D APRES I/ENSEMBLE DES OBSERVATIONS
de la même grosseur que notre satellite vu à l'œil nu, et qu'un instrument grossissant 630 fois le montre dix fois plus grand en diamètre.
En dimensions, il diffère considérablement de. notre monde, puisqu'il est presque de moitié plus petit que la Terre. Son diamètre ne mesure que 6,728 kilomètres, et sa circonférence est de 21,125 kilomètres. Sa surface n'est que les vingtneuf centièmes de la surface terrestre, et son volume n'est que les quinze centièmes du nôtre.
Cette différence de volume fait de Mars une véritable miniature de la Terre. En étudiant ses aspects, sa géographie, sa météorologie, nous croyons voir, dans l'espace, une réduction de notre séjour, avec certaines dissemblances qui excitent notre curiosité et nous le rendent encore plus intéressant.
Le monde martien pèse neuf fois et demie moins que le nôtre. En représentant par 1,000 le poids de la Terre, celui de Mars serait représenté par 105. Sa densité est beaucoup plus faible que la nôtre; elle n'est que les sept dixièmes de celle de la Terre. Un homme du poids de soixantedix kilogrammes, transporté sur ce globe voisin, ne pèserait plus que vingt-six kilogrammes.
Les premières observations télescopiques ont révélé, à la surface de Mars, l'existence de taches plus ou moins accentuées. Les progrès de l'optique, en permettant de plus forts grossisse-
ments, ont montré plus nettement la forme décès taches, et l'étude de leur mouvement a conduit à déterminer, avec une précision remarquable, la rotation diurne de cette planète. Elle s'effectue en 24 heures 37 minutes 23 secondes 65 centièmes de seconde. La différence avec nous est faible, comme on le voit. L'année de Mars se compose de 668 jours martiens. Pendant que cette planète compte 10 ans la Terre en compte 19. Une personne ayant vécu la durée de 38 ans terrestres n'en a encore que 20 sur Mars^ et une de 76 ans n'en a que 40. C'est un avantage.
L'inclinaison de Taxe de rotation de ce globe, sur le plan de son orbite, est à peu près la même qu'ici. Il en résulte que ses saisons sont analogues aux nôtres en intensité, bien que deux fois plus longues, l'année martienne étant presque égale à deux de nos années. En outre, l'intensité des saisons est plus accentuée, l'orbite de Mars étant très allongée. Mais il y a là, comme ici, trois zones bien distinctes : la zone torride, la zone tempérée et la zone glaciale.
Nous pouvons suivre d'ici, au télescope, les variations des saisons martiennes, surtout en cequi concerne les neiges polaires, qui s'accroissent régulièrement pendant l'hiver et fondent non moins régulièrement pendant les chaleurs de l'été. Ces neiges sont très faciles à observer, ressortant nettement par leur éclatante blancheur. Nos lectrices en jugeront par la figure
ci -contre, dans laquelle j'ai résumé leur décroissance d'après mes observations de la première opposition de Mars de notre siècle. La largeur du cap polaire a diminué là de 4,680 kilomètres à 840. Le solstice d'été martien était arrivé le 11 avril. Les neiges continuaient encore de fondre à la date du 6 juillet. Quelquefois, elles disparaissent presque entièrement pendant le mois martien qui correspond à notre mois d'août, ce qui n'arrive jamais pour nos glaces polaires.
Ainsi, quoique cette planète soil plus éloignée du Soleil que la nôtre, il ne semble pas y faire plus froid, ou, du moins, est-il certain que les neiges polaires y sont beaucoup moins épaisses.
D'autre part, il n'y a presque jamais de nuages sur Mars, l'atmosphère martienne est presque toujours limpide, et Ton peut dire que le beau temps est l'état permanent de la planète. Parfois, de légers brouillards, quel- Fig- 41. — Diminuques faibles vapeurs masquent *?* des neiges..Po-
n r ^ laires de Mars pen-
certaines régions, mais ils sont dant l'été.
vite dissipés, et le ciel redevient d'une admirable pureté.
