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CHAPITRE XIII

Des Comètes.

J^es comètes ont été long-temps un objet de terreur pour le peuple , soit à cause de la rareté de leurs apparitions , soit par leur figure extraordinaire, souvent effrayante; aujourd'hui ce ne sont plus que des planètes comme les autres, tournant autour du Soleil, et dont les retours peuvent se prédire, comme cela est vérifié par la comète de 1759 , qui avait paru en 1682, et dont on avait prédit le retour dès 1705.

L'irrégularité de leur mouvement est purement apparente ; quand on les rapporte au Soleil , on y trouve les mêmes lois ; la seule différence est que les orbites des planètes sont presque rondes , et que

celles des comètes sont beaucoup plus alongées,ensorte que celles-ci s'éloignent beaucoup et sont long-temps hors de la portée de nos yeux; de plus, l'on y oit des comètes dans tous les sens; la comète de 17^9, la plus voisine du Soleil, et la seule bien connue de toutes, est 61 fois plus éloignée dans son aphélie que dans son périhélie; elle emploie environ 76 ans à faire son tour, et nous ne pouvons l'apercevoir que pendant 6 ou 7 mois.

C'est le mouvement des comètes qui les distingue des étoiles nouvelles dont nous avons parlé; cardans celles-ci l'on n'a jamais remarqué de mouvement propre ; d'ailleurs la lumière des comètes est toujours faible et douce; c'est une lumière du Soleil qu'elles réfléchissent vers nous , aussi bien que les planètes.

On distingue principalement les comètes par ces traînées de lumière dont elles sont souvent entourées et suivies , qu'on appelle tantôt la chevelure , tantôt

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( i46) la queue de la comète ; cependant il y a eu des comètes sans queue , sans barbe , sans chevelure : la comète de i585, observée pendant un mois par Tyeho , était ronde , elle n'avait aucun vestige de queue ; seulement sa circonférence était moins lumineuse que le noyau , comme si elle n'eût eu à sa circonférence que quelques fibres lumineuses. La comète de i665 était fort claire , et il n'y avait presque pas de chevelure; enfin la comète de 1682, au rapport de Cassini, était aussi ronde etaussi claire que Jupiter ; ainsi l'on ne doit point regarder les queues des comètes comme leur caractère.

Il a paru plus de cinq cents comètes dont il est fait mention dans les auteurs ; mais il n'y en a que 9 4 qu'on ait décrites ou Observées jusqu'à cette année i8o5 , de manière à pouvoir les reconnaître quand elles paraîtront.

Il est arrivé plusieurs fois qu'on a vu plusieurs comètes en même temps ; et

( *47 ) depuis 17^8, qu'on s'oocupe à les chercher , on en a vu un grand nombre qu'on n'aurait point aperçues sans le secours des lunettes. Messier, Mechain, Bouvard et miss Herschel sont ceux qui en ont le plus découvert.

Les comètes dont l'apparition a été la plus longue sont celles qui ont paru pendant six mois ; la première , du temps de Néron, l'an 64 de notre ère; la seconde , vers-Pan 6o3 , au temps de Mahomet; la troisième, en 1240, lors de l'irruption du grand Tamerlan. De nos jours, la comète de 1729 a été observée pendant six mois, depuis le 3i juillet 1729 jusqu'au 21 janvier 1730; celle de 1769 pendant près de quatre mois.

Toutes les comètes paraissent tourner comme les autres astres, par l'effet du mouvement diurne ; mais elles ont encore un mouvement propre, aussi bien que les planètes, par lequel elles répondent

( i48) successivement à différentes étoiles fixes» Ce mouvement propre se fait tantôt vfers l'orient , comme celui des autres planètes , tantôt vers l'occident , quelquefois le long de Fécliptique ou du zodiaque , quelquefois dans un sens tout différent et perpendiculairement à Fécliptique.

La comète de i47^ fit en un jour 120 degrés , ayant rétrogradé depuis l'extrémité du signe de la Vierge jusqu'au commencement du signe des Gémeaux ; la comète de 1760, entre le 7 et le 8 de janvier, changea de 4i degrés en longitude.

Les anciens n'ont parlé communément de la grandeur des comètes qu'en faisant attention au spectacle de leur queue ou de leur chevelure : cependant il y a des comètes dont le diamètre semble avoir été très -considérable, indépendamment de la queue. Après la mort de Démétrius , roi de Syrie , 1 !\6 ans avant notre ère , il parut une comète aussi grosse que le So-

( i49 ) leil; celle qui parut à la naissance de Mithridate répandait, suivant Justin, plus de lumière que le Soleil.

