CHAPITRE VII
LES SCANDALES DE l'eQUITABLE (sUITe)
SOMMAIRE. — Ce que gagne un fils de famille, vice-présidenl d'une « Mutuelle » américaine. — Irrégularités et comptes fantastiques. — Les passe-temps d'un vice-président. — Le dîner dune actrice. — La fête d'un ambassadeur. — Domesticité économique. — La pension de la veuve d'Henry Hyde. — Le denier de la mère. — Les traitements subsidiaires. — Hausse des salaires. — Hausse des commissions.
Une enquête vaut mieux qu'une légende.
Or, « M. James Hyde sortit du collège en 1898; au mois de novembre de la même année, il fut élu deuxième vice-président de VEr/aliable. En mai 1899, c'est-à-dire à Tépoque de la mort de son père, il devint vice-président
de la société, avec un traitement de 25. ooo dollars, qui fut porté à 3o.ooo dollars en 1900, à 75.000 dollars en 1902 et à 100.000 dollars en 1908. L'augmentation de 75.000 dollars, apportée au traitement de ce jeune homme inexpérimenté, était manifestement un témoignage de reconnaissance pour la façon dont il exerçait son contrôle sur le capital (1). »
Ces 5oo.ooo francs n'étaient, d'ailleurs, que la première page de ses profits réguliers. Le vice-président de VEquilable jouait un rôle prépondérant dans toute une série d'organisations latérales :r£'^«i7a6/e Trust Company \m allouait 12.000 dollars, la Mercantile Trust Company i2.5oo dollars et la Commercial Trust Company 2.5oo dollars, en tout 27.000 dollars ; cela porte le total de ses traitements à 127.000 dollars, autrement dit à 635. 000 francs.
(1) Rapport de la Commission d^enquêfe, p. 102.
A côté de ces traitements avoués, que dit l'enquête au sujet de ces dépenses et faux frais que les directeurs « fantaisistes » ont toujours su porter au maximum, et qui, quelquefois, dans notre comptabilité publique, ont fait figurer lo.ooo francs de voitures ou 20.000 francs de timbres-poste.
« Des débours pour différentes dépenses prétendues légales ont été démesurément grossis. Et il semble bien qu'il n'y a pas de doute que des sommes exorbitantes ont été sans droit portées à ce compte. Des pratiques irrégulières ont été facilitées par l'absence de pièces comptables détaillant avec une précision commerciale les faits donnant lieu à des remboursements. Des sommes s'élevant à plusieurs milliers de dollars ont été couramment déboursées. En certains cas, on a découvert
des procédés fictifs et illégaux, et la discrétion du personnel n'a subi aucune contrainte (i). »
Ces phrases juridiques couvrent de galantes histoires.
James Hyde avait l'hospitalité large et aimable pour les actrices françaises de passage en Amérique. I^e dîner offert à l'une des plus célèbres d'entre elles a coûté à la caisse de V Equitable 65. 44^ francs — soixante-cinq mille quatre cent quarante-cinq francs ! — passés au compte publicité.
Il s'occupait même de diplomatie. Il résulte des documents publiés, que le dîner et la fête Louis XVI offerts à notre ambassadeur, M. Cambon, en novembre 1902, correspondirent à une note à payer de 100.000 dollars, un
(1) Rapport de la Commission d'enquête^ p. 104.
demi-million de francs, toujours portés aux dépenses sociales. Au dîner, qui coûta 3o.ooo dollars, on était 25o convives, ce qui metleprixài25dollarspartête,soit625 francs.
En voici le menu, emprunté au New-York Evening :
Huîtres
Potage ambassadeurs
Hors-d'œuvre
Filet de sole à la dieppoise
Sel [sic) d'agneau. Pommes château
Ris de veau financière
Chaufroid de volaille
Bécasses rôties
Salade
Glace diplomate
Desserts — Fruits
Old Stierry, Champagne Mouton Rothschild 1880.
Aux premières observations qui lui furent présentées, James Hyde répondit, en se rendant dans les bureaux de la compagnie « dans
son équipage favori, dont les trotteurs de grand prix, ainsi que le cocher et le valet de pied, étaient ornés d'énormes bouquets de violettes de Parme, bouquets qui coûtent des prix exorbitants à New-York (i) » ; on s'aperçut, d'ailleurs, que tous ses domestiques, du cocher au cuisinier, du laveur de vaisselle au valet de chambre, étaientinscrits sur les listes du personnel de Y Equitable. James Hyde ne doutait de rien.
