‹ Astronomie des damesChapitre 23 sur 42 · LES COMÈTES LES ÉTOILES FILANTES, LES BOLIDES, LES URANOLITHES · texte numérisé non relu

LES COMÈTES LES ÉTOILES FILANTES, LES BOLIDES, LES URANOLITHES

Que de merveilles ont défilé devant nos yeux éblouis, depuis les premières pages de ces causeries ! Nous avons passé en revue la magnifique armée des étoiles qui peuplent les vastes champs des cieux; puis, successivement, nous avons admiré, non sans surprise, des soleils très différents du nôtre; et, descendant toujours des profondeurs de l'espace, franchissant d'un bond l'abîme qui nous sépare de ces lueurs mystérieuses, lointains flambeaux de nos nuits sombres, formidables soleils de l'infini, nous avons abordé notre étoile bien-aimée, l'astre du jour ardent et superbe. Nous avons, ensuite, visité sa céleste famille, son système, dont notre Terre est une île flottante . Mais cette visite serait incomplète, *i nous oubliions certains astres plus ou moins

vagabonds, qui s'approchent parfois du Soleil et de la Terre et dont quelques-uns même peuvent nous rencontrer sur leur céleste route. H s'agit d'abord des comètes, puis des étoiles filantes,, des bolides, des uranolithes.

Brillantes et rapides messagères de l'immensité, les comètes aux ailes d'or glissent légèrement dans l'espace, momentanément illuminé par leur présence . D'où viennent-elles? Où vontelles?

Combien de questions ne nous posent-elles pas, lorsqu'elles embrasent, comme un beau feu d'artifice, les hauteurs du firmament de leur étrange lumière !

Mais, d'abord, qu'est-ce qu'une comète?

Si, au lieu de vivre au temps du télescope, de l'analyse spectrale et de la photographie céleste,, nous étions antérieurs à Galilée et à l'affranchissement de l'esprit humain par l'Astronomie, nous répondrions qu'une comète est un objet de terreur, un dangereux maléfice qui apparaît aux mortels, dans la pureté des cieux immaculés, pour annoncer aux habitants de notre planète les plus épouvantables malheurs. Une comète vientelle trôner dans le firmament? Le prince régnant peut faire son testament et se préparer à mourir, Telle autre exploratrice du ciel annonce la guerrer la famine, l'arrivée de maladies épidémiques. Les astrologues avaient vraiment beau jeu, et leur

Fig. 49. — La grande Comète de 1858 passant près de l'étoile Arcturus.

esprit fécond pouvait se livrer â toutes les conjectures possibles, car les malheurs, grands ou petits, ne sont pas absolument rares en notre monde sublunaire.

Depuis l'antiquité jusqu'au milieu du siècle dernier, combien d'esprits, non des plus vulgaires, ont maudit l'apparition de ces astres chevelus, jetant la désolation dans le cœur des hommes et répandant de fatales effluves sur la tête de notre pauvre humanité ! L'histoire des superstitions et des craintes qu'elles inspiraient autrefois fournirait la matière du plus étrange des romans. Mais, d'autre part, le volume serait peut-être peu flatteur pour le bon sens de nos aïeux. Malgré tout le respect que nous devons à nos ancêtres, rappelons, un instant, les préjugés se rattachant aux plus célèbres comètes dont le passage en vue de la Terre nous a été conservé par l'histoire.

Sans remonter au déluge, nous voyons que les Romains avaient établi une relation entre la grande comète de l'an 43 avant J.-C. et la mort de César, assassiné quelques mois auparavant. C'était, disaient-ils, l'âme de leur grand capitaine, transportée au ciel pour régner dans l'em-

pyrée, après avoir régné ici-bas. Les empereurs n'étaient-ils pas dieux de la terre et des cieux?

Il est juste de reconnaître que certains esprits plus indépendants s'affranchissaient de ces préjugés, et l'on cite la réponse de Vespasien à ses amis, inquiétés par le mauvais présage d'une comète flamboyante : « Ne craignez rien, leur dit-il, cette étoile chevelue ne me regarde pas *, elle menace plutôt mon voisin, le roi des Parthes, puisqu'il est chevelu et que je suis chauve. »

En l'an 837, le ciel fut visité par une de ces mystérieuses inconnues. C'était sous le règne de Louis le Débonnaire. Dès que le roi aperçut la comète, il fît venir un astrologue et lui demanda ce qu'il fallait présumer de cette apparition. Les réponses qu'il reçut ne le satisfaisant pas, il voulut conjurer le mauvais sort en adressant des prières au ciel, en ordonnant le jeûne â toute sa cour, et en faisant bâtir des églises. Nos lectrices savent qu'il mourut, néanmoins, trois ans plus tard, en 840, et les historiens prolifèrent de cette légère coïncidence pour trouver une corrélation entre l'astre funeste et la mort du souverain. Cette comète, très fameuse dans l'histoire, n'est autre que la comète de Hallcy en Tune de ses apparitions.

