‹ Astronomie des damesChapitre 18 sur 42 · JUPITER · texte numérisé non relu

JUPITER

Inclinons -nous, maintenant, avec respect, devant Jupiter, le géant des mondes. Cette glorieuse planète est vraiment la reine du système solaire.

Tandis que Mercure ne mesure que 4,750 kilomètres en diamètre, et Mars 6,728, Jupiter n'a pas moins de 140,920 kilomètres de largeur, c'està-dire qu'il est onze fois plus large que la Terre. Sa circonférence est de 442,500 kilomètres.

En volume, il vaut 1,295 globes terrestres; il n'est donc qu'un millier de fois plus petit que le Soleil. Les premières planètes de notre système : Mercure, Vénus, la Terre et Mars réunis, ne formeraient qu'une masse insignifiante auprès de ce colosse. Cent vingt-six Terres, réunies en un même groupe, présenteraient une surface dont l'étendue ne serait pas encore tout à fait aussi vaste que la superficie de ce monde gigantesque. Ce globe immense pèse trois cent dix-sept fois plus que celui que nous habitons. Sa densité n'est que le quart de la nôtre ; mais la pesanteur y est deux fois et demie plus forte nu'ici;

les matériaux constitutifs des êtres et des choses sont donc composés de matières bien plus légères que sur la Terre ; mais, comme la planète exerce une force d'attraction deux fois et demie plus puissante, ils sont, en réalité, plus lourds et pèsent davantage. Ainsi, une gracieuse jeune fille, du poids de cinquante kilos, transportée sur Jupiter, ferait immédiatement partie de la majestueuse Société des « Cent Kilos ».

Jupiter tourne sur lui-même avec une rapidité prodigieuse : il accomplit sa révolution diurna en moins de dix heures ! Là, le jour dure deux fois moins qu'ici et, tandis que nous comptons quinze jours sur notre calendrier, les Joviens en comptent trente-six ! Comme'l'année de Jupiter égale presque douze des nôtres, l'almanach de cette planète contient 10,455 jours ! Certes, nos charmants petits calendriers de poche ne conviendraient guère à rémunération complète des dates de ce vaste monde.

Ce globe splendide roule dans l'espace à une distance de 775 millions de kilomètres du Soleil. Il est donc cinq fois (5,2) plus éloigné de l'astre du jour que notre Terre et son orbite est cinq fois plus vaste que la nôtre. A cette distance, le Soleil ne sous-tend plus qu'un diamètre cinq fois plus petit que celui que nous voyons, et sa surface est vingt-sept fois moins étendue que celle qu'il nous présente, d'où il résulte que cette cité planétaire

reçoit, en moyenne, vingt-sept fois moins de chaleur et de lumière que nous n'en recevons. Au télescope, Jupiter présente un aspect ana-

Fig. 45. — Jupiter vu au télescope.

logué à celui que pourrait offrir un monde couvert de nuages, enveloppé d'épaisses vapeurs.

Il est, en effet, d'ailleurs, le siège de perturbations formidables, de révolutions fantastiques qui le bouleversent perpétuellement, car, bien qu'étant de formation plus ancienne que la Terre, ce géant céleste n'est pas encore arrivé à l'état de

stabilité de notre séjour. Il est probable qu'en raison de son volume considérable, ce globe a conservé sa chaleur originaire et qu'il roule dans l'espace comme un soleil obscur, mais peut-être encore brûlant. Nous voyons en lui ce que devait être notre planète en son époque primordiale, aux premiers temps de la genèse terrestre.

Par sa révolution orbitale, qui demande près de douze ans, Jupiter revient en opposition avec le Soleil tous les 399 jours, ou un an et 34 jours, c'est-à-dire avec un mois et quatre jours de retard chaque année. A ces époques, il est situé à l'extrémité d'une ligne droite qui, en passant par la Terre, aboutirait au Soleil. Ce sont ces époques qu'il convient de choisir pour l'observer. Il brille alors, toute la nuit, comme une éclatante étoile de première grandeur, extrêmement blanche; on ne peut le confondre ni avec Vénus, plus lumineuse encore, car celle-ci n'est jamais visible à minuit, en plein Sud (mais au Sud-Ouest le soir ou au Sud-Est le matin), ni avec Mars, dont les feux sont rougeâtres.

