AUTOLYCUS
Fracastor.
Rigcioli
Aristillus.
Catherine.
Triesnecker.
Aristarque-
Cyrille.
Hyginus el sa rainure. 52 .
Atlas.
Théophile.
Proclus.
Hercule.
àrzachel.
Pline.
Endymion.
Alphonse.
Ménélas.
Burg.
Ptoléméiï:.
Manilius.
Eudoxe.
Hersghel.
Eratosthène.
Aristote.
Flammarion.
Copernic.
Cassini.
Albatégni.
Kepler.
Vallée des Alpes
HlPPABQUE.
Cléomède.
Platon.
Cette carte est renversée et montre notre satellite tel qu'il se présente dans les lunettes astronomiques. La montagne rayonnante de Tycho est en haut au lieu detre en bas.
Les progrès toujours croissants de l'optique dotent perpétuellement la Science de nouvelles découvertes, et nous pouvons dire à présent que nous connaissons la géographie de la Lune aussi bien et même mieux que la géographie de notre planète. Les hauteurs de toutes les montagnes de la Lune sont mesurées à quelques mètres près. (On ne pourrait pas en dire autant de celles de la Terre). Les plus élevées dépassent 7,000 mètres. Proportions gardées, le satellite est beaucoup plus montagneux que la planète, et les géants plutoniens sont en bien plus grand nombre là
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qu'ici. S'il y a chez nous des pics, comme le Gaorisankar, le plus élevé de la chaîne de l'Himalaya et de toute la Terre, dont la hauteur de 8,840 mètres est égale à la 1140e partie du diamètre de notre globe, on trouve sur la Lune des pics de 7,700 mètres, comme ceux de Dcerfel et de Leibniz, dont l'altitude équivaut à la 470e partie du diamètre lunaire.
La montagne de Tycho est une des plus belles de notre satellite. On la distingue â l'œil nu (et parfaitement avec une jumelle) comme un point blanc auréolant d'une sorte d'étoile la partie inférieure du disque. Au moment de la pleine lune, elle est éblouissante et projette au loin sur le globe lunaire de longs rayonnements, il en est de même du mont Copernic, dont l'éclatante blancheur étincelle dans l'espace. Mais le fait le plus curieux dans les montagnes lunaires est qu'elles sont toutes creuses et qu'on peut aussi bien les mesurer en profondeur qu'en hauteur €'est là un genre de montagnes aussi étranges pour nous que les mers sans eau ! En effet, les montagnes de la Lune sont d'anciens cratères volcaniques, sans sommets, sans couvercles.
Lorsqu'on atteint les pics les plus élevés, on trouve une large ouverture circulaire se prolongeant à l'intérieur de la montagne, parfois bien au-dessous des plaines a voisinantes, et comme ces cratères mesurent souvent plusieurs centaines de
kilomètres, si l'on ne veut pas en faire le tourr on est oblige, pour franchir la montagne, de descendre presque à pic dans le fond, de le traverser pour remonter sur le versant opposé et revenir par la plaine. Voilà, sans contredit, des excursions alpestres qui mériteraient le titre d'ascensions périlleuses !
Aucune contrée de la Terre ne peut nous donner une idée do l'état du sol lunaire : jamais terrains no furent plus tourmentés; jamais globe ne fut plus profondément déchiré jusque clans ses entrailles. Les montagnes présentent des amoncellements de rochers énormes tombés les uns sur les autres , et autour de cratères effrayants qui s'enchevêtrent les uns dans les autres, on ne voit que des remparts démantelés, ou des colonnes de rochers pointus ressemblant de loin à des flèches de cathédrales sortant du chaos.
Il n'y a pas d'atmosphère, avons-nous dit, ou du moins, si peu, et seulement au fond des vallées, que c'est insensible. Jamais de nuages, de brouillards, de pluie ni de neige. Le ciel est un espace toujours noir, sans voûte, constamment constellé d'étoiles, de jour comme de nuit.
