HUITIÈME LEÇON
Notre grand voyage céleste nous amène à notre petite planète, à ce globe qui gravite entre Mars et Vénus (entre la guerre et Famour), et qui circule, comme ses frères du système solaire, autour du colossal Soleil.
La Terre ! Ce mot évoque en nous l'image de la vie, et nous représente le théâtre de notre activité, de nos ambitions, de nos joies et de nos souffrances... Ne représente -t-il même pas, aux yeux ignorants, le monde tout entier ?
Et pourtant, qu'est-ce que la Terre ?
La Terre est un astre du ciel. Nous l'avons vu dès notre première leçon. C'est un globe de matière opaque, semblable aux planètes Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, etc.. décrites précédemment. Isolé de toutes parts dans l'espace, il roule autour du Soleil, le long d'une vaste orbite quV
parcourt en une année. Tout en glissant ainsi dans le réseau de l'attraction solaire, la boule terrestre tourne rapidement sur elle-même : en vingt-quatre heures.
Ces allégations peuvent paraître douteuses au premier abord, et en contradiction avec le témoignage de nos sens.
Que la Terre soit un globe, une sorte de boulet auquel nous adhérons, personne ne peut en douter maintenant que l'on a parcouru sa surface en tous sens. Les voyages autour du monde sont aujourd'hui assez fréquents, et tous démontrent avec l'évidence la plus complète la sphéricité de la Terre. D autre part, la courbure des mers en est une preuve non moins certaine. Lorsqu'un navire arrive à la ligne bleue sombre qui paraît séparer l'océan du ciel, il semble posé sur l'horizon. Mais peu â peu, en s'éloignant, il s'enfonce en descendant au delà de la ligne d'horizon; les sommets des mâts disparaissent les derniers. Pour l'observateur placé sur le navire, le phénomène est le même. Les plages basses disparaissent d'abord, tandis que les falaises élevées et les montagnes restent plus longtemps visibles.
L'aspect du ciel nous donne aussi une autre preuve de la rotondité de la Terre. Si l'on se dirige vers le Nord ou vers le Sud, on découvre en s'avançànt dans un sens ou dans l'autre, de
nouveaux astres qui s'élèvent de plus en plus au-dessus de l'horizon, et l'on perd de vue les étoiles qui brillaient sur les latitudes dont on s'éloigne. Si la surface terrestre était plate, le navire sur la mer resterait visible autant que notre vue pourrait vaincre la distance, et tous les astres du ciel seraient également visibles des différentes parties du monde.
Enfin, pendant les éclipses de Lune, l'ombre projetée par la Terre sur notre satellite est toujours ronde. C'est encore une autre preuve de la sphéricité du globe terrestre.
Nous disons aussi que la Terre est un astre du ciel, tout comme les autres planètes de la grande famille solaire. Ces planètes, sœurs de notre monde, nous les voyons circuler sous la voûte étoilée, comme des points lumineux d'un éclat parfois éblouissant. Ce sont pour nous de merveilleux oiseaux célestes qui planent dansl ether, soutenus par des ailes invisibles. Eh bien, il en est de même de la Terre. Elle n'est supportée par rien. Semblable à la bulle de savon qui s'irise des tons les plus charmants sous les rayons du soleil, ou mieux encore, à l'aérostat fendant rapidement les airs, elle est isolée de toute espèce de point d'appui .
Certains esprits ont peine à s'imaginer cet isolement, parce qu'ils se forment une fausse idée de la pesanteur.
Les astronomes de l'antiquité, devinant cet isolement, ne savaient comment empêcher la Terre de tomber ; ils se demandaient avec anxiété quels étaient les liens formidables capables de retenir ce bloc d'un poids non négligeable. On l'avait d'abord fait flotter sur les eaux, comme une île ; on l'avait ensuite supposée soutenue par de solides piliers, ou même sur des tourillons placés aux deux pôles. Mais sur quoi tous ces soutiens imaginaires auraient-ils été établis? Il fallut se résoudre à abandonner tous ces prétendus fondements de la Terre et à reconnaître en elle un globe isolé de toutes parts. L'illusion des anciens, qui est encore celle d'un grand nombre de citoyens de notre globule, provient, disons-nous, d'une fausse conception de la pesanteur.