Cette comète, d'ailleurs, revint explorer les environs du Soleil en 1066, au moment où Guil-

laume de Normandie faisait la conquête de l'Angleterre et allait sottement régner à Londres, au lieu de rester chez lui et d'annexer l'Angleterre, fondant ainsi, par là, l'éternelle rivalité de cette île avec la France. On attribua à la comète une heureuse influence sur la victoire d'Hastings.

Quelques siècles plus tard, elle revint de nouveau en vue de la Terre, en 1456, trois ans après la prise de Constantinople par les Turcs. L'émotion fut considérable en Europe, et l'on voyait, dans ce signe céleste, une preuve de la colère divine. L'instant était décisif ; il s'agissait de sauver les chrétiens d'une lutte où ils faiblissaient. Le pape Calixte HT ressuscita, en cette occurrence, une prière tombée en désuétude, F Angélus, et ordonna que les cloches de toutes les églises fussent sonnées chaque jour à midi, comme elles l'étaient déjà le matin et le soir, afin de réunir tous les fidèles dans une même prière contre les ennemis de l'Église.

On attribua encore, à la comète de 1500, la tempête qui causa la mort de Bartholomé Diaz, célèbre navigateur portugais qui découvrit le cap de Bonne-Espérance.

En 1528, un astre chevelu, d'aspect effroyable, terrifia notre monde, et les esprits les plus sérieux furent influencés par cette comète si menaçante qui brillait au ciel comme une « grando

épée ensanglantée ». Dans un chapitre sur les « monstres célestes », le célèbre chirurgien Ambroise Paré décrit ce phénomène effrayant en des-

Pig. 50. — Ce que nos aïeux voyaient dans une comète d'après Arabroise Paré (1528).

termes qui n'ont rien de séduisant, ni même de rassurant, et nous montre cette épée menaçante entourée de têtes coupées.

Nos pères voyaient bien d'autres prodiges dans*

le ciel : leurs petites-filles, moins crédules, s'en rendront compte par le fac-similé reproduit ci-contre des dessins publiés en Tan 1557 par Conrad Lycosthènes dans son curieux Livre des Prodiges.

La comète de 1556 coïncida avec les dernières années de Charles-Quint qui renonça au pouvoir sur ses États, si vastes que « le soleil ne s'y couchait jamais », et se retira dans un monastère où il passa le reste de ses jours en prières et en dévotions.

Certes, les comètes présentent souvent des formes étranges ; mais l'imagination est aussi vraiment bien féconde pour voir en elles les figures les plus dramatiques. Au moyen âge et°à la renaissance, ce sont des épées de feu, des croix ensanglantées, des poignards enflammés, etc. , tous objets épouvantables prêts à détruire notre pauvre race humaine ! Du temps des Romains, Pline fait, entre elles, des distinctions curieuses « Les Barbues laissent descendre leur chevelure •en forme d'une barbe majestueuse ; le Javelot semble se lancer comme un trait ; si la queue est plus courte et se termine en pointe, on l'appelle VEpée : c'est la plus pâle de toutes les comètes ; -elle a comme l'éclat d'une épée, sans aucun rayon ; le Plat ou le Disque porte un nom conforme à sa figure; sa couleur est celle de l'ambre;

— Soleil traversé d'une verce sarclante et cavaiifrs : 11 iuin IS&i.

