CHAPITRE III
Manière de connaître les Constellations.
Bi
'es qu'on commence à s'intéresser à l'astronomie , on désire connaître les noms des étoiles; ainsi nous allons expliquer la. façon de distinguer les principales ; il est bon pour cela d'avoir un globe céleste , mais l'on peut y parvenir encore sans ce secours.
On distingue tout au plus cinq à six mille étoiles à la vue simple , de manière à pouvoir les compter; avec nos plus forts télescopes on en pourrait distinguer cent millions : ce n'est rien en comparaison de ce que nous ne pouvons voir, mais le monde est infini. On a divisé les étoiles en cent constellations. Nous avons expliqué déjà celle de la grande Ourse,
(5a) ûg. 2, et nous ajouterons celle d'Orion,' fig. 3 , la plus belle des constellations qui paraissent le soir en hiver. On y remarque trois étoiles égales et en ligne droite , assez voisines Tune de l'autre , qu'on appelle quelquefois les trois Piois, et le Râteau; mais que les astronomes appellent le Baudrier d'Orion. Elles sont dans le milieu d'un grand carré formé de quatre étoiles, dont deux sont de la première grandeur. ( Il y a quinze étoiles plus brillantes qu'on appelle de la première grandeur : les deux qui sont dans Orion , sont le Pie qui est à notre droite, et Y Epaule qui est à notre gauche. )
Lorsqu'au mois de janvier ou de février, on voit cette constellation d'Orion, le soir, du côté du midi, la direction des trois étoiles du Baudrier marque d'un coté Sinus 9 ou le grand chien, la plus belle étoile du ciel, et à droite, mais plus haut, les Pléiades , qui font un groupe de petites étoiles près desquelles
(53) est l'œil du Taureau ou Aldebarany étoile de la première grandeur.
Une diagonale tirée par ce pié d'Orion , qui est le plus à droite, et par celle des trois étoiles du Baudrier , qui est le plus à gauche, va se diriger vers deux étoiles delà seconde grandeur, qui sont les deux têtes des Gémeaux , Castor et Pollux.
Les deux étoiles les plus boréales du carré de la grande Ourse forment une ligne qui va vers la Chèvre , étoile de la première grandeur, située dans la constellation du Cocher.
Procjon . ou le petit Chien , fait un triangle dont les côtés sont à-peu-près égaux avec Sirius et le Baudrier d'Orion.
Les constellations d'été peuvent se connaître par le moyen de la grande Ourse. La ligne tirée par les deux étoiles précédentes du carré a et /S, qui nous ont servi à reconnaître l'étoile polaire, va
(54) se diriger vers le Lion, où il y a une étoile de la première grandeur , appelée Régulus , ou le cœur du Lion.
La grande Ourse indique par sa queue la belle étoile du Bouvier , ou Arcturus.
A gauche du Lion , on voit l'Epi de la Vierge , qui est indiqué aussi par la diagonale du carré de la grande Ourse.
La Lyre est une étoile de la première grandeur, l'une des plus brillantes de tout le ciel , qui fait presque un triangle rectangle avec Arcturus et l'étoile polaire , l'angle droit étant vers l'orient à la Lyre- L'Aigle , qui est un peu au midi de la Lyre , est remarquable par trois étoiles en ligne droite , la belle au milieu.
La constellation de Pégase est formée par quatre étoiles de seconde grandeur, désignées par la ligne qui va des deux précédentes de la grande Ourse a et /3 par l'étoile polaire, et qui au-delà va passer sur le milieu du carré de Pégase.
Cassiopée est aussi une constellation opposée à la grande Ourse, et qui ne se couche jamais : elle est formée de six à sept étoiles assez remarquables qui forment une espèce d'1% ou de chaise renversée.
Entre Cassiopée et la Chèvre , il y a la constellation de Persée^ dans laquelle se trouve une étoile singulière appelée Algol, qui tous les trois jours diminue sensiblement de lumière; probablement il y a une partie de son globe moins lumineuse que le reste.
Le Cygne est une constellation fort remarquable , en forme de croix , où il y a une étoile de seconde grandeur ; la ligne menée des Gémeaux à l'étoile polaire va rencontrer le Cygne de l'autre côté, et à pareille distance de l'étoile polaire. Il y a des temps de l'année où on les voit en même temps sur l'horizon* La queue du Cygne est laplus belle étoile de cette cons-
(56) tellation; elle est un peu à l'orient de la Lyre.
En suivant la ligne qui va du cœur du Lion sur l'épi de la Vierge , on rencontre au-delà le Scorpion : c'est à-peu-près la direction de ré clip tique ; il y a une étoile de la première grandeur , appelée Antarès ou le cœur du Scorpion.
Fomalhaut y ou la bouche du Poisson austral, est encore une étoile de la première grandeur, mais qui est toujours fort basse à Paris ; elle ne s'élève que de dix degrés, elle passe au méridien à huit heures au commencement de novembre.
Le cœur de l'Hydre est une étoile de seconde grandeur, que l'on rencontre en tirant une ligne depuis les dernières étoiles du carré de la grande Ourse V et «T par le cœur du Lion. La constellation de l'Hydre s'étend depuis le petit Chien jusqu'au-dessous de l'épi de la Yierge.