La comète de 1006 était quatre fois plus grosse que Vénus, et jetait autant de lumière que le quart de la Lune pourrait faire : cette comète paraît être la même que celle de 1682 et 17 Sg.

La comète de 17445 la plus remarquable qu'il y ait eu depuis un siècle, n'avait pas un grand diamètre , mais sa queue était très-étendue et très-lumineuse. Elle fit une sensation si générale , que les coiffures furent bientôt à la comète; on jouait à la comète; et beaucoup de personnes en parlent encore comme du phénomène le plus remarquable qu'elles aient jamais vu. La comète de 1769 avait une queue de 97 degrés , mais elle était peu lumineuse.

Il y a eu de tout temps des philosophes persuadés que les comètes étaient des planètes dont le mouvement devait êtreperpétuel et les révolutions constantes. On a

( iSo) attribué ce sentiment aux anciens Chaîdéens : ce fut du moins celui des Pythagoriciens et de plusieurs autres , tels que Diogène , Favorinus et Démocrite , qui , au jugement de Cicéron et de Sénèque , fut le plus subtil de tous les anciens philosophes.

Sénèque parle des comètes d'une manière très-philosophique dans ses Questions Naturelles , et il finit par une prédiction très-remarquable: « Un jourvien- » dra où la postérité s'étonnera que des » choses si claires nous aient échappé : » on démontrera dans quelle région vont » errer les comètes , pourquoi elles s'é- » loignent tant des autres astres , quel est » leur nombre et leur grandeur. »

Malgré des idées aussi lumineuses sur la nature des comètes , il s'est trouvé parmi les anciens et parmi les modernes , jusqu'au commencement de ce siècle , des auteurs qui ont cru que les comètes étaient des corps nouvellement formés et d'une

( i5«) existence passagère. Tels furent Aristote? Ptolémée , Bacon , Galilée , Tycho , Kepler, Riccioli , la Hire. Plusieurs d'entre eux les regardèrent comme des corps sutlunaires , ou des météores de l'atmosphère. Cassini lui-même avait cru que les comètes étaient formées par les exhalaisons des autres astres. Comme ce sentiment avait été celui d'Aristote , ce fut par conséquent celui qui domina dans les écoles jusqu'au dernier siècle ; la plupart des astronomes, regardant jusqu'alors les comètes comme des amas de vapeurs , ne daignaient pas les observer.

Cependant Tycho - Brahé ayant suivi long-temps et avec soin la comète de 1577 , composa un ouvrage considérable à cette occasion. Il trouva qu'on pouvait assez bien représenter ses apparences, en supposant qu'elle avait décrit autour du Soleil une portion de cercle. Faisant voir dans cet ouvrage que les comètes étaient des corps fort élevés au-dessus de la

moyenne région, il renversait le système ancien des cieux solides.

Dominique Cassini faisait tourner les comètes autour de la Terre ; Fontenelle en faisait des planètes d'un tourbillon voisin; Hévélius soupçonna qu'elles décrivaient des paraboles autour du Soleil; mais Newton ayant reconnu que toutes les planètes tournaient autour du Soleil, en vertu d'une attraction trèspuissante et qui s'étendait fort loin,, jugea qu'il en devait être de même des comètes, et en ayant fait l'essai sur celle de 1681 , dont le mouvement Rivait paru très-irrégulier , il vit que cela s'accordait très-bien avec une courbe ovale, de même espèce que celle des planètes , et parcourue avec les mêmes lois.

Les circonstances les plus irrégulières qu'on avait observées dans son mouvement , et qui avaient fait croire à quelques astronomes que c'étaient deux comètes différentes, devenaient alors une

suite réelle de la situation de la Terre par rapport à la comète, et de l'accélération de mouvement qu'une planète doit avoir nécessairement en approchant du Soleil.

Halley , partant de cette théorie , calcula toutes les comètes qui avaient été observées jusqu'alors avec assez d'exactitude et de détail pour qu'on pût en déterminer l'orbite ; il trouva que celles de i53i, de 1607 et de 1682, se ressemblaient assez pour qu'on pût soupçonner que c'était une seule et même comète , et qu'elle pourrait reparaître en 1768 ou 1759. Cette conjecture heureuse, publiée en 1705, s'est vérifiée parle retour de la même comète, dans la même orbite, et nous l'avons tous observée; en sorte qu'il est hors de doute que les comètes sont véritablement des planètes qui tournent comme les autres autour du Soleil. On la suivit depuis le 2 5 décembre 17 58, jusqu'au 3 de juin 1759.

( i54) Cette comète est la seule dont le retour soit certain; il pourrait se faire que les autres ne revinssent jamais.

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