La pesanteur ou l'attraction sont une seule et même force.
Un corps ne peut tomber que lorsqu'il est attiré, sollicité par un corps plus important. Or, de quelque côté que nous nous dirigions sur le globe, nous avons toujours les pieds en bas. Donc, le bas, c'est le centre de la Terre.
Le globe terrestre peut être considéré comme une énorme boule d'aimant, et son attraction nous retient à sa surface. Nous pesons vers le centre. Nous pouvons parcourir cette surface en tous sens, nos pieds restent toujours en bas,
quelle que soit la direction de notre marche. Pour nous, le bas, c'est l'intérieur de la planète, et le haut, c'est l'immensité des cieux qui s'étend audessus de nos têtes, tout autour du globe.
Ceci étant bien compris, où voudrait-on que la Terre tombât? Cette question devient absurde. Le bas étant dirigé vers le centre, il faudrait qu'elle tombât en dehors d'elle-même.
Représentons-nous donc la Terre comme une vaste sphère, détachée de tout ce qui existe autour d'elle dans l'infini des cieux. On appelle antipode un lieu diamétralement opposé à un autre. La Nouvelle-Zélande est à peu près l'antipode de la France. Eh bien, les habitants de la Nouvelle-Zélande et les Français ont le haut réciproquement opposé, et les pieds, ou le bas également, diamétralement opposé. Et pourtant, pour les uns comme pour les autres/ le bas,' c'est le sol où ils sont retenus, et le haut, c'est l'espace qui règne au-dessus de leurs têtes.
La Terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures. Nous appelons haut, à midi par exemple, tout ce qui est au-dessus de nous; douze heures plus tard, à minuit, nous donnerons la même qualification à la direction de l'espace qui se trouvait à midi sous nos pieds. Ce qui est dans le ciel, au-dessus de nos têtes, à une certaine heure, est sous nos pieds, et cependant toujours ■dans le ciel, douze heures après. Notre position,
par rapport à l'espace qui nous environne, change d'heure en heure, et le haut et le bas varient aussi relativement à nous.
Notre planète est donc une boule, légèrement
aplatie aux pôles (de ^ environ). Son diamètre,
à l'équateur, est de 12,742 kilomètres; d'un pôle à l'autre, il est un peu plus petit, à cause de l'aplatissement des calottes polaires; la différence est de 43 kilomètres.
Sa circonférence est de 40,000 kilomètres. Cette boule est entourée d'une enveloppe aérienne, de l'atmosphère, dont la hauteur n'est pas inférieure â 300 kilomètres d'après l'observation de certaines étoiles filantes.
Cette couche d'air au fond de laquelle nous vivons est, comme tout le monde le sait, colorée d'une belle teinte azurée, qui semble nous séparer des profondeurs sidérales et étend au-dessus de nos têtes une sorte de voûte souvent occupée par des nuages et qui donne l'illusion d'être posée au loin sur le pourtour de l'horizon. Mais ce n'est là qu'une illusion. Il n'y a, en réalité, ni voûte ni horizon : l'espace est ouvert dans toutes les directions. Si l'atmosphère n'existait pas, ou si elle était tout à fait transparente, nous verrions les étoiles le jour comme la nuit, car elles demeurent constamment autour de nous, à midi comme à minuit, et on peut les voir en
plein jour, à l'aide des instruments astronomiques; parfois même certains astres (la radieuse Vénus et l'éblouissant Jupiter) percent le voile atmosphérique pour se laisser apercevoir en plein jour à l'oeil nu.
La surface terrestre est de 510 millions de kilomètres carrés. Les eaux de l'océan couvrent les trois quarts de cette étendue, soit 383,200,000 kilomètres carrés, et les continents n'occupent que 136,600,000 kilomètres carrés. La France représente â peu près la millième partie de la superficie totale du globe.
Malgré les aspérités des montagnes aux pics menaçants, malgré les abîmes creusés par les mers, le globe terrestre est â peu près régulier, et relativement â son volume sa surface est plus unie que la peau d'une orange. Les plus hauts sommets de l'Himalaya, les plus grandes profondeurs des sombres océans, n'atteignent pas la millième partie de son diamètre.
Comme poids, la Terre pèse cinq fois et demie plus que ne pèserait un globe d'eau de sa dimension, c'est-à-dire :
6,957,930,000,000,000,000,000,000 kilogrammes.