Fig. 51. — Prodiges vus dans le ciei par nos pères.

le Tonneau a réellement la figure d'un tonneau que l'on concevrait enfoncé dans une fuméepénétrée de lumière ; la Corne imite la figure d'une corne dressée dans les airs, et la Lampe, celle d'un flambeau ardent ; la Chevaline représente une crinière de cheval que Ton agiterait violemment par un mouvement circulaire. Il y a des comètes hérissées; elles ressemblent à des peaux de bêtes garnies de leurs poils et sont entourées d'une nébulosité. Enfin, on a vu la queue de certaines comètes menacer le ciel en formede lances. »

Ces astres chevelus, qui apparaissent dans toutes les directions et dont les trajectoires sont même, parfois, perpendiculaires au plan de l'écliptique,. paraissaient n'obéir à aucune loi régulière. Au dix-septième siècle encore, le perspicace Kepler lui-même n'avait pas deviné leur véritable personnalité, et il voyait en elles, comme presque tous ses contemporains, des émanations de la. Terre, des sortes de vapeurs, se perdant dans l'espace. On ne pouvait assimiler ces astres fantastiques aux autres membres de notre belle famille solaire, où tout se passe, en général, assez régulièrement.

Et même encore, de nos jours, n'a-t-on pas vu le peuple s'affoler à la vue d'une comète flamboyante? N'a-t-on pas prédit, bien souvent, la fin du monde par une comète? Ces prédictions-

sont, pour ainsi dire, périodiques ; elles naissent chaque fois que le retour de ces formations cosmiques est annoncé par les astronomes, et, toujours elles rencontrent un certain nombre d'âmes timorées qui se lamentent sur nos destinées.

Nous savons, aujourd'hui, que ces vagabondes sont soumises aux lois générales qui régissent l'univers. Le grand Newton annonça qu'elles obéissent, comme les planètes, à l'attraction universelle; qu'elles doivent parcourir des courbes extrêmement allongées, et revenir périodiquement au foyer de l'ellipse. En se basant sur ces données, Halley calcula la marche de la comète de 1682 et constata que son mouvement offrait une telle similitude avec les apparitions <le 1531 et 1607, qu'il crut pouvoir les identifier et annoncer un retour vers Tannée 1759. Fidèle a l'appel qui lui était adressé, attirée irrésistiblement par l'astre du jour, la comète, pâle d'abord, puis frémissante, ardente, embrasée, revint à la date qui lui était assignée par le calcul, trois ans après la mort de l'illustre astronome. En brillant sur son tombeau, elle venait glorifier la puissance de la pensée humaine, arrachant au ciel ses secrets les plus insaisissables !

Cette belle comète revient, tous les 76 ans, en vue de la Terre, et s'est déjà présentée vingtquatre fois aux regards émerveillés. Elle paraît, toutefois, diminuer de grandeur. Son dernier passage a eu lieu en 1910; elle a brillé à nos yeux pendant une année et a même touché la Terre, de l'extrémité de sa queue, le 19 mai. Elle reviendra en 1986.

Fig. 52. — L'orbite d'une comète périodique.

Les comètes suivent donc des orbites très allongées, tantôt elliptiques, tournant autour du Soleil, tantôt des orbites paraboliques les lançant dans l'infini. Dans le premier cas, elles sont périodiques (fig. 52), et leur retour peut êtrecalculé. Dans le ^second, elles viennent nous surprendre sans se faire annoncer, et s'en retournent dans les abîmes de l'immensité pour ne plus jamais reparaître.

i|£ COMÈTES 211

Leur vitesse est plus rapide encore que celle des planètes : elle est égale à celle-ci multipliée par la racine carrée de 2, c'est-à-dire par 1 414 Ainsi, à la distance de la Terre au Soleil cette vitesse est de 29,500 mètres par seconde multipliée par le nombre précédent, c'est-à-dire de 41,700 mètres. A la distance de Mercure elle est de 47 x 1,414 ou de 66,460 mètres.

Parmi les nombreuses comètes observées nous n en connaissons encore qu'une vingtaine' dont 1 orbite ait pu être déterminée. La périodicité de ces astres chevelus est donc exceptionnelle surtout si l'on songe au nombre inimaginable dé comètes qui circulent dans l'immensité des cieux Kepler n exagérait rien en disant « qu'il y a autant de comètes dans le ciel que de poissons dans 1 Océan ». Ces touristes du monde sidéral forment une véritable armée et, si nous ne connaissons que leurs généraux éblouissants et tout d'or revêtus, c'est simplement parce que les plus modestes d'entre elles ne se laissent saisir que dans es lunettes astronomiques. Longtemps avant 1 lnvention du télescope, ces exploratrices du firmament erraient dans l'espace comme de nos jours, mais elles défiaient l'œil humain, trop faible pour les deviner. C'étaient, alors, des objets rares et terribles que l'on n'osait regarder en face. Aujourd'hui, on les compte par centaines; elles ont perdu de leur prestige et de

leur originalité; mais la science y gagne, puisqu'elle a ainsi doté le système solaire de membres nouveaux. Il ne se passe pas d'années sans qu'on ne signale la présence de trois ou quatre nouvelles venues. Mais les belles apparitions attirant l'attention publique par leur splendeur sont assez rares.

