‹ Astronomie des damesChapitre 21 sur 24 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

De la figure des Planètes.

\J u a n d on regarde la Lune avec un télescope, on y aperçoit distinctement des montagnes; car on y voit des poinjs lumineux qui débordent la partie éclairée , qui par conséquent reçoivent la lumière du Soleil par-dessus le reste, ce qui indique qu'ils sont plus élevés. On juge même de leur élévation par la quantité dont ils sont séparés du reste de la lumière; on en a mesuré d'une lieue; c'est bien plus à proportion que sur la Terre , puisque celle-ci, quatre fois plus large que la Lune , n'a cependant pas de montagnes plus élevées que trois mille deux cent dix-sept , toises ; ce n'est pas une

( i56) lieue et demie en hauteur perpendiculaire.

Ces différentes montagnes de la Lune , semées irrégulièrement sur sa surface, lui donnent une figure que l'on prendrait à la vue simple pour une espèce de visage , mais qui n'y ressemble en aucune façon , quand on la regarde mieux ou qu'on la voit dans une lunette.

On représente aussi le Soleil comme ayant une espèce de figure humaine ; mais c'est sans aucun fondement. D'autres figures le représentent comme parsemé de volcans ou de bouillons écumeux; mais dans la réalité nous n'y voyons qu'une surface jaune et unie, sur laquelle paraissent seulement de temps en temps plusieurs points noirs qu'on appelle les taches du Soleil ; ce sont peut-être les écumes où les scories de cet immense fourneau, ou bien le noyau solide et massif du Soleil, recouvert par une couche de fluide qui a peu de profondeur, et laisse

( l57 ) paraître de temps en temps ses éminences et ses montagnes sous la forme de ces points noirs.

Ces taches du Soleil furent découvertes en 1611, aussitôt qu'on eut trouvé les lunettes d'approche; il y en a quelquefois qui sont assez grandes pour être distinguées sans lunettes. Mais pour regarder le Soleil, il faut toujours un verre noirci sur la fumée d'une chandelle; c'est une précaution essentielle pour la vue. Au moyen de ces taches , on a reconnu que le Soleil tourne sur son axe en vingt-cinq jours et demi.

On a vu sur le Soleil des taches qui ont subsisté plusieurs mois en continuant de tourner avec lui ; mais pour l'ordinaire elles changent de figure et disparaissent totalement avant que le Soleil ait fait un tour entier sur lui-même. Le mouvement de rotation du Soleil suppose nécessairement un mouvement de translation, et

ASTRONOMIE. l4

( «58 ) un déplacement du Soleil accompagné de toutes les planètes qui tournent autour de lui.

On voit, sur la surface de Jupiter, plusieurs bandes claires qui sont sujettes à augmenter ou à diminuer, et que l'on regarde comme des mers étendues tout autour de son globe et dans la direction de son mouvement de rotation; on y distingue aussi de petits points ; ils ont fait apercevoir le mouvement de rotation que Jupiter a sur son axe, et qui est beaucoup plus rapide que celui de la Terre, puisqu'il s'achève en moins de dix heures. Cela produit dans cette planète une force centrifuge beaucoup plus grande que celle de la Terre; aussi Jupiter est-il beaucoup plus aplati.

On distingue également des taches sur le disque de Mars; elles sont beaucoup moins apparentes, mais elles ont suffi pour s'assurer qu'il tourne aussi sur son

( i59) axe, dans l'espace de vingt-quatre heures trente-neuf minutes. Saturne tourne en dix heures un quart.

On ne sait pas s'il y a une rotation pareille dans Mercure et Vénus, parce que l'on n'y distingue point de taches parlésquelles on puisse s'en assurer. Cependant Cassini a cru que celle de Vénus est de vingt-quatre.

L'anneau de Saturne est la chose la plus singulière que la découverte des lunettes nous ait fait apercevoir; c'est une couronne large et mince qui environne Saturne sans le toucher; elle est ronde, mais nous parait sous une forme ovale à cause de l'obliquité, c'est-à-dire parce que nous la voyons toujours de côté, et jamais en face. Aussi la compare-t-on à un chapeau de cardinal, ou à un bassin à barbe, dans le milieu duquel serait une très-grosse savonnette. Comme cet anneau est très-mince , nous ne le distinguons point lorsqu'il nous présente son

( i6o ) tranchant ou son épaisseur , et Saturne nous paraît rond, ce qui arrive tous les quinze ans , quand Saturne se trouve dans les deux parties de son orbite où l'anneau s'étend directement vers nous : cela est arrivé en 1789. Cet anneau a 67 mille lieues de diamètre ; il y a neuf mille cinq cents lieues d'intervalle entre lui et Saturne , et autant pour la largeur de l'anneau tout autour. On a de la peine à se figurer ce vaste pont qui se soutient sans piliers; mais comme toutes ses parties tendent à-la-fois par leur pesanteur vers Saturne, elles s'arc-boutent mutuellement; en sorte qu'aucune ne peut descendre, étant serrée par celles qui l'avoisinent ; d'ailleurs il tourne aussi sur son axe, et cela suffit pour le soutenir en l'air.

Un télescope de trente-deux pouces, qui coûte environ dix louis, ou une lunette simple de dix-huit pieds, qui n'en coûte pas quatre , suffisent pour voir ce qu'il y a de plus singulier dans le ciel :

( >6i) les* montagnes de la Lune, les satellites de Jupiter et ses bandes, les phases de Vénus , les taches du Soleil , Panneau de Saturne , la nébuleuse d'Orion , les noyaux des comètes. C'est là ce que Ton fait voir aux dames lorsqu'elles vont dans un ob^servatoire. Quant aux étoiles, il est inutile d'y employer de bonnes lunettes ; elles ne paraissent que comme de très-petits points, même avec les lunettes ou avec les télescopes qui grossissent deux cents fois, parce qu'elles sont si éloignées et paraissent si petites, que, malgré l'amplification de la lunette, on ne peut y remarquer autre chose qu'un petit point lumineux. Mais l'avantage des lunettes à cet égard consiste à nous faire voir des milliers d'étoiles dont on ne se douterait pas à la vue simple. J'en ai déjà cinquante mille de déterminées sur l'horizon de Paris, et il y en a bien le double que l'on peut voir avec une lunette de sept à huit pieds.

Page 1