Depuis l'invention du télescope, on a fait une quantité considérable de dessins qui nous montrent Mars sous tous ses aspects, et la concordance qui existe entre ces nombreuses observa-
Fig. 42. — Aspect tclescopique de la planète Mars (février 1901).
tions nous donne une connaissance suffisante de la planète pour nous permettre d'indiquer les traits caractéristiques de sa géographie et de dresser des cartes aréographiques (Ares, Mars). On jugera de ces aspects par les deux desrins reproduits ici, pris à l'Observatoire de Juvisy
(février 1901) et par la carte générale dessinée d'après l'ensemble de toutes les observations.
Au premier coup d'oeil, on remarque que la géographie de Mars est très différente de celle de notre globe; tandis que les trois quarts de la Terre sont recouverts^par l'élément liquide, Mars
Fig. 43. — Aspect télescopique de la planète Mars (février 1901).
semble plus également partagé, et doit même posséder un peu plus de terre que d'eau. On n'y voit pas d'immenses océans entourant les continents et les séparant comme des îles; au contraire, les mers sont réduites à de longs golfes resserrés entre les terres, comme la Méditerranée
par exemple, et encore n'est-il pas certain que ces taches grises représentent toutes de véritables mers. On est convenu d'appeler mers les parties sombres légèrement teintées de vert, et de donner le nom de continents aux taches claires colorées de jaune. C'est la nuance du sol de Mars, due soit au sol lui-même, qui ressemblerait à celui que l'on observe au Sahara, ou même, en des régions moins arides, sur la ligne de Marseille à Nice, par exemple, dans les environs de l'Esterel, soit peut-être à certains végétaux. Dans mes voyages en ballon, j'ai souvent remarqué que la nuance clés blés mûrs, éclairés par le soleil, est exactement celle que nous offrent les continents de Mars dans les bonnes heures d'observation.
Quant aux « mers », qu'il y ait là de l'eau ou un liquide quelconque, provenant surtout de la fusion des neiges polaires au printemps et en été, c'est à peu près certain; mais il est possible qu'il s'y ajoute de la végétation, des plantes aquatiques, ou peut-être de vastes prairies, qui nous paraissent d'ici d'autant plus foncées que l'eau qui les alimente a été plus abondante.
Mars est, comme notre globe, entouré d'une atmosphère protectrice, qui retient les rayons du Soleil et doit conserver, à la surface de la planète, une température moyenne favorable à l'entretien de la vie. Mais la circulation de l'eau, — si impor-
tante à la vie terrestre végétale et animale, qui s'effectue sur notre planète par l'évaporation des mers, les nuages, les vents, les pluies, les sources, les rivières et les fleuves, ramenant l'eau à la mer, — s'effectue tout autrement sur Mars ; car, comme nous le disions tout à l'heure, on n'y voit presque jamais de nuages. Au lieu d'être verticale, comme ici, cette circulation est horizontale : l'eau provient de la fonte des neiges polaires, s'insinue dans les canaux et les mers et revient se condenser aux pôles par un léger transport de vapeurs invisibles dirigé de l'équateur aux pôles. Jamais de pluies.
Nous venons de parler de canaux. L'une des grandes curiosités du monde martien est, sans contredit, l'aspect de ces lignes droites qui sillonnent sa surface de toutes parts et semblent réunir les mers entre elles. M. Schiaparelli, l'éminent directeur de l'Observatoire de Milan, qui les a découvertes en 1877, leur a donné le nom de canaux, sans, du reste, rien préjuger sur leur nature réelle. Sont-ce là, vraiment, des canaux? Ces lignes droites, qui mesurent parfois six cents kilomètres de longueur sur plus de cent kilomètres de largeur, ont à peu près le même ton que les mers auxquelles elles aboutissent. Depuis un tiers de siècle, elles ont été revues par la plupart des observateurs. Mais il faut avouer que nous ne rapprochons encore Mars,
dans les meilleurs instruments, qu'à la distance de 60,000 kilomètres, ce qui est encore un peu loin, et il est certain que nous ne distinguons pas les véritables détails de la surface. Ces détails, â la limite de la visibilité, produisent sur nos yeux l'aspect des canaux. Ce sont peut-être des alignements de lacs ou d'oasis... L'avenir nous dévoilera, sans doute, ce mystère.
