‹ Astoria [microforme]Chapitre 27 sur 79 · PE 2 D · texte numérisé non relu

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et avait été décidé par lui à descendre la Colombia, et à essayer « sa chance » à Astoria.

Ignace Shonowane, le chasseur iroquois, était un spécimen d’une autre classe. C'était un de ces aborigènes du Canada partiellement convertis aux usages de la civilisation et aux doctrines du christianisme, par l'influence des colons français et des prêtres catholiques, qui réussissent généralement mieux que leurs rivaux anglais et protestants à apprivoiser et à convertir les sauvages. Ces Indiens, à demi civilisés, retiennent quelques unes des bonnes et beaucoup des mauvaises qualités de leur race : ce sont d'excellents chasseurs, des bateliers habiles; ils peuvent supporter de grandes privations, et sont admirables pour le service des rivières, des lacs et des forêts, pourvu qu'on sache les maintenir dans un état de subordination et de sobriété convenable : mais une fois qu'ils sont enflammés par les liqueurs, qu'ils aiment avec fureur, toutes les passions endormies de leur nature se réveillent et les précipitent dans des actes violents et sanguinaires.

Quoiqu’ils professent généralement la religion catholique, ils y mêlent ordinairement quelques unes de leurs anciennes superstitions, et conservent surtout beaucoup de la confiance des Indiens dans les charmes et dans les présages. Un grand nombre de ces individus étaient employés par la

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Compagnie du Nord-ouest comme trappeurs, chasseurs et canotiers, mais à un prix moindre que celui qui était payé aux Blancs. C’est ainsi qu'Ignace Shonowane avait suivi l'expédition de la Compagnie sur les bords du Spokan , et il était probablement un des premiers de sa tribu qui eût traversé les Montagnes Rocheuses.

Telle était une partie de la populace mélangée que le commerce des pelleteries avait graduellement attirée au nouvel établissement d’Astoria.

Le mois d'octobre commençait à annoncer, par divers signes, que l'hiver s'approchait. Les colons, jusqu'alors, n'avaient pas à se plaindre du climat. L'été avait été tempéré, et le thermomètre ne s'était guère élevé au-dessus de 21 degrés de Réaumur. Les vents d'ouest avaient prévalu durant le printemps et la première partie de l’été, après quoi de fraîches brises du nordouest les avaient remplacés. Dans le mois d’octobre les vents du midi s’établirent, amenant fréquemment de la pluie avec eux.

Les Indiens commencèrent alors à quitter le bord de l'Océan et à se retirer dans leurs quar-

tiers d'hiver, abrités au sein des forêts, ou le long

des rivières et des ruisseaux. La saison pluvieuse, qui arrive en octobre, continue avec peu d’intervalles jusqu’enfavril, et quoique les hivers soient généralement doux (le mercure descendant rare-

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ment au-dessous de glace), cependant les tempêtes de vent et de pluie sont terribles. Le soleil est quelquefois obscurci pendant des semaines entières ; les ruisseaux débordent en torrents mugissants, et toute la campagne semble menacée d'un déluge.

Le départ des Indiens pour leurs quartiers d’hiver rendit graduellement les provisions rares, et obligea les colons à envoyer dans le Dolly des expéditions de fourrageurs. Cependant cette poiguée d’aventuriers ne perdaient pas courage dans leur fort solitaire, et attendaient avec confiance le temps où ils seraient renforcés par la caravane qui devait traverser les Montagnes Rocheuses, sous le commandement de M. Hunt.

L'année s’écoula peu à peu. La pluie, qui était tombée presque constamment depuis le premier jour d'octobre, cessa dans la soirée du 31 décembre, et le 1°’ janvier se leva sous l'influence joyeuse d’un beau soleil.

Il est peu d’adversités qui puissent comprimer l'esprit jovial que les voyageurs canadiens ont hérité des Français. Dans la plus misérable situation, dans les circonstances les plus embarrassantes, ils peuvent venir à bout de monter une fête. Une double ration de rum et un peu de farine pour faire des gâteaux constituent un régal, qui suffit pour qu’ils oublient, en chantant et en

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dansant, tous leurs soucis et tous leurs travaux.

Les Partners s’efforctrent de célébrer la nouvelle année avec quelque solennité. Au lever du soleil les tambours battirent aux armes. Le pavillon fut arboré avec trois salves de monsqueterie et de canon. La journée tout entière se passa en exercices de force et d’agilité, et en amusements de toute espèce. Du grog fut distribué modérément, ainsi que du pain, du beurre et du fromage. À midi, le meilleur diner qu'il fût possible de se procurer fut servi. Au coucher du soleil, le pavillon fut abaissé avec une autre décharge d’artillerie. Enfin, la soirée se passa en danses; et quoiqu'il n’y eût point de dauseuses pour exciter leur galanterie, les Voyageurs, avec une ardeur vraiment française, firent durcr le bal jusqu’à trois heures du matin.

Ainsi s’écoula le premier jour de l’année 1812 dans l’établissement naissant d’Astoria.

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