LES COMPAGNIES ANGLAISES
Nous avons dit plus haut que nous n'avions pas le droit de faire une distinction entre les compagnies canadiennes et les compagnies anglaises, en n’apportart qu’un argument à l'appui de cette affirmation, que le Canada formait partie intégrante de l’Empire Britannique. Nous aurions pu ajouter que notre pays, comme colonie, pouvait demander et même exiger l’aide de la mère-patrie contre les agressions, de quelque nature qu’elles pussent être, des étrangers.
Dans le cas des compagnies d’assurance susdites, l'Angleterre a prouvé sa sollicitude à notre égard en leur octroyant une charte royale uniforme leur défendant de gagner plus d’un taux d'intérêt fixe sur leurs placements.
L’objection violente que nous faisons à l’aliénation de nos capitaux chez les américains ne s’applique pas à l’Angleterre et ne peut pas même être mise en ligne de compte en raison du taux de l’intérêt de l’argent à Londres, et surtout à raison de ce fait qu’en plaçant notre argent aux Etats-Unis il est aliéné sans espoir de retour ou de compensation, tandis qu’en le plaçant entre les mains des anglais nous ne nous dépossédons véritablement pas, puisque, par suite du taux d’intérêt que nous venons de mentionner les capitalistes anglais préfèrent laisser leur argent chez nous à 5 et 6 pour cent plutôt que de le prêter chez eux à 2 et 214 pour cent. Ceci n’est pas une proposition en l’air, car nous en avons eu une preuve récente lors d’un voyage d’un citoyen éminent de Montréal qui est allé chercher trois millions de dollars en Angle-
terre, destinés au développement d’une compagnie canadienne fonctionnant depuis trois ans, Au lieu de prêter, les capitalistes anglais ont préféré devenir actionnaires de la dite compagnie, ce qui prouve surabondamment qu'ils ont u . confiance absolue dans le crédit et l’avenir du Canada.
Et d'ailleurs, le chiffre de la dette publique du Canaën, assez respectable pour une population n'ayant pas encore atteint six millions, se compose exclusivement d'emprunts contractés en Angleterre, sans comrter les prêts qui ont été faits aux provinces, au. municipalités, et autres corps publics. Or, la dette fédérale seule s'élevait en 1903 (Page 580, Annuaire Statistique, 1904) à 8361,344,098. Et pendant une courte période de quatre années nous avons envoyé le tiers de cette somme aux Etats-Unis sous forme de primes d’assurance, Ce montant aurait été suffisant pour payer les intérêts et le fonds d'amortissement, et il en resterait suffisamment pour payer les intérêts des dettes provinciales.
Dans le même ordre d’idées, l’on peut mentionner les prêts aux grandes compagnies de transportation, par terre ou par mer, et aux grandes industries du pays, presque entièrement sustentées par le capital anglais.
Pour nous résumer, l’Angleterre nous protège, tout en prenant soin de ses propres intérêts, en développant nos ressources latentes, tandis que les américains ne cherchent au’à drainer notre or à leur bénéfice sans s’occuper de nos intérêts locaux, pourvu que cette tactique leur rapporte.
Ne serait-ce que par simple reconraissance, il incombe au peuple canadien de se rappeler les services rendus par la Métropole et il est obligé, pour ainsi dire, de mettre ses institutions sur le même pied que les siennes au point de vue légal et administratif.
D'ailleurs, ne se sont-t-elles pas soumises de bonne grâce aux lois qui nous régissent? Nous ontt-elles fait une concurrence indue malvré qu’elles fussent appuyées par un capital illimité? Le chiffre seul de leurs opérations démontre qu’elles se sont contentées de la confiance spontanée que notre peuple leur a accordée, et elles ont répondu à cette confiance en répandant parmi nous les immenses capitaux anglais dont elles disposent.
Les esprits éclairés dans ce pays ne peuvent s’empêcher de comprendre que les assurances anglaises, qui ont fait peu de profit parmi nous en assurant très modérément sur la vie, ont perdu de lourdes sommes en nous protéreant contre le feu, ce que les américains ne font pas.
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