L'immense planète présente, au télescope, un disque superbe qu'un grossissement de quarante fois nous montre aussi grand, en apparence, que celui de la Lune vue à l'œil nu. Sa forme n'est pas absolument sphérique, mais sphéroïdale, c'est-à-dire aplatie à ses pôles. L'aplatissement est de un dix-septième.

On sait que l'axe de la Terre est incliné d'une certaine quantité sur le plan de son orbite, et que c'est à cette inclinaison que nous devons nos saisons. Or, il n'en est pas dé même pour Jupiter. Son axe de rotation reste presque droit pendant tout le cours de son année, et il en résulte l'absence complète de climats et de saisons. Là, il n'y a ni zone glaciale, ni zone tropicale ; la position de Jupiter est éternellement celle que la Terre présente vers l'équinoxe, et ce vaste monde jouit, pour ainsi dire, d'un printemps perpétuel. Il ne connaît ni les frimas, ni les neiges de l'hiver. La chaleur reçue du Soleil décroit graduellement de l'équateuraux pôles sans brusques transitions et la durée du jour et de la nuit y est égale pendant l'année entière, sous toutes les latitudes. Voilà un. monde bien privilégié !

- Il est entouré d'une atmosphère très profonde très épaisse, qui subit des variations plus considérables que celles que peut produire le Soleil à une telle distance. L'analyse spectrale y découvre une grande quantité de vapeur d'eau, ce qui s'accorde pour montrer que cette planète possède, en propre, une chaleur encore très élevée.

Ce que nous voyons surtout, sur ce globe, ce sont des bandes, plus ou moins larges, des traînées blanches et grises, parfois teintées de jaune, de nuance marron ou chocolat, qui sillonnent la surface jovienne, principalement dars la région

de l'équateur. Ces différentes zones varient et se modifient constamment, soit dans leurs formes, soit dans leurs couleurs. Quelquefois, elles sont irrégulières, déchiquetées; à d'autres moments, elles sont parsemées de taches plus ou moins brillantes. Ces taches ne sont pas fixes à la surface du globe comme les mers et continents de la Terre ; elles ne circulent pas, non plus, autour de la planète comme les satellites, en des révolutions régulières plus ou moins longues, mais elles sont relativement mobiles comme nos nuages dans l'atmosphère, et l'observation de leur mouvement ne donne pas la durée précise de la rotation de Jupiter. On en voit qui ne paraissent sur le disque agité que pour s'effacer rapidement; d'autres subsistent assez longtemps. Il en est une que Ton observe depuis plus d'un quart de siècle, et qui semble presque immobile sur ce globe colossal. Cette tache qui, au commencement de son apparition était rougeâtre, est maintenant très pâle. Elle est ovale (voy. fig. 45) et mesure 42,000 kilomètres de longueur sur 15,000 de largeur. Elle est donc à peu près quatre fois plus longue que le diamètre de la Terre ; c'est, relativement au monde de Jupiter, la dimension de l'Australie par rapport à notre globe. La discussion des très nombreuses observations nous conduit a voir là une sorte de continent en formation, scorie nouvellement éclose

sur la surface mobile, encore liquide et chaude du géant Jupiter. Mais cette tache oscille sensiblement et semble une île flottante.