La Couronne est une petite constellation que Ton voit sur-tout en été, au Bout de la queue de la grande Ourse, en allant vers le Scorpion ; le reste de cet espace est rempli par la constellation du Serpentaire ou Ophiucus, dont les étoiles sont peu remarquables. Il nous suffit d'avoir indiqué ici les étoiles de la première grandeur et quelques-unes de la seconde.
On a vu qu'il y avait quinze étoiles de la première grandeur; mais il y a cinq planètes que l'on peut prendre pour des étoiles, et qu'il faut savoir distinguer : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.
Elles sont aussi belles , et même plus que les étoile's de la première grandeur; mais elles n'ont pas cette scintillation , cette vivacité, cette vibration de lumière qu'on remarque dans les étoiles. Vénus est sur-tout d'un éclat extraordinaire, quand elle paraît le soir après le coucher
( 58) du Soleil, comme cela arrive tous les dixneuf mois; ellefaitun spectacle frappant, on la prend pour un nouvel astre, ou pour une comète ; quelquefois même on la distingue en plein jour, et l'étonnement redouble encore. Cela est arrivé au mois de février 1790, et au mois d'avril 1793; on la verrait souvent si Ton y donnait quelque attention , et qu'on sût de quel côté elle est.
Jupiter est aussi très-brillant , sa lumière est plus blanche; celle de Mars est rougeâtre; Saturne est d'une couleur plombée; c'est la moins éclatante des planètes , à cause de son grand éloignement. Nous expliquerons bientôt la manière de connaître leur situation.
Jusqu'à l'année 1781, Von ne connaissait que ces cinq planètes. M. Herscliel , Allemand, établi en Angleterre, s'étant amusé à faire des télescopes, et les essayant dans le ciel, aperçut par hasard que dans un grand nombre de pe-
( 5'9) tites étoiles des Gémeaux, il y en avait une qui ne ressemblait pas tout-à-fait aux autres , et qui changeait de place ; elle s'est trouvée être en effet une planète comme les cinq autres, inconnue jusqu'alors, qui fait son tour en quatre-vingttrois ans. Mais à peine peut-on la distinguer à la vue simple.
On en a trouvé ensuite trois autres, mais qu'on a de la peine à apercevoir même avec des lunettes.
On observe des étoiles qui diminuent périodiquement de lumière; il y en aune dans la Baleine , une dans le Cygne , une dans Persée : c'est cette dernière qu'on appelle Algol , et dont j'ai parlé plus haut page 55.
Il est vraisemblable que ces étoiles ne sont pas lumineuses dans toute leur circonférence, et qu'elles ont un mouvement sur leur axe , par lequel nous voyons tantôt la partie lumineuse, tantôt là partie obscure.
(6o) Il y a même des étoiles qui acquièrent de la lumière comme par un embrasement subit, et qui la perdent ensuite en s'éteignant; telle fut la belle étoile de Cassiopée, en 1572, qui parut pendant seize mois , *qui diminua de lumière sans ehanger de place, et qu'on n'a jamais aperçue depuis. Telle fut aussi celle de 1604 , a*i pied du Serpentaire.
Quelles étonnantes révolutions ne faut-il pas supposer dans ces globes immenses, pour expliquer de semblables apparitions ?
La yoix lactée est une bande, une zone , une trace blanchâtre , qui fait le tour du ciel, et qu'on appelle vulgairement le chemin de Saint- Jacques. Cette blancheur paraît être formée par une infinité de petites étoiles qu'on ne distingue pas à la vue simple , ni même dans des lunettes ordinaires; mais les grands télescopes font voir réellement des étoiles dans la voie lactée plus que par tout ail-
( 6x ) leurs. Cette blancheur traverse Fécliptiquevers les deux solstices, et s'en écarte ensuite d'environ 60 degrés au nord et au midi.
Les Nébuleuses sont des parties blanches, comme la voie lactée, irrégulières, visibles dans des lunettes , et qu'on attribuait à une" matière lumineuse éparse dans l'immensité du ciel. On en connaissait environ une centaine; mais M. Herschel, ayant fait des télescopes extraordinaires , a trouvé que la plupart de ces Nébuleuses étaient véritablement des amas de petites étoiles : cependant il a découvert lui-même plus de mille nébuleuses dans lesquelles il ne voit pas d'étoiles; mais peut-être en apercevrait-il avec des télescopes encore plus forts. Il a compté environ 5oooo étoiles dans* un espace de i5 degrés de long sur 1 degrés de large; s'il y en avait autant dans toutes les parties du ciel, cela ferait en tout 75 millions visibles dans ces télescopes-là.
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Le peuple prend quelquefois pour de véritables étoiles des feux volans qui s'allument dans l'atmosphère, et qui filent dans une belle nuit; on les appelle même étoiles tombantes. Mais ces météores ne sont pas plus des étoiles que celles de l'Opéra; et lorsqu'on voyage le soir, on peut aussi prendre pour une étoile une lumfêre que l'on verra dans une maison éloignée; rien n'y ressemble davantage; et j'y ai été trompé moi-même quelauefois.