Nous ne pouvons, d'ailleurs, nous autres Français, nous défendre d'un mouvement de sympathie pour ce jeune « business man » au luxe un peu insolent et aux ambitions jamais satisfaites, dont Pappétit n'était pas rassasié par plus de 600.000 francs d'encaissements annuels.
(1) Traduit d'un journal américain.
Nous le revoyions, il y a peu de mois, à un banquet scientifique à Paris. Grand, brun, souple, d'une élégance impeccable, tenant à la fois du Castillan et de l'Anglais, il présidait, en qualité de chef de la section américaine de TAlliance pour la propagation de la langue française. D'une voix saccadée et en un français émaillé de locutions yankees, il s'exprimait de façon attrayante; et les jeunes hommes qui se trouvaient réunis ce soir-là applaudirent chaleureusement les souvenirs qu'il évoquait au sujet des voyages de nos écrivains français à travers l'Amérique. Il félicita même l'un d'entre eux, d'une phrase comique: « Vous êtes le seul homme que Roscwelt ait pu écouter une heure sans parler. »
Les journaliste§ et les écrivains lui savaient gré d'avoir figuré en bonne place dans le Conseil américain qui, chaque année, envoie aux lîltats-Unis des conférenciers comme Bourget ou Frantz Funck-Brentano.
Les Parisiens savaient que nul n'était plus parisien que lui; et l'on ne se serait pas douté, à rencontrer ce <( dilettante » dans un milieu intellectuel, que, dans la vie d affaires de son pays d'origine, on citait à chaque propos les rapports et les interrogatoires, qui le représentaient comme un grand corrupteur et un grand corrompu.
Après le fils du grand fondateur, la veuve.
M. Henry Hyde, ne se trouvant pas suffisamment rémunéré pour les services extraordinaires qu'il avait rendus à V Equitable^ obtint qu'à partir de sa mort une annuité viagère de 25.000 dollars fût assurée à sa veuve. Un acte fut rédigé dans ce sens; mais cet acte ne fut pas porté à la connaissance du comité financier ; il semble même que jamais la résolution
ne fui soumise, sous quelque forme que ce soit, au conseil des directeurs.
La pension de Mme Hyde a été payée jusqu'en 1900, époque à laquelle elle fut supprimée, sur l'avis d'un conseiller.
Ce n'est pas tout. Au mois de mars 1901, afin d'exercer sur elle son influence, VÉqiiilahle acheta 2.000 actions de la Lawyers Title Insurance Company, qui furent attribuées, au prix coûtant, non seulement aux membres du comité, mais aussi à Mme Annie Hyde, mère de M. James Hyde, qui eut 100 actions pour sa part.
Après la veuve, les collaborateurs de la première heure. Le traitement du vice-président Tarbell, fixé à 40.000 dollars en 1899, fut porté à 5o.ooo en 1900 et à 60.000 les années suivantes. Son successeur comme troisième vice-président. M. George Wilson, a touché
25.000 dollars en 1900 et 1901, etSo.ooo dollars depuis lors. Entln, le quatrième viceprésident, M- Macintyre, a été payé 10.000 dollars en 1900, 12.000 en 1901, 20.000 en 1902, 25.000 en 1908 et 1904, So.ooo jusqu'à la réorganisation en 1905. Les appointements du secrétaire, M. William Alexander, de i8.5oo dollars depuis 1889 jusqu'en 1898 , ont été ensuite de 25. 000 dollars. Le contrôleur Thomas Jordan a été payé 25. 000 dollars de 1898 à 1900,80.000 de 1901 à 1904, et85. 000 ensuite, jusqu'au jour où il a quitté la société (1905). «Ilya actuellement dans la compagnie, dit le rapport de la Commission d'enquête, 18 officiers exécutifs qui étaient titulaires des mêmes fonctions en 1900 ; or, ces 18 officiers touchaient ensemble 297.600 dollars en 1900, et, en 1905, 44^-5<^c> dollars, soit une augmentation de 5i pour 100. »
L'économie ne se manifestait même pas au sujet des appointements des employés secondaires. Voici ce qu'en dit la commission : « Dans les bureaux dont les chefs n'ont reçu aucune augmentation de traitement, les traitements des employéssontrestésce qu'ilsétaient auparavant; ou, s'ils ont été augmentés, c'est dans les proportions bien modestes de Pélévation des salaires dans toutes les industries. D'autre part, les employés supérieurs qui ont reçu un avancement rapide n'ont pas manqué de faire profiter, aux frais de la compagnie, leurs subordonnés de leur bonne fortune. Danslebureaudupremiervice-président, 4 employés, payés ensemble 5.444 dollars en 1900, ont touché, en 1905, 13.900 dollars, ce qui représente une augmentation de 1^5 pour 100. Dans le bureau du second vice-président, 6 em-