Supposons que nous arrivions au milieu de ces steppes sauvages vers le commencement du jour : le jour lunaire est quinze fois plus long que le nôtre, puisque le soleil met un mois a éclairer le tour entier de la Lune; on ne compte pas
moins de 354 heures depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Si nous arrivons avant le
rig. 12. — Les Apennins lunaires.
lever du soleil, l'aurore n'est plus là pour l'annoncer, car sans atmosphère il n'y a aucune
espèce de crépuscule. Tout d'un coup, de l'horizon noir, s'élancent les flèches rapides de la lumière solaire, qui viennent frapper les sommets des montagnes, pendant que les plaines et les vallées restent dans la nuit. La lumière s'accroît lentement, car tandis que sur la Terre, dans les latitudes centrales, le soleil n'emploie que deux minutes un quart pour se lever, sur la Lune il •emploie près d'une heure, et, par conséquent, la lumière qu'il envoie est très faible pendant plusieurs minutes et ne s'accroît qu'avec une extrême lenteur. C'est une espèce d'aurore, mais qui est de courte durée, car lorsque, au bout d'une demi-heure, le disque solaire est déjà levé •de moitié, la lumière paraît presque aussi intense à l'œil que lorsqu'il est tout entier au-dessus de l'horizon; l'astre radieux s'y montre avec ses protubérances et son ardente atmosphère. Il s'élève lentement, comme un dieu lumineux, au fond du ciel toujours noir, ciel profond et sans forme, dans lequel les étoiles continuent de briller pendant le jouç, car elles ne sont pas cachées par un voile atmosphérique comme celui qui nous les dérobe dans la lumière diurne.
L'absence d'atmosphère sensible doit produire là pour la température un effet analogue à celui que l'on remarque sur les hautes montagnes de notre globe, où la raréfaction de l'air ne permet pas à la chaleur solaire de se concentrer à la sur-
face du sol, comme au fond de l'atmosphère, qui agit à la façon d'une serre : la chaleur du Soleil n'est conservée par rien et rayonne sans cesse vers l'espace. Il est probable que le froid y est
Fig. 73. — Le cirque lunaire Flammarion.
constamment très rigoureux, non seulement pendant ces nuits quinze fois plus longues que les nôtres, mais même pendant les longues journées ensoleillées.
Nous avons représenté ici en deux dessins différents ces curieux aspects de la topographie lunaire. Le premier (fig. 72) est pris dans la région des Apennins et montre une longue chaîne de montagnes au-dessous de laquelle se creusent trois cirques profonds : Archimède, Aristillus et Autolycus ; le second (fig. 73) montre le cirque Lunaire Flammarion (*) dont le contour est formé de remparts démantelés et dont le fond est parsemé de petits cratères. Le premier de ces deux dessins a été fait en Angleterre, par Nasmyth; le second en Allemagne, par Krieger : ils ■donnent l'un et l'autre exactement l'idée de ce que l'on voit au télescope sous divers modes d'éctairement solaire.
Dans le ciel toujours noir et toujours étoile de la Lune, on admire constamment, de jour connue de nuit, un astre majestueux, que l'on ne voit pas de la Terre, et qui offre cette particularité d'être immobile dans le ciel, tandis que tous les autres passent derrière lui, et d'être d'une grandeur apparente considérable. Cet astre, environ quatre fois plus large que la Lune en diamètre, «t de treize à quatorze fois plus étendu en surface,
* iNos lectrices sont priées de ne pas parler de cette propriété, car la Commission du Budget, à bout de ressources, pourrait bien avoir l'idée de l'imposer d'une contribution inattendue. Ce cirque, dont les astronomes m'ont fait don en 1887, se trouve vers le -centre du disque lunaire, au nord de Ptolémée et d'Herscliel. Il mesure 90 kilomètres de diamètre, soit 636.000 hectares.
-c'est notre propre Terre, qui offre à la Lune des phases correspondantes h celles que notre satellite nous présente, mais en sens inverse. Au .moment de la Nouvelle Lune, le Soleil éclaire en plein l'hémisphère terrestre tourné vers notre •satellite, et l'on a la pleine-terre ; à l'époque de la Pleine Lune, au contraire, c'est l'hémisphère
Fig. 74. — Paysage lunaire avec la Terre dans le Ciel.
non éclairé de la Terre qui est tourné vers notre satellite, et l'on a la nouvelle-terre; lorsque la Lune nous offre un premier quartier, la Terre •est cà son dernier quartier et ainsi de suite. Le tableau dessiné ici donne une idée de ces aspects. Quel curieux spectacle offre notre globe pendant cette longue nuit de quatorze fois vingtquatre heures ! Indépendamment de ses phases
qui le conduisent du premier quartiers la pleineterre pour le milieu de la nuit, et de la pleineterre au dernier quartier pour le lever du soleil, quel intérêt n'éprouverions-nous pas à le voir ainsi stationnaire dans le ciel et tournant sur lui-même en vingt-quatre heures ?
Oui, grâce à nous, les habitants de l'hémisphère lunaire tourné de notre côté sont gratifiés d'un admirable flambeau nocturne, sans doute moins blanc que le nôtre, malgré les nuages qui parsèment le globe terrestre, et nuancé d'un tendre ton d'émeraude un peu bleutée. L'astre dominant de leurs longues nuits, la Terre, leur offre des clairs de lune d'une beauté sans pareille, et, soit dit sans fausse modestie, notre présence dans le ciel lunaire doit produire des effets merveilleux, absolument féeriques.
