‹ Astoria [microforme]Chapitre 46 sur 79 · LS | Î · texte numérisé non relu

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le succès de leurs expéditions, soit de chasse, soit de guerre, ct ces nouvelles furent ensuite promulguées dans tout le village par certains vieillards, qui agissaient comme hérauts ou crieurs publics. Parmi les guerriers qui venaient d’arriver, il s’en trouvait qui avaient été dérober des chevaux chez la nation des Serpents, et qui étaient revenus tout fiers de leur succès. Comme ils traversaient le village en triomphe, ils étaient applaudis par les hommes, par les femmes et par les enfants, rassemblés comme à l'ordinaire sur le sommet des loges, tandis que les Nestors de la peuplade les exhortaient à étre généreux dans leur commerce avec les hommes blancs.

Les amis des guerriers triomphants passèrent la soirée en fêtes et en réjouissances ; mais des gémissements retentissaient sur les collines environnantes : c'étaient les Jlamentations des femmes qui avaient perdu leurs parents dans l'expédition.

Un village indieu est sujet à des agitations continuelles. Le jour suivant amena une députation de braves de la nation Cheyenne ou Shienne. C’est une tribu mutilée, comme celle des Aricaras, par ses guerres avec les Sioux, et qui s’est vue forcée de prendre refuge au sein des Côtes Noires, près des sources de la Cheyenne dont elle a recu le nom. Un des députés était magnifiquement paré d’une robe de bison, sur laquelle des figures pittores-

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L'arrivée de cette ambassade fut encore le signal d’une de ces cérémonies qui occupent une si grande partie de Ja vie des Indiens : car il n'ya pas d’êtres plus polis, plus pointilleux, ni plus observateurs de l’étiquette.

L'objet de la députation était d'annoncer une visite que les Cheyennes se proposaient de faire, daus une quinzaine de jours, aux Aricaras.

M. Hunt résolnt de les attendre pour en obtenir un supplément de chevaux, car, malgré tous ses efforts, il n'avait pu en acheter une quantité sufiisante. En effet, rien ne pouvait décider les Aricaras à se séparer de leurs meilleurs chevaux , dressés à la chasse du bison.

M. Hunt étant obligé d'abandonner ses bateaux dans cet endroit, M. Lisa offrit de les lui acheter, ainsi que celles de ses marchandises qui lui étaient superflues. Il devait les payer en chevaux, qu'il tirerait des villages mandans situés à environ cinquante lieues plus haut sur la rivière. Le marché ayant été conclu, M. Lisa partit immédiatement avec M. Crooks et plusieurs compagnons, pour aller chercher les chevaux. Après une quinzaine de jours, ils en ramenèrent le nombre supulé.

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Cependant, il n’y en avait pas encore assez pour transporter toute la troupe, avec son bagage et ses marchandises , et il fallait quelques jours de plus pour compléter les arrangements du voyage.

Le o juillet, un peu avant l'aurore, on entendit du côté du village une grande rumeur et de grands cris. Comme c'est l’heure ordinaire des attaques, et comme on savait que les Sioux rôdaient daus le voisinage, tout le camp fut immédiatement sur pied. Lorsque le jour commença à poindre, on aperçut sur les hauteurs, situées à environ une lieue en aval de la rivière, une grande quantité d’Indiens. Le bruit et l’agitation continuaient dans le village. Les sommets des loges étaient chargés d'habitants, regardant tous, d’un air inquiet , vers les collines, et conversant avec la plus grande véhémence. Tout à coup un guerrier indien passa au galop près du camp, pour se rendre au village. Toute la population en sortit peu de temps après.

On apprit alors la vérité. Les Indiens aperçus sur les collines étaient trois cents braves Aricaras qui revenaient d’une expédition. Ayant rencontré la bande de Sioux qui avait si long-temps rôdé autour du village, ils l’avaient combattue le jour précédent , avaient tué plusieurs guerriers, défait le reste, et n'avaient perdu que deux où trois des leurs : une douzaine d’autres étaient blessés.

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Les vainqueurs avaient fait halte à quelque distance, afin d'attendre que la population du village sortit au-devant d'eux, pour augmenter la pompe de leur entrée triomphaie. Le guerrier qui avait passé près du camp était le chef de la troupe, qui s'était empressé de venir annoncer sa victoire.

Des préparatifs furent faits immédiatement pour cette grande cérémonie martiale. Les ornements recherchés des guerriers furent envoyés aux héros de l'expédition , afin qu'ils parussent avec plus d'avantages, tandis que ceux qui étaient restés à la maison s’occupaient également de leur toilette, pour faire honneur à la procession.

