LIVRE XIV. — LE SOLEIL
En réunissant sous un même point de vue les remarques que nous avons eu l'occasion de faire dans ce chapitre, nous trouverons que dans le grand nombre de micromètres dont nous avons parlé, trois seulement, savoir le micromètre à fils d'Auzout, l'héliomètre de Bougueret le micromètre à projection d'Herschel, ont été employés dans la mesure des astres; le premier, avec lequel le pointé est très-difDcile, ne peut servir d'ailleurs que pour les diamètres perpendiculaires à la direction du mouvement diurne ; le second ne donne pas constamment les mêmes résultats , quelque habile que soit l'astronome et quelque soin qu'on apporte dans les observations; le troisième, dont l'usage est très-difficile, peut à peine être regardé comme un instrument, et ne paraît pas d'ailleurs exempt d'erreur.
Parmi les micromètres qui ont été soumis avant moi à l'épreuve de l'expérience, je n'ai pas placé celui de Rochon, parce que les mesures que cet habile physicien avait faites de Mars et de Saturne dès l'origine, n'ayant été répétées ni par lui ni par aucun astronome, n'étaient pas suffisantes pour montrer quelle exactitude on pouvait attendre de l'usage de cet instrument. Mais des épreuves nombreuses et de divers genres, réitérées pendant quatre années consécutives ; plus de 3,000 mesures de Jupiter, de son aplatissement, de la position des bandes; de l'anneau de Saturne, de sa largeur, de son inclinaison à Técliptique, et des deux diamètres de la planète ; de Mars et de son aplatissement ; de Vénus et du progrès de ses phases ; de disques noirs placés sur des fonds clairs ; de disques blancs placés sur des fonds obscurs ; de disques
planétaires lumineux découpés dans des réverbères paraboliques très-brillants, doivent selon moi tirer cet instrument de l'oubli dans lequel les astronomes Tont laissé sans motif.
Le long usage que j'ai fait du micromètre de Rochon a rendu toutefois manifestes plusieurs inconvénients. L'achromatisme du prisme ne peut être parfait pour les deux images à la fois; avec de très-forts grossissements, ce défaut devient intolérable. D'autre part, quand le prisme se trouve très-près de la lentille oculaire, pour la détermination du zéro de l'échelle ou pour la mesure des plus petits angles, les moindres imperfections du cristal ou du travail des surfaces sont considérablement grossies. Enfin, pour tout dire en deux mots, il est fâcheux d'introduire dans la lunette une pièce qui en altère inévitablement la bonté.
En apportant dans la détermination du zéro de l'échelle et de la valeur de ses parties, quelques précautions que Rochon avait négligées, parce que l'expérience seule pouvait en faire, sentir la nécessité, on obtient avec son micromètre (fig. 136, p. 61) une grande exactitude dans la mesure des petits angles. Cette exactitude me paraît tenir à deux causes principales : à l'extrême facilité avec laquelle on établit le point de tangence entre deux disques lumineux, et à la netteté des images. Dans le micromètre dont je vais maintenant parler, on conserve le même pointé, et l'on gagne ce me semble quelque chose sous le rapport de la netteté.
Ce micromètre est le résultat de la réunion de deux moyens d'observation particuliers qui jusqu'à présent