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parce qu'il l'était en eflet; l'autre, qui avait un aspect féroce, était chef de la guerre ou généralissime, Celui-ci était appelé l'/omme énorme , nom qu’il méritait bien, car il était d’une taille gigantesque. Le teint de tous les deux était plus beau que ne l'est ordinairement celui des Sauvages.
Un interprète les accompagnait. C'était un créole français, un de ces individus d’origine gauloise, qui abondent sur les frontières américaines, et vivent parmi les Indiens comme s'ils étaient de la même race qu'eux. Il était resté vingt ans chez les Aricaras, et il avait eu d’une squaw de cette tribu une troupe d’enfants métis. Les deux dignitaires signifièrent à M. Hunt, par la bouche de leur interprète, qu’ils ne lui permeltraient pas de remonter plus haut sur la rivière, à moins qu'il ne consentit à laisser un bateau pour trafiquer avec eux. M. Hunt, poui réponse, leur exposa le but de son voyage, ajoutant qu'il avait l'intention de débarquer à leur village pour continuer ensuite sa route par terrc, et que, par conséquent, il trafiquerait volontiers avec eux pour se procurer les chevaux dont il avait besoin. Les deux chefs, parfaitement satisfaits de cette explication, retournèrent vers leur village pour préparer la réception des étrangers. Le village des Aricaras, Rikaras ou Ricarees ,
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ASTORIA, 207 car leur nom se trouve écrit de ces ditiérentes manières , est situé entre le 46° et le 47° parallèle de latitude septentrionale, à quatre cent soixantedix lieues environ au-dessus de l'embouchure du Missouri. Nos voyageurs l’atteignirent vers dix heures du matin, mais ils débarquèrent du côté opposé de la rivière, où ils étalèrent leurs effets pour les faire sécher. De l'endroit où ils se trouvaient, ils dominaient et voyaient parfaitement le village, qui s’étendait sur le bord de l’eau l’espace d’un quart de lieue. I était divisé en deux portions, éloignées l’une de l’autre d'environ soixante-dix mètres, et habitées par deux bandes distinctes. Les loges, dont la forme était conique, étaient faites de solives entrelacées d’osier et recouvertes de terre; de sorte qu’elles ressemblaient à autant de petits monticules. Au delà du village , la plaine se redressait en coteaux d’une hauteur considérable ; mais tout le pays était presque entièrement dénué d'arbres. Pendant que nos voyageurs examinaient le paysage, ils virent venir sur la rivière une singulière flottille. C'était un grand nombre de canots, composés chacun d’une peau de bison étendue sur des bâtons, de manière à former une sorte de baquet circulaire. Une femme ramait à genoux dans ce canot, et remorquait après sa frêle barque un train de bois flotté, destiné à faire du feu. Cette espèce de
canots est d’un fréquent usage parmi les Indiens. Is sont fort utiles pour transporter les bagages au delà des rivières qu'on rencontre en route, et comme les peaux de bison qui les composent se roulent facilement en paquet, on les emporte
ensuite à dos de cheval.
Le grand nombre de chevaux qui paissaient autour du village, sur les coteaux et dans les val-
lées voisines, annoncaient les habitudes équestres des Aricaras, qui sont effectivement d’admirables cavaliers. La richesse d’un Indien des prairies consiste dans ses chevaux, et il ressemble à l’Arabe par sa passion pour ce noble animal, et par son adresse à s’en servir.
Au bout de quelque temps, la voix du chef souverain, le Gaucher, retentit à travers la rivière, annoncant que la loge du Conseil était préparée, et invitant les hommes blancs à y venir. La rivière avait bien sept cents mètres de largeur, et cependant toutes les paroles prononcées par le Chef se firent entendre de l’un à l’autre bord. Cela peut être attribué en partie à la manière distincte dont chaque syllabe des mots composés est articulée et accentuée dans les langues indiennes; mais il est certain aussi qu’un guerrier sauvage pourrait souvent rivaliser avec Achille lui-même pour la force des poumons.
