‹ Astoria [microforme]Chapitre 54 sur 79 · DR MATE · texte numérisé non relu

DR MATE

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arsenal de gritles et de dents. La carabine du jeune homme s’abaissa en un instant; mais la main de fer de John Day fut aussitôt sur son bras. « Paix, garçon, paix ! » dit le vétéran entre ses dents, sans détourner ses yeux de l'ours. Les deux chasseurs restérent immobiles. Le monstre les regarda pendant plusieurs minutes, mais, se laissant tomber sur ses pattes de devant, il se retira avec lenteur. Au bout de quelques pas il se retourna, se releva encore sur ses pattes de derrière, et répéta sa menace. La main de Day se posa de nouveau sur le bras de son jeune compagnon, tandis qu’il lui répétait entre ses dents : « Paix, mon garçon, tenez-vous tranquille, tenez-vous tranquille ; » avertissement peu nécessaire, car le jeune homme n’avait point fait un mouvement. L’ours se remit à la fin sur ses quatre pattes, fit encore une vingtaine de pas, puis se retourna, se redressa, montra ses dents et grogna sur nouveaux frais. Cette troisième provocation échauffa la bile de John Day. « Par Jupiter, s’écria-t-il, je ne puis pas supporter cela davantage! » et en un instant sa balle alla frapper l'ennemi. La blessure n’était pas mortelle, mais heureusement elle intimida l'animal , au lieu de le rendre furieux, et il s’enfonça dans les broussailles.

Le jeune compagnon de Day lui reprochant de n'avoir pas su pratiquer la patience qu’il enjoi-

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CTAPITRE XXVIT.

Piste indienne. -— Route montueuse et fatigante. — Souflrances de la faim et de la soif. -— Rivière de la Poudre, — Gibier en abondance. — Cime lointaine. — Montagnes Rocheuses. — Superstitions à leur égard. — Terre des âmes. — Heureux terrains de chasse.

PEnDanr les deux marches suivantes nos voyageurs firent onze lieues, dans une direction occidentale, en suivant un plateau qui divise les eaux tributaires du Missouri de celles de la rivière Pierre-jaune. Ils se guidaient, dans leur route, sur le sommet des montagnes lointaines qu'ils supposaient appartenir à la chaine des Longuescornes. Ils arri aient graduellement dans une région plus élevée, car la température était froide pour la saison, et la gelée d’une nuit avait plus d’une ligne d'épaisseur.

Le 22 août , de bonne heure, on rencontra les traces d’une bande nombreuse. Rose et les autres chasseurs examinèrent avec grande attention l’empreinte des pieds, et décidèrent que c’était la piste d’une troupe de Corneilles qui revenaient de faire leur visite annuelle et commerciale aux Man-

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Une fois, il fallut faire huit lieues de chemin très pénible, sans trouver une goutte d’eau. On arriva enfin à un petit ruisseau, et chacun s’empressa d’assouvir sa soif; mais les épreintes de la faim se firent alors sentir avec autant de rigueur. Depuis qu’on était parmi ces collines nues et arides on n'avait plus rencontré de bisons, ces animaux ne s’écartant pas des grasses prairies qui entourent les ruisseaux. On fut donc obligé d’avoir recours à la farine qui avait été réservée pour de semblables extrémités. Quelques individus, cependant, furent assez heureux pour tuer un loup; on le fit cuire pour le souper, et il sembla excellent.

Le lendemain matin nos voyageurs, encore fatigués et affamés, recommencèrent leur pénible route, et firent une marche obstinée de six lieues panini des collines arides. A la fin ils arrivèrent près d’une des branches de la rivière de la Poudre

(Powder), et, à leur grande joie, aperçurent de nouveau des prairies verdoyantes garnies de troupeaux de bisons. Pendant plusieurs jours ils suivirent les bords de cette rivière, en la remontant l'espace d'environ six lieues. C'était un paradis de chasseurs. Les bisons s’y trouvaient en si grande abondance qu’on put en tuer autant qu’on voulut, et saler assez de viande pour plusieurs jours de voyage. Nos voyageurs s’arrétèrent donc en cet endroit, chassant, festoyant et se reposant sur l'herbe. Leur tranquillité, cependant, fut un peu troublée par la découverte d’une piste d’Indiens, qui, suivant leur estime, devaient être des Corneilles. Gela les obligea de surveiller les chevaux avec plus de vigilance.

Depuis plusieurs jours on marchait vers les montagnes aperçues le 17 août par MM. Hunt et Mac Kenzie. Leur élévation en faisait des phares pour une vaste étendue de pays. De loin elles s'étaient montrées solitaires et détachées: mais en avançant vers elles on reconnut qu’on n'avait vu d’abord que les principaux sommets d’une chaine de montagnes. De jour en jour leur apparence variait, à cause des pics inférieurs qui s’élevaient de dessous l'horizon. A la fin même on apercut la ligne de collines qui les unit. Les objets se distinguent de si loin, dans la pure atmosphère de ces plaines élevées, que, depuis l'endroit où

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M. Hunt avait découvert la cime de ces montagues, il lui avait fallu faire cinquante lieues avant d'en atteindre la base. On y campa le 30 août, après avoir parcouru près de cent trente lieues depuis le village aricara.