Ces bizarres visiteuses ne ressemblent pas aux planètes, n'ont pas un corps opaque comme la' Terre, Vénus, Mars ou toute autre planète. Ce sont des nébulosités transparentes, extrêmement légères, sans masse et sans densité. Nous en avons pris un grand nombre de photographies à mon observatoire de Juvisy : les plus petites étoiles sont visibles â travers le noyau même.

Elles nous arrivent des profondeurs de l'espace, dans toutes les directions, semblant venir se ranimer au brûlant, lumineux et électrique foyer solaire.

Attirées par un charme puissant vers cet éblouissant foyer, elles vont, curieuses et ardentes, se réchauffer â son brasier. Faibles et pâles d'abord, elles renaissent lorsque le Soleil les caresse de sa vivifiante chaleur. Leur mouvement s'accélère, elles ont hâte de se plonger entièrement dans cette radieuse lumière. Elles s'épanouissent enfin, lumineuses et superbes, lorsque l'astre du jour les pénètre de sa splendeur brûlante, les illumine d'un éclat merveilleux et les

couronne de gloire. Mais le Soleil est généreux... Après avoir comblé de bienfaits ces magnifiques papillons célestes qui voltigent autour de lui comme autour d'une flamme divine, il leur accorde la liberté de visiter d'autres cieux, d'autres univers...

La parabole originelle se change en ellipse, si l'imprudente aventurière, en glissant vers le Soleil, passe dans le voisinage d'une grosse planète, telle que Jupiter, Saturne, Uranus ou Neptune, et subit son attraction. Elle devient, alors, prisonnière de notre système et ne pourra plus s'en échapper. Après s'être réconfortée au foyer solaire, elle devra revenir au point même où elle a ressenti le premier trouble d'une nouvelle destinée. Désormais, elle appartient à notre céleste famille, et circulera le long d'une courbe fermée. Autrement, elle continue librement sa course rapide vers d'autres soleils, vers d'autres systèmes.

Généralement, l'observation télescopique montre, dans une comète, trois parties distinctes. D'abord, un point central, plus ou moins brillant, appelé le noyau, entouré d'une nébulosité nommée chevelure et prolongé par une traînée

lumineuse désignée sous le nom de queue. On appelle tète de la comète la chevelure et le noyau réunis.

On s'imagine, presque toujours, que la queue d'une comète la suit dans son cours pendant la durée de ses pérégrinations. Il n'en est rien. Cet appendice précède même, quelquefois, la comète : il est toujours opposé au Soleil, c'est-à-dire qu'il est situé sur le prolongement d'une ligne droite,

Fig. 53. — Les queues des Comètes sont opposées au Soleil.

partant du Soleil et passant par le noyau. La queue n'existe pas, tant que la comète est éloignée de l'astre du jour; mais, en s'approchant du Soleil, la nébulosité s'échauffe, se dilate, et donne naissance à ces queues lumineuses, à ces panaches fantastiques dont les dimensions varient considérablement pour chaque comète. L'épanouissement et les transformations rapides que subissent les queues font penser qu'elles

sont produites par une force répulsive émanant du Soleil, par une excitation électrique qui, sans doute, se prolonge dans Péther même. C'est comme siPhébus soufflait sur elles avec une force inouïe.

Les comètes télescopiques sont généralement dépourvues de queue, même lorsqu'elles arrivent dans le voisinage du Soleil. Elles se montrent comme de pâles nébulosités rondes ou ovales, plus condensées vers le centre, sans, toutefois, mettre en évidence un noyau distinct.

Ces astres ne sont visibles que dans une très petite partie de leur cours, lorsqu'ils arrivent non loin du Soleil et de l'orbite terrestre.

Les plus belles comètes du siècle dernier ont été celles de 1811, 1843, 1858, 1861, 1874, 1880, 1881 et 1882. La grande comète de 1811, après avoir répandu la terreur sur certaines populations, notamment en Russie, est devenue, paraîtil, la providence des vignerons. Le vin ayant été particulièrement bon et abondant cette année-là, les paysans ont attribué ces heureux résultats à l'influence de la voyageuse céleste.

