MERCURE
Un peu au-dessus du Soleil, on remarque^ quelquefois, tantôt à l'Occident, dans les lueurs fauves et languissantes du crépuscule, tantôt à l'Orient, lorsque l'aurore tendre et rosée annoncela pureté d'un beau jour, une petite étoile de première grandeur qui n'apparaît que fort peu de temps au-dessus de l'horizon, pour se replonger bientôt dans le flamboiement du Soleil. C'est Mercure, l'agile et actif messager de l'Olympe,, le dieu de l'éloquence, de la médecine, du commerce et... des voleurs. On ne l'aperçoit que furtivement, de temps en temps, aux époques de ses plus grandes élongations, soit après le coucher, soit avant le lever de l'astre radieux,, offrant l'aspect d'une étoile un peu rougeâtre.
Cette planète, comme toutes les autres, ne brille que par le reflet du Soleil dont elle reçoit l'illumination, et, comme elle en est fort proche, son éclat est assez vif, quoique son volume ne soit pas considérable. Elle est plus petite que la Terre. Sa révolution autour du Soleil s'efïectuant en trois mois environ, elle passe rapidement, en .un mois et demi, d'un côté â l'autre de l'astre
du jour, et est, tour à tour, étoile du matin et du soir. Les anciens avaient d'abord vu en elle deux planètes différentes; mais l'observation attentive ne tarda pas à en faire reconnaître l'iden-
Fi"1. 34. — Les quatre planètes les plus proches du Soleil.
tité. Dans nos climats, un peu trop nuageux, on ne peut guère l'apercevoir que deux ou trois fois par an, et encore en la cherchant d'après les indications données dans les annuaires astronomiques.
Mercure vogue autour du Soleil â une distance
de 57 millions de kilomètres, et accomplit sa révolution en 87 jours 23 heures 15 minutes, soit deux mois vingt-sept jours vingt-trois heures, ou un peu moins de trois de nos mois. Si les conditions de la vie y sont les mêmes qu'ici, l'existence des Mercuriens est quatre fois plus courte que la nôtre. Une jeune fille de vingt ans, dont le cœur s'ouvre à l'espérance de la vie qui ne fait que commencer pour elle sur la Terre, est une octogénaire de Mercure. C'est là que les dames ont le droit de maudire la rapidité des jours et de regretter une jeunesse trop rapidement envolée. Peut-être sont-elles plus philosophes qu'ici-bas.
Son orbite, naturellement intérieure à celle do la Terre, n'est pas circulaire, mais elliptique et fort excentrique, si allongée qu'à certaines époques de son année, Mercure est extrêmement éloigné du foyer solaire et qu'il reçoit deux fois moins de chaleur et de lumière qu'aux époques opposées, d'où il résulte que sa distance à la Terre varie considérablement.
Ce globe offre des phases, découvertes au dixseptième siècle par Galilée, et qui rappellent celles de la Lune. Elles sont dues au mouvement de la planète autour du Soleil et sont invisibles à l'œil nu; mais des instruments, même modestes, permettent de suivre leur gradation et d'étudier Mercure sous tous ses aspects.
Parfois aussi, il passe juste devant le Soleil, et son disque se projette comme un point noir sur la surface lumineuse de l'astre flamboyant. C'est ce qui est arrivé, notamment, le 10 mai 1891 et le 10 novembre 1894, dates auxquelles nous pouvons ajouter, pour les passages plus récents,, le 12 novembre 1907 et le 6 novembre 1914.
Fig. 35. — Mercure vers la quadrature.
De tous les mondes de notre système, Mercure est le plus petit (à l'exception des fragments cosmiques qui circulent entre l'orbite de Mars et celle de Jupiter). Son volume n'égale que les cinq centièmes de celui de la Terre. Son diamètre est, à celui de notre planète, dans le rapport de 373 à 1,000 (un peu plus du tiers) et mesure 4,750 kilomètres. Sa densité est la plus forte de
tous les mondes de la grande famille solaire, et surpasse d'un tiers environ celle de notre Terre ; mais la pesanteur y est presque de moitié plus faible qu'ici.
Mercure est enveloppé d'une atmosphère très dense, très épaisse qui, sans doute, tempère sensiblement la chaleur solaire, car le Soleil présente aux Mercuriens un disque lumineux sept fois plus étendu, en moyenne, que celui que nous connaissons de la Terre, et, lorsque Mercure passe au périhélie (à sa plus grande proximité du Soleil), ses habitants reçoivent dix fois plus de lumière et de chaleur que nous en plein été. Il est probable qu'il nous serait impossible d'aborder cette planète sans être foudroyés par une insolation de premier ordre.
Mais on peut penser que la féconde nature a produit là des êtres d'une organisation différente de la nôtre, construits pour vivre dans le voisinage du feu. N'y a-t-il pas là de merveilleux tableaux décorés, sans doute, d'une végétation luxuriante se développant magnifiquement, sous un soleil ardent et généreux?
L'observation de Mercure est rendue très difficile, précisément par le voisinage immédiat de l'embrasement solaire; cependant, on a cru apercevoir des taches qui pourraient être des mers. Ces observations, toutefois, sont contradictoires et incertaines.
Jusqu'à présent, il a été impossible de détermimer la durée de la rotation. Plusieurs astronomes pensent même qu'à cause de sa grande proximité du Soleil, cet astre a dû produire de fortes marées qui auront, pour ainsi dire, immobilisé le globe de Mercure, comme la Terre l'a fait pour la Lune, en le forçant à lui présenter constamment le même côté. Au point cle vue de l'habitation, ce serait là une situation assez bizarre : jour éternel sur l'hémisphère ensoleillé, nuit perpétuelle sur l'autre hémisphère, et zone crépusculaire assez large entre les deux. Un tel état serait assurément bien différent de la succession des jours et des nuits terrestres.
Vue de Mercure, la Terre où nous sommes brille dans le ciel étoile (*), comme un astre magnifique de première grandeur, à côté duquel la Lune se montre, petite compagne très fidèle. Elles doivent former une belle étoile double,
*J'ai essayé de représenter sur de petites figures les aspects ■de la Terre dans le ciel étoile de Mercure, de Vénus et de Mars ; mais dans ces sortes de représentations, on est toujours obligé de faire les étoiles trop grosses. Le calcul donne pour les diamètres <de la Terre et de la Lune vues des planètes et leurs distances :
De Mercure (opposition).
De Vénus (opposition). .
De Mars (quadrature). .
De Jupiter (quadrature).
On appréciera ces aspects en se souvenant que Técartement des composantes de s Lyre est de 207", celui d'Atlas à Pléione de 301' , et celui des étoiles Mizar et Alcor de 708".
Dir.mètre
Diamètre
Distance
de la Terre
de la Lune
Terre-Lune
la Terre étant une brillante étoile de première
Fig. 36. — La Terre vue de Mercure
grandeur, et la Lune une de troisième, couple
ravissant que, sans doute, on admire comme un séjour enchanté et tout à fait privilégié. C'est à minuit, lors des oppositions de la Terre avec le Soleil, que notre planète est la plus lelle et la plus brillante, comme Jupiter pour nous. Les constellations sont les mêmes vues d<* Mercure ou de notre séjour.
Mais cette petite planète solaire est-elle habitée? Nous ne le savons pas encore. Nous pouvons seulement répondre : Pourquoi pas ?