux littérateurs , et défendre les anciens actes financiers de son ministère. — Quant à Fould, vous connaissez son insupportable caractère ; rien de plus à vous dire de lui , — si ce n'est qu'il a mis un habit de nankin à cause de la grande chaleui-. el qu'il déltile sur l'équilibre des récoltes et des dépenses, — au

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point de vue monarchique, — des discours d'acrobate. Je voudrais que vous pussiez contempler Passif. Il m'étonne moi-même; la mer l'a complètement changé. Depuis qu'il est à bord, il ne fait plus que des multiplications ; c'est notre boutc-cn-train . — Confiance, confiance ! crie-l-il à qui veut l'entendre; l'énormilé de l'impôt prouve la richesse du contribuable. Onand le cinq pour cent sera au pair, nous forons un petit emprunt !

En ce moment nous liions sept nœuds. Le budget des travaux publics est en vue. — Il vient de tomber dans nos voiles un grand oiseau de mer qu'on nomme un Charles Dupin. Comme on est fort désœuwé à bord, nous nous sommes beaucoup occupés de ce ^olalile. Il appartient à l'espèce des statisticiens ou chauves-souris savantes, et il ressemble étonnamment à cet ancien pair de France que nous avons toujours empêché de prononcer un discours qu'il avait sur le cœur avant la fermeture du Luxembourg. Ne le laissez pas parler, car il est capable, si une fois il ou^ro la bouche, de vous réciter ce discours-là accompagné de quatre autres qu'il improvise depuis l'ouverture de l'assemblée nationale. Ensuite, en descendant de la tribune, il irait recevoir les félicitations de quelques collègues habituellement muets qui seraient (lattes de lui serrer la main pour avoir publiquement l'air de connaître un orateur qui vient de parler si longtemps.

(Juant à notre Charlea Dupin, il était trop maigre pour le faire rôtir, je l'ai empaillé avec précaution, et je me propose d'en faire honuuage à l'Académie des Sciences. — Adieu! Priez I^amoricière, (|ui préside à ma place, de ménager ma sonnollc.

VOTHIC PKTIT l'KRK MARUA.ST.

1!) mars.

La loi d-E clubs (deuxième délibération). — Discussion généraln.

Pour plaire à Léon lauclier il a fallu laisser le budget de ciUé , et passer à la deuxième délibération du projet de loi des clubi. — M' Favre, par un artifice (q)htalmi(|Me dunl il a le secret, jetait de|>uis <|uelr|ues instants des regards menaçants par-dessus les deux lanternes d'omnibus qui lui ser>ent de luncltes vertes; «t cela est le signe infaillible (|ue cet avocat \('ut prendre la pande. Petit à petit il s est insensible meni approché de la tribune comme s'il y était attiré par l'odeur du lait chaud. Je ne contesterai |K)inl à cet aMJcal un mérite qu il ne partage qu'avec un petit nombre de ses semblables : celui de parler penilant quatre heures sans s'échauffer et presque sans boire. M. l'avre !)<■ Iranspir'' pas. m- s'ennnie pas: et grâce au don (|u'il a de répéter à