L'enveloppe atmosphérique dont elle est entourée représente :
6,263,000,000,000,000,000 kilogrammes.
Chacun de nous porte sur ses épaules une
pression de 17,000 kilogrammes en moyenne. Certaines personnes pourront se demander comment nous ne sommes pas écrasés par ce poids disproportionné à nos forces, et qui, pourtant, nou& paraît insensible. C'est parce que le fluide aérien renfermé dans notre corps exerce une pression égale et opposée à ]a pression atmosphérique extérieure, et que ces pressions se font équilibre. La Terre n'est caractérisée par aucune différence essentielle et privilégiée relativement aux autres mondes de notre système. Comme Vénus, aux rayons limpides, comme l'éclatant Jupiter,, comme toutes les planètes, elle vogue à travers l'espace, emportant clans l'infini nos espoirs et nos destinées. Plus grosse que Mercure, Vénus et Mars, elle fait une bien modeste figure en comparaison de l'énorme Jupiter, du système étrange de Saturne, d'Uranus et même de Neptune. Son plus grand intérêt pour nous est de nous servir de résidence, et nous la remarquerions à peine si nous n'avions pas le plaisir de l'habiter. Obscure en elle-même, elle brille de loin comme une étoile, renvoyant dans l'espace la lumière qu'elle reçoit du Soleil. A la distance de notre satellite, elle brille comme une lune énorme, 14 fois plus large et plus lumineuse que notre douce Phébé. Observée de Mercure ou de Vénus, elle embellit le ciel deminuit de son étincelante clarté, comme Jupiter le fait pour nous. Vue de Mars, c est une bril-
lante étoile du matin et du soir, offrant des phases comme Mars et Vénus nous en présentent, A la distance de Jupiter, le globe terrestre n'est plus guère qu'un point insignifiant, presque constamment perdu dans le rayonnement solaire. Quant aux Saturniens, aux Uraniens et aux Neptuniens, s'ils existent, ils nous ignorent probablement. Et il en est ainsi, à plus forte raison, pour tout le reste de l'univers.
Ne nous illusionnons donc pas sur l'importance de notre monde natal. Certes, la Terre ne manque pas de charmes, avec ses plaines verdoyantes, émaillées des tons délicieux d'une végétation robuste et variée, avec ses plantes et ses fleurs, ses printemps et ses oiseaux, ses rivières limpides serpentant à travers les prairies, ses montagnes couvertes de forêts, ses mers vastes et profondes, animée par l'infinie variété des espèces vivantes. Le spectacle de la nature est beau, superbe, admirable et merveilleux, et il nous semble que cette terre emplit l'univers et lui suffit. Le Soleil, la Lune, les étoiles, les cieux sans bornes semblent avoir été créés pour nous, pour charmer nos regards et nos pensées, illuminer nos jours et verser sur nos nuits une douce clarté. C'est là une agréable illusion de nossens. Si notre humanité venait â s'éteindre, lesautres terres du ciel, Vénus, Mars, etc., n'en continueraient pas moins à graviter dans lea
cieux, ainsi que notre planète défunte, et la fin de la vie humaine, pour laquelle tout nous paraît créé, ne serait même pas aperçue de ces autres mondes, nos voisins pourtant. Il n'y aurait aucune révolution, aucun cataclysme. Les étoiles brilleraient toujours dans le firmament, comme elles le font aujourd'hui, versant dans l'immensité des Cieux leur divine clarté. Rien ne serait changé dans l'aspect général de l'univers. La Terre n'est qu'un modeste atome, perdu dans l'innombrable armée des mondes et des soleils qui peuplent l'infini.
Tous les matins, nous voyons le Soleil se lever à l'Orient, embrasant de ses feux ardents le ciel ébloui de ses rayons. Il monte dans l'espace, atteint à midi un point culminant, et descend ensuite vers l'Occident, pour s'enfoncer, le soir, dans la pourpre du couchant.
Aussitôt, les étoiles, splendides phares des Cieux, paraissent â leur tour. Nous les voyons également se lever à l'Est, atteindre aussi les hauteurs de la voûte céleste et se diriger vers 1 Ouest où elles disparaissent. Tous les astres, ^Soleil, Lune, planètes, étoiles, semblent tourner «n 24 heures autour de nous.