En 1843, une de ces étranges messagères de l'infini a visité notre ciel. Elle était si brillante qu'elle apparut en plein jour, le 28 février, à côté du Soleil. Cette comète splendide était accompagnée d'une queue rectiligne merveilleuse mesurant 300 millions de kilomètres de longueur,

et son vol était si rapide qu'elle a contourné, en deux heures seulement, l'hémisphère solaire exposé vers son périhélie, ce qui représente une vitesse de 550 kilomètres par seconde !

Mais le fait le plus curieux est que cette radieuse apparition est passée si près du Soleil qu'elle a dû traverser ses flammes et qu'elle en est sortie saine et sauve.

Signalons comme admirable aussi, celle de 1858 (fig. 49), découverte, à Florence, par Donati. Sa queue s'étendait sur une longueur de 90 millions de kilomètres et son noyau avait un diamètre de 900 kilomètres au moins. Coïncidence curieuse T le vin a été également excellent et abondant cette année-là.

La comète de 1861 a presque rivalisé avec la précédente.

La comète de Coggia, en 1874, a été aussi très remarquable par son éclat, mais fort inférieure aux deux précédentes. Enfin, la dernière apparition, digne de renommée, a été celle de 1882. Cette magnifique comète a également frôlé le Soleil, emportée par une vitesse de 480 kilomètres par seconde; elle a traversé l'atmosphère gazeuse de l'astre du jour, puis a continué sa course à travers les champs de l'infini. Le jour même et le lendemain de son périhélie, on a pu l'observer à l'œil nu en plein jour, trônant dans le ciel à côté de l'éblouissant foyer solaire. Tou-

tefois, ce n'était encore ni celle de 1858 ni celle de 1861.

Depuis 1882, nous n'avons guère été favorisés. Nous en avons eu une fort belle en janvier 1910, mais qui n'a été visible que le matin et pendant un mois seulement. C'est surtout dans l'hémisphère austral qu'elle a pu être observée, de même que celle de 1901. Les grandes comètes semblent devenir rares.

Ces superbes astres chevelus, dont l'aspect fantastique impressionnait si vivement la vision de nos aïeux, ne sont guère redoutables. Leur masse est insignifiante ; ils semblent surtout composés de gaz extrêmement légers. L'analyse de leur lumière nous révèle un spectre qui ressemble beaucoup à celui d'un grand nombre de nébuleuses; on y constate surtout la présence du carbone et du cyanogène. Le noyau n'est pas solide et est souvent transparent.

Remarquons, toutefois, que Faction d'une comète pourrait être néfaste si l'un de ces noyaux arrivait directement sur nous. La transformation du mouvement en chaleur et la combinaison des gaz cométaires avec l'oxygène de notre atmosphère pourraient amener un incendie ou un empoisonnement général de l'atmosphère.

Mais la rencontre d'un noyau avec une planète est chose presque impossible. Ce phénomène ne se produirait que si ce noyau croisait juste l'orbite planétaire au moment précis où la planète y passe. Si l'on songe a l'immensité de l'espace, à la longueur extraordinaire du chemin parcouru par un monde dans sa translation annuelle autour du Soleil et à la vitesse de sa marche, on comprendra que cette coïncidence ne puisse que difficilement se présenter. Ainsi, sur les centaines de comètes cataloguées, quelques-unes seulement coupent l'orbite terrestre. L'une d'elles, celle de 1832, a traversé la route suivie par notre globe dans la nuit du 29 au 30 octobre de cetteannée-là ; mais la Terre n'est passée au même point que trente jours plus tard, et à la datecritique, elle était distante de la comète de plus de 80 millions de kilomètres.

Cependant, le 30 juin 1861, la Terre a traversé l'extrémité de la queue de la grande comète de cette année, et il en a été de même, pour la comète de Halley, le 19 mai 1910. Malgré les terreurs du mois de mai 1910 — et même des suicides vraiment trop prématurés — on n'a rien ressenti. C'est à peu près immatériel.

En 1872, nous devions heurter la comète de Biéla, perdue depuis 1852 ; or, nous verrons tout à l'heure que nous nous sommes tirés à notre avantage de cette situation inquiétante, parce

que cette comète est désagrégée et réduite en poussière. Nous pouvons donc dormir tranquilles sur l'avenir que nous réservent les comètes. Le fait de la destruction de l'humanité par ces boules de vent n'est pas à craindre.

