LIVRE XXI. — LA LUNE. i9l
des montagnes, éclairés directement par le Soleil et séparés du reste du croissant lumineux. Cette dernière remarque doit empêcher les observateurs de tomber dans l'erreur que je combats, de transformer en un phénomène réel qui s'opérerait sur Aristarque, des intermittences d'éclat qui prennent certainement leur naissance dans notre atmosphère.
L'idée qu'il existe dans la Lune des volcans qui brûlent encore actuellement, s'est présentée de bonne heure à l'esprit de quelques observateurs amis du merveilleux. Mais il s'en est trouvé aussi qui , examinant la chose de sang-froid, ne s'étaierft point associés aux idées de leurs contemporains. Voici, par exemple, ce qu'on lit dans un Mémoire de La Hire inséré parmi ceux de l'Académie des sciences pour 1706, p. 111 : « La petite tache qu'on appelle Aristarque^ qui est si brillante que quelques-uns ont cru que c'était un volcan et qu'elle avait une lumière particulière qui la rendait plus claire que tout le reste de la Lune, n'est pourtant qu'une petite cavité qu'on ne peut distinguer qu'à peine des autres qui l'environnent quand elle est sur le bord de l'ombre. »
L'opinion à laquelle je^me suis arrêté sur les prétendus volcans ou sur des lumières propres à la surface de la Lune ne m'empêchera pas de réunir ici les observations qui sembleraient conduire à une opinion diamétralement contraire. Je ne veux jouer que le rôle de rapporteur, le lecteur aura enï;uite les moyens de prononcer lui-même en connaissance de cause.
Louville dit avoir aperçu sur la surface de la Lune, pendant l'obscurité totale de l'éclipsé du 3 mai 1715 ,
in ASTRONOMIB POPULAIRE.
€ certaines fuhninations ou vibrations inslairtanées de rayons IninJneux, comme si on avait mis le feu à ces traînées de poodre dont on se sert pour faire jouer les
mines. > « Ces éclats de lumière ne duraient qu'un
instant. et paraissaient tantôt dans an endroit, tantôt dans un autre, mais surtout du côté de Timmersion. >
Louville n'a vu les éclats de lumière que vers le bord oriental, d'autres prétendent en avoir remarqué jusqu'au centre; l'opiiiion de cet observateur est qu'il y avait pendant Téclipse des orages dans l'atmosphère lunaire, et que lés lumières serpentantes qu'il apercevait étaient des éclairs analogues à ceax qui sur la Terre précèdent toujours le tonnerre.
Avec toute la" déférence qui est due à un observateur aussi distingué que l'était Louville, et avec tout le respect qu'un astronome doit professer pour Halley, à côté duquel ces observations furent faites, ne pourrait -on pas imaginer (fae ces lueurs droites ou serpentantes étaient nées dans notre atmosphère, et qu^elles se projetaient seulement sur la Lune T
Les astronomes qui, en observant le Soleil, ont remarqué combien il passe fréquerpraent des objets tumfineux dans le champ de la vision , ne trouveront pas mon doute illégitime. Il y a des étoiles filantes de toutes les grandeurs; ces phénomènes existent le jour comme la nuit. Eh bien, les traînées himineuses, aperçues par Louville et Halley en 1715, n'étaient-elles pas de très-petites étoiles filantes? La forme serpentante ne serait pacs une objection,: car on a vu quelquefois des étoiles filantes parcoiRÎf des trajectoirtss sinueuses.
Le ppiiijt lumin.euy apçfçu çp mer pep.dgftt réclipge total.e de Soleil de 1778, p^r don Anjtonjo dç UUos, p'ayant été vi^ par aucun aufre observateur, provenait certainement de quelque iJlusion d'optique et pon d'un phénomène d'incandescence qui aurait existé ^jqys à }a surface de l'astre.
yenons maintenant à des documents emprpntés ^ ui)e autorité du premier ordre, et qui semblent devoir mettre nion scepticisme au néant.
A 1a fin d'avril 1787, Herschel présentât à la Société royale de Londres un mémoire dont le titre, Sur trois Volcans de la Lune , dut vivement frapper les imaginations. L'auteur y rapportait que le li9 avril 17^7, il avait iaperç.u, dans la partje non éclairée, dans la partie obscure de la L|Lme, trois volcans en ignitipn. Deux de cejs volcans semblaient sur leyr déclin ; l'autre paraissait en pleine activité. Telle était alors la conviction d'Herschel sur la réalité du phénomène, que le lendemain de sa prernièfe observation il écrivait : « Le volcan brûle avec une plus grande violence que la nuit dernière. » Le diamètre réel de la lurpière volcanique était d'çnviron 5,000 mètres. Son intensité paraissait très-supérieure à celle du noyafi d'une comète qui se jnôntrait alors. L'observateur ajoutait : « Les objets situés. à proximité du cratère sont fai-
blement éclairés par la lumière qui en émane. » EnfiQ , disait Herscjiel, « cette éruption ressemble beaucoup à celle dont je fus témoin le 4 mai ^783. »
Herschel ne revint si^r la question des prétendus yolcans lunaires actuellement enflammés, qu'en 1791. Dans le volume des Transactions philosophiques de 1792, |1
rapporte qu'en dirigeant sur la Lune entièrement éclipsée, le 22 octobre 1790, un télescope de 6 mètres, grossissant trois cent soixante fois, on voyait sur toute la surface de l'astre environ cent cinquante points rouges et très-lumineux. L'auteur déclare vouloir rester sur la plus grande réserve , relativement à la similarité de tous ces points, à leur grand éclat et à leur remarquable couleur.
Cependant le rouge n'est- il pas toujours la couleur de la Lune éclipsée quand il n'y a point disparition entière? Les rayons solaires arrivant à notre satellite par suite d'une réfraction éprouvée dans les couches les plus basses de l'atmosphère terrestre, pourraient-ils avoir une autre teinte? Dans la Lune éclairée librement et de face par le Soleil , n'y a-t-il pas de cent à deux cents petits points remarquables par la vivacité de leur lumière? Était-il possible que ces mêmes points ne se fissent pas aussi distinguer dans la Lune , quand elle recevait seulement la portion de lumière solaire la plus réfractée par notre atmosphère?
Ces objections, on doit en convenir, doivent au moins nous laisser dans le doute relativement à l'explication de l'observation faite par Herschel de tant de points lumineux dans la partie cendrée de la Lune.
Passons à une observation d'un autre genre insérée dans les Transactions philosophiques et à laquelle l'intérêt que lui accorda le savant directeur de l'observatoire de Greenwich , Maskelyne , a donné quelque célébrité.
Le 7 mars 1794, sur les huit heures du soir, un architecte de Norwich, M. Wilkins, vit, à l'œil nu, une lumière semblable à une étoile de troisième grandeur qui