ACTION DE L'ADRÉNALINE OU DES SUCCÉDANÉS DANS CES CAS
Puisque nous ne considérons pas le spasme comme un facteur prépondérant, et obligatoire, il n’y a rien d’étonnant à ce que la propriété broncho-dilatatrice ne se manifeste pas, et que sur ce point la crise résiste à l’injection.
Sur le facteur sécrétoire, l’adrénaline ne peut pas non plus provoquer une amélioration. Elle n’arrête pas les sécrétions bronchiques ; au contraire, plusieurs auteurs ont signalé qu’elle pouvait prolonger la phase catarrhale à la suite d'injections répétées, ce qui expliquerait l’accentuation passagère de la dyspnée, que nous avons notée chez quelques-uns de nos malades, après la piqûre. :
Reste son pouvoir vaso-constricteur. Il est indiscutable, mais il s’exerce sur les congestions actives (plaque d’urticaire, par exemple) ; chez nos malades, l'hyperhémie brusque se fait sur un fond de congestion active et passive, et sur ce dernier point l’adrénaline a peu d'action.
De plus, cette vaso-construction est suivie d’une hypertension artérielle pulmonaire ; le poumon devient turgescent et son expansion est diminuée, ce qui est évidemment plus néfaste qu’utile chez des malades comme les nôtres, où l'inconvénient du pouvoir vaso-constricteur n'est pas compensé par le bienfait de l’action broncho-dilatatrice. On peut nous objecter que nos asthmatiques ont utilisé l’association adrénaline-hypophyse, où l’hypophyse annule l’action hypertensive et congestionnante de l’adrénaline. Mais l'hypophyse a des propriétés opposées suivant les doses, et dans cette association les avantages du deuxième composant ne compensent pas les inconvénients du premier.
En résumé, nous considérons que chez ce groupe de ma-
lades, l’adrénaline ou les produits similaires est non seule-
ment inutile, mais peut être néfaste.
Nous avons vu aussi, dans quelques cas, la belladone ajouter ses insuccès à ceux de l’adrénaline. L’explication nous paraît simple. Dans nos observations, toute la maladie semble s'être cristallisée sur le territoire pulmonaire. L’asthme sécrétoire que nous observons est un asthme fixé, une modalité de la diathèse exsudative, et la voie bronchique apparaît comme un émonctoire nécessaire à l’élimination de produit auto-toxique. Avec la bélladone, nous rendons plus dense, et bientôt nous arrêtons les sécrétions ; aussi l’intoxication s’exagère et l’affection s'aggrave ; nous en avons un exemple dans l’observation VI où la récidive des crises était précédée d’urie diminution du catarrhe bronchique, bien qu’ici la malade ne soit même pas soumise à la belladone. |
Si nous voulions résumer ce qui précède, nous dirions qu’en dehors des accès, il faut favoriser la sécrétion bronchique, et éviter la belladone, médicament de l’intercrise, à
cause de ses propriétés asséchantes. Pendant l’accès, rejeter.
l’adrénaline qui ne peut exercer ses propriétés fondamentales. Ces faits trouvent encore leur confirmation dans les résultats favorables que nous avons obtenus avec des traitements qui, ne s'adressant pas au spasme, ont pour but de modifier le terrain local vaso-sécrétoire.