Ces beautés éthérées, qui dénouent négligemment leurs blondes chevelures dans l'azur des nuits, ne pensent guère à nous. Elles semblent n'avoir d'autre préoccupation que de courir d'un soleil à l'autre, de visiter de nouveaux cieux, sans songer à l'étonnement qu'elles répandent sur notre race; elles volent, sans trêve ni repos, dans le vide des immensités ; ce sont les sportsmen (ou sports women) de l'infini...

Que de soleils, que de mondes n'ont-elles pas visités depuis l'époque de leur naissance ! Si ces belles fugitives pouvaient nous conter leur histoire, avec quel bonheur écouterions-nous les descriptions enchanteresses des* séjours variés qu'elles ont effleurés ? Mais, hélas ! ces mystérieuses exploratrices sont muettes ; elles ne laissent rien échapper de leurs secrets, et nous devons respecter leur silence énigmatique.

Cependant, plusieurs d'entre elles nous ont laissé un modeste souvenir, un rien presque impalpable, mais suffisant pour nous permettre d'adresser un remerciement à l'aimable messagère.

Est-il, sur notre Terre, une seule personne dont le regard n'ait été frappé par ces lueurs phosphorescentes, glissant dans la nuit sombre comme de brillantes traînées dorées ou argentées, par le lumineux et éphémère sillage d'une étoile niante ?

Lorsque la nuit silencieuse couvre de ses ailes immenses la Terre assoupie, on voit parfois, dans l'ombre d'un beau soir, un point lumineux se détacher de la voûte étoilée, et, glissant légèrement parmi les constellations, aller se perdre dans l'infini. Ces petites flammes enchanteresses charment les regards, émeuvent les cœurs. Ravissants et délicats papillons célestes , ces points brillants sillonnent en tous sens l'espace, semant la fine poussière de leurs ailes d'or dans les champs du ciel. Ils meurent sitôt nés; leur vie n'est qu'un soupir, mais l'impression qu'ils produisent sur l'imagination des mortels est, parfois, très profonde.

La jeune fille qui rêve dans la paix délicieuse 4' une nuit pure et transparente sourit à cette charmante sœur du ciel. Adorable petite étoile [passagère, que vient -elle annoncer au cœur tendre et aimant? Est-elle la discrète messagère •du bonheur tant souhaité? Son apparition impré-

Elles l'associent à leurs rêves.

vue emplit Tâme d'une lueur d'espérance et la fait tressaillir. C'est comme un rayon d'or qui glisse dans le cœur, s'épanouit en lui et le fait palpiter d'une joie subite et éphémère... La radieuse étoile filante semble quitter le beau velours du ciel bleu foncé, pour répondre à l'appel d'une voix séduisante qui implorerait son secours.

Combien de secrets n'a-t-elle pas surpris, la curieuse ! Et, d'ailleurs, personne ne lui en saurait mauvais gré. N'est-elle pas l'amie des jeunes fiancées qui la guettent au passage pour lui confier leurs souhaits et l'associer à leurs rêves ? La légende nous assure que, si l'on formule un vœu pendant la durée de visibilité du météore, ce vœu sera sûrement exaucé avant la fin de l'année. Mais, entre nous soit dit, ce n'est là qu'un souvenir de l'imagination fleurie de nos grand'mères, car cette perle céleste ne prend pas une part si active aux actes de notre humanité... Et puis, essayez donc de formuler nettement un vœu en une seconde !

Il est un fait remarquable : tandis que les comètes ont si souvent semé la terreur sur notre monde, les étoiles filantes, au contraire, ont, de tous temps, été regardées avec un doux sentiment. Et, en vérité, qu'est-ce qu'une étoile filante? Ces jolies excursionnistes des plages célestes ne sont pas, comme bien on le pense, de véritables étoiles. Ce sont des atomes, des riens,

de minuscules fragments provenant, en général, de la désagrégation des comètes. Elles nous viennent de très loin, de milliers et de millions de kilomètres, et circulent par essaims autour du Soleil, en suivant des ellipses fort allongées, très semblables à celles des orbites cométaires. Leur vol est extrêmement rapide, et s'élève, parfois, a plus de 40 kilomètres par seconde, vitesse cométaire très supérieure, comme nous l'avons vu, à celle de notre véhicule terrestre, laquelle «est de 29 à 30 kilomètres.