Là-bas, on envie peut-être notre globe, séjour éblouissant dont la splendeur rayonne dans l'espace; on en voit varier la verte clarté selon l'étendue des nuages qui en voilent les continents et les mers, et l'on observe son mouvement de rotation qui découvre successivement toutes les contrées de notre planète à ses contemplateurs.
Nous parlons ici des spectacles vus de la Lune et des habitants de notre satellite comme si ces habitants existaient réellement. L'aspect stérile et désolé du monde lunaire nous porte plutôt à penser que ces habitants n'existent plus, sans
pourtant être autorisés à l'affirmer . Qu'ils aient existé, cela ne me paraît pas douteux. Les volcans lunaires ont eu une activité considérable, au sein d'une atmosphère qui a permis aux blanches cendres volcaniques d'être emportées au loin par les vents et de dessiner autour des cratères ces rayonnements étoiles qui nous frappent encore aujourd'hui. Ces cendres se sont répandues sur les terrains en épousant toutes leurs aspérités, s'entassant un peu plus du côté vers lequel elles étaient poussées. Les magnifiques photographies faites à l'Observatoire de Paris par MM. Lœwy et Puiseux mettent sous nos yeux un éloquent témoignage de ces projections. Pendant cette ère d'activité planétaire, il y avait â la surface du globe lunaire des liquides et des gaz, qui paraissent avoir été, depuis, presque complètement absorbés. Or, l'enseignement de notre propre planète nous montre que la nature ne reste nulle part inféconde, et que la production de la vie est une loi si général® et si impérieuse que la vie se développe au détriment d'elle-même plutôt que de s'abstenir. Il est donc difficile de supposer que les éléments, lunaires auraient pu rester inactifs, quand, à deux pas de là, ils montraient sur notre globe une telle fécondité. Oui, la Lune a été habitée par des êtres sans doute très différents de nous, ot peut-être l'est-elle encore, quoique ce globe
ait parcouru plus rapidement que le nôtre les phases de sa vie astrale et que la fille ait ainsi vieilli plus vite que sa mère.
La durée de la vie des mondes semble devoir être en proportion de leurs masses. La Lune s'est refroidie et minéralisée plus hâtivement que la Terre. Jupiter est encore fluide.
Les progrès de l'optique nous rapprochent déjà beaucoup de cette province voisine ! Que n'arrivons-nous encore un peu plus près !
Un grossissement télescopique de 2,000 fois
met la lune a 20QQ , ou 192 kilomètres de notre
œil. Pratiquement on ne peut encore obtenir davantage, ni par les plus puissants instruments, ni par les agrandissements photographiques. Exceptionnellement, on arrive parfois à utiliser
les grossissements de 3,000. C'est donc ^^ ou
128 kilomètres. C'est déjà là, assurément, un admirable résultat, qui fait le plus grand honneur à l'intelligence humaine. Mais c'est encore trop loin pour pouvoir rien décider au point de vue de la vie lunaire.
Si mes lectrices aiment être impressionnées par de grandioses et magnifiques spectacles, qu'elles dirigent une lunette, même très modeste (*), vers notre lumineux satellite, aux environs du premier quartier, alors qu'éclair.é
* Par exemple la petite lunette signalée à la fin de cet Ouvrage
obliquement par le soleil, le relief de sa surface se manifeste avec le plus de valeur. Oui, observez, ce monde voisin vers cette époque, à l'heure du coucher du soleil, de préférence, vous serez absolument émerveillées de sa beauté, de son éclat, de sa splendeur. Ces découpures du terminât eur, ces dentelles, ces broderies, donnent l'image d'un bijou d'argent lumineux, translucide, fluide, palpitant dans l'éther. Rien de plus beau, rien de plus pur, rien de plus célesteque ce globe lunaire planant dans l'espace silencieux et nous renvoyant comme en un rêveféerique l'illumination solaire qui l'inonde. C'est l'impression que je ressentais hier encore, en observant un grand cirque juste à demi découpé, et en suivant les progrès du soleil se levant sur l'horizon lunaire pour ces cimes argentées. Et je me disais qu'il est vraiment inconcevable que les 999,999 millionièmes des habitants de notre planète passent leur vie sans s'être jamais donné cespectacle, ni aucun de ceux que la divine Uraniejette avec tant de profusion sous les regards émerveillés des observateurs du ciel.