CHAPITRE XXVIII
Pays des Indien: corneilles. — Eclaireurs. — Visite de cavaliers sauvages. — Un camp corneille. -— Présents au chef corneille.
| d — Trafic. — Rose parmi ses amis indiens, — On quitte les dl Corneilles. — Embarras dans les montagnes. — Encore les k Corneilles. — Enfants écuyers. — On cherche les traînards.
LA caravane était arrivée dans le voisinage des àpres régions infestées par les Indiens corneilles. Ces inquiets maraudeurs, comme nous l'avons ‘4 déjà dit, rôdent ordinairement au pied des monlagnes, et, lorsqu'ils sont campés dans quelque vallée retirée, ont soin de poster sur les cimes
environnantes des vedettes, qui, sans être vues
elles-mêmes, peuvent discerner toutes les choses
vivantes qui passent dans les vallées inférieures.
Nos voyageurs ne devaient pas s'attendre à passer
sans être aperçus dans un pays gardé avec tant de
vigilance. Effectivement, peu de temps après avoir
campé au pied des montagnes Longues-cornes,
on vit paraitre entre les roches deux êtres à l’as-
pect sauvage, légèrement vêtus de peaux, mais
bien armés, et montés sur des chevaux en appa-
rence aussi sauvages qu'eux-mêmes. On aurait
pu les preudre pour deux de ces mauvais Esprits
» cavaliers corneille.
quitte les ncore les traînards.
age des rneilles.
l'avons es monquelque
ès cimes re vues s choses rieures.
à passer tant de l'ÉS AVOIT -COFNES , s à l’as- IX, mais 11 appan aurait
S esprits
ASTORIA, 365 des montagnes, si formidables dans les fables indiennes.
Rose fut immédiatement envoyé pour conférer avec eux et les amener au camp. C’étaient des coureurs de la bande dont la caravane avait suivi la piste depuis plusieurs jours, et qui était maintenant campée à peu de distance dans les replis de la montagne. Rose les décida aisément à venir au camp, où ils furent bien reçus. Après y être resté jusqu'à une heure assez avancée de la soirée, ils partirent pour reporter à leurs compagnons tout ce qu'ils avaient vu et appris.
Le jour suivant avait à peine paru, quand une troupe de ces Sauvages écumeurs de montagnes arriva au camp, en galopant et en poussant de grands cris. Ils venaient de la part de leur chef engager les hommes blancs à le visiter. Les tentes furent en conséquence abattues, les chevaux chargés, et la caravane se mit bientôt en marche. Les cavaliers corneilles , en l’accompagnant , paraissaient prendre plaisir à déployer leur hardiesse et leurs talents équestres. Lançant au grand galop leurs montures à moitié sauvages, ils leur faisaient gravir ou descendre, avec une insouciance complète, les rochers ou les ravins les plus escarpés.
Une route de cinq lieues amena nos voyageurs auprès du camp des Corneilles. C’étaient des tentes de cuir, dressées dans une prairie, sur le bord
d'an clair ruisseau. Alentour paissaient un grand nombre de chevaux, dont une bonne partie, sans doute, avait été enlevée dans des expéditions de maraude.
Le chef correille vint au-devant de ses hôtes, avec force protestations d'amitié, et leur montra, en les conduisant à sa tente, un endroit commode pour établir leur camp. Les Voyageurs se mirent aussitôt à l’ouvrage, et M. Hunt, ouvrant quelques paquets, offrit au chef une couverture écarlate, avec une certaine quantité de poudre et de balles. Il lui donna aussi, pour distribuer
parmi ses guerriers, quelques couteaux, quelques colifichets et du tabac. Le farouche potentat parut fort satisfait de ces présents ; mais cependant, vu lhonnète réputation des Corneilles et leurs mauvaises dispositions envers les Blancs, nos voyageurs eurent soin de se conduire toujours avec eux de la manière la plus circonspecte.
