LIVRE XXllI. — ATTRACTION UNIVERSELLE. iO
avec une extrême lenteur*; on les a nommées inégalités séculaires : œ sont celles que noue avons déjà indiquées précédemment ( liv. xvi, chap. ii , t. ii , p. 259 ) . Les autres perturbations dépendent de la configuration des planètes, soit entre elles, soit à Fégard de leurs nœuds et de leurs périhélies, et se rétablissent toutes les fois que ces configurations redeviennent les mômes ; elles ont été nommées inégalités périodiques , pour les distinguer des inégalités séculaires que cependant Lapls^ce a démontrées être également périodiques, mais dont les périodes beau* coup plus longues sont indépendantes de la configuration mutuelle des planètes, selon la magnifique théorie donnée par l'illustre auteur de la Mécanique céleste et de r Exposition du système du humde.
c La manière la plus simple, dit Laplace, d'envisager les diverses perturbations consiste à imaginer une planète mue conformément aux lois du mouvement elliptique, sur une ellipse dont les éléments varient par des nuances insensibles , et à concevoir en même temps que la vraie planète oscille autour de cette planète fictive, dans un très -petit orbe dont la nature dépend de ses perturbations périodiques. »
Cette simple vue donne une idée nette des deux sortes d'inégalités considérées par les astronomes et les géomètres,
Laoonnaissance des inégalités séculaires est due surtout aux travaux de Newton et d'Euler. Les excentricités des ellipses planétaires sont variables, c'est-à-dire que ces eliô)8es s^approchent ou s'éloignent insensiblement de la forme circulaire. Les inclinaisons des ellipses sur Téclip-
SO ASTRONOMIE POPULÂIRB.
tique ou sur un plan fixe, augmentent ou diminuent ; les périhélies et les nœuds sont en mouvement Les faibles valeurs de toutes ces variations , en s* ajoutant à la suite des siècles, dcHvent-elles amener un changement dans le système du monde tel qu'il nous est apparu ? Cette pensée décourageante s'empara de Newton ; l'immortel auteur des Principes douta de son œuvre ; il alla jusqu'à supposer que le système planétaire ne renfermait pas en lui-même des éléments de conservation indéfmie; il croyait qu'une main puissante devait intervenir de temps à autre pour réparer le désordre. Euler, quoique plus avancé que Newton dans la connaissance des perturbations planétaires , n'admettait pas non plus que le système solaire fût constitué de manière à durer éternellement Jamais plus grande question philosophique ne s'était offerte à la curiosité des hommes. Laplace l'aborda avec hardiesse , <x)nstânce et bonheur. Il Ht sortir de sa savante analyse cette vérité qui garantit la conservation du système solaire : le grand axe de chaque orbite et par suite , en vertu de la troisième loi de Kepler, la durée de la révolution de chaque planète est une quantité constante ou qui du moins n'est sujette qu'à de petits changements périodiques. Cette importante conséquence de l'analyse qui entraine la constance des moyens mouvements des planètes, provient de ce que les orbites planétaires ont une faible ellipticité et occupent des plans peu inclinés les uns sur les autres. C'est en 1773 que l'illustre géomètre en donna la démonstration. Lagrange et Poisson la perfectionnèrent plus tard en faisant voir qu'elle n'était pas soumise aux restrictions que Laplace n'avait pas pu fran-
chîr. Il est donc bien établi que l'attraction mutuelle des planètes ne peut rien changer à Tordonnance actuelle du monde planétaire.
Après le premier Mémoire de Laplace, il restait encore plusieurs questions intéressantes qu'il a résolues également de la manière la plus heureuse, en 1784. Voici comment il résume lui-même, dans Y Exposition du systhme du monde, ce nouveau travail : cLes ellipses planétaires ont-elles toujours été et seront-elles toujours à peu près circulaires? Quelques-unes des planètes n'ont -elles pas été originairement des comètes dont les orbes ont peu à peu approché du cercle, par l'attraction des autres planètes? La diminution de l'obliquité de l'écliptique continuera-t-elle au point de faire coïncider l'écliptique avec l'équateur, ce qui produirait l'égalité constante des jours et des nuits sur toute la Terre ? L'analyse répond à ces questions d'une manière satisfaisante. Je suis parvenu à démontrer que, quelles que soient les masses des planètes, par cela seul qu'elles se meuvent toutes dans le même sens , et dans des orbes peu excentriques et peu inclinés les uns aux autres, leurs inégalités séculaires sont périodiques et renfermées dans d'étroites limites, en sorte que le système planétaire ne fait qu'osciller autour d'un état moyen dont il ne s'écarte jamais que d'une trèspetite quantité. Les ellipses des planètes ont donc toujours été et seront toujours presque circulaires; d'où il suit qu'aucune planète n'a été primitivement une comète, du moins si Ton n'a égard qu'à l'action mutuelle des corps du système planétaire. L'écliptique ne coïncidera jamais avec l'équateur, et l'étendue entière des varia-
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tions de son inclinaison ne peut pas excéder trois degrés. ■
Les magnifiques travaux de Laplace dont je viens de rendre compte ne permettaient plus, du moins dans notre système solaire, de considérer l'attraction new Ionienne conune une cause de désordre ; mais était-il impos* sible que d'autres forces se mêlassent à celle-là et produisissent les perturbations graduellement croissantes qpe Newton et Euler redoutaient? Des faits positifs semblaient justifier ces craintes.
Les observations anciennes, comparées aux observations modernes, dévoilaient une accélération continuelle dans le mouvement de Jupiter, une diminution non moins manifeste dans le mouvement de Saturne. De ces variations résultaient les plus étranges conséquences.
Diaprés Les causes présumées de ces perturbations, dire d'un astre que sa vitesse augmentait de siècle en siècle , c'était déclarer ea termes équivalents qu'il sa rapprochait du. centre du mouvement. L'astre ,. au contraire, s'éloignait de ce même centre, quand sa. vitesse sa ralentissait
Ainsi,, chose singulière, notre système planétaire semblait destiné à perdre Sattime^ son plus mystérieux ornement; à voir cette planète, accompagnée de l'anneau et des huit satellites^ s'enfon^cer graduellement dans les régions inconnues où l'onl armé des plus puissants télescopes n'a jamais pénétré. Jupiter, d'autre part, ce globe à côté duquel le nôtre est si peu de chose,, serait allé, ^ar une marche inverse., s'engloutir dans la matière: ii)fiandescente du Soleil..
Bien de: douteux, de systématique n'entrait dans ces