lU ASSUREURS AMERICAINS ET ASSURES FRANÇAIS
ployés, payés 10.720 dollars en 1900, en ont reçu 24.8/1O en 1900, ce qui représente une augmentation de 182 pour 100. En somme, les appointements totaux de la société se sont élevés de 770.282 dollars en 1 900 à 1 . 1 77.501 dollars en 1904, soit une augmentation de 53 pour 100. Comparé avec ces chiffres, le revenu total de la société ne s'est augmenté que de 06 pour 100, de 1900 à 1904 (j)- ^>
De plus, toujours d'après le rapport de la commission d'enquête, les dépenses classées sous des titres divers étaient énormes. On peut citer, prise dans un compte du 10 juin 1905, une liste de débours qui s'élèvent à 1.874.966 dollars ! Dans un document récemment publié par M. Morton et adressé aux actionnaires de
(1) Rapport de la Commission d'enquête, p. 104.
VEqiiitable, il est dit que des économies de plus de 600.000 dollars par an ont déjà été réalisées par Xd^noiivelle administration. « Sous la précédente direction, ajoute le document, des transactions exigeant des dépenses considérables ont été fréquemment poursuivies sans l'autorisation du conseil des directeurs. Du reste, les indications de la comptabilité relatives à ces transactions sont extrêmement sommaires, de sorte qu'il a été, dans certains cas, difficile de recueillir des explications satisfaisantes sur des faits qui se sont passés dans les dix dernières années et dont plusieurs ont comporté des pertes pour la société. »
Les dettes désavouées par Y Equitable et les sommes qui lui ont été remboursées s'élèvent à 1.000.000 de dollars environ ; on s'est adressée la justice pour recouvrer d'autres sommes importantes.
Traitements exorbitants au personnel exécutif, allocations avouées aux membres de la famille dont la société formait le fief, tours de bâtons dont les éléments reproduits sans discontinuer arrivaient à des totalités fantastiques, tout cela s'échafaudait avec une belle impudeur.
Mais ce n'est pas tout, et il faut y joindre les dépenses légales^ sur lesquelles nous aurons à revenir, parce qu'elles soulèvent le problème de la corruption des fonctionnaires et des parlementaires.
Tout d'abord, c'étaient les sommes payées au contrôleur Jordan « pour réunir les documents législatifs relatifs à la compagnie ! » Besogne de chartiste assurément avantageuse, à en juger par la liste ci-jointe, qui est forcément incomplète :
La mode est aux magazines; il en pleut, de tous genres, surtout du genre ennuyeux. Or, la vie que nous fait la politique est assez ennuyeuse, tâchons de l'éclaircir et de l'égayer, en riant avec le passé, en souriant du présent et en ne pensant pas trop à l'avenir.
IFs^imûgisâ(S)o on le sait, est un être bizarre : notre magazine aussi, et c'est pourquoi, alors que tant d'autres mettent au bas d'assommants articles des signatures illustres, F^im^s^sâcs) demande à ses collaborateurs, les plus célèbres dans le domaine de la fantaisie et de l'humour, de mettre un masque et de ne valoir que par leur propre talent.
Ainsi, sachez une fois pour toutes que Durand, Dupont, Bonenfant ou Turlupin, dissimulent tel auteur vingt fois représenté avec gloire, tel romancier à gros succès, tel fantaisiste brillant, tel chroniqueur célèbre dans le monde entier; mais ne vous en souciez pas, lisez, voyez et jugez.
Chaque numéro comporte dans ses 48 page5 de grand format une abondante matière de lectures amusantes, illustrées plaisamment. En outre, sous le titre l'Album de Faig^û^^âcDo une importante partie d'images gracieuses, jolies ou satiriques, imprimées avec luxe.
D'ailleurs, Ws:.Eht^Qfi^ ne ressemble à rien de ce qui a été fait jusqu'à ce jour, et le seul moyen d'en connaître le genre est d'acheter un numéro : 50 centimes n'est pas une somme et vous ne regretterez pas votre argent.