‹ Astoria [microforme]Chapitre 45 sur 79 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Marché aux chevaux des Indiens. — Leur amour pour les chevaux. — Scènes dans le village aricara. — Hospitalité indienne. — Devoirs des femmes indiennes. — Amour du jen chez les hommes. — Leur indolence. — Leur goût pour les commérages. — Nouvelles d’ennemis embusqués. — Une alarme. — Une sortie. — Chiens indiens. — Retour d’une troupe partie pour voler des chevaux. — Une députation indienne. — Nouvelles alarmes. — Retour d’un parti de guerriers vainqueurs. — Entrevue entre les parents et les amis. — Sensibilité indienne. — Rencontre entre un guerrier blessé et sa mère. — Fêtes et lamentations.

Le trafic commeuca alors avec les Aricaras, sous la direction de leurs chefs. Lisa envoya une partie de ses marchandises dans la loge du dignitaire gaucher; M. Hunt établit son marché dans celle de l’'Homme-énorme. Bientôt le village présenta l’apparence d’une foire animée. Comme les chevaux étaient principalement demandés, les environs ressemblaient à ceux d’un camp tartare. Des cavaliers galopaient continuellement avec la dextérité et la grâce pour laquelle les Aricaras sont renommés, faisant prendre à leurs coursiers toutes les allures. Aussitôt qu’un cheval était acheté on lui coupait la queue, ce qui était un sûr moyen de le distinguer de ceux des Sauvages, car

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ils dédaignent de pratiquer cette mutilation absurde et barbare, inventée par quelque esprit grossier, insensible au mérite de ce noble animal. Les Indiens, au contraire, permettent à leurs chevaux de conserver toutes les beautés qu’ils ont reçues de la nature.

La richesse d’un Sauvage de l'Ouest consiste principalement dans ses chevaux. Chaque chef, chaque guerrier en possède un grand nombre, de sorte que la plaine en est couverte aux environs d'un village ou d’un campement indien. Ils for ment un grand objet de trafic comme de déprédation, et passent ainsi de tribu en tribu sur une vaste étendue de pays. Les chevaux possédés par les Aricaras étaient, pour la plupart, de la race sauvage des Prairies. Quela uns cependant, leur venaient des P nees, et des autres tribus du Sr vaient dérobés aux Espagnoss expéditions de maraude qu'elles «nt sur le territoire mexicain. Ces che. &. connaissaient à ce qu'ils étaient marqués .< un fer chaud, usage espagnol qui n’est pas p atiqué par les Indiens.

Comme les Aricaras méditaient une incursion chez leurs ennemis les Sioux, les articles les plus recherchés par eux étaient les fusils, les tomahawks, les couteaux à scalper, la poudre, les balles

et les autres munitions de guerre. Le prix d'un

cheval, suivant le taux réglé par le Chef, équivalait communément à une certaine quantité de

marchandises qui avait coûté cinquante francs.

Pour satisfaire à une demande si soudaine, des troupes de jeunes braves se répandirent de tous les côtés, afin de dérober des chevaux. Chez les Indiens, ce genre d'expédition prend le pas sur la chasse, et est considéré comme une honorable branche de la guerre.

Tandis que les chefs de l’entreprise se préparaicntactivement pour leur prochain voyage, ceux qui n'avaient accompagné l'expédition que par curiosité trouvaient une ample matière d'observations dans le village et ses habitants. Partout où ils allaient, ils étaient vecus avec hospitalité S'ils entraient dans une loge, la robe de bison était étendue devant le feu pour leur servir de siége; Îà pije était apportée; et tandis que le maitre de la loge couversait avec ses hôtes, la squaw mettait sur le feu un vase de terre, bien rempli de chair de bison séchée et de blé écrasé. En elfet, avant d'avoir fréquenté les Blanes et d’avoir contracté leurs habitudes sordides, l'indien est aussi hospitalier que l’Arabe : jamais un étranger ne passe le seuil de sa porte sans voi placer devant lui de la nourriture, et jamais cette nourriture n'est un objet de trafic,

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vie d’indolence et d'amusement. C’est sa femme qui est chargée des travaux de la maison et des champs. Elle arrange la loge, apporte du bois pour le feu, fait la cuisine, sale la venaison et la chair de bison, prépare les peaux des animaux tués à la chasse, cultive, enfin, le petit champ de mais, de citrouilles et de légumes, qui fournit une grande partie des provisions. Les femmes indiennes, occupant ainsi leurs journées, ne prennent de repos et de récréation qu'au coucher du soleil. Elles se rassemblent alors pour s'amuser à de petits jeux, ou pour counverser ensemble, assises sur le sommet de leurs loges.

Quant à l’Indien, c'est un animal de combat, qui ne doit pas être dégradé par des travaux domestiques. Î[l suflit qu'il s'expose aux fatigues de la chasse , aux périls de la guerre ; qu'il rapporte à la maison de la viande pour la nourriture de sa famille ; qu'il veille et combatte pour la protéger ; tout autre soin est indigne de son attention. Quand il est au logis, il s'occupe seulement de ses armes et de ses chevaux, instruments de ses futurs exploits; ou bien il se livre, avec ses camarades, à des exercices d'adresse, d’agilité, de force; ou enfin à des jeux de hasard, exposant tout ce qu’il possède avec une insouciance qui ne se rencontre que rarement dans la vie civilisée.

