‹ Astoria [microforme]Chapitre 11 sur 79 · RE TA · texte numérisé non relu

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60 ASTORIA, Voyageurs arrivérent à New-York peut douner une idée de leur caractère joyeux et de l’orgueil qu'ils metteut à leur profession. Voulant étonner le peuple des États de la vue d’un bateau et d’un équipage canadien, ils choisirent un canot d’écorce, très grand, mais léger, et tel que ceux qu'ils emploient dans le commerce des pelleteries. Ils le transportèrent sur une charrette des bords du Saint-Laurent aux rives du lac Champlain, s’en servirent pour traverser Île lac d’un bout à l’autre, le huchèrent sur nouveaux frais dans une charrette, et le voiturèrent jusqu'a Lansingburgh, où ils le lancèrent sur l’Hudson. Un beau jour d'été ils descendirent gaiement cette riviére, faisant pour la première fois retentir ses bords de leurs vieilles chansons françaises, et lorsqu'ils passaient auprès des villages, poussant le cri de guerre des Indiens de manière à faire croire aux honnêtes fermiers hollandais que c'était une troupe de Sauvages. C'est ainsi qu'ils arrivèrent à New-York par une chaude et calme soirée, chantant à gorge déployée et ramant en mesure, à la grande admiration des habitants, qui n’avaient jamais vu sur leur rivière une apparition nautique de ce genre.

Telle était la bande d’aventuriers qui devaient s'embarquer sur le Tonquin pour cette chanceuse entreprise. Charmés par la nouveauté, échaulfés

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par les préparatifs, ils voyaient tout en beau et ne tarissaient point en promesses. Les Canadiens surtout, qui joignent à leur vivacité nationale une dose considérable de gasconnade, étaient remplis de confiance, et ne cessaient point de se pavaner. D'un autre côté ceux qui avaient été employés par la Compagnie du Nord-ouest dans le trafic avec les Indiens se vautaient de leur courage et de leur patience à supporter les privations. Si M. Astor se hasardait à dire un mot des inconvénients et des difficultés qu’ils rencoutreraient, ils les traitaient de bagatelles; ils étaient des hommes du Nord, des hommes habitués aux fatigues et qui ne s'inquiétaient ni du froid ni du chaud. Ils pouvaient vivre de rien, coucher sur la dure, manger du chien ; en un mot ils étaient prêts à souflrir toutes sortes de dangers pour le bien de l’entreprise. Malgré toutes ces protestations de zèle et de dévouement, M. Astor ne se confiait pas trop dans la persévérance de ces êtres légers.

Il avait été informé qu’une barque armée anglaise croisait près de la côte, probablement à l’instigation de la compagnie du Nord-ouest, et guettait le Tonquin dans le dessein d'arrêter les Canadiens qu’elle y trouverait, de les enrôler comme sujets britanniques, et d'interrompre ainsi le voyage. C'était un temps de doute et d’anxiété ;

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