C. Asthme et acrocyanosé
On a pu être frappé, à la lecture des observations que nous venons de résumer, de la fréquence avec laquelle revenaient certains troubles vaso-moteurs spéciaux : quelques-uns de nos malades, particulièrement émotifs, voire même alteints d'une psychose dépressive nette, se plaignaient d’une sensation permanente de froid au niveau des mains ou des pieds. D’autres, au contraire souffraient « d’avoir toujours trop chaud » et chez ces derniers l’étude du métabolisme basal nous rendait bien compte du fait. Et chez presque tous nous remarquions au cours de l’interrogatoire et de l'examen que ceux-ci rougissaient à tout propos et que d’autres, — des femmes, — présentaient un érythème pudique d’une rare intensité. Chez certains, ces troubles vaso-moteurs cutanés se présentaient sur un fond permanent de déficience circulatoire, dont Îa systématisation méritait l’étiquelte d’acrocyanose. Nous donnons ci-dessous trois observations personnelles et nous résumerons rapide: ment une observation rapportée dans la thèse de notre collègue le D' Layani (6) qui de son côté, et par réciprocité, a relevé parfois chez ses malades atteints d’acro: cyanose, — c’est le sujet de sa thèse inaugurale — Ja coexistence de crises d’asthme.
Voici l’histoire de trois de nos malades présentant simultanément crises d'asthme et acrocÿanose.
Obs, XIII. — Mlle Fland.… Présente des crises d'asthme qui sont rÿthmées par l'appd-
rition des règles ou tout au moins revêtent une acuité particulière pendant leur durée.
Elles sont habituellement déclenchées par des manifestations psychiques : Un énervement, de l'anxiété. Un séjour au bord de la mer a été très défavorable.
Elles débutent souvent à l'occasion d'une envie de miction ou de défécation, la selle ou la miction -soulageant ensuite la crise. Et il faut rapprocher de celte influence l'augmentation considérable après la fin, — à l'âge de 18 ans, — d'une incontinence nocturne d’urine qui aurait cédé à l'aconit.
Dans les antécédents collatéraux, il faut mentionner l’existence de crises d'asthme chez une cousine qui, par ailleurs, est une hépatique.
La malade a suivi successivement de nombreux traitements :
Le gardénal à la dose de 0,01 egr. et même 0,05 cgr. est sans action sur la crise. Pourtant cette faible dose était nettement hypnogène. L'éphétonine se montre régulièrement efficace. Le gynergène, au contraire, semble avoir eu une action aggravante.
Le bromure à hautes doses rend les crises plus supportables mais au prix d’une torpeur psychique et de fatigue gastrique.
Un traitement de fond par l'iode a été mal supporté car il a déclenché une forte hypersécrétion des muqueuses.
L'agocholine, l'extrait hépalique semblent avoir eu un heureux effet. ÿ ‘
Examen : L'auscultation du poumon est négative.
Il n'y a guère à signaler qu'un état de nervosité très marquée de la malade qui se plaint d'avoir toujours froid. Sa température habituelle se maintient d'ailleurs en permanence à 36,3-36,4.
Les mains, les pieds et une partie des avant-bras sont légèrement cyanosés. Ils sont moites et refroidis à la
me éd 2
palpation et l’on note l'existence d’un réseau de livedo au niveau des genoux.
Ilest regrettable que la malade n'ait pu se prêter aux compléments d'examen habituels qui vraisemblablement nous auraient apporté d'intéressantes précisions. H aurait été intéressant, notarmment, d'explorer le système neurovégélatlif. Quoi qu'il en soit nous retiendrons de cette observation incomplète : la coexistence d'asthme et d'une acrocyanose marquée; d'autre part : le rapport étroit existant entre le début des crises d'asthme et le moment d'une miction ou d'une défécalion dans lesquelles le rôle du vagosympathique est prépondérant (nous rappelons que la malade présentait une incontinence nocturne des urines et que pour Sicard l’énurésis est un signe d'hypervagotonie pelvienne; ; enfin : l'influence aggravante de la période menstruelle.
Obs. XIV. — Mme 0j.., 37 ans, confeclionneuse.
Vient consulter le 8 mars 1930 pour céphalée et coryza spasmodique. Depuis 2 ou 3 ans, cette malade s’enrhumait au moindre froid, mais depuis un an un coryza à peu près permanent s'est installé, avec rhinorrhée très désagréable, salves d'éternuéments et céphalée frontale à peu près contipuelle. Ce coryza qui existe aussi bien l'hiver que l'été, où il est cependant plus tolérable, ne s'accompagne que d'une légère gène respiratoire avec petite toux sèche.
Antécédents personnels : Coqueluche dans l'enfance. Réglée à 15 ans. A été opérée de polypes utérins. Conges-
tion pulmonaire en 1927. Crises de colique hépatique. Jus-
qu'à ces trois dernières années la malade élait souvent atteinte d'angines avec parfois abcès amygdalien ; mais depuis l'apparition du coryza spasmodique, les angines ne sont plus réapparues.
Examen clinique et radiologique des poumons : négatif,
TD
Grosses amygdales, voûte palatine un peu ogivale, bonne dentition. |
Nervosité marquée de la malade, qui se plaint d'insomnie et de cauchemars.Rougeurs faciles de la face.Refroidissement constant, très désagréable des mains et des pieds avec cyanose.
Réflexe oculo-cardiaque :
Avant la compression : pouls à 96, indice 2 ;
Pendant la compression : pouls à 90, indice 2,5 ;
Cholestérine : 2 gr. 30 ;
Acide urique : 0, 069.
En résumé : Coryza spasmodique et acrocyanose, tendance très légère à la vagotonie. Migraines.
Obs. XV. — Mme Pess..….,37 ans.
En 1929, un mois après l’accouchement de son premier enfant, présente, à la suite d’un refroidissement, une poussée fébrile avec toux, expectoration visqueuse, jaune verdàtre, peu abondante dont l'expulsion difficile entraine le déclenchement d’une dyspnée paroxystique qui se reproduit à plusieurs reprises dans les mêmes conditions.
A la suite de cet incident, des crises d'asthme caractéristiques surviennent à des intervalles variables.
Soumise à l’iodure, aux opiacées, à la lobélie, la malade n'est que légèrement améliorée.
En 1923, une deuxième grossesse survient et pendant toute sa durée la malade présente un peu de toux mais plus de crises d'asthme. Exactement un mois après l'accouchement, les étouffements surviennent de nouveau, devenant de plus en plus pénibles, malgré les nombreux traitements qui ont été suivis :
Une heure d'air comprimé chaque jour.
Méthode de Cantonnet dont l'efiet a plutôt été mauvais,