Les Iudiens emploient encore une grande par:

tie de leur loisir à causer, accroupis par groupes, sur le bord d’une rivière, sur le sommet d’un monticule dans la prairie, sur le toit couvert de terre de leurs loges; là ils écoutent les chroniques des vieux temps, racontées par quelques vieillards ; ils discutent les affaires de la tribu; ils racontent les événements, les exploits de la dernière expédition de chasse ou de guerre.

Cependant les femmes indiennes sont loin de se plaindre de leur lot. Au contraire, elles mépriseraient leur mari s’il s’abaissait à quelques travaux serviles, et elles en croiraient leur propre honneur entaché. Telle est, en effet, la pire iusulte qu'une de ces viragos puisse faire à une autre dans une altercation. « Méprisable femme, s’écrict-elle, j'ai vu votre mari porter du bois dans sa loge, pour faire le feu. Où donc était sa squaw, lorsqu'il a été obligé de faire une femme de luimême ? »

M. Hunt et ses compagnons n'étaient pas depuis long-temps au village des Aricaras, lorsqu'une rumeur commença à se répandre que les Sioux les avaient suivis, et qu'un parti de quatre ou cinq cents de leurs guerriers était embusqué dans les environs. Ce bruit produisit beaucoup de trouble dans le camp. Les chasseurs blancs craignaient de s’aventurer pour chercher du gibier,

et leurs chefs ne jugeaient pas non plus conve-

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nable de les exposer à de si grands risques. De leur côté les Aricaras, qui avaient grandement souffert dans leurs guerres avec cette tribu féroce, étaient obligés de redoubler de vigilance. Ils placérent des vedettes sur les collines environnantes : précaution ordinaire parmi les tribus des prairies; car dans ces immenses plaines, où l'horizon est aussi éloigné que sur l'Océan, on peut découvrir de fort loin tous les objets un peu importants, et communiquer à de grandes distances par des signaux. Des éclaireurs sont donc posés sur Îles collines pour épier les ennemis et le gibier. Ils servent en même temps de télégraphes vivants, ct transmettent leurs observations par des signes concertés d’avance. Par exemple, s'ils veulent avertir leurs compatriotes qu'il passe un troupeau de bisons dans la plaine, ils galopent de front, en avant et en arrière, sur le sommet du plateau. S'ils aperçoivent un ennemi, ils galopent à droite et à gauche, en se croisant les uns les autres, et à cette vue tout le village court aux armes.

Une de ces alertes fut donnée dans l'après-midi du 15. On vit quatre vedettes se croisant et se recroisant, au grand galop, sur le sommet d'une colline située à environ deux lieues de distance vers Le bas de la rivière. Aussitôt on s’écria de toutes parts que les Sioux arrivaient. En un

instant le village fut sens dessus dessous : les hommes, les femmes , les enfants, s'agitaient en braillant; les chiens hurlaient ; des guerriers s’empressaient de rassembler les chevaux dans la prairie et de les chasser dans le village; d’autres couraient prendre leurs armes. Dès qu'ils étaient équipés ils sortaient de leurs loges, les uns à cheval, les autres à pied; quelques-uns tout nus et n'ayant saisi que leurs armes; quelques autres dans tout leur équipage gucrrier la tête couronnée de plumes flottantes, le corps chargé de peinture. Les femmes ct les enfants se rassemblaient sur le sommet des loges, et augmentaient la confusion par leurs criailleries ; des vieillards, qui ne pouvaient plus porter les armes, se postaient de même, et à mesure que les guerriers passaient, les engageaient à se comporter avec vaillance. D'autres vétérans, moins cassés, s’armaient encore et partaient d’un pas chancelant. C'est ainsi que la chevalerie sauvage des Aricaras, au vombre de CiUq cents guerriers ; sortit pêlemèle, galopant et courant, criant et hurlant, comme autant d’enragés ou de démons.

Au bout de quelque temps le flot guerrier revint en arriére, mais avec beaucoup moins de bruit. Ou c'était une fausse alerte, ou l'ennemi. se voyant découvert, avait battu en retraite. La tranquillité fat donc rétablie dans le village.

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ASTORIA, 505 Malgré cela les chasseurs blancs n'osaient pas parcourir ce dangereux voisinage, ct les provisions fraiches commençant à devenir rares dans le camp, nos voyageurs se virent obligés d’acheter un certain nombre de chiens, qu'ils tuèrent et apprétérent , pour remplacer la venaison et la viande de bison. Heureusement que les Indiens, quelque ménagers qu’ils fussent de leurs chevaux, étaient prodigues de leurs chiens. Cela n’est pas étonnant; ces animaux fourmillent dans leurs vil lages, comme dans une ville turque. Il n’y à pas de famille qui n’en possède deux ou trois douzaines, de toutes les tailles et de toutes les couleurs, Quelques-uns, d’une race supérieure, sont employés pour chasser; d’autres pour tirer des traineaux; tandis que ceux d’une race mélangée et d’un naturel paresseux sont engraissés pour servir de nourriture. On suppose qu’ils descendent du loup. Ils conservent en effet quelque chose de son caractère farouche et poltron. Ils groudent plutôt qu’ils n'aboiïent, et montrent les dents à la moindre provocation; mais ils s’éloignent en rampant aussitôt qu'on marche sur eux. L’excitation du village continuait de jour en jour. Le lendemain de l'alerte que nous venons de raconter, plusieurs détachements, arrivant de différents côtés, furent recus et conduits par quelques braves à la loge du Conseil. Ils y racontérent

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