Ces petits corpuscules ne sont pas lumineux par eux-mêmes ; mais, lorsque l'orbite suivie par un essaim d'étoiles filantes croise notre planète, il se produit un choc violent dont la vitesse atteint, parfois, 72 kilomètres dans la première seconde lorsque la pluie d'étoiles nous arrive de face; cependant, la vitesse moyenne ne dépasse guère 30 ou 40 kilomètres, car ces météores nous croisent presque toujours obliquement. La hauteur à leur arrivée est généralement de 110 kilomètres, et elle est de 80 kilomètres au moment de la disparition du météore; pourtant, on a observé des étoiles filantes jusqu'à 300 kilomètres.

•Le frottement causé par cette rencontre dans les hauteurs de notre atmosphère transforme le mouvement en chaleur. Les molécules s'entlamment et brillent comme de véritables étoiles, -d'un éclat souvent splendide.

Mais leur gloire est de courte durée; la chaleur excessive résultant tdu choc a vite fait de consumer le pauvre papillon céleste; ses restes s'évaporent et tombent lentement sur la Terre où ils déposent, a la surface du sol, une sorte de poussière ferrugineuse, mélangée de nickel et de carbone. Il nous en arrive environ 146 milliards par an, visibles à l'œil nu, et beaucoup plus de télescopiques; ces chutes de matières météoriques ont pour effet d'accroître insensiblement la masse de notre globe, de ralentir légèrement son mouvement de rotation et d'accélérer le mouvement de révolution de la Lune.

Quoique l'apparition d'une étoile filante soit un fait assez fréquent, observable toutes les nuits de l'année, il y a certaines époques où elles nous arrivent par essaims, de différentes régions du ciel. Les dates les plus remarquables, à cet égard, sont la nuit du 10 août et le matin du 14 novembre.

Les étoiles filantes du 10 août sont connues de tout le monde, parce qu'elles arrivent dans les belles et chaudes soirées de l'été qui favorisent, généralement, la contemplation du ciel. Le phénomène dure jusqu'au 12 et même au delà, mais le maximum a lieu le 10. Lorsque le ciel est bien pur et sans lune, on peut compter, pendant ces trois nuits, des centaines d'étoiles filantes, parfois des milliers. Elles semblent toutes émaner d'un même

Fig, 55. —Les étoiles filante du 12 novembie 17U0, d'après un dessin du temps.

point du ciel, appelé radiant, et situé, pour 1 essaim du mois d'août, dans la constellation de Persée, d'où elles ont reçu le nom de Persétdes. Nos aïeux les appelaient aussi les Larmes de saint Laurent, parce que la fête de cesaint arrive â cette date. Ces étoiles filantes: décrivent une ellipse très allongée, et l'on a pu identifier leur orbite avec celle de la grandecomète de 1862.

L'averse d'astéroïdes enflammés du 14 novembre est souvent beaucoup plus abondante que la précédente. En 1799, 1833 et 1866, les météores ont ete si nombreux qu'on les a comparés à des pluies de feu, surtout aux deux premières dates. Les descriptions nombreuses qui en ont été données débordent d'admiration et d'enthousiasme Pendant plusieurs heures, le ciel fut entièrement sillonné d'étoiles tombantes. Un navigateur anglais, Andrew Eliicot, qui en a donné le dessin reproduit plus haut, qualifie le phénomène de grandiose et d'effrayant (12 novembre 1799 3 heures du matin). Il en fut de même le 13 novembre 1833. On a évalué à .240,000 le nombre des météores qui ont sillonné le ciel pendant cette nuit-là! Ces étoiles filantes ont reçu le nom de Léonides, parce que leur radiant est situé dans la constellation du Lion.

Cet essaim suit la même orbite que la comète de 1866, qui s'éloigne jusqu'à la distance d'Uranus

et revient près du Soleil tous les trente-trois ans.

Fig. 56. — Bolide observé à l'Observatoire de Juvisy, le 10 août 1899.

