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LE RÉFLEXE OCULO-CARDIAQUE

Le R. O. C. a été décrit à peu d'intervalle en 1908 par DAGNINI puis par ACHNER. Il consiste à contrôler les modifications de rythme du pouls après compression oculaire. “2

= C’est, apparemment, un moyen d'exploration simple du “à système neuro-végétatif. Mais avant d'aborder les résultats qu'il a donnés dans l’asthme, nous croyons utile de rappeler son mécanisme, sa technique de recherche, sa valeur pratique en clinique courante.

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L'arc réflexe n’est pas envisagé par tous de la même

façon. La voie centrifuge serait uniquement trigéminale pour SICARD ; elle est purement sympathique pour BARRÉ. F4 + Beaucoup d’auteurs considèrent avec raison qu’elle est tri- Ur gémino-sympathique (DANELOPOLU). « Le relai du réflexe est bulbaire, bien qu’on ait soutenu 5 la possibilité d’un arc réflexe par les anastomoses nerveuses ou les ganglions autonomes, c’est-à-dire en dehors du né- ne Vraxe. :

1 La voie centrifuge est également discutée ; c’est cependant la portion la plus intéressante, puisque c’est sur son “ trajet qu’on lit les modifications dues à la compression oculaire ; celles-ci se traduisent par des variations du pouls, du rythme respiratoire, de la contractilité des viscères creux, de la tension artérielle (PETZERAKIS, DELAVA, DANIELOPOLU). - Ce réflexe est donc oculo-cardiaque, oculo-respiratoire, oculo-vasomoteur.

Pour beaucoup, cette voie centrifuge serait représentée

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par le pneumogastrique ; en sorte que le R. O. C. serait uniquement un réflexe vagal, de même que le RS ;1Serait un réflexe sympathique. En réalité, il n’y a pas antagonisme des deux épreuves ; les réponses sont plus complexes et tiennent à l’intrication anatomique et physiologique des deux systèmes. Ceci est vrai expérimentalement, et pius encore du point de vue clinique et pratique que nous envisagerons ici .

En ce qui concerne le R. O. C., il est difficile de concevoir une réponse purement vagale. On ne peut négliger en effet les accélérations du pouls d’origine sympathique, non émotives. De plus, les auteurs ont insisté souvent sur les perturbations vaso-motrices ; pour notre part, nous avons noté fréquemment, au cours de la compression oculaire, une réduction, et aie même un écrasement de l’indice oscillométrique. C’est là essentiellement une réponse sympathique ; c’est du reste celle qu’on recherche au cours du réflexe solaire, épreuve considérée comme exprimant le tonus sympathique.

Ainsi le R. O. C. se résumerait : excitation trigéminosympathique, relai bulbaire, réponse sympatho-vagale.

La technique de recherche doit toujours être la même, et s’entourer de quelques précautions indispensables afin d’éviter les causes d’erreur nombreuses.

Le R. O. C. sera étudié en position couchée ; et autant que possible à jeun, la digestion pouvant modifier les réponses (H. CLAUDE, TINEL et SANTENOISE). If faut prévenir le sujet, le calmer et réduire au minimum le facteur émotif c’est la condition la plus délicate à réaliser.

‘La force de compression doit être contrôlée. Les compressions faibles donneraient des réponses imprécises, les compressions fortes sont souvent douloureuses et peuvent

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provoquer des perturbations secondaires. Du reste, GARRE- LON et SANTENOISE ont remarqué que la réponse du R. O. C. dépendait moins de la force utilisée, que de l’excitabilité propre des centres nerveux. Il est cependant préférable d’employer un oculo-compresseur (type Roubinovitch ou type Barré), plutôt que de se fier à la pression digitale.

Pour la numération des pulsations, il vaut mieux recourir à l’enregistrement graphique du polygraphe, qui permet, en outre, d'apprécier plus sûrement les modifications oscillatoires. Enfin il faut se rappeler que la compression oculaire est souvent suivie d’une phase dite de'« temps perdu ». Celle-ci varie d’un sujet à l’autre, et ne rentre pas dans la lecture des résultats. Cette période est souvent représentée par une accélération cardiaque initiale et transitoire, habituellement émotionnelle, qui ne doit pas être interprétée comme une réaction syinpathicotonique.

