Liberty and Socialism, by the eart of Pembroke, p
tes
« sèdent rien. Comment ces hommes n’useraient- « ils pas de cette force, qui est le gouvernement, « pour acquérir le premier des biens, qui est la € propriété ?» (1)
Le développement de certaines tendances de la Révolution française amènerait donc à combattre une des plus précieuses conquêtes de celte même révolution, à savoir la création d’un droit public véritable, qui empêche à l'Etat d’absorber l'individu.
Il est donc utile avant d'aborder le sujel principal de notre étude d’examiner quel doit être au juste le rôle de l'Etat et quels sont les droits individuels
qu'il ne peut entamer.
9. Quand on veut étudier le grave problème des rapports de l’individu et de l'Etat, on se trouve en présence de deux écoles à tendances radicalement divergentes : les uns avec Spencer veulent réduire à un minimum dérisoire le rôle social de l'Etat ; les autres, et c’est le clan socialiste tout entier, veulent confier à l'État la sphere économique toute entière. Si cette dernière opinion est la plus dangereuse, les conséquences extrèmes de l’individualisme ne sont pas moins redoutables. On a vu un économiste éminent (2), imaginer tous les services publics, ©y compris la production de la sécurité », remis aux soins de compagnies particulières. Mais, ce qu'il
4. Revue des Deux-Mondes, 1° déc. 1889, p. 546. 2. De Molinari, Journal des Economistes, 15 mai 1854 : De la production de la sécurité.
te -
faut redouter le plus, ce sont les progrès, de Îa thèse socialiste. « Si l’action de l'Etat peut être « insuffisante, il se peut aussi qu'elle soit exces- « sive. Une intervention excessive est peut-être plus « nuisible qu’une intervention. insuffisante » (1).
Cependant, Spencer a tort d'affirmer que la coopération spontanée des forces individuelles, 1inspirée lant par la sympathie naturelle de l'homme pour son semblable que par l'intérêt personnel produit en temps voulu, toutes les institutions convenables pour le bon accomplissement de toutes les fonctions nécessaires à la société.
En effet, l'intérêt privé a des vues assez courtes et peut ne pas avoir une notion suffisamment élevée des intérêts de l’avenir.
D'ailleurs, l'Etat est autre chose que l’addition des citoyens. L'intérêt de l'Etat est autre chose que la somme des intérêts individuels : c’est l'intérêt général. L'individu, c’est le présent ; l'Etat, c’est à la fois:.le passé, le présent et l'avenir. Comme représentant du passé, l'Etat doit faire face aux charges souvent si lourdes que lui ont léguées les gouvernements antérieurs, veiller à la conservation des traditions nationales, des monuments historiques; comme représentant de l’avenir, l'Etat doit réprimer toute mesure propre à abâtardir la race (surveillance du travail des enfants et des filles mineures), favoriser le développement des colonies,
1. Schünberg, Handbuch der politischen OElronomie, t. 4°, p. 66.
RU |, ru
faire exécuter des travaux de reboisement, d'irrigation, de défense contre l’action des eaux.
Mais ce serait une grave erreur de considérer l'Etat et l'individu comme les deux seules forces sociales agissantes, il ne faut pas oublier l’action bienfaisante des innombrables associations, qui agissent dans un pays. Les associations ont, au point de vue qui nous occupe, un double rôle à remplir : elles secondent puissamment l’action individuelle en permettant la combinaison des forces isolées et en donnant à leurs membres l’occasion de concevoir d’autres buts qu'un but égoïste ; elles allègent, d’autre part, le rôle de l'Etat en accomplissant certaines fonctions, qu'on pourrait concevoir remplies par lEtat, mais dont ce dernier se décharge sur les associations : ce sont les sociétés savantes, qui collaborent avec l'Etat à lamélioratiou intellectuelle du pays; ce sont les associations religieuses où philanthropiques, qui travaillent à son amélioration morale ;'ce sont les associations syndicales, qui secondent puissamment l'Etat dans les travaux de reboisement, d'irrigation, de défense contre l’aclion des eaux.
Donc il ne faut pas confondre l’Elat et la société. Il ne faut pas davantage confondre l’Elat et le gouvernement. Et cette distinction nous permettra de faire justice d’une opinion, qui croit que l'Etat joue dans l'organisme social, un rôle analogue à celui du cerveau dans le corps hnmain. C’est oublier que dans le rorps humain le cerveau seulest le centre de
Déroulède 2
CE {NS / la volonté etde la pensée ; dansla société au contraire,
chaque individu est doué de pensée et de volonté. De même dans le corps humain, la matière du cerveau est une autre matière que celle du pied ou de la main ; au contraire, les hommes qui dirigent l’Etat he sont pas nécessairement l'élite de la nation. C'est un point sur lequel on ne saurait trop insister, surtout à notre époque, où le personnel politique se trouve si mobile et si mélangé. Le gouvernement étant nécessairement la forme sous laquelle cette notion abstraite, l'Etat, se manifeste, il est indispensable de tenir compte de la nature du gouvernement dans un pays, pour décider si on devra élargir ou rétrécir son domaine. Aussi M. Paul Leroy Beaulieu a-t-1l raison de faire observer (1) que dans la question qui nous occupe, on doit éviter de rester dans le domaine de l'absolu, car telle solution qui convient, quand on discute sur un Etat en particulier, cesserait d’être exacte si on lappliquait à un autre Etat. ;
6. Ce sont les économistes allemands qui ont propagé l’idée d’une extension ainsi large que possible des attributions de l'Etat. Mais il faut tenir compte de ce fait, qu'en Allemagne beaucoup de causes 6nt contribué à donner à l'Etat une nature, qu'ilne saurait posséder dans d'autres pays.
Parmi les raisons qui peuvent expliquer l'énorme influence exercée en Allemagne par l'Etat, on peut