LIVRE XX. — LA TERRE
Dès qu'il demeura établi que les montagnes terrestres n'ont pas toutes percé la surface du globe aux mêmes époques, il fut naturel d'examiner si les montagnes contemporaines n'offriraient point entre elles quelques rapports de position. Cette recherche ne pouvait pas échapper à la perspicacité de M. de Beaumont; or voici ce qu'il a trouvé.
Les directions de l'Erzgebirge, de la Côte -d'Or et du mont Pilas sont parallèles à un grand cercle de notre globe qui passerait par Dijon et formerait avec le méridien de cette ville un angle d'environ 45°.
Les montagnes contemporaines du second surgissement, savoir : les Pyrénées et les Apennins , les montagnes de la Dalraatie, de la Croatie et les monts Karpathes, qui appartiennent au même système , comme on peut le déduire des descriptions qu'en ont données divers géologues, sont toutes disposées parallèlement à un arc de grand cercle dont l'orientation sera bien déterminée , si je dis qu'il passe par Natchez et l'embouchure du golfe Persique. Ainsi, quelle qu'ait pu en être la cause, les montagnes qui, en Europe, sont sorties de terre à la même époque, forment à la surface du globe des chaînes, c'est-à-dire des saillies longitudinales , toutes parallèles à un certain cercle de la sphère. Si l'on suppose, comme il est naturel de le faire , que cette règle soit applicable hors des limites dans lesquelles elle a été constatée , les Alléghanis de l'Amérique du nord, puisque leur direction est aussi parallèle au grand cercle qui joint Natchez et le golfe Persique , sembleront devoir appartenir par la date au système pyrénéen. Or, M. de Beaumont a pu ici vérifier l'exactitude de la conséquence, en discutant les des-
criptions très -bien faites que les géologues américains ont données de ces montagnes. Il paraît, d'après cela, que Ton peut sans trop de risque se hasarder à dire que les montagnes de la Grèce, les montagnes situées au nord de l'Euphrate, et la chaîne des Gates dans la presqu'île de l'Inde, qui satisfont aussi très -exactement à la condition de parallélisme déjà indiquée, doivent, comme les AUéghanis, avoir surgi avec les Pyrénées et les Apennins.
Le troisième système de montagnes par ordre d'ancienneté, celui dont le Mont-Blanc et les Alpes occidentales font partie , se compose de sillons parallèles à un grand cercle qui joindrait Marseille et Zurich. Dans tout l'espace compris entre ces deux villes, la règle se vérifie avec une exactitude très -remarquable. La chaîne qui sépare la Norvège de la Suède et la Cordillère du Brésil étant aussi, l'une et l'autre, parallèles au même cercle, ont probablement percé la croûte du globe en même temps que le Mont- Blanc.
Pour le quatrième et dernier système dont il a été question jusqu'ici, le grand cercle de comparaison passe par le royaume de Maroc et l'extrémité orientale de l'Himalaya. Le parallélisme a été vérifié sur les monts Venteux et Leberon, près d'Avignon; la Sainte- Baume et beaucoup d'autres chaînes de Provence ; enfin , la chaîne centrale des Alpes, depuis le Valais jusqu'en Styrie. Si le parallélisme est également ici l'indice de la date , comme tout porte à le penser, nous devrons ranger dans ce système de montagnes comparativement modernes, le BaK kan, la grande chaîne centrale porphyrique du Caucase, l'Himalaya et l'Atlas.