‹ Astoria [microforme]Chapitre 36 sur 79 · RS À · texte numérisé non relu

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dition à Saint-Louis, MM. Bradbury et Nuttall, écha

l'accompaguaient encore, et poursuivaient leur ne Ir récolte dans toutes les occasions. Il paraît que dépe M. Nuttall se dévouait exclusivement à ses recher- de m ches scientifiques. C'était un zélé botaniste, et il M. était rempli d'enthousiasme en voyant un nou- et da: veau monde s'ouvrir devant lui dans ces prairies le na immenses, revêtues de leur robe printanière, et il em toutes semées de fleurs inconnues. Chaque fois confo que les bateaux débarquaient , à l'heure des repas AE ou pour une cause quelconque, il sautait sur le dira rivage et se mettait en quête de nouveaux échan- serve tillons. Il saisissait avidement chaque plante rare prêt. ou inconnue. Enchanté des trésors étalés devant Alors lui , il allait furetant et ramassant une multitude péril de fleurs , oubliant toute autre chose que ses dé- hume couvertes; si bien qu’il fallait souvent le chercher ayant lorsque les bateaux étaient prêts à repartir. Alors grand ou le trouvait chargé d'herbes de toutes espèces , ploye bien loin dans la prairie, ou sur le bord de quel- déter que ruisseau dont il avait remonté le cours. donc « Les Voyageurs canadiens, qui ne connaissent rempl pour t

rieu au delà de leurs occupations , et que leur lésèreté naturelle dispose à plaisanter sur tout ce propo;

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échantillons et les enfermer comme un trésor, ils ne manquaient pas de s'amuser entre eux à ses dépens, le regardant comme une curieuse espèce de maniaque.

M. Bradbury était moins exclusif dans ses goûts et dans ses habitudes. Il combinait le chasseur avec le naturaliste. Dans ses recherches géologiques, il emportait sa carabine ou son fusil de chasse, conformément aux usages guerriers de ses compagnons, ce qui lui avait gagné leur faveur. Il aimait beaucoup les aventures, se plaisait à ohserver les coutumes des Sauvages, et était toujours prêt à se joindre à toute espèce d'expédition. Alors même que la caravane se trouvait dans un périlleux voisinage, il ne pouvait restreindre son humeur vagabonde. Dans la soirée du 22 mai, ayant observé que la rivière faisait en avant une grande courbe presque circulaire qui devait employer la navigation de tout le jour suivant , il se détermina à profiter de la circonstance. Au lieu donc de s’embarquer, dans la matinée du 23, il remplit son sa à plomb de blé grillé, et partit pour traverser à pied le col de la presqu'ile, se proposant de rejoindre le bateau à l’autre extrémité de la courbe. M. Hunt éprouvait quelque inquiétude en le voyant ainsi s’aventurer, tout seul , et lui rappela qu’il était dans un pays ennemi; mais M. Bradbury, traitant le danger avec

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légèreté, partit gaiement pour son excursion. Îl passa agréablement la journée à se promener dans une belle contrée, à faire des recherches de botanique et de géologie, à observer les mœurs d'un vaste village de chiens des prairies, auxquels il tira plusieurs coups de fusil inutiles, sans penser au risqne d'attirer l'attention des Sauvages. Au fait, il avait totalement oublié les Sioux Tetons et tous les périls du pays. Dans l'après-midi, il était debout sur le bord de la rivière, cherchant à découvrir le bateau, quand il sentit tout à coup une main se poser sur son épaule. Tressaillant et se retournant, il vit un Sauvage nu dont l'arc élait bandé et la flèche dirigée sur sa poitrine. En un clin d'œil il l’eut couché en joue : l’Indien banda son arc encore plus, mais ne lâcha pas le trait. M. Bradbury réfléchissant, avec une grande présence d'esprit, que le Sauvage aurait pu le tuer sans se montrer s’il avait eu des intentions hostiles, s’arrêta et lui tendit la main. L’Indien la prit, en signe d'amitié, et demanda dans la langue osage si M. Bradbury était un grand couteau, c’est-à-dire un Américain. Il répondit afirmativement et s’enquit, à son tour, si l’autre était un Sioux. À son grand soulagement, il apprit que c'était un Ponca. Pendant ce temps, deux autres Indiens étaient venus en courant, et tous les trois saisissant M. Bradbury, paraissaient vou-