Les montagnes qui pyramidaient alors au-dessus de nos voyageurs appartiennent à la chaine des Longues-cornes, bornée par la rivière du même nom, et s'élendant, pendant une grande distance, du nord-nord-est au sud-sud-ouest, C'est une partie du grand système de montagnes granitiques qui se succèdent parallèlement aux côtes de l'Océan Pacifique, depuis l’isthme de Panama jusque auprés de l'Océan Arctique, et qui forment une chaine correspondante à celle des Andes dans l'hémisphère méridional. D’après la nature âpre et escarpée de ses cimes de granit, cette vaste cordilière a reçu le nom de Montagnes Rocheuses, appellation qui n’est nullement distinctive, car toutes les chaînes élevées sont rocheuses. Parmi les premiers explorateurs elle était connue sous le nom de Montagnes Chippewyan, el ce nom indien est probablement celui qu’elle retiendra dans le langage poétique. S'élevant du milieu de vastes plaines et d'immenses prairies, traversant plusieurs degrés de latitude, divisant les eaux de l'Atlantique de celles de l'Océan Pacifique, et paraissant lier par des rangées divergentes les régions

planes qui entourent ses flancs, elle a été appelée figurément l’épine dorsale du continent septentrional.

Les Montagnes Rocheuses ne forment point une chaine d’une hauteur continue, mais plutôt des groupes et quelquefois des pics détachés. Quoique quelques-uns de ceux-ci s'élèvent jusqu’à la région des neiges perpétuelles, et à plus de dix mille trois cents pieds d’élévation réelle, leur hauteur au-dessus de leur base n’est pas aussi grande qu'on pourrait l'imaginer, car ils surgissent du milieu de plaines élevées, qui sont déjà à plusieurs milliers de pieds au-dessus du niveau de l'Océan. Ces plaines, vaste amas de sable formé par les débris de granit des hauteurs, sont souvent d’une stérilité affreuse. Dépourvues d'arbres et d’herbage, elles sont brülées, pendant l’été, par les rayons ardents du soleil, et balayées, pendant l'hiver, par les brises glacécs des montagnes neigeuses. Telle est une grande partie de cette vaste contrée, large d’une centaine de lieues, qui s’étend du nord au midi le long des Montagnes, et qui n’a pas été appelée, sans fondement, le grand désert américain. C’est un pays qui décourage presque tout espoir de culture, et qu’on ne peut parcourir avec sûreté qu'en restant auprès des courants d'eau qui Île traversent. Des plaines étendues, singulièrement fertiles, se tronvent

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cependant parmi les plus hautes régions des montagnes. Il semble même que ces plateaux élevés soient un trait caractéristique du continent américain. Dans la cordilière des Andes on en rencontre quelques-uns où l’on trouve des fermes, des villages, des villes, à 7,500 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Les Montagnes Rocheuses, comme nous l’avons déjà remarqué, se montrent quelquefois. solitairement ou en groupes, quelquefois en rangées collatérales, séparées par de profondes vallées. Les faibles ruisseaux de ces vallées s'ouvrent un chemin jusqu’aux plaines basses, en s’augmentant continuellement, et se déchargent enfiu dans les vastes fleuves qui traversent les Prairies, comme de grandes artères, et asstchent le Continent.

Les sommets granitiques des Montagnes Rocheuses sont nus et arides : mais beaucoup des cordilières inférieures sont revêtues de bruyères , de pins, de chênes et de cèdres. Différentes parties des montagnes portent des traces de l’action des volcans. Quelques-unes des vallées intérieures sont semées de scories et de pierres brisées, qui ont évidemment une origine volcanique. Les rocs environnants portent le même caractère, et l’on voit sur les cimes élevées des vestiges de cratères cteints.

Nous avons déja noté les sentiments supersti-

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tieux avec lesquels les Indiens regardent les Côtes Noires ; mais cette immense chaine de montagnes, qui divise tout ce qu’ils connaissent de l'univers et donne naissance à tant de puissantes rivières, est pour eux un objet de terreur et de vénération. Ils l’appellent la Créte du Monde, et pensent que le Wacondah, ou le Maître de la vie, comme ils désignent l’Étre supréme, fait sa résidence parmi ces hauteurs aériennes. Les tribus des prairies orientales les appellent Hontagnes du soleil couchant. Quelques-unes y placent les heureux terrains de chasse, leur paradis idéal ; maisils sont invisibles aux hommes vivants. Là se trouve aussi la Ter:s des âmes, où s'élève la Cite des esprits francs et généreux. Ceux qui pendant leur existence ont satisfait le Maitre de la vie, y jouissent, apres leur mort, de toutes sortes de délices.

Des merveilles sont racontées, touchant ces montagnes, par les peuples lointains dont les guerriers ou les chasseurs ont accidentellement rôdé dans leur voisinage. Quelques-uns pensent qu'après leur mort ils seront obligés de voyager vers ces monts redoutables, et de gravir un de leurs pics les plus âpres et les plus élevés, malgré les rocs, les neiges, et les torrents bondissants. Après bien des lieues de pénibles efforts, :!s doivent parvenir au sommet, d'où l'on découvr. !à

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Terre des âmes. De là ils verront les heureux ter rains de chasse et les âmes des braves et des bons, qui se reposent sous des tentes, parmi les vertes prairies, au bord des clairs ruisseaux gazouillants, ou qui s'amusent à poursuivre les troupeaux de bisons, d’élans et de daims, qui ont été tués sur [4 terre. S’ils se sont bien conduits pendant leur vie, il leur sera permis de descendre et de goûter les plaisirs de cette heureuse contrée; sinon, réduits à la contempler de loin, cette vue ne servira qu’à les désespérer. Ils seront ensuite rejetés au bas de la montagne et condamnés à errer parmi les plaines sablonneuses qui l'environnent, souffrant éternellement les angoisses de la soif et de la faim.

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