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l'infiai la même phrase en des termes différents et toujours choisis , il prend place parmi les orateurs capables de remplir à eux seuls une séance entière. C'est surtout en entendant parler M" Favre que les muets parlementaires comprennent combien il est facile de se taire. Une fois que l'orateur Favre a commencé , nul ne peut dire qu'il doive jamais s'arrêter; sa figure exprime si peu l'émotion d'un être vivant, les mots glissent avec une telle régularité sur sa lèvre pendante , qu'on le croirait volontiers monté comme le canard de ^aucanson. — On est convenu de dire poétiquement pour peindre l'éloquence d'un homme : Le miel coule de sa bouche. A certains égards, M" Favre mérite qu'on lui applique ce trope. Sa bouche ressemble assez bien à une ruche; seulement son miel a quelque chose de pharmaceutique ; c'est du miel rosat. Mettez ses phrases en boîtes, et débitez-les en guise de capsules gélatineuses dont l'enveloppe sucrée cache l'amertume d'un remède ! — affreux bonbons qui trompent le palais au premier abord , et finissent par révolter le cœur. — Que si , d'ailleurs, on cherchait à deviner le fond de la pensée de l'orateur Favre, je crois qu'on perdrait son temps. Sait-il lui-même ce qu'il veut , ce qu'il aime , avec qui, ou contre qui il est? Non ; il obéit à son instinct; s'il déchire tous les partis, la main qu'on lui a tendue, aussi bien que celle qui le menace; si, après avoir attaqué le gouvernement provisoire, la commission executive, Ledru-Rollin, son patron, le général Cavaignac' auquel il ne devait rien , Louis-Napoléon pour lequel il se prononça d'abord, il défend aujourd'hui les clubs , c'est moins par calcul que par conformation artistique. Peut-être rendrait-on M*" Favre inoffensif en lui donnant un ministère , comme on donne au boa un lapin vivant à avaler. Le serpent, pendant qu'il digère , ne peut même plus remuer ses mâchoires. — Il n'y avait qu'un homme qui pût faire paraître un discours de Jules Favre court, tout à fait libéral, gracieux, et même un peu sentimental ; c'était Léon Faucher. Singulier elîet de l'éloquence de ces deux personnages ! écoutez l'un parler en faveur des clubs, vous les baissez ; la fureur de l'autre vous inspire malgré vous quelque tendresse pour eux.

20 mars.

Suiie de la discussion de la loi des dubs.

Vous seriez bien difficiles si le petit M. de Kerdrel — de l'école des chartes — ne vous plaisait pas infiniment; il est d'une familiarité audessus de son âge . on le prendrait pour un maître clerc de notaire sur le point de traiter de l'étude de son patron ; il tape sur le ventre des clients, et quand il se présente à la tribune, c'est d'une façon si dégagée qu'il est

permis de croire qu'il vient de jeter son bout de cigare sur les marches de l'escalier. Charmant petit M. de Kerdrel ; il ne serait pas plus à son aise dans un hôtel garni ; et nous ne saurions trouver de termes pour dire avec quel bon goiit il est venu manger un petit discours dans la main de l'assemblée. Aussi l'a-t-on traité comme un enfant gâté. M. Thiers lui a donné des petites tapes d'amitié sur les joues; puis il l'a présenté aux professeurs, aux autorités , et même à M. le commandant de la gendarmerie qui honorait la solennité de sa présence , en disant : Messieurs , c'est le plus fort en thème du club de M. Marrast. — Très-bien, très-bien , a répondu le maire de Meaux, nous lui ferons obtenir un demi-amendement.— S'il y a au monde d'heureux parents, ce sont bien certainement ceux du petit M. de Kerdrel.

Pierre Leroux avait fait une toilette extraordinaire. Avec ses cheveux peignés et son habit noir, on l'aurait pris pour un bailli; il ne lui manquait que la culotte de soie : peut-être que s'il avait eu sa redingote il n'aurait pas résisté au président, mais le sentiment de ce qu'il devait à son bel habit noir l'a soutenu dans la lutte, .\ulant par amour des clubs dont il a fait un éloge attendrissant et où il prétend avoir personnellement pu disserter pendant des nuits entières sur la métempsycose politique sans être interrompu comme à l'assemblée , autant, dis-je , par couAiction que pour ne point humilier son tailleur, il s'est conduit en héros, et n'a renoncé à la parole que lorsqu'on la lui a ôtée de la bouche. — C'est alors qu'une terrible mêlée a eu lieu. — Les clubs sont les séminaires du peuple ! criait le philosophe cramjwnné à la tribune. — Dites Vécole de l assaitsiuut, répondait Grandin. — -Les intcr[)cllations se croisaient si nombreuses, que la discussion en a été obscurcie. On s'injuriait à l'ombre. Denjoy, dont le tunuillc favorise toujours l'éloquence, lève l'oritlamme au cri de ; Denjoy et .Saint-Denis! Ernest de Girardin , autre orateur qui redoute le silence, tire de ses poches des truffes de Ruffcc et les lance à la tète de la montagne. Buvignier se précipite sur les projectiles et les dévore. Pendant ce temps tous les braves de la rue de Poitiers se serrent autour du |)rcmier paragraphe du projet Faucher « les clubs sont interdits ; » le Ijataillun des crdncK, conuuandé par Nezin, Haze et Taschereau, demande du renfort ; on songe aux quatre luimmes avec leur caporal du général Bugeaud. Thiers donne le conseil de les faire venir. — Inqirudent, s'écrie éloquemment Crémieux, voulez-vous donc dégarnir la frontière des AJpes au moment où le Piémont entre en cam|)agne? — .4 ces mots on s'arrête ; Jupiter Barrot entrouvre son nuage pour regarder ce qui se passe audessous de son piédestal : cl l'arc en ciel des amendements j)araît à I horizcin.