Ce voyage des astres autour de nous n'est qu'une illusion de nos sens.
Que la Terre soit en repos, et le ciel animé d'un mouvement de rotation autour d'elle, ou, au contraire, que les étoiles soient fixes, et la Terre en mouvement, pour nous, dans les deux cas, les apparences sont les mêmes. Si la Terre tourne, emportant dans son mouvement tout ce qui lui appartient : les eaux, l'atmosphère, les nuages, et nous-mêmes, nous ne pouvons nous en apercevoir, car tous les objets qui nous entourent conservent entre eux leurs positions respectives. Il faut donc nous en rapporter à la logique et raisonner ces deux hypothèses.
Pour que ce rapide voyage du Soleil et des étoiles autour de la Terre pût s'accomplir, il faudrait que tous les astres du ciel fussent en quelque sorte attachés à une voûte ou à des cercles, comme on le pensait autrefois. Cette conception est enfantine. Les peuples de l'anti quité n'avaient aucune idée de la grandeur de l'univers, et leur erreur est presque excusable.
La distance séparant le ciel des enfers avait été mesurée, selon Hésiode, par l'enclume de Vulcain qui serait tombée du ciel sur la Terre en 9 jours et 9 nuits, et aurait mis le même temps pour continuer son voyage de la surface de la Terre jusqu'au fond des enfers.
Aujourd'hui, nous avons une idée plus exacte
de la grandeur de l'univers. Nous savons que des millions et des trillions de kilomètres séparent les astres entre eux. Or, en représentant ces distances, nous pouvons nous rendre compte de la difficulté qu'il y aurait à admettre la rotation de l'univers autour de la Terre.
La distance d'ici au Soleil est de 149 millions de kilomètres. Pour tourner en 24 heures autour de la Terre, cet astre devrait voler dans l'espace avec une vitesse de plus de dix mille kilomètres par seconde!
Oui, le Soleil, cet astre splendide, source de notre existence et de celle de toutes les planètes, ce globe colossal, plus d'un million de fois plus volumineux que la Terre et 332,000 fois plus lourd, devrait accomplir cette immense révolution pour tourner autour du point minuscule qu'est notre monde lilliputien ! (V. p. 115.)
Ceci suffirait déjà pour nous convaincre de l'illogisme d'un tel raisonnement. Mais le Soleil n'est pas seul dans le ciel. Il faudrait supposer en mouvements fantastiques toutes les planètes, toutes les étoiles.
Jupiter est environ cinq fois plus loin que le Soleil : sa vitesse devrait être de 53,000 kilomètres par seconde.
Neptune, trente fois plus éloigné, devrait parcourir 320,000 kilomètres par seconde.
L'étoile la plus proche, Alpha du Centaure,
située à une distance 275,000 fois supérieure à celle du Soleil, devrait courir, voler dans l'espace, avec une vitesse de 2 milliards 941 millions de kilomètres par seconde !
Toutes les étoiles sont incomparablement plus éloignées encore, jusqu'à l'infini.
Et cette rotation fantastique devrait s'accomplir autour d'un point minuscule !
Poser ainsi le problème, c'est le résoudre. A moins de nier les mesures astronomiques et les opérations géométriques les plus concordantes, le mouvement de rotation diurne de la Terre est une certitude.
Supposer que les astres tournent autour de la Terre, c'est supposer, comme l'a écrit un auteur humoristique, que pour rôtir un faisan on aurait fait tourner autour de lui la cheminée, la cuisine, la maison et tout le pays.
Si la Terre tourne en vingt-quatre heures sur elle-même, un point situé sur l'équateur parcourra simplement 465 mètres par seconde. Cette vitesse, considérable en comparaison des mouvements observés à la surface de notre planète, n'est rien auprès de la rapidité fantastique avec laquelle le Soleil et les étoiles devraient se mouvoir pour tourner autour d'elle.
