‹ Astoria [microforme]Chapitre 7 sur 79 · FA · texte numérisé non relu

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tenaient ne s’inquiétant que du profit présent, et ne s'intéressant pas à la prospérité permanente du commerce, ne connaissaient pas de frein dans leurs rapports avec les naturels, et ne se faisaient aucun scrupule de leur fournir des armes à feu. De cette manière, plusieurs peuples féroces qui environnaient les postes russes étaient devenus pour eux de dangereux voisins.

Le Gouvernement russe avait fait des représentations à celui des États-Unis sur la coupable conduite de ses citoyens, et avait demandé que le trafic des armes fût prohibé : mais comme ce commerce ne portait atteinte à aucune loi municipale, le Gouvernement américain ne pouvait pas intervenir. Cependant il considérait avec inquiétude un commerce qui pouvait finir par offenser la Russie, lorsque cette Puissance était presque la seule, à cette époque, qui lui témoignât des dispositions bienveillantes. Dans cet embarras le Gouvernement s'était adressé à M. Astor, comme à la personne la mieux informée du commerce des fourrures , afin d'apprendre de lui un moyen de remédier à ce danger. Cela lui avait suggérél’idée de faire desservir régulièrement l’établissement russe par le navire qui devait visiter anuuellement l'embouchure de la Colombia, de sorte que les vaisseaux interlopes devaient se trouver, par le fait, exclus des parties de la côte

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ASTORIA. 45 où leur conduite égoïste était si nuisible aux Russes.

Tel est le sommaire de l’entreprise projetée par M. Astor, mais elle s’élargissait continuellement dans son esprit. Il faut lui rendre la justice de dire qu’il n’était point poussé simplement par des motifs d'intérêt personnel. Il était déjà riche au delà des désirs ordinaires de l’homme ; mais il désirait prendre rang parmi ces esprits vigoureux qui, par de grandes entreprises commerciales , enrichissent les nations, peuplent les déserts, et étendent les bornes des empires. Il pensait que son établissement à l'embouchure de la Colombia deviendrait l’emporium d’un immense commerce, servirait de noyau à une vaste civilisation, transporterait la population américaine au delà des Montagnes Rocheuses, ét la répandrait le long des côtes de l’Océan Pacifique, comme elle est déjà répandue sur celles de l'Atlantique.

Par la grandeur de ses opérations commerciales et financières , par la vigueur et l’étendue de ses talents naturels, M. Astor avait obtenu la considération du Gouvernement et se trouvait en relations avec les hommes d’État les plus importants. Il communiqua de bonne heure son projet au président Jefferson, en lui demandant la protection du Gouvernement. On jugera combien cet homme remarquable lui accordait d'estime par

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