partie de la route qu'on devait parcourir du nord
au sud, se déroulait pendant des centaines de lieues le long des Montagnes Kocheuses, dans les immenses plaines arrosées par les eaux tributaires du Missouri et du Mississipi. Cette région, qui ressemble aux steppes sans fin de l'Asie, n’à pas été appelée à tort « Le grand désert américain. »
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ASTORIÀ 515 Ge sont des plaines ondulées et sans arbres ; des friches sablonneuses et désolées, qui fatiguent l’œil par leur étendue aussi-bien que par leur monotonie. Les géologistes supposent qu’elles ont été lavées autrefois par les flots de l'Océan, quand ses vagues primitives battaient la base granitique des Montagnes Rocheuses.
Aucun être humain n’habite d’une manière permanente sur cette terre, car dans certaines saisons il ne s’y trouve de nourriture ni pour le cavalier ni pour son cheval. L’herbe est desséchée ; les ruisseaux et les torrents sont taris. Le bison, l’élan, le daim ont émigré vers des régions lointaines, en ayant soin de se tenir dans les limites de la verdure expirante. Ils ne laissent derrière eux qu'un vaste désert, sillonné par des ravins qui servaient en d’autres temps de lit aux torrents, et dont l'aspect ne fait plus qu'irriter la soif du voyageur.
Quelquefois la monotonie de ces vastes solitudes est interrompue par des chaines de mamelons formés de grès ou de gypse, dont les masses confuses, brisées en sommets abruptes, en ravines béantes, semblent être les ruines d’un monde. D'autres fois, la plaine immense est traversée par des rangées de rochers élevés et arides, presque entièrement inaccessibles, comme ceux que l’on appelle les Côtes Noires Au dela de celles-ci s’élè-
vent les gigantesques barrières des Montagnes Rocheuses, qui semblent être les limites du monde atlantique. Les défilés tortueux et les profondes vallées de cette vaste chaine servent de repaire à des bandes de Sauvages remuants et féroces. Ce sont, pour la plupart, les restes de tribus autrefois habitantes des Prairies, mais qui, décimées par la guerre, portent dans leurs retraites montagneuses les passions farouches et les habitudes inquiètes de gens réduits au désespoir.
Telle est la nature de cet immense désert de l'Ouest, qui semble devoir éternellement se soustraire à la culture et aux habitudes de la vie civilisée. Quelques portions, situées le long des rivières, pourrobl un jour être soumises à Pagriculture; d'autres formerout de vastes régions pastorales, semblables à celles de l'Orient. Mais ilest à craindre que la nlus grande partie n’en doive Loujours rester inculte, et ne continue à placer entre les demeures des hommes civilisés un immense intervalle, abandonné comme les plaines de l'Océan el comme les déserts de l'Arabie aux déprédations des flibustiers. Là, comme des formations nouvelles en géologie, pourront surgir des races hybrides, formées par le frottement ct par l’agglomération des débris des anciennes races, civilisées et sauvages : restes confondus des tribus
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rappeurs errants, des fugitifs des frontières espagnole et américaine, des aventuriers de toutes les classes et de tous les pays, rejetés chaque année du sein de la société dans la solitude. Les États-Unis, en transférant des tribus tont entières de l’est du Mississipi à l’ouest de ce fleuve, contribuent incessamment à grossir cette population hétérogène et sauvage qui pèse sur leur frontière. Beaucoup de ces Indiens, emportant avec eux le souvenir d’injures réelles ou imaginaires, se re gardent comme injustement exilés loin de leurs demeures héréditaires, loin des tomheaux de leurs ancêtres, et conservent une animosité profonde contre la race qui les a dépossédés. Quelques-unes de ces hordes peuvent graduellement devenir pastorales, comme ces peuples grossiers et nomades, moitié bergers, moitié guerriers, qui parcourent avec leurs troupeaux les plaines de l'Asie supérieure. Mais d’autres, il faut le craindre, formeront des bandes de maraudeurs, montés sur les rapides coursiers des Prairies, ayant pour champ de pillage les plaines ouvertes, et pour repaires les gorges des montagnes. Là ils peuvent ressembler à ces grandes hordes du Nord,« Gog et Magog, avec leurs bandes » qui tourmentaient limagination des prophètes.« Une grande troupe ctune puissante armée, tous moutés sur des chevaux, et faisant la guerre aux nations paisibles qui habitent
des maisous et qui ont des troupeaux et d'autres biens. »
Les Espagnols changèrent complètement le caractère et les habitudes des Indiens, lorsqu'ils ameuérent les chevaux parmi eux. Dans le Chili, le Tucuman, et divers autres endroits, celte cause les a convertis, à ce qu’on nous apprend, en tribus semblables à celles des Tartares. Elle leur à donné le pouvoir de repousser les Espagnols hors de leur pays, et de les confiner, pour ainsi dire, dans les villes et dans les établissements, Ne risquous-nous pas de produire un état de choses analogue dans les régions sans bornes de l'Ouest? Les dangers éprouvés par les marchands qui se rendent au marché espagnol de Santa-Fé, ou aux postes éloignés des Compagnies de Fourrures, montrent déjà suffisamment que ce ne sont pas là des imaginations fantasques et extravagantes. Ils sont obligés de marcher en caravanes armées, et sont exposés a de meurtrières attaques de la part des Pawnees, des Camanches et des Pieds-noirs, qui, volant sur de rapides chevaux, les atteignent dans leur marche fatigante à travers les plaines, on les attendent, embusqués, dans les défilés des montagnes.