Nous avons donc à choisir entre ces deux hypothèses : ou bien faire tourner le ciel entier autour de nous en vingt-quatre heures, ou bien suppo-
ser notre globe animé d'un mouvement de rotation sur lui-même. Pour nous, l'impression est la même, et comme le mouvement de la Terre nous est insensible, son immobilité nous semblerait presque naturelle. C'est donc, en définitive, ici comme en bien des circonstances, le simple bon sens qui doit décider. C'est fait depuis longtemps pour la science. De plus, tous les progrès de l'Astronomie ont confirmé le mouvement de rotation de la Terre en vingt-quatre heures, son mouvement de révolution autour du Soleil, en un an, en même temps qu'ils ont fait découvrir pour notre planète errante un grand nombre d'autres mouvements.
Les savants philosophes de l'antiquité avaient deviné le double mouvement de notre planète. Les disciples de Pythagore l'enseignaient il y a plus de deux mille ans, et les auteurs anciens citent entre autres Nicétas de Syracuse et Aristarque de Samos, comme ayant été les promoteurs de la doctrine du mouvement de la Terre. Mais à cette époque lointaine on n'avait aucune idée des distances réelles des étoiles, et le raisonnement ne paraissait pas basé sur des preuves suffisantes. Ptolémée, après avoir discuté pendant longtemps le mouvement diurne de notre planète, le réfute en opposant comme raison principale que si la Terre tournait, les objets non fixés à sa surface paraîtraient se mouvoir en
sens contraire, et qu'un corps lancé en l'air devrait retomber à l'Ouest de son point de départ, la Terre ayant tourné pendant ce temps-là d'occident en orient. Cette objection est sans 'valeur, car la Terre est propriétaire non seulement de tous les objets fixés à son sol, mais aussi de l'atmosphère, des nuages qui l'enveloppent comme un voile léger et de tout ce qui existe à sa surface. L'atmosphère, les nuages, les eaux de l'Océan, les êtres et les choses, tout lui est adhérent et fait corps avec elle, participe â son mouvement, comme il nous arrive à nous-mêmes dans le compartiment d'un wagon ou dans la nacelle d'un aérostat. Lorsque, par exemple, nous laissons tomber un objet de cette nacelle, cet objet, animé de la vitesse acquise, ne tombe pas au point situé au-dessous de l'aérostat, mais suit le ballon, comme s'il glissait le long d'un fil. J'en ai fait plus d'une fois l'expérience pendant mes voyages aériens.
Aussi, l'hypothèse du mouvement de la Terre est-elle devenue une certitude. Mais en dehors du raisonnement, les preuves directes ne manquent pas.
1° La forme sphéroïdale de la Terre, légèrement aplatie aux pôles et renflée à l'équateur a été produite par le mouvement de rotation, par la force centrifuge qu'il engendre.
2° En vertu de cette force centrifuge, dont on
constate le maximum à l'équateur, les objets perdent un peu de leur poids à mesure que l'on s'éloigne de ces contrées polaires où la force centrifuge est à peu près nulle.
3° En raison de cette même force centrifuge, la longueur du pendule à secondes est plus courte à l'équateur qu'à Paris, et la différence est de 3 millimètres.
4° Un poids abandonné à lui-même tombant d'une certaine hauteur, devrait suivre la verticale si la Terre était immobile. Or, l'expérience renouvelée plusieurs fois, montre une légère déviation à l'orient du fil à plomb marquant la verticale. Je l'ai notamment constaté au Panthéon, dans des expériences toutes récentes.
5° La magnifique expérience de Foucault au Panthéon, que nous avons renouvelée sous les auspices de la Société Astronomique de France, témoigne à tous les yeux du mouvement de rota tion de la Terre. Une boule assez lourde (28 kilog.), est suspendue au dôme de l'édifice par un fil d'acier extrêmement fin. Quand le pendule est en mouvement, une pointe attachée au-dessous de la boule marque son passage sur deux petits monticules de sable disposés à quelques mètres du centre. A chaque oscillation, cette pointe entame le sable, et l'échancrure va en s'allongeant graduellement vers la droite d'un observateur placé au centre du mouvement du pen-
dule. Pourtant le plan des oscillations reste fixe, mais la Terre tourne au-dessous, d'Occident en Orient. Le principe fondamental de cette expérience est que le plan dans lequel on fait osciller un pendule reste invariable même lorsqu'on fait tourner le point de suspension. Cette démonstration permet; en quelque sorte, de voir tourner la Terre sous nos pieds.
