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CHAPITRE XX

Physionomie du désert. — Troupeaux de bisons. — Antilopes. -— Leurs variétés et leurs habitudes. — Ruse de chasse de John Day. — Entrevue avec trois aricaras. — Négociations entre les brigades rivales. —- Le Gaucher et l'Homme énorme, chefs aricaras, — Le village aricara. — Ses habitants. — Cérémonial du débarquement. — La loge du Conseil. — Grande conférence. — Discours de Lisa. — Négociations pour des chevaux. — Avis subtil d'OEil-gris, chef aricara. — Campement des deux brigades.

Les deux partis coutinuérent à remonter la rivière en suivant les rives opposées, et en vue l’un de l’autre, M. Hunt ayant soin de se tenir toujours à quelque distance en avant, de peur que Lisa ne tâchât d'arriver le premier au village des Aricaras. À mesure qu'on avançait, les objets environnants rendaient témoignage qu’on s’enfonçait davantage dans la profondeur de la solitude. Les plaines immenses, dont l’œil ne pouvait mesurer l'étendue, étaient de plus en plus peuplées de bisons. Quelauefois on voyait ces énormes animaux se mouvoir en longues processions à travers le paysage silencieux; d’autres fois, ils étaient répandus solitairement ou en groupes sur la prairie émaulléce de fleurs, les uns broutant

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ASTORIA. 201 l'herbe épaisse, les autres couchés paisiblement. Toute la scène réalisait, en quelque façon, les descriptions bibliques des vastes contrées pastorales de lOrient, «où les troupeaux paissaient sur mille collines. »

Dans un endroit les rives paraissaient absolument bordées de bisons. Des troupeaux entiers traversaient le fleuve, barbotant, soufflant, reniflant. Plusieurs de ces animaux, entrainés par le courant à portée des bateaux, furent tués par les chasseurs. Plus loin on en apercçut un grand nombre sur la plage d’une petite ile. Les uns étaient couchés à l'ombre, les autres se tenaient debout dans l’eau pour éviter les mouches et la chaleur du jour. Plusieurs des meilleurs tireurs se placèrent sur l'avant d’un bateau qui s’avanca lentement et silencieusement, à la faveur d’une grande voile et d’une belle brise. Les bisons, completement ignorants de leur danger , regardaient tranquillement le bateau qui s’approchait. Les chasseurs choisirent les plus gras du troupeau , tirérent tous ensemble, et abattirent leurs victimes.

Outre les bisons, on vit une quantité de daims, de nombreuses bandes d’élans majestueux, et des troupes légères d’antilopes éveillées, les plus beaux et les plus rapides habitants des prairies.

[y a dans ces régions deux espèces d'antilopes:

l’une qui est presque de la taille d’un daim ordinaire, l’autre qui n’est pas plus grosse qu'une chèvre. Leur couleur est d’un gris brunâtre, légèvement marqué de blanc. Elles ont des cornes comme celles des daims, mais qu’elles ne perdent jamais. Rien ne surpasse la délicatesse et la pureté de leurs membres, dans lesquels sont combinées d’une manitre étonnante la légèreté, l’élasticité et la force. Toutes les attitudes, tous les mouvements de ce bel animal sont gracieux et pittoresques : il offre, enfin, un aussi digne sujet de poésie que les gazelles tant chantées dans les régions orientale:

Les antilopes habitent les plaines découvertes : leurs habitudes sont sauvages et capricieuses ; promptes à prendre l'alarme, elles bondissent et s’enfuient avec une légèreté qui défie toute poursuite. Quand elles effleurent ainsi les prairies, pendant l'automne, leur couleur brunûtre se confondant avec les teintes des herbages desséchés , l’œil peut à peine suivre leurs mouvements rapides, et l’on croirait voir des êtres aériens, emportés par les vents comme un léger brouillard. Tandis qu’elles se tiennent ainsi en plaine ct se confient à leur vitesse, elles sont en sûreté, mais elles ont une curiosité ardente qui lesentraine quelquefois à leur perte. Après avoir galopé au loi pendant un certain temps et lassé la pour-

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