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CHAPITRE XIX

Grande courbe du Missouri. — Crooks et Mac Lellan rencontrent deux de leurs adversaires indiens. — Capricieux outrage d’un Blanc, cause d’hostilités indiennes. — Dangers et précautions. — Une troupe de guerriers indiens. — Périlleuse situation de M. Hunt.—Campement amical. — Fêtes et danses. — Approche de Manuel Lisa etde sa brigade. — Sombre rencontre entre d’anciens rivaux. — Pierre Dorion en fureur. —- Accès de chevalerie.

Daxs l’après-midi du jour suivant (1° juin), la caravane arriva à la grande courbe où la rivière tourne, pendant environ dix lieues, autour d’une péninsule circulaire dont le col n’a pas plus de dix-huit cents mètres de largeur.

Le lendemain, de bonne heure, on aperçut deux Indiens, debout, sur une berge élevée, agitant ct étendant leurs robes de bison, en signe d'amitié. On poussa immédiatement au rivage et on débarqua ; mais quand on se fut approché des Sauvages, ils donnèrent des signesévidents d'alarme, étendant leurs bras horizontalement, suivant leur manière de demander grâce. On en apprit bientôt la raison. Il se trouva qu'ils étaient précisément les deux chefs du parti guerrier qui avait arrêté MM. Crooks et Mac Lellan, deux ans auparavant, et qui les

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M. Hunt ayant été informé que la tribu à laquelle ils appartenaient avait tué trois Blancs dans le cours de l’été précédent, leur reprocha ce crime et leur demanda la raison de ces sauvages hostilités. « Nous tuons les hommes blancs, répondit un des chefs, parce que les hommes blancs nous tuent. Cet individu-là même, ajouta-t-il en montrant Carson, une des nouvelles recrues, à tué un de nos frères l’été passé. Les trois hommes blancs ont été immolés pour venger sa mort. »

Le chef avait raison. Carson confessa que se trouvant avec un parti d'AÂricaras sur le bord du Missouri, et voyant un parti guerrier de Sioux du côté opposé, il avait déchargé sa carabine à travers l’eau. C'était un coup perdu, tiré sans en attendre grand résultat, car la rivière avait près d’un quart de lieue de largeur, Malheureusement un guerrier sioux tomba, et ce meurtre, commis de gaité de cœur, provoqua une terrible vengeancs. C’est ainsi que des Blancs, par mé-

chancete ou par étourderie, commettent fréquem-

ment des outrages contre les Naturels. Les Indiens y répondent suivant une loi de leur code, qui demande sang pour sang; et leur action, qui n'est chez eux qu’une pieuse vengeance , retentit à travers les terres comme un acte de cruauté pcrverse et non provoquée. Le voisinage se lève en arines : une guerre s'ensuit, qui finit par la mort d’une moitié de la tribu, par la ruine des survivants, et par leur expulsion de leurs demeures héréditaires. Telle est, trop souvent, la véritable histoire des guerres indiennes. On attribue leur origine à quelque caprice sanguinare d’un Sauvage, tandis que l’outrage du misérable Blanc qui l’a provoqué est ordinairement passé sous silence.

Les deux chefs ayant fumé la pipe de paix et recu quelques présents, repartirent fort satisfaits. Au bout de peu de temps, deux autres parurent à cheval et marchèrent parallèlement aux bateaux. Ils avaient vu les présents donnés à leurs camarades, mais ils n’en avaient pas été contents, et venaient pour en demander davantage. Leur requête étant faite d’un ton péremptoïre et insolent, fut refusée net, et M. Hunt menaca de traiter comme ennemis soit eux-mêmes, soit tous autres de leur tribu qui le suivraient avec des demandes semblables. Les Sauvages tournèrent bride et s’en allèrent pleins de courroux. Comme on ignorait quelles forces ils pouvaient avoir derriere les col-

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ASTORIA. 271 lines, et comme il était très possible qu'ils se postassent dans quelque position avantageuse pour attaquer les bateaux, M. Hunt rappela sur son bord tous les trainards, et se prépara à tout événement. Il fut convenu que le grand bateau, commandé par lui, monterait le long du côté nordest de la rivière, tandis que les trois petits bateaux suivraient le bord sud-ouest. Par cet arrangement il était facile à chaque troupe d’apercevoir, sur la rive opposée, les hauteurs que la berge masquait pour ceux qui en étaient proches ; et l'on pouvait mutuellement s’avertir si des Indiens y étaient embusqués. Le signal d'alarme devait être deux coups de fusil tirés immédiatement l’un après l'autre.

Les bateaux avancèrent pendant la plus grande partie du jour sans découvrir aucun signe d’ennemis. Vers quatre heures, dans l'après-midi, le grand bateau, commandé par M. Hunt, arriva dans un endroit où la rivière était divisée par une longue barre de sable. Cependant un canal suflisamment profond paraissait exister entre cette barre et la rive, le long de laquelle M. Hunt s’avançait. Il continua donc à remonter dans ce canal pendant quelque temps; mais l’eau étant devenue trop peu profonde pour le bateau, il fallut se décider à redescendre, et à faire le tour de la

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