On était donc en droit d'espérer une nouvelle

apparition splendide pour 1899; mais l'attente des astronomes a été déçue. Tous les préparatifs exécutes pour recevoir dignement ces voyageuses célestes, n'ont pas donné ce que l'on espérait. Les observations faites dans les observatoires ou en ballon n'ont permis d'enregistrer qu'un petit nombre de météores. Le maximum a eu lieu le 13. Dans cette nuit-là, on a compté environ 200 étoiles filantes. Il y en a eu davantage en 1900, 1901 et surtout 1902. Cet essaim s'est déplacé.

La nuit du 27 novembre est également visitée par de nombreuses étoiles filantes provenant de la célèbre comète de Biéla désagrégée. Cet astre cométaire, découvert par Biéla en 1827, accomplissait sa révolution en six ans et demi, et, jusqu'en 1846, il se rendit fidèlement à l'appel des astronomes attendant son retour ûxè par le calcul. Mais, le 13 janvier 1846, l'exploratrice céleste se brisa en deux; chaque fragment voyagea de son côté pour revenir en vue de la Terre, en 1852. Ce fut leur dernier retour; cette année-là, on put encore observer les deux comètes jumelles, pâles et faibles. Bientôt, elles s'enfoncèrent dans la nuit profonde de l'infini, pour ne plus jamais reparaître. Vainement on les attendit et l'on désespérait d'elles lorsque le 27 novembre 1872, au lieu de la comète morcelée, on reçut une magnifique pluie d'étoiles filantes. Elles glis-

saient dans l'azur, aussi nombreuses que les flocons d'une averse de neige. Le même phéno-

Fig. 57. — Explosion d'un bolide au-dessus de Madrid, le 10 lévrier 1896.

mène s'est reproduit le 27 novembre 1885 et a tonfirmé l'hypothèse de la destruction et de la

désagrégation de la comète de Biéla en étoiles filantes.

Il existe une grande variété dans l'éclat des étoiles filantes, depuis les faibles lueurs télescopiques qui sillonnent les cieux comme des éclairs, jusqu'aux bolides enflammés qui grondent dans l'atmosphère. En effet, on donne le nom de bolide h un corps lumineux semblable à une étoile filante mais beaucoup plus brillant. Notre figure 5C> •en offre un exemple : elle représente un bolide que nous avons observé à l'Observatoire de Juvisy pendant la nuit du 10 août 1899 : il arrivait de Cassiopée et éclata dans Céphée.

Ce phénomène se produit aussi bien le jour ■que la nuit. Il est souvent accompagné d'une ou plusieurs explosions dont les détonations sont, parfois, perceptibles à de grandes distances, et d'une chute de météorites. Le globe de feu éclate, se sépare en fragments lumineux, lancés dans toutes les directions. Les diverses parties du bolide tombent à la surface de la Terre, sous forme d'aérolithes, ou, plutôt, d'uranolithes, puisqu'ils arrivent des profondeurs de l'espace, et non de notre atmosphère.

De toute antiquité, on a constaté des chutes d'uranolithes auxquelles sont rattachées des croyances populaires, et les Grecs avaient même

Fig. 58. — Le Bolide de Raphaël {Madone de Foligno).

donné au fer le nom de Sidéros, le premier fei employé ayant été du fer sidéral.

Il ne se passe pas d'années sans que l'on n'ait a noter plusieurs chutes d'uranolithes, et, parfois, ces phénomènes ont causé une grande frayeur à leurs témoins. L'une des explosions les plus curieuses est celle qui se produisit au-dessus de Madrid, le 10 février 1896, et dont un fragment, qui m'a été adressé par M. Arcimis, directeur de l'Institut météorologique, est tombé justement devant le musée national. Le phénomène s'est produit à 9 heures et demie du matin, par un soleil radieux; l'éclair de l'explosion a été si éblouissant qu'il illumina même l'intérieur des maisons ; un effroyable coup de tonnerre fut entendu 70 secondes après, et l'on crut à une explosion de dynamite : le bolide avait éclaté à 23 kilomètres de hauteur et avait été vu jusqu'à 700 kilomètres de Madrid !

Dans l'un des plus beaux tableaux de Raphaël (la Madone deFoligno), on remarque, sous un arcen-ciel, un bolide, dont l'artiste a voulu conserver le souvenir, qui était tombé près de Milan, le 4 septembre 1511. Ce tableau est de 1512.

Les dimensions des météorites varient considérablement; on en voit de toutes les grosseurs : depuis la poudre impalpable de la poussière qui voltige dans l'air, jusqu'aux blocs énormes exposés au Muséum d'Histoire naturelle de Paris.

Page 1