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M. Laboiilie — (vulgairement : La bouillie pour les chats) qui aime à parler après les orages, attendait l'occasion de monter à la tribune. Il v court cependant de grands dangers ; si par malheur un aigle , portant un discours , planait dans les environs et apercevait le crâne de M. Laboulie, il serait capable de laisser tomber sa tortue dessus. Ce serait grand dommage qu'un orateur comme celui-là fût tué ainsi. Nous perdrions l'une des plus agréables médiocrités de la constituante. M. Laboulie, le vivant portrait de l'excellent Monval , régisseur du Gymnase , a beaucoup des qualités de son Sosie. On voit qu'il possède la grande habitude de s'exprimer en public, et qu'il serait capable de conserver un sourire aimable même au milieu des pommes cuites. M. Laboulie est doué de la sensibilité qui convient à l'emploi des seconds pères, et de la distinction requise pour les rôles de convenance. Ce n'est point précisément par l'inspiration ou par l'originalité qu'il brille ; mais peut-on raisonnablement exiger ces qualités d'un orateur qui écrit les bulletins de répétition, et qui est toujours prêt à jouer indifTérem ment Thésée — Hippolyte — ou Théramène, selon les nécessités de l'affiche? Tout ce qu'on peut demander à M. Laboulie, c'est de savoir ses rôles et d'avoir un costume propre. Rendons-lui celte justice qu'il n'y a pas d'utilité plus soigneuse que lui. — Le geste de M. Laboulie nous paraît très-satisfaisant : toujours le même; mais on s'y accoutume. M. Laboulie croise les bras afin d'avoir un prétexte de les ouvrir; pantomime simple quoique fatigante. — De plus il met du coton dans ses oreilles, et récite des fables aux soirées de la préfecture. — Venant après les autres pour répéter ce qu'on avait déjà déclamé , l'orateur ne pouvait manquer d'obtenir un grand succès. Il ne prononce pas le mot : politique comme tout le monde; il dit paulitique, ce qui donné bien du charme à son lieu commun. — Il a d'ailleurs cité à son tour l'exemple de l'Amérique, où il n'y a pas de clubs — du ton d'un homme qui connaîtrait le pays pour y avoir montré quelque cabinet de curiosités , figures de cire, physique expérimentale ou microscope à gaz. Le plus beau moment de M. Laboulie a été celui où il s'est attendri ; il suait abondamment , ses lèpres tremblaient; il allait fondre en larmes. C'était la voix entrecoupée avec laquelle il émeut le tribunal de Marseille sur le sort de l'intéressant orphelin auquel on conteste son mur mitoyen I Après l'orphelin est venue la veuve. Il a fait parler la veuve : « Messieurs les magistrats , nous sommes une pauvre veuve ! . . . »— Arrêtez-le, ou il va apporter les petits chiens I ... Je suis certain qu'il les avait dans sa poche. Heureusement le questeur Degousée a fait signe qu'il ne supporterait pas ce dernier mouvement d'éloquence capable de tout salir, et l'avocat y a renoncé. — Ce qui ne l'a pas empêché do passer demi-dieu. .Tupiter-Rarrol, après l'adoption du fameux para-

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