Les déplacements apparents annuels des étoiles confirment, d'autre part, le mouvement de la Terre autour du Soleil. Pendant le cours de l'année, les étoiles les moins éloignées de notre province solaire semblent tracer dans le ciel de minuscules ellipses de perspective. Ces petites variations apparentes observées dans la position des plus proches, reproduisent en perspective la translation annuelle de la Terre autour de l'astre du jour.
Nous pourrions ajouter encore d'autres observations tout à fait en faveur de ce double mouvement; mais les preuves qui viennent d'être présentées sont suffisamment convaincantes pour ne laisser aucun doute dans l'esprit de nos lectrices.
Ces deux mouvements ne sont pas les seuls dont notre globe soit bercé dans l'espace. A sa rotation diurne et à sa rotation annuelle, nous pourrions ajouter encore une série de douze autres mouvements; le« uns, très lents, s'accomplissant
en plusieurs milliers d'années; les autres, plus rapides, se renouvelant constamment. Mais nous ne pouvons, en ces pages restreintes, entrer dans les détails réservés aux ouvrages plus complets. Notre but, ne l'oublions pas, est de résumer aussi simplement que possible, l'ensemble des connaissances astronomiques, et de n'offrir à nos lectrices que « la fleur du panier ».
Les deux principaux mouvements dont nous venons de parler nous donnent la mesure du temps, le jour de 24 heures et l'année de 365 jours un quart.
La Terre, en tournant sur elle-même en vingtquatre heures d'occident en orient, présente successivement toutes ses parties au Soleil fixe dans l'espace. Les pays illuminés ont le jour, les pays situés à l'opposé, dans l'ombre de la Terre, sont plongés dans la nuit. Les pays emportés par la Terre vers le Soleil ont le matin, ceux qu'elle entraîne vers son ombre ont le soir. Ceux qui reçoivent directement les rayons de l'astre du jour ont midi, et ceux qui sont juste à l'opposé ont minuit.
La rotation de notre planète nous donne ainsi La mesure du temps ; on l'a divisée arbitrairement
en 24 parties appelées heures; chaque heure en. 60 minutes; chaque minute en 60 secondes.
Il en résulte que chaque* pays tourne en 24 heures autour de Taxe du monde. Les diffé-
t^o«oEPR^
"'•t'c/ÏQÙJùoxi'ïxSïO***'
Fig. 60. — Mouvement de la Terre autour du Soleil.
renées d'heures entre les diverses régions de la» Terre sont donc réglées par les différences deposition géographique. Les pays situés à l'Ouest sont en retard sur nous; le soleil n'y arrivequ'après avoir brillé à notre méridien. Quand il
■est midi à Paris, il n'est que llh 51m à Londres; llh 36m à Madrid; llh 14m à Lisbonne; llh 12ra à Mogador; 7h 6m à Québec; 6h 55m à New- York; 5h 14m à Mexico, etc.. Les pays situés à l'Est sont, au contraire, en avance sur nous : quand il est midi à Paris, il est déjà midi 56 minutes à Vienne; lh 25m à Athènes; 2h 21m à Moscou; 3h 16m à Téhéran; 4h 42m à Bombay, etc. Nous parlons ici 4es heures réelles et non des heures conventionnelles nationales.
Si nous pouvions faire le tour du monde en 24 heures, en partant à midi d'un lieu quelconque pour faire le tour du globe, et en nous dirigeant vers l'Ouest avec le soleil, nous aurions toujours l'astre au-dessus de nos têtes. En faisant le tour du monde de l'Ouest à l'Est, on va audevant du soleil et Ton avance d'un jour; en partant en sens contraire, de l'Est à l'Ouest, on retarde d'un jour.
En vérité, la durée exacte de la rotation diurne de la Terre est de 23 heures 56 minutes 4 secondes. C'est le jour sidéral. Mais, tout en tournant sur elle-même, la Terre circule sur son orbite, et au bout d'une rotation diurne, elle •est encore obligée de tourner pendant 3 minutes 56 secondes pour présenter juste le même méridien au Soleil fixe qui, par suite du mouvement de translation de notre planète, se trouve un peu en retard. Le jour solaire est ainsi de
24 heures. Il y a par an 366 rotations. Revenons, à présent, aux conséquences du mouvement de la Terre ! Et d'abord, notre planète ne tourne pas droite, ni couchée, mais inclinée d'une certaine quantité : 23° 27'
Ouréedu jour le plu* long
Pôle 6 mois 85* 161 jour»
80» mjours 75» 10Î jours 10» 65 jour»
66°33- 1 jour 18h30m
12 heure»
Même progression
pour 'hémisphère austral
Fig. 61. — Inclinaison de la Terre. — L'illumination solaire au solstice de juin.