Mais c’est assez nous égarer en lointaines spéculations quand notre intention était simplement
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à présent, l'était beaucoup moins dans ce ten pslà. Nous ne devons donc pas nous étonner si quel-
ques-uns des moins résolus de la troupe se sentirent faillir le cœur, quand il s'agit de s'aventurer dans ces périlleuses solitudes, sous la direction incertaine de trois chasseurs qui n'avaient passé qu'une fois dans le pays, et qui pouvaient en avoir oublié les points de repère. Ces appréhensions étaient aggravées par quelques-uns des gens de Lisa, lesquels n'étant pas engagés dans l'expédition, prenaient un malicieux plaisir à en exagérer les dangers. Ils peignaient, avec les couleurs les plus vives aux pauvres Voyageurs canadiens, le risque qu’ils couraient de périr de faim et de soif, ou de voir voler leurs chevaux par les Indiens Corneilles qui infestaient le pied des Montagnes, ou d’être taillés en pièces par les Pieds-noirs qui rôdaient dans les défilés. En un mot,àa en croire ces oiseaux de mauvais augure, nos aventuriers avaient peu de chances de parvenir vivants de l’autre côté des Montagnes; et s’ils y arrivaient, par hasard, ils n’en seraient guère plus avancés, car leurs trois guides ne connaissaient en aucune façon les déserts qu'ils auraient ensuite à parcourir.
Il s’en fallut de peu que les craintes éveillées dans l'esprit d’une partie des engagés ne devinssent fatales à l’expédition. Quelques-uns résolu-
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rent de déserter et de retourner à Samt-Louis. Ils escamotèrent, en conséquence, plusieurs armes et ün baril de poudre, qu'ils enterrérent sur le hord de la rivière. Ils se proposaient de saisir un des bateaux pendant la nuit, et de s’enfuir dedans. Heureusement leur complot fut entendu par John Day, le virginien. Il le révéla aux Partners, qu prirent sans bruit des mesures eflicaces pour en empêcher la réussite.
Les périls qu'il y avait à courir de la part des Upsarokas ou Corneilles, n'avaient pas été exagérés dans les commérages du camp. La caravane était obligée de passer dans les repaires montagneux de ces Sauvages, célèbres par leur audace, leur vagabondage et leur grande dextérité à voler les chevaux. M. Hunt se crut donc heureux d’avoir ramassé sur le Missouri un homme capable de lui servir d’interprète dans les rapports qu'il pourrait avoir avec eux. C’était un vagabond, nommé Edward Rose, un de ces êtres anormaux qu'on reucontre sur les frontières, et qui semblent n’avoir ni parenté ni patrie. [l avait vécu pendant quelque temps parmi les Corneilles, et s’était familiarisé avec leur langage et leurs coutumes. C'était d’ailleurs un personnage taciturne, sombre, entêté, dont l'aspect était sinistre et tenait plus du Sauvage que de l’homme civilisé. Il s'était engagé pour servir comme chasseur en général,
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et comme guide et interprète, pendant qu'on traverserait le pays des Corneilles.
Le 18 juillet M. Hunt quitta le village aricara pour entreprendre son voyage par terre, Il y laissa M. Lisa et M. Nutall, le botaniste, qui se proposaient d'y rester jusqu'à l'époque où l’on attendait M. Henry, revenant des Montagnes Rocheuses, Quant à M. Breckenbridge et à M. Bradbury, le minéralogiste, ils étaient partis, quelques jours auparavant, avec un détachement de la troupe de Lisa, pour retourner à Saint-Louis, en redescendant la rivière.
Cependant, malgré tous ses eflorts, M. Hunt n'avait pu rassembler un nombre de chevaux suffisant pour tout son monde. Sa cavalcade consistait en quatre-vingt-deux chevaux, la plupart pesamment chargés de marchandises propres au commerce avec les Indiens, de trappes à castor, de munitions, de maïs, de farine, et des autres choses nécessaires à la caravane. Chacun des Partners était monté, et un cheval était alloué à l’interprète Pierre Dorion, pour transporter son bagage et ses deux enfants. La plupart du temps sa squaw allait à pied, aussi bien que le reste de la caravane, et aucun homme n’endurait les fatigues du voyage avec plus de patience ct de résolution que cette femme courageuse.
Les vétérans trappeurs e1 Voyageurs du parti
de Lisa secouèrent la tête en voyant partir leurs camarades, et prirent congé d'eux comme d’hommes dont la sentence était prononcée. Lisa luimême, après le départ de nos aventuriers, affirma Sais qu'ils n’atteindraient jamais les rivages de l'Océan Pacifique, mais qu’ils périraient de faim dans le désert , ou seraient massaerés par les Sauvages. as
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