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loir l'emmener de force avec eux sur les collines. Il résista , et s’asseyant sur une butte de sable, parvint à les amuser avec une boussole de poche. Quand l'intérêt de cet instrument fut épuisé, les Indiens saisirent de nouveau M. Bradbury , mais il tira alors un petit microscope. Cette nouvelle merveille fixa encore l'attention des Sauvages, qui ont bien plus de curiosité qu’on ne le croit généralement. Tandis qu’ils étaient ainsi occupés, l'un d'eux sauta tout à coup sur ses pieds, en poussant son cri de guerre. La main du hardi naturaliste se posa aussitôt sur son fusil , et il se préparait à livrer bataille, quand l’Indien lui montra du doigt ie bas de la rivitre , et lui révéla ainsi la véritable cause de son cri. C'était le mât d’un des bateaux qui paraissait au-dessus du sol peu élevé de la rive. M. Bradbury se sentit infiniment soulagé à cette vue. Les Indiens , de leur côté, donpaient des signes d’appréhension et étaient disposés à s'enfuir. Il les assura qu'ils seraient bien traités et qu'il leur donnerait quelque chose à bord s'ils voulaient l'accompagner. Ils hésitérent pendant quelque temps, puis ils disparurent avant que les bateaux eussent abordé.

Le lendemain matin, ils arrivèrent au camp, accompagnés de plusieurs individus de leur tribu. Avec eux vint aussi un homme blanc, qui s’annonca comme porteur de dépêches pour M. Hunt.

Eflectivement , il était chargé d’une lettre de M. Manuel Lisa, Partner et Agent de la Compagnie de fourrures du Missouri. Comme nous l'avons déjà dit, il allait à la recherche de M. Henry et de sa troupe, qui avaient été délogés des Fourches du Missouri par les Indiens Picds-noirs, et qui avaient transporté leur poste de l’autre côté des Montagnes Rocheuses. M. Lisa avait quitté Saint-Louis trois semaines après M. Hunt, etayant entendu parler des intentions hostiles des Sioux, avait fait les plus grands efforts pour le rejoindre, afin de passer ensemble les endroits dangcreux de la rivière. IL avait à son service vingt solides rameurs, et ils avaient ramé si vigoureusement, qu'ils avaient atteint le village Omaha quatre jours après le départ de M. Hunt. De cet endroit , il avait dépêché le messager en question pour ratrapper les bateaux qui remontaient péniblement le courant et étaient retardés par les détours de la rivière. Dans sa lettre, il priait M. Hunt de l’attendre jusqu’à ce qu’il püt le rejoindre, afin d’unir leurs forces et de se servir mutuellement de protection dans leur périlleux trajet à travers la contrée des Sioux. En réalité, comme on l’apprit ensuite, Lisa craignait que M. Hunt ne lui rendit quelque mauvais oflice auprès des Sioux, assuraut son propre passage en leur disant que celui qui avait l'habitude de trafiquer avec eux

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était en route pour leur apporter une ample quantité de marchandises, Il craignait surtout que Crooks et Mac Lellan ne profitassent de cette occasion pour se venger de la perfidie dont ils l'accusaient de s'être rendu coupable envers eux , deux années auparavant, parmi ces mêmes Sioux. À cet égard , cependant , il leur faisait une injustice signalée. I n’y avait rien dans leur pensée qui approchât d’une trahison. Seulement, quand Mac Lellan apprit que Lisa remontait la rivière, il renouvela ouvertement la menace de lui lâcher son coup de fusil au premier moment où il le rencontrerait.

Les discours de Crooks et de Mac Lellan sur la prétendue perfidie de Lisa, eurent d'autant plus de poids auprès de M. Hunt qu’il n'avait pas oublié quels obstacles ce même personnage lui avait suscités à Saint-Louis. Il ne voulut donc pas se fier à lui, craignant que s’ils entraient ensemble dans le pays des Sioux, le rusé traficant ne se

servit de son influence sur leur tribu pour la

pousser à s'opposer au passage de la caravane, comme il était accusé de l'avoir déjà fait dans le cas de Crooks et de Mac Lellan.

M. Hunt, dans sa réponse, chercha donc à amuser Lisa. Il le fit assurer qu’il Pattendrait au village des Poncas, situé un peu plus haut sur là rivière : mais à peine le messager eut-il les talons

tournés qu'on se remit en route avec diligence. On ne s'arrêta au village que le temps d’y prendre une provision de bison séché, et on s’empressa de laisser l’autre parti en arrière; car on redoutait beaucoup moins les hostilités ouvertes des Indiens que la tranquille stratégie d’un marchand des frontières.

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