‹ Astoria [microforme]Chapitre 18 sur 79 · RE EERE EE CRE · texte numérisé non relu

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Plusieurs détachements descendirent sur le rivage pour explorer les environs. L'un d'eux était commandé par le Capitaine. Il n’avait pas encore fait beaucoup de chemin, lorsqu'il aperçut un homme vêtu en marin. En s’en approchant on reconnut que c'était Weekes, l’armurier. Des transports de joie éclatèrent dans la petite troupe, ar on espérait que ses camarades n'étaient point éloignés. Cependant son histoire était désastreuse. Ses compagnons et lui n'avaient pu gouverner leur bateau, qui n'avait pas de gouvernail, et qui avait été emporté par des vagues impétueuses, par des courants rapides et tourbillonnants. Après d'inutiles efforts, il l'avaient laissé aller à la merci des vagues, leur présentant tantôt l'avant, tantôt le flanc, menacé à chaque instant d’être écrase, etpourtant échappant toujours, jusqu’à ce qu’une vague énorme, se brisant sur lui, le coula bas. Weekes fut emporté par les flots bouillonnants, mais ils revint à la surface et regarda autour de lui. Ses compagnons, Aiken et Coles, avaient disparu ; à côté de lui étaient les deux Sandwichiens, qui se dépouillaient de leurs vêtements pour pouvoir nager avec plus de facilité. Il en fit autant. Le bateau renversé flottait près de lui; il le saisit. Les deux insulaires se joignirent à lui, et en réu-

nissant leurs forces, ils parvinrent à le retourner sur sa quille. Ensuite, le prenant par sa poupe et le balancant, ils en firent sortir assez d’eau pour qu’il püt porter le poids d’un homme sans enfoncer. Alors l’un des insulaires monta dedans ; en peu de temps il en eut vidé l’eau avec ses mains. L'autre, nageant aux environs, recueillit les rames, et tous les trois se retrouvérent encore une fois embarqués.

Cependant la marée les” avait amenés au delà des brisants. Weekes ordonna à ses compagnons de ramer vers la terre. Ils étaient engourdis par le froid : ils perdirent courage et refusèrent absolument d’obéir. Weekes était également glacé, mais il avait plus de sagacité et plus de force morale pour combattre l’assoupissement et la stupeur que le froid produit. Il se tenait constamment en mouvement, et voyant que le vaisseau continuait d'avancer et que tout reposait sur lui, il se mit à ramer pour amener le bateau dans une eau plus tranquille.

Vers minuit, l’un des pauvres insulaires expira. L'autre se jeta sur son corps el ne put être persuadé de le quitter. Cette nuit affreuse se passa au milieu de ces horreurs. Quand le jour parut, Weekes se trouva près de la terre. Il s’y dirigea directement , et avec l’aide du ressac, échoua son bateau sur une plage sahlonneuse.

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S'apercevant que lun des insulaires donnait encore des signes de vie, il l’aida à quitter le bateau et se dirigea avec lui vers la baie voisine. Cependant, le pauvre diable était trop faible pour suivre Weekes, qui fut bientôt obligé de l'abandonner à son destin pour pourvoir à son propre salut. À yant trouvé un sentier battu, il le suivit, et au bout de quelques heures arriva sur une partie de la côte où, à sa grande surprise et à sa grande joie, il aperçut le vaisseau et rencontra la troupe du Capitaine.

Lorsque Weekes eut raconté ses aventures, trois détachements furent envoyés à la recherche du malheureux insulaire. Ils revinrent à la nuit sans avoir réussi à le trouver. Le jour suivant, on recommença Îles recherches, et à la fin on rencontra le pauvre diable couché au pied d’un rocher. Ses jambes étaient enflées, ses pieds sanolants et déchirés par les ronces; enfin il était à moitié mort de froid, de faim et de fatigue. Weekes et cet insulaire étaient les seuls survivants de l'équipage du petit canot. Quant à Fox et à ses gens, on n’en découvrit jamais aucune trace. Ainsi, huit hommes avaient été perdus aux premières approches de la côte. Un début aussi affreux remplit tous les esprits de tristesse, et fut regardé, par quelques individus superstitieux,

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