LIVRE XXXII. - SAISONS £T CLIMATS
fluence aux courants pélagiques qui transportent sous une latitude des eaux qui avaient été échauffées ou refroidies sous une latitude différente. Mais nous devons nous interdire de semblables détails. On nous permettra de remarquer, toutefois, que l'Europe, déjà favorisée, quant à sa température, par l'existence à son midi, d'une bande
intertropicale toute terrestre, qui doit plus s'échauffer, par l'action des rayons solaires, que la bande aquatique intertropicale située au sud de l'Asie, jouit aussi de l'avantage d'avoir à son nord une mer qui, par une circonstance particulière, reste presque toujours libre de glaces jusqu'à une latitude très-élevée. La circonstance dont je veux parler est le courant d'eau chaude, connu sous le nom de gulpli strearriy lequel, après avoir débouché par le détroit de Bahama et longé, à distance, la côte orientale des États-Unis d'Amérique, va réchauffer l'Irlande, les îles Shetland, les Orcades, les côtes de la Norvège et les mers environnantes.
Il faut bien se le rappeler, la mer n'exerce par son voisinage une influence modératrice sur les froids des continents, qu'à la condition de rester liquide. Quand la mer se gèle, quand la mer se couvre de glaçons et de neige, elle agit comme la terre fenne.
Si l'on croyait que j'ai exagéré la part d'influence que la mer doit exercer sur la température des continents, je ferais remarquer qu'il résulte d'observations faites en Amérique que le voisinage des grands lacs y modifie les températures des contrées environnantes de manière qu'elles se rapprochent des températures des côtes. Telle doit être , par exemple, l'influence des lacs Huron et
llichigan qui ont, dans quelques points, plus de 600 mètres de profondeur, de telle sorte que leur fond est à plus de liOO mètres au-dessous du niveau de la mer.
Du reste, en jetant un coup d'œil sur les chiffres qui représentent le développement des côtes des continents, on comprend sans peine que les mers doivent influer inégalement sur les climats des terres. Ainsi, le développement des côtes de V Europe est trois fois plus étendu que si, à surface égale, ce continent était circulaire.
Pour l'Asie, le rapport est celui de i à 2.4
Pour TAfrique, celui de i à i./i
Pour la Nouvelle-Hollande, celui de 1 à 1.4
Pour l'Amérique du sud, celui de 1 à i.6
Pour TAmérique du nord, celui de 1 à 2.0
J'ajouterai le fait suivant comme exemple d'un lieu où le voisinage de la mer produit un climat particulier trèsanomal. Près du port de Salcombe, dans le Devonshîre, par plus de 50** de latitude nord, les myrtes passent l'hiver sans abri en pleine terre. En 1774, un agave y fleurit. Cet agave avait vingt-huit ans; il n'avait jamais été couvert. On a vu sur cette même côte des orangers en espalier, à peine abrités, porter des fruits.