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cate, car il s'agissait de savoir comment les agents des deux Compagnies rivales conduiraient leur visite au village avec toute la circonspection, tout le décorum convenable. Les deux chefs ne s'étaient pas parlé depuis leur querelle, et toutes les communications s'étaient faites par ambassadeurs. Voyant la méfiance de M. Hunt et de ses compaguons, M. Breckenbridge était convenu que les députations des deux partis traverseraient la rivière en même temps, de sorte que ni l’une ni l’autre ne pourrait prévenir l'esprit des Aricaras. Cependant la défiance inspirée par Lisa s'était augmentée à mesure qu'on approchait du dénoùment. Mac Lellan , en particulier, observait tous ses mouvements d’un œil jaloux, jurant de l’immoler s’il essayait d'arriver le premier sur l’autre bord.
Vers deux heures de l’après-midi le grand bateau de M, Hunt fut préparé et il y monta, accompagné de MM. Mac Kenzie et Mac Lellan. Lisa s'embarqua en même temps dans sa barge. Les deux députations s’élevaient en tout à quatorze personnes, et jamais mouvements de potentats rivaux ne furent mesurés avec une exactitude plus scrupuleuse.
Les ambassadeurs débarquérent au milieu d’une multitude vulgaire et furent reçus sur le rivage par le chef gaucher. Il les conduisit lui-même au
village avec une grave courtoisie, repoussant à droite et à gauche l’essaim de vieilles femmes, d’enfants grimaçants, et de chiens vagabonds, dont la place était encombrée. Ils passèrent ainsi entre les cabanes qui, entourées de vieilles palissades et jetées çà et là sans aucun plan, avaient l'air de monceaux de boue : elles étaient d’ailleurs imprégnées d’odeu nauséabondes, et aussi malpropres qu’on puis’e l’imaginer.
À la fin ils arrivèrent à la loge du Conseil. Cette cabane, assez spacieuse, était formée par quatre troncs d'arbres fourchus, posés perpendiculairement, et qui supportaient des solives entrelacées de perches et de baguettes d’osier. Le tout était recouvert de ’:rre. Un enfoncement creusé au centre de la / ge servait de foyer; au-dessus, le plafond était ercé d’un trou circulaire, pour laisser entrer } jour et sortir la fumée. Des recoins abrités pr des rideaux de peaux préparées, régnaient 1tour des murailles et servaient d’alcôve. Au haut bout de la loge on voyait une sorte de trophée, consistant en deux têtes de bisons , curieusement peintes, surmontées de boucliers, d’arcs, de carquois , de flèches et de différentes autres armes.
En entrant dans la loge, le Chef montra du doigt des nattes qui avaient été placées en cercle pour les étrangers, et sur lesquelles ils s’assirent,
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tandis que lui-même se posait sur une espèce de tabouret. Un vieillard s’avança alors, apportant la pipe de paix ; il l'alluma et la tendit au Chef, puis il alla s’accroupir auprès de la porte. La pipe fut passée de bouche en bouche, et chacun à son tour en tira une bouffée de fumée. C’est pour les Indiens un gage de foi aussi inviolable que l'était, pour les anciens Bretons, la cérémonie de manger ensemble du sel. Le Chef fit ensuite un signe an vieux porte-pipe, qui semblait remplir aussi les fonctions de héraut , de sénéchal et de cricur public, car il monta au sommet de la loge pour faire une proclamation. Là 11 prit son poste à côté de l'ouverture destinée à l'émission de la fumée et à l'admission de la lumière. Le Chef lui dicta, de l’intérieur, ce qu'il devait proclamer, et il le répéta avec une force de poumons qui retentit par tout le village. C’est ainsi qu'il appela les guerriers et les grands au Conseil, rapportant de temps en temps à son chef, par l'ouverture du toit, ce qui se passait à l'extérieur,
En peu de temps les braves et les sages commencèrent à entrer, un par un, à mesure que leur nom était appelé ou annoncé. [ls soulevaient la robe de bison suspendue à l'entrée en guise de porte, traversaient gravement la loge, et allaient en silence s'asseoir sur les peaux étendues par terre.
Vingt Indiens entrèrent decette manière etprirent
leurs siéges. C'était un assemblage digne du pinceau d’un artiste, car les AÂricaras sont généralement grands etbien faits, et dans leurs cérémonies ils ont un air de solennité et de sauvage grandeur.