La lecture du R. O.C. est diversement appréciée. Certains ne tiennent compte que des ralentissements et BARRÉ en particulier ne considère comme pathologique qu’une diminution d’au moins 30 pulsations par minute ; les accéiérations enregistrées relèvent, pour lui, de causes extrinsèques. Pour GUILLAUME, le réflexe présente deux phases successives, ralentissement suivi d'accélération, ou inversement, et le résultat est donné var la composante des deux modifications.'Pour LrIAN, la réponse est pathologique lorsqu'elle dépasse le 1/3 du chiffre antécompressif. (Ex. : pour un pouls à 90 avant la compression, la réponse anormale sera 6o pour le ralentissement). GALUP a utilisé différents systèmes et conclut que les résultats globaux sont sens'blement les mêmes. Habituellement, on utilise les chiffres suivants : le sujet normal présente un ralentissement physioiogique qui n'excède pas 12 pulsations par minute ; la vagotonie commence avec un ralentissement supérieur à 12 pulsa-

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tions ; la Ssympathicotonie avec un chiffre inchangé ou une accélération,

1e valeur du R. O. C. est loin d’ avoir l’importance qu’on lui a attribuée au début. Elle ne saurait en tous cas être comparée à celle d’un réflexe du système nerveux central. Les imprécisions de cette épreuve tiennent à des causes multiples.

À sa physiologie complexe et incomplètement éclaircie, aux imperfections des méthodes de recherche et aux facteurs extrinsèques susceptibles de fausser les résultats, en particulier l'émotion ou la douleur, suffisent à changer la fréquénce du pouls. Même à l’état physiologique, le R. O. C. subit des variations : la digestion ou le jeûne, le sommeil où la veille, les conditions atmosphériques, la menstruation, etc..., sont autant d'éléments capables d'entraîner des modifications. On a, en outre, reproché à cette épreuve de dont ner une réponse locale. Il existe, en effet, des sympathicotonies localisées à une région ou à un organe, et rien ne permet de dire que les variations du rythme cardiaque expriment l’état du tonus général neuro-végétatif. Enfin lorsque les signes cliniques suffisent à préciser, le sens du déséquilibre nerveux, le R. O. C. ne fait souvent que confirmer celui-ci ; au contraire, lorsque l’examen clinique reste douteux, le réflexe est ordinairement impuissant à trancher la difficulté.

I est certain que ces arguments réduisent beaucoup la portée pratique du R. O. C. Néanmoins, en se pliant à une technique rigoureuse, en étant prudent dans l’interprétation des réponses, on peut obtenir, de cette épreuve, quelques résultats, dans l’asthme en particulier.

Résultats du R. O. C. dans l’usthme.

Sans vouloir être complets, nous rappellerons les recherches antérieures les plus importantes

LiaN et CATHALA observent des réponses vagotoniques. Nous empruntons au travail de FERRAND les résultats suivants

— Chez 3 malades, les pulsations cessent pendant 3 à 30 secondes ;

— chez 10 malades, le ralentissement est de 50 à 40 pulsations ;

— Chez 13 malades, le ralentissement est de 36 à 20 pulsations ;

— chez 2 malades, le ralentissement est de r2 pulsations ;

— chez 1 malade, il y a accélération de 12 pulsations.

GALUP, opérant Sur un grand nombre d’asthmatiques, trouve des variations dans 70 % des cas, mais le déséquilibre a été « d’une fréquence à peu près égale dans le sens d’hypersympathicotonie et dans celui d’nypervagotonie ». Il consei'le en outre de distinguer les R. O. C. étudiés en période de crise et en période d’accalmie, les résultats individuels et les résultats de série.

CASTELNAU obtient des résultats analogues. Le plus souvent, le R. O. C. est variable et instable chez le même malade. Les chiffres extrêmes ne dépassent pas 25 pour le ralentissement. Ils sont plus faibles encore pour l’accélération. Néanmoins, le retour à la normale du réflexe serait un test de guérison. Ces faits sont confirmés par F. CLAUDE et ANDRÉ.