Les Aricaras vont généralement nus ; raais, comme tous les Sauvages, ils ont leur costume de gala, dont ils ne sont pas médiocrement vains. C’est ordinairement un surtout et des guêtres d’antilope, dont la peau ressemble à celle du chamois : des aiguillons de porc-épic, temts de couleurs brillantes, y sont disposés en guise de broderies. Une robe de bison se jette sur l’épaule droite ; un carquois plein de flèches s'attache à l’épaule gauche; la tête est ceinte d’une gracieuse couronne de plumes de cygne et quelquefois de plumes d’aigle noir ; celles-ci sont regardées comme plus honorables, car c'est un oiseau sacré parmi les Indiens. Celui qui 1 tué un ennemi dans le pays ennemi, à le droit de trainer à ses talons une peau de renard attachée

à chaque moeassin. Enfin, celui qui a abattu un ours gris porte un collier de ses griffes, et c’est le plus glorieux trophée que puisse étaler uu chasseur.

Une toilette indienne est une opération assez longue et assez pénible, ear un guerrier se peint souvent de la tête jusqu'aux pieds, et il est extrémement difficile à satisfaire quant à la distribution hideuse des couleurs et des raies. Une grande partie de la matinée se passa donc sans qu’on apercüt aucun signe de la cérémonie. En même temps un calme profond régnait dans le village. La plupart des habitants en étaient sortis; les autres attendaient dans une muette préoccupation. Tous les travaux étaient suspendus, excepté ceux des laborieuses squaws, qui préparaient silencieusement, dans les loges, le repas des guerriers.

Il était près de midi quand un bruit mélé de voix et de musique sauvage se fit entendre dans le lointain, et annonça que la procession était en marche. Les vieillards et celles des squaws qui pouvaient quitter leurs travaux, se hâtèrent d’aller au-devant d'elle. Bientôt on la vit sortir de derrière les collines. Elle avait une apparence sauvage et pittoresque. Les guerriers marchaient «d’un pas mesuré, au son des instruments et des chansons de guerre. Les étendards, les trophées s’agitaient; les plumes, les peintures, les ornements d'argent , étincelaient au soleil.

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ASTORIA. 309 Cette pompe avait réellement quelque chose de chevaleresque. Les Aricaras sont divisés en plusieurs bandes, chacune portant le nom d’un animal, comme le bisou, l'ours, le faisan. La troupe en question comprenait quatre de ces bandes, une desquelles était celle du chien. C’est la plus estimée dans la guerre ; elle est composée de jeunes hommes au-dessous de trente ans, connus par leurs prouesses, el qui sont mis en avant dans les occasions les plus désespérées. Les fantassins venaient d’abord, en pelotous de dix ou douze, ensuite les cavaliers. Chaque bande portait, en guise d’enseigne, une lance ou un arc décoré de grains de verroterie, d’aiguillons de porc-épic, et de plumes peintes. Chacune avait ses trophées de scalps, élevés sur des perches et dont les longues chevelures noires flottaient au gré du vent ; chacune eufin était accompagnée de sa musique sauvage. La procession s’étendait sur près d’un demiquart de lieue. Les guerriers étarent armés de différentes manières; quelques-nus avaient des fusils, d’autres des arcs et des flèches où des masiues; tous portaient des boucliers de peau de bison, espèce d'arme défensive généralement employée par les Indiens des Prairies, qui ne peuvent pas se mettre à l'abri derrière des troncs d'arbre, comme leurs frères des forêts. Tous les guerriers étaient

peints dans le style Le plus farouche. Quelqnes-

uns avaient sur la bouche la marque d’une main sanglante, signe qu’ils avaient bu le sang d’un ennemi.

En approchant du village ils rencontrèrent les vieillards et les femmes, et il s’en suivit une scène qui prouve la fausseté de l'opinion vulgaire sur l’apathie et le stoïcisme des Indiens. Les parents et les enfants, les maris et les femmes, les frères et les sœurs, se retrouvaient avec la plus vive expression de joie ; tandis que les parents de ceux qui avaient élé tués ou blessés, faisaient retentir l'air de leurs lamentations. Cependant la processiou continua à marcher d’un pas lent et mesuré, en suivant la cadence d’un chant solennel, et les guerriers conservèrent leur maintien froid et sévère.

Entre deux des principaux chefs s’avançait un jeune sauvage qui s'était signalé dans le combat. Il était grièvement blessé, de sorte qu’il avait peine à se tenir sur son cheval; mais sa contenance était aussi sereine, aussi calme que s’il füt revenu sain et sauf. Sa mère avait appris son état; elle se précipita à travers la foule, et, l’entourant de ses bras, elle se prit à sangloter. Quant au jeune homme, il garda jusqu’à la fin le maintien d’un guerrier, mais il expira peu de teraps après avoir atteint sa maison Le village n'était plus qu'une scène de triom-

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