Quant aux habitants de Mars, ce monde se trouve dans une situation aussi favorable que notre globe pour être habité, et il serait difficile cle lui découvrir des raisons de stérilité perpétuelle. Il nous paraît, au contraire, par ses variations d'aspects si rapides et si fréquentes, un monde extrêmement vivant. Son atmosphère toujours pure n'a pas la densité de la nôtre et ressemble à celle des plus hautes montagnes. Les conditions d'existence y diffèrent des nôtres, paraissent plus délicates, plus éthérées.
Là comme ici, le jour succède à la nuit, le printemps adoucit les rigueurs de l'hiver ; les saisons se déroulent, moins disparates que les nôtres, dont nous avons si souvent à nous plaindre; le ciel y est constamment pur; jamais de tempêtes, d'ouragans ni de cyclones, le vent ne pouvant y acquérir aucune violence, â cause de la raréfaction de l'atmosphère et de la faible intensité de la pesanteur.
Différent du nôtre, ce monde pourrait bien
être plus agréable à habiter. Il est plus ancien que la Terre, plus petit, moins massif; il a parcouru plus vite les phases de son évolution. Sa vie astrale est plus avancée et son humanité doit être supérieure â la nôtre, de même que nos successeurs, dans un million d'années, par exemple, seront moins grossiers et moins barbares que nous le sommes encore; la loi du progrès régit tous les mondes et, de plus, la constitution physique de la planète Mars est moins épaisse que la nôtre.
Il n'y a aucune raison pour désespérer d'entrer jamais en communication avec ces êtres inconnus. Les points lumineux que nous observons quelquefois ne sont pas des signaux, mais clés cimes élevées ou de légers nuages illuminés par le soleil levant ou le soleil couchant. Mais une communication future avec eux est une idée moins audacieuse et tout aussi scientifique que l'invention de l'analyse spectrale, des rayons X ou de la télégraphie sans fil.
Nous pouvons penser que la culture de l'astronomie est plus avancée sur Mars que sur la Terre, parce que l'humanité elle-même doit y être plus avancée, et parce que le ciel étoile y est beaucoup plus beau, beaucoup plus facile à étudier, à cause de la limpidité de son atmosphère si calme et si pure.
Deux petites lunes (qui ne sont guère plus
larges que Paris) tournent rapidement autour de Mars ; on les nomme Phobos et Déimos. La première, à une distance de neuf mille kilomètres de la surface, accomplit sa révolution rapidement, en sept heures trente-neuf minutes, et fait ainsi, trois fois par jour, le tour entier du ciel. La seconde gravite à vingt-trois mille kilomètres et tourne autour de son centre d'attraction en trente heures dix-huit minutes. Ces deux satellites ont été découverts par M. Hall, à l'Observatoire de Washington au mois d'août 1877.
Parmi les plus belles et les plus intéressantes curiosités célestes, les Martiens admirent, à certaines époques de l'année, tantôt le soir lorsque le soleil s'est plongé dans sa couche embrasée, tantôt le matin, un peu avant l'aurore, une magnifique étoile de première grandeur qui ne s'éloigne jamais beaucoup de l'astre du jour, et leur présente les mêmes aspects que Vénus nous offre à nous-mêmes. Cet astre resplendissant, qui a sans doute reçu les plus doux noms de ses contemplateurs, cette étoile radieuse colorée d'une jolie nuance vert-bleue, plane dans l'espace accompagnée d'une petite étoile, et étincelle,
comme un diamant splendide, après le coucher
Fig. 44. — La Terre vue de Mars.
du soleil, dans le pur ciel de Mars. Cet astre res-
plendissant, c'est la Terre, et la petite étoile qui raccompagne est la Lune.
Oui, notre Terre est, pour les Martiens, une étoile du soir et du matin; sans doute, ils en ont constaté les phases. Bien des vœux, bien des espérances ont dû s'envoler vers elle, et plus d'un cœur malheureux a probablement laissé son rêve irréalisable errer sur notre planète comme sur un séjour de bonheur où désirent se retrouver ceux qui ont souffert en leur monde natal. Mais notre planète, hélas! n'est pas aussi parfaite qu'ils le pensent.
Ne nous éternisons pas sur Mars, et continuons notre excursion céleste vers Jupiter.