Ajoutons que ce vaste monde, comme le Soleil, ne tourne pas tout d'une pièce. On remarque huit courants différents à sa surface. Le plus rapide est celui de la zone équatoriale, qui accomplit sa révolution en 9 heures 50 minutes 29 secondes. Un point situé à l'équateur est donc emporté avec une vitesse de 12,500 mètres par seconde, et c'est cette rapidité vertigineuse de la rotation de Jupiter qui a produit l'aplatissement des pôles. De l'équateur aux pôles, la vitesse des courants diminue irrégulièrement, et la différence est de cinq minutes environ entre la durée du mouvement du courant équatorial et celle des courants Nord et Sud. Mais, ce qu'il y a de plus curieux encore, c'est que la vitesse de mouvement d'un même courant est elle-même soumise à certaines fluctuations ; ainsi, depuis un quart de siècle, le courant équatorial a progressivement ralenti sa marche. En 1879, la durée de rotation était de 9 heures 49 minutes 59 secondes, et, maintenant, elle est, comme nous venons de le voir, de 9 heures 50 minutes 29 secondes, ce qui représente un ralentissement sensible. La rotation de la tache rougeâtre, à vingt-cinq degrés de latitude australe, s'effectue en 9 heures 55 minutes 40 secondes, et varie elle-même.

Nous nous trouvons en présence d'un monde bien étrange. C'est le monde de l'avenir.

Ce géant gravite dans l'espace accompagné d'un cortège de neuf satellites, dont quatre très gros, que voici :

Distances Noms à la surface de Jupiter Tempa des révolutions

i Io 419.450 kilomètres 1 jour 18 heures

it Europe 667.000 — 3 jours 13 —

m Ganymède. ... 1 064.000 — 7 — 4 —

v Callisto .... 1.871.000 — 16 — 16 —

Ces quatre principaux satellites de Jupiter ont été découverts en même temps, les mêmes soirs (7, 8 et 9 janvier 1610), par les deux astronomes qui dirigèrent une lunette vers Jupiter: Galilée en Italie et Simon Marius en Allemagne. Ils sont visibles, en effet, dans la plus petite lunette. Le troisième est le plus volumineux.

Le 9 septembre 1892, Barnard, à l'Observatoire Lick (Californie), a découvert un nouveau satellite tout à fait minuscule et très proche de la gigantesque planète. C'est le cinquième par la date de sa découverte.

Les VIe- et viie ont été découverts en 1904 et 1905 par Perrine aux Etats-Unis; le vme en 1908, par Melotte en Angleterre ; le ixe en 1914, par Nicholson en Californie. Ce dernier, de 19e grandeur, est totalement invisible. Seule la photographie le montre. Ces minuscules satellites, comme le ve, n'ont d'autre désignation que le numéro d'ordre de leur découverte.

Tel est le système splendide du puissant Jupiter. Naguère encore, cette belle planète illuminait sans doute de sa propre lumière son cortège de mondes qui puisaient en elle des trésors de vie; mais, aujourd'hui, ces lunes versent à leur tour, sur le globe central éteint, la pâle et douce lumière qu'elles reçoivent de notre foyer solaire, et illuminent les courtes nuits joviennes (qui

Fig. 46. — Jupiter et ses quatre principaux satellites.

durent moins de cinq heures, à cause du crépuscule) de leurs variables clartés.

A la distance du premier satellite, Jupiter présente un disque quatorze cents fois plus vaste que celui de la pleine lune ! Quel spectacleéblouissant, quel tableau féerique doit offrir cet astre énorme aux habitants de ce petit monde ! Et comme notre Terre et notre Lune font tristefigure auprès d'un tel système, véritable miniature du grand système solaire!

Nos aïeux n'ont-ils pas été bien inspirés en» donnant â cette majestueuse planète l'attribution*

de la souveraineté de l'Olympe? Son éclat correspond à sa grandeur réelle. Sa domination, dans le ciel de minuit, est unique. Ici encore, comme pour Vénus, Mars et Mercure, l'Astronomie a créé la légende des fables mythologiques.

Ajoutons, en terminant, comme déjà nous l'avons fait remarquer plus haut (p. 143), qu'à partir de la distance de Jupiter notre Terre devient à peu près invisible pour les habitants des autres mondes.

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