Résultats personnels.

Les épreuves ont été faites au laboratoire du D° Ch. O. GUILLAUMIN avec la technique suivante : sujet couché, brassard de Gallavardin sur l’humérale, oculo-compression de 17 cm. de mercure, enregistrement graphique au polygraphe.

1°) Sur un premier lot de 40 asthmatiques, soulagés par l’adrénaline, et ne présentant pas de signes d’intolérance, nous avons obtenu les résultats suivants :

Ralentissement rormal : 14 cas, soit 28 %,

Réflexes exagérés : 18 cas, soit 36 %,

Réflexes nuls : 2 cas, soit 4 %,

Réflexes inversés : 16 cas, soit 32 %.

Les chiffres extrêmes ont été pour la vagotonie un ralentissement de 52 pulsations par minute, pour la sympathicotonie une accélération de 13 pulsations.

Ces résultats sont conformes à ce que l’on admet habituellement : chez l’asthmatique, le R. O. C. est modifié dans 72 % des cas, autant dans un sens que dans l’autre.

2°) Sur un deuxième groupe de 13 asthmatiques dont fa crise ne cède pas à l’adrénaline et qui présentent des mani-

festations d’intolérance, les réponses ont été différentes des précédentes :

Ralentissement normal : 6, soit 40 %,

Réflexes exagérés : 0,

Réflexes inversés : 9, soit 60 %.

Nous ne trouvons pas de réflexes exagérés, les ralentissements observés restent dans les limites normales. L’accélération au contraire est plus fréquente, elle atteint 60 %:

au lieu de 32 %. De plus, l'accélération maximum est ici de 25 pulsations, elle n’est que de 13 dans le premier groupe.

Pour les cas où l’on observe un ralentissement normal nous pensons qu'il y a excitation des deux systèmes, sympathique et vague, et qu’un certain degré de vagotonie réduit l’importance de la réaction sympathique. Chez ces malades, on ne peut parler de sympathicotonie pure, mais de neurotonie à prédominance sympathique. Nous avons déjà fait cette remarque à propos des signes cliniques, mais il

n'en reste pas moins que les études en série du R. O. C..

montrent une proportion beaucoup plus importante de réponses sympathiques chez nos malades que chez les asthmatiques qui tolèrent l’adrénaline.

Ajoutons qu’au cours de l'épreuve, nous avons souvent trouvé un pincement, et même un écrasement de la ligne d'inscription du pouls. Cette réduction de l’amplitude oscillométrique traduit une excitation du système sympathique. Elle est à rapprocher des faits observés par TinEL et A. JACQUELIN au cours de la crise d'asthme ; elle corrobore la réduction de l’indice oscillométrique, et les crises passagères d’angio-spasme que nous avons signalées à l'examen clinique.

La conclusion de l’étude sur le R. O. Cest que cette épreuve est sujette à des erreurs nombreuses et nécessite une technique rigoureuse si l’on veut obtenir des résultats utilisables. Les réponses individuelles ont peu de valeur, sauf dans les cas extrêmes ; elles ne doivent, en tous cas, être interprétées que dans le faisceau des signes cliniques. Les réponses de série sont plus intéressantes, car les causes d’erreur étant les mêmes dans chaque cas, leur importance s’atténue dans le pourcentage. Ce sont ces résultats globaux que nous avons utilisés et qui nous ont permis de trouver une proportion plus importante de réponses sympathicoto-

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niques chez les asthmatiques intolérants à l’adrénaline que chez les autres.

Avec le réflexe oculo-cardiaque, nous avons pratiqué, chez nos malades, une autre épreuve : le métabolisme ba- Certains auteurs pensent que les variations du tonus vagosympathique peuvent modifier le M. B. ; en particulier, la sympathicotonie pourrait donner une augmentation. Mais cette opinion n'est pas admise par tous, aussi nous avons rapporté nos résultats au chapitre des conditions étiologiques, où nous parlons.des facteurs thyroïdiens.

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