Or, pendant toute la durée de sa translation
mnuelle autour du Soleil, l'inclinaison reste la
lême. C'est ce qui produit les saisons et les cli-
lats. Les pays qui ont un cercle plus grand
parcourir dans l' hémisphère d'illumination
solaire ont des jours plus lon#s, et ceux qui
ont un cercle plus petit, des jours plus courts-, A l'équateur, il y a constamment et toute l'année 12 heures de jour et 12 heures de nuit.
En été, le pôle se présente incliné vers le Soleil, et les rayons de l'astre du jour couvrent de leur lumière l'hémisphère correspondant. Six mois plus tard, ce même hémisphère se trouve en hiver, et l'hémisphère opposé se présente à son tour au Soleil. Au 21 juin, c'est le solstice d'été pour l'hémisphère boréal, et c'est en même temps l'hiver pour le pôle austral. Six mois après, au 21 décembre, nous avons l'hiver,, tandis que l'hémisphère austral se découvre complètement au Soleil. Entre ces deux époques r lorsque l'astre radieux brille juste sur l'équateur, c'est-à-dire au 21 mars, nous avons l'équinoxe de printemps, la délicieuse saison des fleurs où toute la nature paraît enchantée et enchanteresse ; à la date du 21 septembre, nous avonsl'équinoxe d'automne, mélancolique, mais non sans charmes.
On a divisé la sphère terrestre en différentes zones auxquelles se rapportent les différences de climats :
1° La zone tropicale, dont l'étendue est de 23° 27' de part et d'autre de l'équateur. C'est la région la plus chaude. Elle est limitée par les cercles des tropiques;
2° Les zones tempérées, qui s'étendent de
23° 27' à 66° 33' de latitude et pour lesquelles le soleil se couche tous les jours ;
3° Les zones glaciales, tracées autour des pôles, à66° 33' de latitude, pour lesquelles le soleil reste constamment au-dessus ou au-dessous de l'ho-
Pôle
Pôle
Fig. 62. — Les divisions du globe. — Longitudes et latitudes.
rizon pendant plusieurs jours ou même plusieurs mois. Ces zones glacées sont limitées par les cercles polaires.
Ajoutons encore que Y axe de la Terre est une ligne droite qui est censée passer au centre du globe et aboutir en deux points diamétralement opposés appelés pôles. La rotation diurne de la Terre s'effectue autour de l'axe.
On appelle équateur un grand cercle situé
entre les deux pôles, à égale distance, et qui partage le globe en deux hémisphères. L'équateur est divisé en 360 parties ou degrés, par degrands cercles allant d'un pôle à l'autre : ce sont les longitudes ou méridiens, (voy. la fig. 62). La distance entre l'équateur et le pôle est partagée en cercles de plus en plus petits, qui ont reçu le nom de latitudes. On compte 90 degrés de part et d'autre de l'équateur, en se dirigeant soit vers le pôle Nord, soit vers le pôle Sud. Les longitudes se comptent à partir d'un point quelconque, soit à l'Est, soit â l'Ouest; les latitudes se comptent au Nord et au Sud, à partir de l'équateur. En allant de l'Est à l'Ouest, ou inversement, on change de longitude, mais lorsqu'on passe au Nord ou au Sud d'un lieu quelconque, on change de latitude.
Les cercles de latitude sont d'autant plus petits que l'on s'approche davantage des pôles. Le tour du monde est de 40,076,600 mètres à l'équateur. A la latitude de Paris (48° 50') il n'est plus que de 26,431,900 mètres. Un point situé à l'équateur a plus de chemin à parcourir pour accomplir sa rotation en vingt-quatre heures qu'un point plus rapproché du pôle.
Nous avons déjà dit que cette vitesse de rotation est de 465 mètres par seconde â l'équateur. A la latitude de Paris, elle n'est plus que de 305 mètres. Aux pôles, elle est nulle.