Lorsqu'ils furent tous assis, le vieux sénéchal prépara la pipe du Conseil, et, après l'avoir allumée , la tendit au Chef. Celui-ci huma la fumée sacrée et en souffla une bouffée vers le ciel, une bouffée vers la terre et une autre vers l’orient; après quoi la pipe passa, comme à l'ordinaire, de bouche en bouche, chacun la tenant respectueusemcnt jusqu'à ce que son voisin en eût tiré plusieurs bouffées. Le grand Conseil fut alors regardé comme formellement ouvert.
Le Chef fit une harangue pour assurer les Blancs qu’ils étaient les bienvenus dans son village, et qu’il était heureux de les prendre par la main comme des amis. Mais il se plaignait en même temps de sa pauvreté et de celle de son peuple; ce qui est le prélude ordinaire, parmi les Indiens, quand ils veulent demander un présent ou vendre chérement leurs marchandises.
Lisa se leva pour répondre. M. Hunt et ses compagnons le contemplaient avidement, et les yeux de Mac Lellan brillaient comme ceux d’un basilic. Lisa commenca par les expressions d’amitié habituelle, et expliqua ensuite le but de son entreprise. « Quant à ces Messieurs, dit-il, en
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montrant M. Hunt et ses compagnons, ils appar-tiennent à une autre expédition, et leur objet est tout-à-fait différent. Mais quoique nous ayons deux buts distincts, nous ne faisons qu’un lorsqu'il s’agit de la sûreté des uns ou des autres, et je regarderais comme adressées à moi-même les injures qui leur seraient faites. J’espère donc que vous les traiterez avec la même amitié que vous m'avez toujours témoignée, et que vous ferez tout ce que vous pourrez pour leur être utiles. » Le discours de Lisa, prononcé avec un air de franchise et de sincérité, surprit agréablement ses r'IVAUX.
M. Hunt prit alors la parole. Son projet, dit-il, était d'atteindre le grand lac salé, au-delà des Montagnes. Afin d'y arriver il avait besoin de chevaux, et il était prêt à en acheter, car il avait apporté avec lui beaucoup de marchandises. Il termina son discours, en donnant aux Indiens un présent de tabac. Lisa en avait fait autant.
Le chef gaucher répliqua qu’ils étaient les bienvenus dans son village. Il leur promit son amitié et son assistance, mais il ajouta qu’il ne pourrait pas fournir à M. Hunt autant de chevaux qu'il en demandait : il paraissait même douter s’il lui serait possible d’en donner un seul. Là-dessus un autre chef appelé OEil-gris prit la parole et déclara qu'a son avis on pouvait promellre de livrer
à M. Hunt tous les chevaux dont il aurait besoin, puisque, si on n’en avait pas assez dans le village, il était facile d’en voler un plus grand nombre. Cet honnête expédient écarta immédiatement la principale difficulté. Cependant le Gaucher remit tout trafic à deux ou trois jours de là, voulant avoir le temps de se consulter avec les chefs inférieurs, pour fixer les prix du marché. En effet le chef principal d’un village, assisté de son Conseil, : dique ordinairement à quel taux chaque article sera acheté et vendu, et ce tarif est obligatoire pour tous ses gens.
Le Conseil se sépara alors. M. Hunt transporta son camp sur le côté occidental de la rivière, à une petite distance au-dessous du village, et le chef gaucher y posta quelques-uns de ses guerriers, pour protéger les Blancs contre les importunités de son peuple. Le camp s'élevait sur le bord de la rivière, précisément au-dessus des bateaux. Les bagages étaient placés au milieu des tentes et également entourés, durant la nuit, par les hommes qui bivouaquaient en plein air, couchés sur des peaux et enveloppés dans leur couverture. Quatre sentinelles, posées en vue l’une
.de l’autre, veillaient en dehors du camp jusqu'à minuit. Quatre autres les rcievaient alors et montaient la garde jusqu'au point du jour. M. Lisa campait auprès de M. Hunt, entre lui et le village.
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Le discours de M. Lisa, au Conseil, avait produit un effet pacifique dans le camp. Quoique la sincérité de sa bonne volonté envers la nouvelle Compagnie füt encore fort problématique , il n'était plus soupconné de méditer de trahison. Les communications entre les deux chefs furent donc reprises, et les affaires des deux troupes se traitérent en bonne harmonie.