LES GARANTIES
Avant d'entrer plus avant dans l’examen du sujet, voyons si nous avons raison de dire à nos nationaux: “Prenez garde! les garanties qui vous sont offertes par les compagnies américaines sont fictives ou très aléatoires.”
Les compagnies canadiennes, pour se conformer aux dispositions de la loi inexorable, doivent garantir, par dépôts, en argent ou valeurs canadiennes approuvées par le Contrôleur-Général du Canada, un promise suffisant pour couvrir les résultats de leurs opérations, tandis que Jes compagnies américaines ne sont pas soumises à une règle aussi juste, vû qu’elles peuvent déposer, et que de fait elles déposent des stocks et des obligations américains sur lesquels ni le gouvernement ni l’assuré ne peuvent exercer le contrôle d’examen, ni percevoir le moindre intérêt pour la garde de ces mêmes valeurs. Cette anomalie présente deux graves objections :—en premier lieu, la concurrence injuste contre nos compagnies en faveur des étrangers, et en second lieu le défaut de garantie formelle pour l'assuré ayant eu le tort de choisir une compagnie américaine au détriment du Canada.
Cette tolérance de nos gouvernements n’existe même pas aux Etats-Unis, puisque les obligations d’un Etat quelconque ne sont pas reconnues comme valeur courante dans un Etat limitrophe pour des fins identiques à celles qui nous concernent au Canada. Si l’on veut savoir le montant des pertes que nous sommes exposés à subir en tolérant ce système, il faut prendre en considération la somme iotale d'argent annuellement versée par
les assurés canadiens aux af es des compagnies américaines à titre de primes, le montant d’ussurance représenté en vertu des polices émises par les compagnies américaines, dont nous sommes les véritables créanciers et sous l'opération de la loi, les seuls détenteurs, s’élevant en 1903 à 8170,676,800. Sur cette somme énorme, 833,274,297 ont pris le chemin des Etats-Unis, sans profit pour nos nationaux et sans espoir de retour. Et dans l’intervalle, si nous essayions la même opération cl » nos voisins, nous irions nous heurter à des geus qui nous refusent même l’échange de notre argent sans exiger un escompte préalable; et cependant il est absolument prouvé que nos institutions monétaires sont mieux garanties et plus solides que les leurs. Ici nous en donnons un exemple frappant: “La Monetary Review,” de Londres, disait lors de la grande crise commerciale de 1377, les paroles suivantes qui constituent un haut témoignage en faveur du Canada:—
“Tandis que la France et l'Allemagne sont écrasées sous le Militarisme, que la Russie tremble sous le Nihilisme et l’Italie devant le Carbonarisme, l'Angleterre souffre du Paupérisme qui la dévore. Deux cent vingt-quatre banques américaines ont fermé leu:s portes sous le poids de la pléthore dans ce désastre mondial. Une seule puissance reste debout, comme la solide cheminée dominant les ruines fumantes après l’incendie, et se uissance, c’est le crédit de notre colonie: le
Quel superbe compliment rendu à la sagacité des ‘ hommes qui ont dirigé notre pays!
Est-ce en présence d'un tel témoignage que nous serions justifiables d’aller placer ailleurs que chez nous et notre confiance et notre or?
Si l’on veut maintenant savoir jusqu'à quei point nous avons poussé cet appauvrissement de nos propes ressources, il suffit de consulter la statistique officielle publiée sous l’autorité du gouvernement fédéral et par ses soins Nous référons nos lecteurs au tableau de l'Annuaire Statistique du Canada de 1904, page 604, et l’on verra la somme énorme qui a déversé dans les main des américains.