Le jour suivant fut employé à acheter aux Sauvages des peaux, des robes de bison, et à échanger des chevaux fourbus contre des bêtes fraîches et vigoureuses. Quelques-uns des Engagés achetèrent aussi des coursiers pour leur compte, de sorte que l'expédition se trouvait en posséder cent vingt-un, en bonne condition, pour la plupart, et propres au service des montagnes.
gra nd artie,
«pédi-
hôtes, ontra, comurs 5e uvraut erture poudre ribuer 1elques tat pandant, t leurs s, nos Jujours te.
er aux 1, et à s bêtes Engair leur rouvait dition, $s mon-
Nos voyageurs ayant ainsi satisfait leurs besoins cessérent tout commerce, au grand mécontentement des Corneilles, dont les sollicitations, pour de nouveaux échanges, devinrent extrêmement pressantes, et qui, voyant que leurs importunités ne servaient à rien, finirent même par prendre un ton insolent et menaçant. Tout cela était attribué, par M. Hunt et par ses associés, aux instigations perfides de Rose, l'interprète, qu'ils soupconnaient de vouloir fomenter des querelles entre eux et les Sauvages, pour l’accomplissement de ses criminels desseins. Mac Lellan, avec sa manière tranchante de rendre justice, résolut de tuer le mécréant sur la place, en cas de quelque conflit. Cependant rien de la sorte n’arriva. Les Corneilles étaient probablement intimidés par les manières résolues, quoique paisibles, des hommes blancs, par leur vigilance constante, et par leurs préparatifs de combat. Quant à Rose, s'il conservait réellement encore ses projets coupables, il avait dù s’apercevoir qu'ils étaient soupeonnés, et qu’en essayant de les exécuter, il risquait d'appeler la destruction sur sa propre tête.
Le lendemain , de bonne heure, M. Hunt ordonna de lever le camp. 11 prit un congé cérémonieux du chef corneille, ainsi que de ses guerriers vagabonds. Suivant sa promesse, il consigna
à leur tendre amitié, à leur adoption fraternelle, Rose, leur estimable confédéré, qui, après avoir figuré parmi les pirates aquatiques du Mississipi, était bien digne d'obtenir un rang distingué L chez les corsaires terrestres des Montagnes Rocheuses.
{ Il convient d'ajouter que Rose fut bien reçu | dans la tribu, et parut complètement satisfait du | marché qu'il avait fait. Il se sentait évidemment | plus à son aise parmi les Sauvages que parmi les hommes civilisés. Ce sont ces fugitifs de la jus- | lice, ces renégats de la civilisation, qui jettent | des semences d’inimitié entre les Blancs et les malheureuses tribus des frontières; car les propres enfants d’un pays ou d’une communauté en devieunent toujours les plus implacables ennemis, quaud ils en ont été chassés pour leurs crimes. Euchanté d'être délivré de son perfide compagnon , M. Hunt poursuivit sa route daus une divection méridionale, cherchant quelque défilé I par lequel il pût traverser les montagnes. Aucun | ne se présenta pendant cinq lieues, et il posa son camp au bord d’un petit ruisseau , toujours au S pied des hauteurs. Les vertes prairies qui bordent S ces torrents des montagnes sont généralement r bien garnies de gibier, et les chasseurs tuèrent, ce jour-là, plusieurs élans. Dans la soirée, on fut | n désagréablement surpris par la visite de quelques
nelle,
AVOIr iSSIPI ; tingué tagnes
n reçu fait du mment rmi les la jusjettent s et Îles es proauté en anemis, rimes.
le comaus une ie défilé . Aucun bosA son ours au bordent ‘alement tuërent, , on fut
quelques
Corneilles, dont le camp était dressé dans les montagnes, et qui appartenaient à une bande différente de celle qu’on venait de quitter. La cerlitude qu'on était environné de ces dangereux voisins et qu'on se trouvait encore à portée de Rose et de ses voleurs compagnons, obligea nos aventuriers à être continuellement sur le qui-vive, et à veiller pendant la nuit sur les chevaux, avec une pénible vigilance.
Le 3 septembre, s'apercevant que les montagnes s’étendaient encore en avant, comme une barrière éternelle, nos voyageurs voulurent s’ouvrirun passage à l’ouest, mais ils s'embarrasstrent bientôt parmi des rocs et des précipices qui déliaient tous leurs efforts. La montagne semblait, en général, raboteuse, nue et stérile. Cependant, cà et là, elle était revêtue de pins, d’arbrisseaux et de plantes en fleurs. Dans ces marches fatigantes, la soif des voyageurs devint excessive, car ils n'avaient pas trouvé une seule goutte d’eau. Beaucoup d’entre eux descendirent dans des ravins profonds, espérant y découvrir quelque ruisseau, quelque fontaine; ce fut en vain, ct plusieurs même perdirent leur chemin et ne purent rejoindre le corps principal.
Après une demi-journée employée péniblement el inutilement à gravir des rochers, M. Hunt renoncça à pénétrer dans cette direction. Retour-
| nant vers le petit ruisseau qui coulait au pied de la montagne, il dressa ses tentes à deux lieues de son campement de la nuit précédente. I ordonni alors de faire des signaux pour guider ceux qui
Lt s'étaient égarés en cherchant de Peau; mais la
À nuit se passa sans qu'on les vit revenir. ( | 1: Le lend nain matin, à la grande surprise des ! { voyageurs, Rose fit son entrée dans le camp ù | l avec quelques-uns de ses associés corneilles. Cette : |: visite inattendue ranima les soupcons, mais Rose 1 LL: s’'annonça comme un messager de paix et de bien- a ï veillance, Le chef corncille, dit-il, ayant appris d que les hommes blancs prenaient un mauvais che- q
min pour traverser la montagne, avait envoyé «
ses compagnons el Jui pour leur en indiquer un Cl
meilleur. de
Nos voyageurs étant tout-à-fait déroutés, et a n'ayant guère la liberté du choix, se mirent en d
marche avec cette escorte suspecte. [ls n'avaient
pas fait beaucoup de chemin lorsqu'ils rencon- cl trèreut toute la troupe des Corneilles, qui, à ce il qu'ils apprirent alors, allait suivre la même route ri qu'eux. Les deux cavalcades d'hommes blancs et de
Peaux rouges continuerent doncleur route ensem- dé ble ; c'était un spectacle sauvage et pittoresque de se voir ces cavaliers équipés et armés si différemment, la et ces longues files de chevaux de charge, qui de serpentaient à travers les défilés des montagnes.
ed de ues de donn:i ux qui
nais la
rise des > camp s. Cette ais Ros' de bient appris vais che-
envoyc quer un
utes, et
irent en
avaient
renconqui, à ce me route ancs et de te ensemresque de ‘emment, rge , qu
ontagnes.
Nos voyageurs curent alors une occasion nouvelle d'admirer l'adresse et la hardiesse équestre de cette tribu, Tous ses membres étaient mou: tés, hommes , femmes et enfants: car les Corneilles ont des chevaux en abondance. Les enfants étaient comme de véritables diablotins à cheval. Parmi eux il y en avail un si jeune qu'il ne ponvait pas encore parler. FE était attaché sur nn poulain âgé de deux ans; mais il se servait des rênes, comme par instinct, et employait le fouet avec une prodigalité vraiment indienne, M. Hunt demanda l’âge de ce jeune jockey : on lui répondit qu'il avait vu deux hivers.
C'est laréaliser presque entierement la fable des centaures, et il ne faut plus s'étonner de Padresse équestre de ces Sauvages, puisqu'ils ont, pour ainsi dire, une selle pour berceau, et s'identifient dès l'enfance avec leur monture.
Le chemin étant fort pénible pour les chevaux chargés , nos VOyAgCUTrS avancaicnt lentement, et ils finirent par se trouver graduellement en arrière des Corncilles, leurs conducteurs. M, Hunt, qui à ait sans doute retardé sa marche pour se débarrasser de tels compagnons de voyage, se sentit soulagé d’un grand poids quand il vit tonte la bande, avec Rose, le renégat, disparaitre dans
les détours de la montagne ; et quand 1Pentendit